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Full text of "Dictionnaire d'archéologie sacrée : contenant des notions sûres et complètes sur les antiquités et les arts ecclésiastiques"

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£3 




NOUVELLE 

ENCYCLOPÉDIE 

THÉOLOGIQUE , 

OU NOUVELLE 

SÉRIE DE DICTIONNAIRES SUR TOUTES LES PARTIES DE LA SCIENCE RELIGIEUSE, 

OrrjRANT, EN FRANÇAIS ET PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE, 

LA PLUS CLAIRE, LA PLUS FACILE, LÀ PLUS COMMODE, LA PLUS VARIÉE 
ET LA PLUS COMPLÈTE DES THÉOLOGIES. 

CES DICTIONNAIRES SONT CEUX : 
DE BIOGRAPHIE CHRÉTIENNE ET ANTI-CHRÉTIENNE , — DES PERSÉCUTIONS, — 

d'éloquence chrétienne, — de littérature id., — de botanique ici., — dé statistique id., — 
d'anecdotes id., — d'archéologie id., — d'héraldique id., — de zoologie, — de médecine pratique, 

— DES CROISADES, — DES ERREURS SOCIALES, — DE PATROLOGIE, — DES PROPHÉTIES ET DES MIRACLES, — 

DES DÉCRETS DES CONGRÉGATIONS ROMAINES, — DES INDULGENCES, — d'aCRI-SILVI-VITI-IIORTICULTURE , 

— DE MUSIQUE id., — D'ÉPIGRAPHIE id., — DE NUMISMATIQUE id., — DES CONVERSIONS 

AU CATHOLICISME, — D'ÉDUCATION, — DES INVENTIONS ET DÉCOUVERTES, — D'ETHNOGRAPHIE, — 

DES APOLOGISTES INVOLONTAIRES, — DES MANUSCRITS, — D'ANTHROPOLOGIE, — DES MYSTÈRES , — DES MERVEILLES, 

— D'ASCÉTISME, — DE PALÉOGRAPHIE, DE CRYPTOGRAPHIE, DE DACTYLOLOGIE , 

D'IIIÉROCLYPIUE , DE STÉNOGRAPHIE ET DE TÉLÉGRAPHIE , — DE COSMOGONIE UT DE PALÉONTOLOGIE , — 

DE L'ART DE VÉRIFIER LES DATES, — DES CONFRÉRIES ET CORPORATIONS, — 

ET D'APOLOGÉTIQUE CATHOLIQUE. 

PUBLIÉE 

PAR M. L'ABBÉ MIGNE, 

BDITBOI DE LA BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE DU CLERGE, 

OU 
DES COURS COMPLETS SUR CHAQUE BRANCHE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE. 

PBIX : 6 FR. LE VOL . POUR LE SOUSCRIPTEUR A LA COLLECTION ENTIÈRE, 7 FR., ET MÊME 8 FR. POUR LS 
SOUSCRIPTEUR A TEL OU TEL DICTIONNAIRE PARTICULIER. 



TOME DOUZIEME. 



>««»-<* 



DICTIONNAIRE D'ARCHÉOLOGIE SACRÉE. 

2 VOL. PRIX : 1G FH VNCS. 
TOME SECOND. 



S'IMPRIME ET SE VEXD CHEZ J.-P. MIGiNE , EDITEUR, 

AUX ATELIERS CATUOLIQUKS, RUE D A.MB01SK, AU PEITT-MONTROGGE, 

BARnIBRB b'BNPBR DE PARIS. 

185^ 



Imprimerie MIG.NE, au l'elil-Montrouge. 



DICTIONNAIRE 

D'ARCHÉOLOGIE 

SACRÉE, 

Contenant, par ordre alphabétique , des notions sûres et complètes 

SUR LES ANTIQUITÉS ET LES ARTS ECCLÉSIASTIQUES 

SAVOIR : 

L'ARCHITECTURE, LA SCULPTURE, LA PEINTURE, LA MOSAÏQUE, LES ÉMAUX 
LES VITRAUX PEINTS, L'ORFÈVRERIE, LA CÉRAMIQUE, &., &., 

AVEC DES DESCRIPTIONS ET DES INSTRUCTIONS SUR L'ÉTABLISSEMENT ET LA RESTAURATION DES 

AUTELS, LES FONTS BAPTISMAUX, LES CHAIRES, LES STALLES, LES LUTRINS, 
IES TABLES DE COMMUNION, LES CONFESSIONNAUX, LES VERRIÈRES DE COULEUR, LES VASES SACRÉS, 

LES ORNEMENTS ECCLÉSIASTIQUES; 

EN UN MOT, SUR TOUS LES OBJETS ET MONUMENTS RELATIFS A LA SCIENCE DE L'ANTIQUITÉ 

CHRÉTIENNE, DANS LES ÉGLISES CONSTRUITES AVANT, DURANT ET APRÈS LE MOYEN AGE } 

SUIVI d'un *■ 

RÉSUMÉ DES CARACTÈRES ARCHITECTONIQUES 

ou d'un cours d'archéologie chrétienne appliquée surtout a l'architecture des églises , 
ET D'UN TABLEAU MÉTHODIQUE 

propre a faciliter l'étude raisonnée de l'archéologie sacrée a l'aide de ce dictionnaire. 
LE TOUT RENDU SENSIBLE PAR DES GRAVURES NOMBREUSES ET BIEN EXÉCUTÉES ; 

Chanoine de l'église métropolitaine de Tours, correspondant des Comités historiques, membre de la Société 

Archéologique de Touruine ; 

PUBLIÉ 

PAR M. L'ABBÊ MIGNE, 

ÉDITEUR DE LA BIBLIOTHÈQUE OniVEllELLC DU CLERGE, 

OU 
DES COURS COMPLETS SUR CHAQUE BRANCHE DE LA SCIENCE ECCLÉSIASTIQUE. 



TOME DEUXIEME. 



2 VOL. PRIX : 16 FRANCS. 



S'IMPRIME ET SE VEND CHEZ J.-P. MIGNE, EDITEUR, 

AUX ATELIERS CATHOLIQUES, RUE D'AMBOISE, AU PETIT-MONTROUGE, 

BARRIÈRE D'ENFER DE PARIS. 
(851 



THE1NSTI ,IDlES 






353& 



DICTIONNAIRE 




SACRÉE. 



E 



EMBLÈME. — I. Nous indiquerons ici les 
principaux emblèmes relatifs à Notre-Sei- 
gneur, à la sainte Vierge et aux saints. Pour 
la définition de Y emblème, de V allégorie et du 
symbole, et la signification particulière de 
ces différentes expressions, voyez l'article 
Allégorie. Ce qui nous engage à être assez 
court dans cet article, c'est que le Diction- 
naire d'Iconographie de M. Guénébault, pu- 
blié par M. Migne, remplit le but que nous 
voulons atteindre, au moins en grande par- 
lie. On y trouve d'excellents renseignements 
sur les représentations diverses des saints, 
et sur les atlributs qui servent à les faire 
distinguer. Nous recommandons vivement 
cet ouvrage de solide érudition à ceux qui 
désireront avoir d'amples détails sur l'ico- 
nographie sacrée. Nous croyons cependant 
devoir placer ici quelques développements 
sur les emblèmes sacrés, considérés unique- 
ment au point de vue archéologique, d'après 
les monuments eux-mêmes. Nous n'embras- 
serons point ce vaste sujet dans toute son 
étendue : ce serait l'objet d'un volume en- 
tier. Nous présentons seulement les détails 
qui nous ont semblé se rattacher étroitement 
au plan du Dictionnaire d'Archéologie sacrée. 
Voy. Allégorie, Animaux symboliques, At- 
tributs, Symboles. 

II. 

Les principaux emblèmes de Notre-Sei- 
gneur, d'après M. Pugin, sont : 1" la Croix, 
qui peut être représentée fleurie, comme un 
emblème de triomphe et de gloire ; 2" les 
Cinq Plaies de Notre-Seigneur, figurées soit 
par cinq croix dont celle du centre est plus 
grande, soit par des croix entourées de 
rayons et de couronnes, soit par les plaies 
elles-mêmes d'où le sang coule dans des ca- 
lices; 3* les instruments de la Passion de 
Notre-Seigneur, qui sont une lanterne, des 
dés et des baguettes, une épée, trente pièces 
d'argent et un calice, à cause de l'agonie 
dans le jardin, une corde, des fouets, des 
roseaux, des verges, un jonc, une robe de 
pourpre, une couronne d'épines, un bassin 
et une aiguière, un coq et une colonne, pour 
l'examen devant le grand prêtre et devant 

Diction*. i/Arciiéologie sacrée. H. 



SUITE) 



Pdale, et à cause de la flagellation; une 
croix, une échelle, un habit sans couture, 
une lance, des tenailles, un bassin et une 
éponge, et un écriteau ou lambel avec cette 
inscription INRI pour le crucifiement. L'A- 
gneau fut souvent employé comme emblème 
de Notre-Seigneur. Voy. Agneau, Croix. Il 
en est de même du Poisson (Voy. ce mol). 
Dans les œuvres d'art primitives du christia- 
nisme, Notre-Seigneur était très-souvent 
représenté sous la figure du bon Pasteur 
portant une brebis sur ses épaules et entouré 
de plusieurs autres brebis. Jonas, sortant du 
sein de la baleine, a encore été figuré sou- 
vent comme un emblème de la résurrectioi 
de Notre-Seigneur. Voy. Catacombes. 
Mil. 
Les emblèmes de la sainte Vierge, d'après 
le même M. Pugin, sont les suivants : 1° le 
Soleil, d'après ces paroles du Cantique des 
cantiques : Electa ut sol ; 2° la Lune, d'après 
Je même Cantique : Pulchra ut luna; 3° une 
Etoile : Stella maris ou Stella matutina; 
4° une Porte, ordinairement représentée cré- 
nelée el flanquée de deux tours : c'est laporW" 
mystique (Porta cceli, Porta orientalis) vut 
par le prophète Ezécbiel, chap. xt.iv, { : Et 
convertit me ad riam portât sanctuarii extc- 
riaris, quœ respiciebat ad orientent t et erat 
cluusa. Et dixit Dominus ad me : Porta hœc 
clausa erit ; non aperietur rt vir non transiet 
per eam, quoniam Dominus Dcus Israël in- 
gressus est per eam, etc. Ce passage a encore 
été regardé comme symbolisant la virginité 
de la sainte Vierge Marie, qui a été vierge 
avant, pendant et après la naissance du Sau- 
veur. On trouve aussi fréquemment, dans l'of- 
fice divin, une invocation à la sainte Vierge 
sous cette dénomination. Citons quelques 
exemples : Ave Renina cœlorum,ave Domina 
angclorum, Salve Radix, salve Porta, ex qua 
mundo lux est orla; — Tu Régis Alti januu 
et Porta lucis fulyida; 5° le Cèdre du Liban 
(Cedrus exaltala); G" la Branche d'olivier 
(OU va speciosa); 7° la Rose (Rosa mystica). 
D'après le livre de F Ecclésiastique, c. xxxiv : 
Quasi cedrus exaltala sum in Libano ; Quasi 
plantatiorosœ in Jeridio ; quasi oliva speciosa 

J 



Il 



F.M3 



ÉMB 



12 



j/j campis; 8° le Lis : Lilium intcr spinas, d'a- 
près ce passage du Cantique des cantiques : 
atcul lilium intcr spinas, sic arnica mca intcr 
plias: Comme le lis au milieu des épines, 
ainsi fleurit notre glorieuse Dame au milieu 
des filles des hommes. On représente habi- 
tuellement le lis, dans les tableaux de l'An- 
nonciation, entre la sainte Vierge et l'ar- 
change Gabriel; il est ordinairement placé 
dans un vase ; 9° le Puits : Puteus aejuarum 
riventium ; 10' la Fontaine : Fans hortorum; 
11° le Jardin : Hortus conclusns. Ces emblè- 
mes sont empruntés au Cantique des canti- 
ques, chap. iv, xii, xiv. Ilorlus conclusns 
soror tnca sponsa, hortus conclusns, fons si- 
gnalas. — Fons hortorum; puteus aquarum 
riventium , quœ fluunt impetu de Libano ; 
12' un Miroir : Sprculum justitiœ. Cette ex- 
pression est empruntée au livre de la Sa- 
gesse, ch.ip. vu : Candor est enim lucis œternœ, 
rt spéculum sine macula Dei majestatis, cl 
imago bonitalis illius ; 13° une Tour. La tour 
i't la cité de David : Tunis Davidica. La cité 
do David était une partie de Jérusalem, si- 
tuée sur la montagne de Sion; on l'appelait 
encore la Sainte Cité, parce que l'arche du 
Seigneur y avait été déposée pendant plu- 
sieurs années. Il est fait mention de cette 
tour dans un passage du Cantique des canti- 
ques : Sicut Turris David collum tuwn. Cet 
emblème est donné à la sainte Vierge pour 
marquer sa puissance et sa force : Refugium 
peccatorum, auxilium christ ianorum, salus 
infirmorum. Tous ces emblèmes sont indi- 
qués et expliqués dans le bel ouvrage de 
MM. Jourdain et Duval, chanoines de la ca- 
thédrale d'Amiens, où ibp donnent la des- 
cription des magniliques stalles sculptées de 
cette cathédrale. Durant tout le moyen âge, 
la sainte Viorg" fut ordinairement représen- 
tée comme une reine, la tète ceinte d'une 
couronne, vêtue d'un manteau couvert d'é- 
toiles, avec une étoile sur l'épaule gauche. 
N'est-ce pas la traduction de ce passage du 
psalmiste : Posuisti in capite ejus coronam 
de lapide pretioso, et de cet autre : Astilit 
Iterjina a dextris tuis i)i vcslilu deaurato, cir- 
cumdala vandale. 

IV. 

Pourles attributs ou emblèmes particuliers 
des saints, nous emprunterons Je catalogue 



3UNTS AVEC LEURS EMBLEMES. 



suivant à un ouvrage d'un prêtre catholique 
anglais, M. Husenbeth, intitulé : Emblems of 
saints. Nous le compléterons, autant que 
nous le pourrons, en indiquant quelques 
exemples pris dans nos monuments français 
du moyen Age. Le savant écrivain anglais a 
consulté, pour composer son livre, les ou- 
vrages suivants, où il a trouvé les meilleurs 
renseignements, et où nos lecteurs pourront 
aller également puiser d'excellentes indica- 
tions sur l'iconographie chrétienne. 

Arbor pastoralis ; c'est la vie des princi- 
paux saints de chaque siècle, jusqu'au xvr 
siècle. 

liavaria pia, par Matt. Rader, S. J.; Mu- 
nich, 1628. 

Bilder légende, von M. Sintzel; Munich. 

Britannia sancta, par l'évêque Challoner r 
in-4° ; Londres, 174.5. 

Catalogus sanctorum, a Petro dcNatalibus 
editus; Venetiis, 1506; Lugduni, 1542. 

Christlichc kunstsymbolili und Ikonogra- 
phie; Francfort, 1839. 

Collection d'ornements d'architecture du 
moyen âge, par C. 'Hcidelbolf ; Nuremberg, 
1844, 2 vol. in-4°. 

De Levais der Hcylige van Nedcrlant ; Garni , 
1705, 2 vol. 

Der Heyligen Leben, Das summerteyl Jo- 
hannes Bander zu Augspurg, 1477, in-folio. 

Die, Atlribute der Heiligen ; Hanover, 1843. 

Die Hciligcnbilder, von D r H. Alf. ; Berlin, 
1845. 

English Martyrologe, Wilson, 1608. 

Fosbrohe's Monachism. 

Icônes sanctorum, per Cleopham Distel- 
mayr; Vienne et Augsbourg. 

Ikonographic der Heiligen. — J. v. Rado- 
witz; Berlin, 1834. 

Liber Chronicarum ; Nuremberg, 1493. 

Vies des saints les plus renommés de l'An- 
gleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande, par le 
Rév. J. Jérôme, de l'ordre de Saint-Benoît ; 
Douay, 1632. 

Heures manuscrites ; un grand nombre 
d'exemplaires différents. 

Art sacré et légendaire, par Mrs. Jameson, 
2 vol. in-8% 1848. 

Soliludo sive Vitœ Feminarum anachorita- 
rum. Jollain excudit 1666. 



Ann. de J.-C 
348 

250 



SOURCES ET MONUMENTS. 



S. Abraham, évêque et martyr. 
One épée auprès de lui. 
S. Agace, ou Acacius, on Achatius, év., conf. 
Épines dans sa main. 
Hameau sec dans la main. 

S. Adalbert, évèque, martyr. 997 

Lance avec une massue à sa partie infé- 
rieure. 

Percé avec une lance. 

S. Adjutor , confesseur. 1131 

Se débarrassant d'une partie de ses chai- 
tn au bas d'un précipice. 

S. Adrien , martyr. 290 

Marteau et enclume clans une main; épée 
d^ns l'autre main; un lion à ses pieds. 



Ikonographie der Heiligen. 



Liber Chronicarum. 

Die Atlribute der Heiligen. 

Esslingcn, Wurtemberg, église 
Sainte-Catherine, au portail. 
Arbor pastoralis. 

Die Atlribute. 



Oxford, Biblioth. Bodléienne. 



de 



13 £MG 

SAINTS AVEC LEURS EMBLÈMES. 



Marteau dans sa main gaucho; épée dans 
sa main droite; enclume auprès de lui : se 
tenant sur un won. 

Enclume dans sa main gauche; épée dans 
la droite; lion à ses côtés. 

Enclume à ses côtés sur laquelle sa main 
est coupée. 

Bras et jambes coupés ; corbeau descen- 
dant. 

S. Agafet, martyr. 275 

Exposé aux lions. 

Un lion à ses pieds. 

Ste Agathe, vierge, martyre. 251 

Tenant son sein gauche coupé, d'ans dos 
tenailles. 



Ï-.MB 
Ànn. do J.-C. sources et monuments. 

Heures manuscrites. 



U 



Couteau sur sa poitrine 

Tenant un œil dans des tenailles. 

Ayant des tenailles en main; — ou por- 
tant" ses seins dans un bassin. 

Ste Agnès, vierge, martyre. 30'* 

Tenant une épée dans sa maim 

Une épée en main; un agneau à ses pieds. 

Epée dans sa main; un agneau sur un 
livre. 

Un agneau sur un livre. 

Assise, un mouton à ses pieds; une co- 
lombe apportant un anneau. 

Epée et flammes à ses pieds. 

Uï\ ange la couvrant avec un vêtement. 
S. Alban, premier martyr d'Angleterre. 303 
Une croix élevée , une chape d'église et 
une épée. 
Epée dans sa main. 

Ste Aldégonde, vierge. 6T3 

Ange lui apparaissant. 
Marchant sur l'eau. 

Le Saint-Esprit lui donnant le voile de 
religieuse. 

S. Alexandre, martyr. n e siècle. 

Foulant aux pieds un autel païen en pré- 
sence de l'empereur. 
Foulant aux pieds une idole. 

S. Alexis, confesseur. 
Portant un petit escalier dans ses bras. 
Couché sous un escalier. 

S. Aman», évoque, confesseur. 075 

Portent une petite église; la partie infé- 
rieure de sa crosse appuyée sur un dragon. 

S. Ambroise, év., conf.,doct. 397 

Tenant un fouet. 



Une ruche. 

S. AnastaSe, mart. G28 

Traîné à la queue de chevaux indomptés. 

Ste Anastasie, vierge, mart. 200 

Brûlant attachée à un poteau, ou sur un 
bûcher funèbre. 



Heures mss. en Franco. 

Iconographie. 

Dcr Heiligen Leben. 



Panneau sculpté ayant autrefois ap- 
partenu à la clôture du chœur de l'église 
de Saint-Jean-Madder-Market, a Nor- 
wich. 

Eglise de Wiggenhall , comté de Nor- 
folk. 

Cathédrale de Winchester, fenêtre du 
chœur, du côté du nord. 

Rome, oratoire des CamalJulos. 



Panneau en bois sculpté provenant do 
l'église de Saint-Jacques, Norwicb. 
Denton, châsse. 
Fonts baptismaux, à Taverham. 

Liber Chronicarum. 
Peinture murale à Cawston. 

Rome, église de Sainte-Agnès-hors- 
des-Murs. 
Fenêtre de l'église de Gillingham. 

A Sainl-Alban , cuivre funéraire du 
l'abbé Delamere. 
Arbor Pastoralis 

Jkonographie. 
Die Attribuée: 

Ibid. 

Die Attribute. 

ï cônes sanctorxun. 

Liber Chronicarum. 
Arbor Pastoralis. 



De L^evens der Heylig?.. 



Milan; basilique Ambrosionne. 
Pièces de monnaie de Milan. 
Venise, acad. ant. Vivarini. 
Heures mss. 
Arbor Pastoralis. 
Jkonographie. 

Rome, église des SS. Vincent et Mati 
tase, peinture à fresque. 

Catalogus sanctorum. 



3QX 
57 



15 LMB 

SAINTS AYEC LEURS EMBLÈMES. 



À un. de J.-C 



EMB \6 

SOURCES ET MONUMENTS. 



S. André, ap. 6i 

Croix en sautoir, placée auprès de lui, ou 
dans sa main. 

Quelquefois cette croix est coupée par la 
moitié, de manière à figurer la lettre V. 
SS. Anges. (Voy. ce mot.) 
Sle Anne, mère de la bienheureuse Vierge 
Marie. 
Montrant à lire à la sainte Vierge. 

Tenant une triple couronne dans sa main 
gauche, el un livre dans sa main droite. 

Tenant l'enfant Jésus dans ses bras; la 
sainte Vierge a côté d'elle. 

La sainte Vierge sur ses genoux et l'en- 
fant Jésus sur les genoux de la sainte 
Vierge. 

Rencontrant saint Joachim à la porte d'or 
de Jérusalem. 

S. Anselme, év., conf. 1109 

La sainte Vierge Marie et l'enfant Jésus lui 
apparaissant. 

S. Antoine, abbé. 251 

BAton semblable à la lettre T. 

BAton et cloche à la main. 

Bâton ; porc avec une clochette suspendue 
au cou. 

Marchant sur le feu ; un porc de chaque 
côté. 

Un porc à côté de lui ou à ses pieds. 

Une clochette à la main. 
Flammes sous ses pieds. 
Démon à ses pieds. 
Démon sous la forme d'un bouc. 

S. Antoine de Padoue, conf. 1231 

L'enfant Jésus se tient sur un livre qu'il a 
dans la main gauche; dans la main droite il 
porte un crucifix. 
Un lis et un livre. 
Rendant la vie à un enfant. 

S. Antonin de Toulouse, conf. 
Fontaine obtenue par ses prières. 

S. Antonin de Sorente, conf. 830 

Un étendard. — Mur de ville. 

S. Apollinaire, év., mart. 79 

Une massue. 

Battu par le démon avec une massue. 
Prêchant son troupeau. 

S. Athanase, év., conf., doct. 372 

Vêtu comme les évoques grecs, avec le 
pallium, se tenant entre deux colonnes : un 
livre ouvert à la main. 

S. Augustin, év., conf., doct. 430 

Portant un cœur enflammé. 
Un aigle. 

S. Augustin d'Angleterre, év. 60i 

Baptisant Ethelberl, roi de Kent. 

Ste Balbine, vierge. 130 

Chaînes dans sa main, ou entraves auprès 
d'elle. 

Ste Barbe, vierge, mart. 306 

Portant une tour. 



Monuments très-nombreux. Vitraux 
de Bourges, de Tours, etc. 
Rome, église de Saint-Paul. 



Clôture du chœur à Houghton le Dal 
Fonts baptismaux à Taverham. 
Heures mss. 



Heures mss. 



Missale Sarisburg. 
mss. 



153V. 



Heures 



Vie des saints, par F. Porter. 
Die Atlribute. 

Cimabué. 
Wilhelm. 
Clôture du chœur, à Westhall. 

Heures mss. 

Fenêtre dans l'église de Norbury. 
Arbor Pastoralis. 
Fenêtre à Sparham. 
Heures d'Anne de Bretagne. 



Tableau de la Croix. 



Padoue, chapelle des Ermites. 
A Cestosa, près de Pavie. 

Die Atlribute. 

Jkonographie. 

Ikonographie. 
Der Heyligen Leben. 
Mosaïque dans l'église qui lui est dé- 
diée à Bavenne. 

Ancienne peinture d'Alexandrie re- 
produite à la tête de ses œuvres; Paris, 
1627. 

Die Atlribute. 
Die Heiligenbilder. 

Vies des saints, par F. Porter. 



Christl. Kunstsymbolik. 
Peinture dans une église à Rome. 

Porte sculptée dans la cath. de Tours. 
Clôture du chœur à Barton Turf. Retable 



SAINTS AVE<: LEURS EMBLÎCMESm Ann. de J.-C. 



EMD 

SOURCES ET MOM MENTS. 



1S 



Une tour à coté d'elle. 
Une tour et une palme. 

Une. tour et un calice. 
Calice avec mie hostie. 

S. Barnabe, apôtre. 
Tenant l 'Evangile de saint Matthieu. 
Livre ouvert et bâton. 
Portant trois pierres. 

S. Barthélémy, apôtre. 
Tenant un couteau dans sa main 



Un couteau et un livre. 

Guérissant une princesse d'Arménie. 

S. Basile le Grand, év., duct. 379 

Colombe perchée sur son bras : une main 
lui présentant une plume. 
Devant un feu ou un brasier. 

S. Bavon, anachorète. 630 

Se présentant à saint Amand qui distribue 
des aumônes. 

Une épée et un sceptre : faucon chape- 
ronné à côté de lui. 
Portant une grande pierre dans ses bras. 
Un petit chariot. 

Ste Béatrix, vierge et mart. 303 

Corde dans la main gauche ; une chandelle 
ou un cierge dans la main droite. 
Une corde à la main. 

S. Bénigne , martyr. 169 

Portant une clef. 

Un chien à ses côtés. 

S. Bénigne de Borne. 
En armes, portant une bannière, à cheval. 

S. Benoît, abbé. 5i3 

Un démon hurlant de chaque côté, auprès 
de lui; il perce l'un d'eux avec l'extrémité 
de sa crosse. 
Une coupe sur un livre. 
Coupe avec des serpents sur un livre. 

S. Bernard, abbé. 1153 

Portant les instruments de la passion du 
Sauveur. 

La sainte Vierge et l'enfant Jésus lui ap- 
paraissant. 
Un chien blanc à ses pieds. 
Un rayon de miel. 
Ecrivant : un ange soutient sa crosse. 

S. Bernardin. lVVi 

Monogramme du Christ entouré de rayons 
de gloire dans sa main. 

S. Boniface, év., martyr. 755 

Vn livre percé avec une épée. 



d'autel à Nouatre, au diocèse de Tours. 

Bood-Screen, à Filby. 

Clôture du chœur, à Yaxlcv. 

Clôture du chœur, côté du nord, église 
de Ramvorth. 

Eglise de Saint-Amand, à Urach. 

Liber Chronicarum. 

Bonifazio. 

Statue dans la cathédrale d'Exeter. 



Cuivre funéraire de Delamere, à 
Saint-Alban. 

Clôture de chœur i Tunstead, à Ran- 
worth, à Worstead. 

Rood-Screen, à Blofield. 
Fenêtre dans l'église de Tuddenham. 
Giolto. 
A Paris, église de Notre-Dame 

Die Atlribute. 



De Lèvent der Heylige. 

lkonographie. 

Christliche Kunstsymbolik. 

Heures mss. 

lkonographie. 

Médailles ou monnaies de sou abbaye 
en Piémont. 
lkonographie. 

Die Attribute. 



Arbor Pastoralis. 

Lib. Chronicarum. 

Arbor Pastoralis. 

Der lleyligen Leben. 

Fenêtre, chapelle Cosspy-Hal!. 
lkonographie. 



S. Brice, év. de Tours. 
Portant dans son vêtement des charbons 
enflammés : un enfant dans un berceau au- 
près de lui. 



P. Laurati. — Lib. Chronicarum. 
Heures mss. 

Monnaie de ce saint frappée à l'abbaye 
de Fulde. 

Arbor Pastoralis. 



290 



10 EMB 

SAINTS AVEC LEURS EMBLÈMES 

Portant des charbons ardents dans sa 
chape; tenant une crosse archiépiscopale 
dans sa main. 

Sic Catherine, vierg., mart. 
Roue rompue avec îles pointes de i'er. 
Roue et épéè. 

Ste Catherine de Sienne, v. 1380 

Couronnée d'épines, une croix dans sa 

main. 
Couronnée d'épines ; uncrucitix, un cœur 

enflammé. 
Un crucifix sur un cœur. 
Stigmates : un lis et un livre. 

220 



EMB 
Ann. de J.-C. sources et monuments. 

Fenêtre, Langley-Hali, Norfolk. 



20 



Heures mss. — Une foule de monu- 
ments. 

Arbor Pastoralis. 
André. 

tib. Chronicarum. 

Sienne , église de Saint-Dominique, 
Fresque deRazzi. 



300 
1253 

100 



Ste Cécile, vierge, mart. 
Couronne et guirlande de fleurs, avec une 

^Guirlande de roses dans la main gauche, 
épée dans la main droite, et guirlande de 
roses sur la tête. 

Tenant dans ses mains des tuyaux d orgue 
ou un violon. 

Ste Christine, vierge, mart. 
Tenant en main un sceptre et une flèche. 

Ste Claire, abbesse. 
Chapelet de fleurs dans sa main; lis sur sa 

tète. 

Un ostensoir ou une monstrance en main. 
S. Clément, pape et mart. 

Mitre, triple croix, une ancre dans sa main 
ou à ses pieds. 

S. Côme et S. Damien, mart. 

Vêtus d'une toge romaine; l'un d eux porte 
un vase à onguent. A ^i n * 

Avec des appareils de médecine ou des ins- 
truments de chirurgie en main. 

Tenant la baguette d'Esculape. 

Ste Cunégonde, impératrice. iv*u 

Portant dans sa main deux socs de char- 
rue. 

Portant un modèle d église. 

S. CuNIBERT, éV. 

Une colombe à son oreille pendant la messe 

S. CUTHBERT, éV. 

Portant la tête de S. Oswald. 



Filby, Rood-Screen. 

Fenêtre dans l'église de Gillingham, 

Raphaël et Consoni au Capitole, à 
Rome. 

Clôture du chœur à Eye. 
Rood-Screen, à N. Elmham. 
Arbor Pastoralis. 



290 



063 

687 



Colonnes de lumière à ses cotés. 
Cygnes à côté de lui. 

S. Cyprien, év., mart. 
Portant un gril et une épée. 
S. Cyr, mart. 
Monté sur un sanglier. 

S. Cyriaque, mart. 
Dragon ou démon sous ses pieds, ou en- 
chaîné à côté de lui. 

S. Démétrius de Spolète, conf. 
Rayons d'or autour de sa tête. 

S. Denis, év., mart. 
Portant sa tête mitrée dans ses mains, 
portant sa tête mitrée sur un livre. 



30k 
304- 

284 



Rome, statues à l'église de Saint-Lau? 
rent. 
Monographie. 

Die Atlribute. 
Bilder Légende. 
Die Attribute. 
Die Heiligenbilder. 

Statue antique de la cathédrale de 
Durham. 
Die Attribute. 
Ikonographie. 

Die Attribute. 

Cathédrale de Nevers, chapiteau d'un 
pilier de la nef. — Armoirie du chapitre 
de la même église. 

Die Attribute. 



272 



Die Attribute. 

Arbor Pastoralis. 

Esslingen, église de Sainte-Catherine. 



21 EMB 

SAINTS AVEC LEURS EMBLEMES. 



Ami. de J.-C 



EMB 

Mil UCtS ET MONUMENTS. 



22 



S. Déochaire, abbé. 
Tombe ouverte et exhalant une odeur suave. 

S. Didieb de Vienne, év., niait. 012 

Une corde à la main. 

S. Dominique. 1221 

Lis dans sa main, étoile sur sa ttMe, ou au- 
dessus de sa tète , ou sur sa poitrine, ou 
sur son front. 

Rosaire à la main, étoile sur le front. 
Lis en main, chien noir et blanc enflammant 
le globe avec une torche. 
Un moineau auprès de lui. 
Lis dans une main, modèle d'un monastère 
dans l'autre main. 

S. Donat, év., mart. 350 

Tenant une épée. 
lloue entourée de lumières. 
A cheval, élevant sa crosse contre un dragon 
ou un monstre. 

S. Don at, év., conf. 
Un chien-loup irlandais à ses pieds. 



Bacaria Pia. 

lkonoijraphic. 

Monuments italiens, a Sienne et à Fle- 
rence. 

Vienne, en Autriche. 
Arbor Pasloralis. 

Ikonographie. 

Missel des Frères-Prêcheur», Venise, 
1504. 

Ikonographie. 

Christ Kunstsymbolik. 



S. Donatien, mart. 
lue épée et une lance. 

S. Dorothée, de Tyr, év., mart. 
Une massue à la main. 
Mis à mort à coups de massue. 



Ste Dorothée, vierge, mart. 
Fruits et tleurs. 

Couronne de fleurs , une guirlande dans 
sa main. 

Roses dans son giron, bouquet de roses 
à la main. 

S. Dunstan, év. 988 

Une colombe voltigeant auprès de lui. 

Une troupe d'anges autour de lui. 
Jouant de la harpe. 

Ste Edithe, vierge. 98V 

Vêtue en religieuse, avec les insignes 
royaux. 

S. Edmond, roi, mart. 870 

Percé de flèches. 
Une flèche à la main. 



ix' siècle. 

Cathédrale de Fiesole, peinture pla- 
cée sur son autel. 
118 

Ikonographie. 
m* siècle. 

Ikonographie. 

Biblioth. du Vatican, antique Méno- 
loge des Grecs. 
m* siècle. 

Clôture du chœur, N. Elmham. 
Clôture du chœur, Westhall. 



Sienne, peinture ancienne. 



Musée Britannique; un ms. saxon, 
Claudius, A. III. 
Ikonographie. 



Ikonographie. 



Une flèche et un sceptre. 

S. Edouard, roi, mart. 979 

En habit royal, tenant une coupe à la main. 

Une dague et une coupe à la main. 
Une dague et un faucon. 

S. Edouard, roi, conf. 1006 

Tenant un sceptre à la main droite, et por- 
tant un anneau à la gauche. 

Ste Elizabeth. 
Portant dans ses bras saint Jean enfant. 
Saluant la sainte Vierge. 

Ste Elizabeth de Portugal, reine. 1136 
Une seule rose dans sa main. 



Un grand nombre de monuments en 
Angleterre, notamment sur des pan- 
neaux sculptés en bois aux Rood-Screens 
ou clôtures du chœur à N. Walsham. 
Ludham, Stalham ; chaire à Hempstead; 
fenêtre du chœur, à N. ïuddenham. 

Panneaux à Baston-Turf, à Trimming- 
ham; fonts baptismaux à Taverham, à 
Brooke. 

Burlinghara, Saint-André. Clôture du 
chœur. 
Die Atlribute. 
ïriramingham, Rood-Screen. 

Monuments sculptés , nombreux en 
Angleterre. 



23 EMli 

SAINTS AVEC LEURS EMBLEMES. 



A un. de J.-C. 



EMB 

SOURCES ET MONUMENTS 



Ste Elizabeth de Hongrie. 1231 

Une triple couronne dans sa main. 
Double couronne sur un livre; elle distri- 
bue des aumônes. 

S. Eloi, c'y. 605 

Un marteau et une crosse en main. 
En costume épiscopal, tenant un calice et 
un marteau. 
Présentant une châsse au roi Dagobert. 

S. Etienne, premier mart. 
Diacre, portant des pierres dans sa dalma- 
tique. 
Portant des pierres dans sa main. 

Ste Eulalie, vierge, mart. 200 

Une croix. 
Une colombe. 
Des flammes ou un bûcher. 

Ste Euphémie, vierge, mart. 807 

Transpercée d'une épée. 
Entourée de bètes sauvages. 
Entre deux serpents. 

S. Eusèbe de Samosate, év., mart. 379 

Une tuile dans sa main. 

S. Eustache, mart. 110 

Guerrier, entre deux jeunes gens, ses en- 
fants. 



A rb o r Pastoral h. 
Heures mss. 



Potter, Heigham. — Rood-Screen. 
Der Heiligen Leben. 

Florence. 

Cath.deTours, vitraux peints. Bourges. 
Monnaies de Bavière. Mon. sculptés en 
Angleterre. 

Ikonographie. 

Christ. Kunstsymbolik. 

Die Attribute. 

Der Heiligen Leben. 
Die Attribut e. 



S. Euthope, év., mart. i" siècle. 

Jeune homme prenant congé d'un roi âgé, 
son père. 

S. Eutrope, év., mart. 308 

Un arbre verdoyant près de lui. 



Ikonographie. 

Dans une des verrières de l'église mr- 
trop. de Tours, du xiii" siècle, on voit 
sa légende entière. 

Vitrail dans la cathédrale de Sens. 



Christl. Kunstsymbolik. 



S. Fabien, pape, mart. 250 

Une colombe a son côté. 
Une épée. 

Ste Félicité, mart. 1G0 

Une épée; elle est accompagnée de ses 
sept enfants. 

S. Félix I", pape, mart. 274 

Une ancre. 

S. Ferdinand, roi de Castille. 1252 

Chevalier en armes, avec un lévrier. 
En costume royal, une croix sur sa poi- 
trine. 

Ste Flore, vierge, mart. 851 

Portant sa tôle coupée, des fleurs tombent 
en abondance de son cou. 

Saintes Foi , Espérance et Charité, 

vierges et martyres. 120 

Trois enfants portant des épées. 

S. François d'Assise. 1226 

Couronne d'épines, avec les stigmates 
aux mains , aux pieds et au côté, tenant 
une croix. 

Séraphin crucifié à 6 ailes et lançant des 
rayons à ses mains, à ses pieds et à son côté. 

S. François de Paule. 1508 

Le mot Charitas lui apparaît au milieu de 
rajons de lumière. 

S. François-Xavier. 1552 

Portant un lis h la main , et s'écriant : 
■ Satis est.Domine, satis est. » 

S. François de Sales, év. 1622 

Sacré cœur de Jésus couronné d'épines Die Attribute. 

devant lui. 
Tenant un cœur dans sa main. . . 



Ikonographie. 
Die Attribute. 

Der Heyligen Leben et Christl. Kunst- 
symbolik. 



Vitrail, cathédrale de Chartres. 
Ikonographie. 



Fosbroke's Monachism. 



Die Attribute. 

Nombreux monuments sculptés et 
peints en Italie, en France, en Belgique 
et en Angleterre. 

Die Heiligenbilder. 



2o EMB 

SAINTS AVEC LEUBS EMBLÈMES. 



A.VN. de J -C. 



EMB 

SOIRCLS ET MONUMENTS. 



20 



Ste Geneviève, vierge. 
Tenant un cierge : le démon est au-dessus 
1e son épaule et tient en main un soufflet. 
Tenant des clefs d'une main; un cierge 
et une palme de l'autre. 

Un ange allumant le cierge qu'elle tient 
ï la main. 
Un démon à ses pieds tenant un soulllet. 

S. Georges, martyr. m* 

Chevalier en armes, perçant un dragon de 
sa lance qui est surmontée d'une croix et 
d'une bannière. 

S. Géiiéon, martyr. 
Guerrier, est armé, portant une épée. 

S. Germain d'Auxerre, év. 
Un dragon à sept têtes attaché et conduit 
par lui. 

Ste Gertrude de Nivelle, V. 
Lérots ou rats auprès d'elle. 
Deux lérots à ses pieds , un démon à 
côté d'elle. 

Couronne céleste, qui lui est apportée 
par un ange. 

S. Giles, abbé. Fin du 

Biche couchée à ses pieds. 



530 



Paris, Sculptures du moyen Age. 

Bildcr Légende. 

Horœ B. V. M. 1508, Simon Vostrc. 

Die Attribute. 
siècle. 

Nombreux monum. en Grèce, en Italie, 
en France, en Angleterre. 



297 
448 

664 



Ikonographie. 
Heures mss. 



Assis ; une flèche sur sa poitrine ; une 
biche appuyant ses pattes sur ses genoux.. 

S. Godefroy d'Amiens, év. 1118 

Un chien étendu mort près de lui. 

S. Grégoire de Tours, évêque. 596 

Un poisson dans sa main, ou près de lui. 

S. Grégoire le Grand, pape. 604 

Une croix et un livre. 
Une triple croix et la tiare. 
Un aigle devant lui. 
Une colombe près de son oreille. 

Ste Gldule, vierge. 712 

Une lanterne que le démon s'efforce d'é- 
teindre. 

Un ange allumant une lanterne que le 
démon s'efforce d'éteindre. 



Ikonographie. 

De Lcvcns der Heilige. 

Die Attribute. 

vu' siècle. 

Lessingham, clôture du chœur ; fonts 
baptismaux à Taverham. 
Heures mss. 



Die Attribute. 
Ikonographie. 

Liber Chronicarum. 
Bologne. 

Munich, Galerie Tan. Schoreel. 

I. Fiirich. 



Ste Hedwtge, veuve. 1243. 

Une petite église et une statue de la 
sainte Vierge dans ses mains. 
Une croix en main. 

Couronne et manteau de princesse au- 
près d'elle ; elle est en habit de religieuse. 

Ste Hélène, impératrice. 328 

Couronne en tète , portant une grande 
croix. 

Portant une croix à doubles croisillons 
ou croix de Jérusalem. 
L'église de Jérusalem dans sa main. 

S. Henry, empereur. 1024 

Tenant un lis que tient en même temps 
impératrice sainte Cunégonde. 
Portant une église et une épée. 

S. Hilaire de Poitiers, év. 368 

Dans une île au milieu de serpents. 
En costume épiscopal et portant trois vo- 
lumes. 
Un enfant au berceau à ses pieds. 

S. Hilaire d'Arles, év. m'» 

Une colombe à son oreille. 



Liber Chronicarum. 

Arbor Pastoralis. 
Die Attribute. 



Nombreux monuments. 

Sculpture sur bois provenant de Saint- 
Jacques, Nonvich. 
Die Attribute. 

Pitti, galerie Mancini. 
Bart de Bruyn. 



Die Attribute. 



27 EMB 

SAINTS AVEC LEURS EMBLEMES. 



Ann. de J.-C. 



EMB 28 

SOUKCES ET MONUMENTS. 



S. Hubert. 727 

Un cerf sur un livre, ua crucifix entre 
ses cornes. 
Un ange lui apportant une étole. 

S. Hugues de Grenoble. 1132 

Trois fleurs dans sa main. 

S. HUMBEKT. GSO 

Une étoile sur le front. 

S. Hyacinthe. 1257 

Naviguant sur la mer sur son manteau. 
Ciboire et image de la sainte Vierge Marie. 

S. Ignace, év. martyr. 108 

Se tenant debout entro deux lions. 

Exposé aux lions. 

Monogramme du saint nom de Jésus sur 
son cœur après son martyr. 

S. Ignace de Loyola. 1556 

Monogramme IHS sur sa poitrine, ou 
sans rayons dans sa main. 

Appuyant sa main sur le livre de ses 
constitutions; et 1 H S au-dessus dans la 
lumière. 

Ste Irène, vierge mart. i" siècle. 

Idoles à ses pieds. 

Cheval auprès d'elle. 

Portant une épée. 

S. Isidore de Madrid. 1170 

Un ange labourant pour lui avec un 
bœuf blanc, pendant qu'il est en prières 
devant une croix. 

Une houe ou un râteau à la main. 



Munich. — Nombreux monum. en 
France, chap. d'Amboise. 

Miniature française dans le livre d'Heu- 
res d'Anne de Bretagne, 1500. 

Ikonographie. 

Christl. Kunstsymbolik. 

Die Attribut e. 
Ikonographie. 

Arbor Pastoralis. 
Die Attribute. 
Ibid. 

Ikonographie. 



Ikonographie. 
Die Attribute. 
Ibid. 

Bilder Légende. 



S. Jacques le Majeur, apôtre, 
En pèlerin avec le bourdon. 



Bâton, coquilles, chapeau et sac, 

Un bourdon de pèlerin et un livre. 

S. Jacques le Mineur, apôtre. 
Une massue de foulon à la main. 
Une scie dans sa main. 

S. Janvier, év., martyr. 
Attaché à un arbre. 
Entouré de bêtes sauvages. 
Fioles avec son sang, sur le livre des 
Evangiles. 

S. Jean-Baptiste. 
Agneau sur un livre, petite croix, tunique 
de poils de chameau, chape ou manteau 
attaché avec deux lanières de cuir croisées. 
Agneau sur un livre. 

S. Jean l'Evangéliste. 
Coupe d'où sortent des serpents. 

Le même, avec une branche de palmier 
une banderole et un aigle. 

S. Jean Chkysostome. 
i Calice et livre des Evangiles. 
Un rayon de miel ou une ruche. 

S. Jean de Keims. 
Chaînes et épée. 

S. Jean Climaque, abbé. 
Une échelle. 

S. Jean Damascènk. 
Portant un vase. 



Vitraux, cathédrale de Tours. — Cath. 
de Bourges ; Rood Screen, à Tunstead et 
à Lestingham. 

Grand nombre de monuments de sculp- 
ture ou de peinture sur Yerre. 

Kandworth, Rood-Screon. 



305 



407 

570 
605 

780 



Monum. nombreux. 



Christl. Kunstsymbolik. 

Die Heiliqenbilaer. — Ikonographie. 

Die Attribute. 



Randworth, Screen N. 



Vitraux, Bourges, Tours, Chartres. 

Cath. de Tours, vitraux du xiir siècle 
et du xvr siècle. 

Un grand nombre de monuments. Voy. 
Aigle, Animaux symboliques. 



Ikonographie. 
Ikonographie^ 
Die Attribute. 
Arbor Pas t oral u. 



20 EMli 

SAINTS AVEC LEURS EMBLÈMES. Ann. (Je 

Portant une corbeille. 

S. Jean Népomucène, mart. 1383 

Se tenant sur un pont. 
Un pont et une rivière près de lui. 
Un doigt sur les lèvres. 



1550 
1591 



420 



S. Jean de Dieu. 

Une couronne d'épines sur sa tête. 
S. Jean de la Croix. 

Peinture do la sainte Vierge dans sa 
main. 

S. Jérôme. 

Lion à ses côtés. 

Portant une église. 

Se frappant la poitrine avec une pierre. 

Vôtu en cardinal. 

S. Joachim, père de la sainte Vierge. 

Rencontrant sainte Anne à la porte dorée 
de Jérusalem. 

Corbeille contenant des colombes ; un 
bâton à la main. 
S. Joseph, époux de la sainte Vierge Marie. 

Portant une baguette avec des fleurs au 
bout, ou des lis fleuris. 

Portant ou conduisant l'enfant Jésus. 
S. Joseph d'Arimathie. 

Vase de parfums et bâton verdoyant. 
S. Jude ou Thaddée, apôtre. 

Un petit navire dans sa main. 



Une équerre de charpentier. 
Médaillon du Sauveur sur sa poitrine ou 
dans sa main. 

S. Julien du Mans, év. m 

Un dragon qu'il chasse devant lui. 
Une fontaine. 
Bannière et palme. 

Ste Julitte, mart. 
Un bœuf auprès d'elle. 
Fontaine jaillissant de son sang. 

Ste Justine, V. M. 
Une palme : unicorne ou licorne à ses 
pieds. 
Chassant le démon avec une croix. 



S. Laurent, diacre. 258 

Portant un gril. 
Une palme : gril à côté de lui. 
Portant une église et un livre; tenant un 
long bâton surmonté d'une croix. 

Ste Léocadie, vierg., mart. 300 

Une tour et une épée. 

S. Léonard. 520 

Un bœuf couché près de lui. 
Des fers dans sa main. 

S. Léopold, margrave d'Autricho. 113C 

Portant une église. 

S. Liboire. 397 

Petites pierres sur un livre. 
Un paon. 

S. Louis, roi. 1270 

Portant une couronne d'épines et une 
croix. 



LMB 50 

J.-C. SOURCES ET MONUMENTS. 

Iconographie. 

Prague, — sur le pont. 
Die Attribute. 

Nombreux monuments en Bohème et en 
Autriche. 

lkonographie. 

Die Attribute. 

Monum. nombreux. 
Venise, acad. ant. Vivarini. 
Dominique Ghirlandajp. 
Monum. sculptés du mo.yen âge. 

Missale Sarisb., ann. 1534. 

Die Attribute. 



Monum. nombreux de peinture et d< 
sculpture. 
Die Heiligenbilder. 



Sculptures sur bois ; clôtures du chœur 
à Ringland, Lessingham, Belangh, Wors- 
tead, S.-Wafield , Tundstead, Rsnworth. 

Weston Longueville, Rood-Screen. 
Die Attribute. 

siècle. 

Die Attribute. 

Christl. Kunstsymboîik. 

Die Attribute. 



304 



304 



lkonographie. 
Die Attribute. 

Vienne. 

Die Attribute. 



Monum. innombrables. 
lkonographie. 

Rome, mosaïque dans son égliso hors 
des murs 

Die Attribute. 

Die Attribute. 

Rome, peinture dans l'église des Trois* 
Fontaines. 

Bilder Légende. 

Christ. Kunstsymboîik. 
Ibid. 

Monum. français. —Fonts baptismaux 
à Stalham. 



31 EMB 

SAINTS AVEC LEURS EMBLEMES. Allll. de J.-C. 

Trois clous dans la main droite, l'éten- 
dard de la croix dans la main gauche. 

A cheval et en armes, écu et étendard 
semé de Heurs de lis. 

Couronné, portant un sceptre et un lis. 

BAton de pèlerin. 

Un reliquaire et un sceptre. 

S. Loup, év. de Sons. 623 

A l'autel et donnant un diamant au roi 
Clotaire. 

Une coupe dans sa main, contenant un 
diamant tombé du ciel. 

S. Luc, évang. 

Un bœuf ou un veau couché près de lui. 

Peignant le portrait de la Vierge Marie. 

Portant un petit tableau de la sainte 
Vierge. 

Sle Lucie. 
Portant un flambeau. 
Tenant une épée des deux mains. 

S. Lucius, roi, mart. 190 

Trois sceptres terminés par des croix. 



EMB 52 

SOURCES ET MONUMENTS. 



Vitrail à la cathédrale de Chartres. 

/Iconographie. 
Die Altribute- 



Dcr Heiligen Leben. 
1 Iconographie. 



Monum. nombreux. 
Rome. Acad. de Saint-Luc. — Munich, 
Van-Eyck. 
Die Attribute. 



S. Macaire d'Alexandrie, ermite. 39i 

Une lampe ou lanterne près de lui. 

S. Mammès, martyr. vers 275 

Une bote féroce le léchant. 

S. Marc, évangéliste. 
Un lion à ses côtés. 

Ste Marguerite, vierge, M. iv" siècle. 



Perçant un dragon avec une longue croix. 

Dragon sous ses pieds : croix et palme. 
Dragon près d'elle : un ange la protégeant. 

Dragon enchaîné à ses pieds. 

Ste Marguerite, reine d'Ecosse. 
Une croix noire à la main et visitant les 
malades. . 

Ste Marie-Madeleine, pénitente. 
Un vase de parfums à la main. 



Prêchant au roi René à Marseille. 
Ste Marthe, vierge. 

Mettant un dragon en fuite avec un cru- 
cifix. 

Conduisant un dragon attaché avec sa 
ceinture. 

S. Martin de Tours. 

A cheval, partageant son manteau à un 
pauvre à la porte d'Amiens. 

Rendant la vie à un petit enfant. 

Une oie à côté de lui. 

En vêtements épiscopaux, tenant un li- 
vre ouvert. 

S. Mathias, apôtre. 

Portant une hallebarde. 

Portant une épée qu'il tient par la pointe. 

Portant une hache. 

Une pierre dans sa main. 

S. Matthieu, apôtre et évangél. 

U« ange près de lui , ou mieux un 
jeune homme ailé. 

Avec un dauphin à ses pieds. 



Cathédrale de Winchester. 

Liber Chronicarum. 
Monnaies de Coire. 

/Iconographie. 

/cônes sanctorum. 

Voxj. Animaux symboliques. 

peints et sculptés du moyen 



1093 



Monum. 
âge. 

Tableau de la croix 

Eglise de Brington 
sculpté. 

/Iconographie. 



panneau en bois 



Nombreux monum. —Panneaux sculp- 
tés à la cathédrale de Tours, à Oxboroug, 
à Lessingham, à Ludham, etc. 

Hôtel de Cluny, à Paris. 

Der Heiligen Leben. 
Catal. sanctorum. 



400 



Vitraux de la cathédrale de Tours: 
monum. nombreux sculptés et peints. 
Vienne, galerie Laz. Baldi. 
Sculpture française et vitraux peints. 



Vitraux peints. — Monum. sculptés. 

Florence. 

Lynn, église Sainte-Marguerite, vitrail. 

Die Heiligenbildcr. 



Heures par J. Quentin, 1522. 



EMU 

SAINT» AVEC LEURS EMBLEMES. 

S. Maurice, martyr. 



F.MB 

SOURCES ET MONUMENTS. 



31 



En guerrier, portant un étendard à la 
tête de la légion thébéenne. 
Etendard orné de sept étoiles. 
En guerrier, tenant un bouclier. 

S. Médard, évoque. 
A genoux, une colombe sur sa tôte. 
Trois colombes blanches à côté de lui. 

S. Michel, archange. 
En guerrier, poursuivant le dragon avec 
une épée; perçant le dragon avec une lon- 
gue croix. 

Tenant des balances pour le jugement 
ou le pèsement des âmes. 



Ann. de J.-C. 
280 

Vitraux a la cathédrale de Tours, d-j 
Strasbourg, de Lyon, etc. 
Vie Attribute. 

Armoiries du chap. de la calh. de Tours 
voûtes de cette église. 
545 

Ikonographie. 

Monum. français. Peint. Sculpt. 



S. Nicolas, évêque. 
Trois enfants dans un tonneau. 



Sculpture, portail de l'église de N.-D. 
la Couture, au Mans. — Vitraux peints, 
cath. de Tours. 



Trois enfants à genoux devant lui. 

Trois boursesdans sa main ou sur unlivre. 
S. Nicolas de Tolentin. 

Bâton terminé par une étoile. 

Etoile sur sa poitrine ou au-dessus de lui. 
S. Norbert, év. 

Tenant un calice surmonté d'une hostie 
consacrée dans sa main droite. 

Portant un ostensoir ou monstrance avec 
le saint sacrement. 

S. Pancrace, martyr. 
Une épée et une pierre dans ses mains. 

S. Paterne, évêque. 
Serpents autour de lui. 

S. Patrice, évêque. 
Chassant des reptiles. 
Serpents à ses pieds. 
Un bûcher et des flammes devant lui. 

S. Paul, apôtre. 
Appuyé sur une épée ou tenant une épée. 

Tenant deux épées. 
Une épée et un livre. 

.S. Paul, premier ermite. 
Corbeau lui apportant un pain. 
Partageant son pain avec saint Antoine. 
Portant un manteau formé de feuilles de 
palmier. 

S. Paul de Constantinople. 
Une étole dans sa main. 

S. Perpet, évêque de Tours. 
Dirigeant la construction d'une église. 

Ste Perpétue, martyre. 
Une vache féroce à côté d'elle. 

S. Philippe, apôtre. 
Une corbeille dans sa main. 

Une corbeille remplie de pam. 
Tenant deux pains et une croix. 

Tenant trois pains dans sa main 
Une lance et une double croix. 
S. Philippe de Néii. 
Un rosaire dans sa main. 

S. Pierre, apôtre. 
Une clef d'or dans sa main. 



3V2 

1306 
113'* 

30i 
365 
46i 

65 
3i2 

350 

203 

Ikonographie. 
vers 80 

Monum. sculptés, à Marsham, a Rin- 
gland, à Irstead, à Lessingham, etc. 

N. Tuddenham, vitrail peint a une fe- 
nêtre du chœur. 
Trunch, Hood-Screen. 

1 595 

65 

Nombreux mon. du moyen A go dans 



Heures d'Anne de Bretagne. 
Vitraux du xiii" siècle, cath. de Tours, 
de Bourges, etc. 
Die Attribute. 
Monum. d'Italie. 

Liber Chroniearum. 
Die Attribute. 

Vatican, Fil. Bigioli. 

Arbor Pastoralis. 

Die Ileiligenbilder. 

Christl. Kunstsijmbolik. 

Arbor Pastoralis. 
Ikonofjraphie. 
Die Attribute. 

Monum. très-nombreux. — Peintures 
sur verre, Bourges, Tours, etc. 
Primer, 1516. 
Panneaux sculptés à Filby. 

Arbor Pastoralis. 
Catal. sanctorum. 
Solitudo. 

Ikonographie. 



; EMB 

SAINTS AVEC LEURS EMBLÈMES 

2 clefs d'or 



EMB 
Ann. de J.-C. sources et monuments. 

tout l'univers catholique 



36 



Une clef d'or et une clef d'argent. 
2 clefs et un livre ouvert dans lequel on lit: Statues a Alby, a Irunch, en Angle- 

Credo in Dcum Patron omnipotentem. terre, etc. 

S. Polycap.pe, év., mart. 166 

Bûcher en flammes près de lui. Iconographie. 

Sle Pit.chkrie, impér. 453 

Tenant un sceptre et un lis. 



S. Quentin, mart. 
Les mains attachées derrière le dos, longs 
clous enfoncés dans les épaules. 
Une broche. 



287 



590 



Heures mss. ; statue à l'église de Saint- 
Quentin (Vermandois). 
Peint ures françaises et flamandes. 



Ste Radégonde, reine. 
Couronnée; vêtue d'un manteau semé de 
fleurs de lis. 

Couronnée; tenant en main un Sceptre sur- 
monté d'une fleur de lis. 
Une couronne à ses pieds. 

Ste Reine, vierge et mart. ni' siècle. 

Un agneau à ses pieds. 

S. Rémi, év. 545 

Portant les saintes huiles. 
Colombe lui apportant le saint chrême. 

S. Rieul, év. 130 

Des grenouilles devant lui. 

S. Roch. 
En pèlerin ; pustule pestilentielle sur la 
jambe, un chien à côté de lui, tenant un 
pain. 
En pèlerin; un chien léchant ses plaies. 

S. Romain, év. 639 

Dragon ou gargouille à côté de lui. 
Conduisant un dragon attaché par le cou 
avec son étole. 

Ste Rosalie, vierge. 1617 

Recevant un chapelet de roses de la sainte 
Vierge Marie. 
Couronne de roses blanches sur sa tète. 

Ste Rose de Viterbe, vierge. 1261 

Roses dans sa main ou dans son tablier. 



Poitiers, vitrail dans son église. 

Jbid. 

Die Atlribute. 



Monum. de la cath. de Chartres!. 
Arbor Pasloralis. 

Christl. Kunstsymbolik. 
1327 ou 1348 

Tableaux sur verre, sculptures sut 
bois, Venise, Stalham, Rood-Screen. 



Die Heiligenbilder. 

Die Altribute. 
Vitraux peints de Rouen. 
ïigenbilder. 



Die Attributc. 
Ikonographie. 



Die Hei- 



Ste Scholastique, vierge. 542 

Un crucifix dans sa main: son âme monte 
au ciel sous la forme d'une colombe. 

S. Sébald. vin' siècle. 

En pèlerin, et tenant une église dans sa 
main. 

S. Sebastien, mart. 288 

Tenant dés flèches à la main. 
A genoux et offrant au ciel deux flèches 
qu'il lient à la main. 

S. Sévère de Ravenne, év. 
Une colombe sur son épaule. 

S. Sévère d'Avranches, év. 
Un cheval à côté de lui. 

S. Séverin, év. 482 

Une église dans sa main. 

S. Simon, apôtre. 
Un poisson dans sa main 
Une scie dans sa main. 



Liber Chronicarum ; Nuremberg; 



Lib. Chronicarum. 
Monum. italiens. 



390 
vi e siècle. 



Dit Attribute. 



Ikonographie. 
Ikonographie. 



Ste Suzanne, vierge, mart. 293 

Une couronne et une épéc. 



Monum. sculptés en Angleterre. 

Catal. sanctorum; statue à la cath. 
d'Exeter; Heures par J.Quentin, 1522; 
très-nombreux monum. en France. 

Ikonographie. 



37 EMF 

SAINTS AVEC LEURS EMBI.ÉMKS. 

S. Théodore d'Héraclée. 

Général romain. — Epée et dragon. 

S. Théodore, év. 
A cheval, crocodile sous ses pieds. 
Ste Tiiéodorik, vierge, mart. 
Une pierre dans sa main. 

S. Thomas, apôtre. 
Appuvé sur une pique ou une lance. 

S. Thomas d'Aquin. 
Une étoile sur sa poitrine. 
Colombe à son oreille. 
Colombe sur son épaule. 
Un calice et une hostie devant lui. 

Ste Ursule, vierge, mart. 
Une flèche dans sa main. 
Couronnée: une flèche en main. 
Une flèche : une bannière blanche. 
Avec une croix rouge. 
Une colombe à ses pieds. 

S. (Ursus) Ours, mart. 
Une bannière et une épée. 



Ann. de J.~C. 
319 



ENC 

SOURCES ET MONUMENTS. 



013 

308 



127k 



Die Hciligenbilder. 

Monnaies de Montserrat. 

Die Attribute. 

Très-nombreux monura. 

B. Angelico da Fiesole. 
Arbor Pastoralis. 
Lib. Chronicarum. 
llionographic. 



v' siècle. 



300 



Liber Chronicarum. 
Vienne. 



Die Attribute. 
Die Heiligcnbilder. 



Ste Valérie, vierge, mart. 
Portant dans ses mains sa tète couronnée. 

S. Vexant de Tours. 
Lions autour de lui. 

S. Victor de Marseille, mart. 
Une meule de moulin et une épée. 
S. Vincent, diacre mart. 
Diacre portant un gril. 

EMBRASURE— On appelle embrasure l'é- 
largissement qui se pratique aux portes et 
aux fenêtres du côté de l'intérieur des ap- 
partements. Il sert à donner plus d'ouver- 
ture aux fenêtres et aux abat-jour. Voy. 
Abat-jour, Ebrasement. 

EMPATEMENT.— C'est la partie inférieure 
d'une muraille, et qui lui sert de base ou de 
soubassement : elle est ordinairement en 
saillie sur la partie supérieure de la mu- 
raille. 

EMPATTEMENTS. — Espèce, d'ornement 
usité dans l'architecture religieuse du moyen 
Age, destiné a rattacher le tore inférieurde la 
base d'une colonne au socle qui la soutient. 
Voy. Base, Appendice. Les empattements ou 
bases appcndiculécs indiquent presque tou- 
jours la seconde moitié du xir siècle ou le 
commencement du xnr siècle. Ils sont gé- 
néralement au nombre do quatre, quelque- 
fois au nombre de huit, et placés aux angles. 
Les formes d'empattements sont assez va- 
riées : ce sont ordinairement des feuilles 
enroulées ou des feuillages étalés avec goût. 
Rien n'est plus élégant en ce genre que les 
empattements des colonnes et colonnettes à 
léglise de Candes, au diocèse de Tours, et à 
l'antique église abbatiale de Saint-Julien de 
Tours. 

EMPLECTON. — Espèce d'appareil de cons- 
truction. Voy. Appareil. En construisant 
leurs murs, lorsqu'ils n'avaient pas une 
épaisseur trop considérable , les Grecs les 
élevaient entièrement en pierres de taille ; 
niais, lorsqu'ils devaient être très-épais, ils 



vers 250 



vers 500 



Vitraux, cath. de Limoges. 



Die Attribute. 



ni e siècle. 



30k 



lkonographie. 
Très-nombreux monuments. 



employaient Yemplecton, c'est-à-dire que l'on 
ne construisait en grosses pierres taillées 
que les murs extérieurs ou de face ; quant 
aux pierres destinées à remplir le vide entre 
les murs de face, on ne les taillait point et 
on les plaçait dans un bain de mortier. Les 
Romains employaient aussi Yemplecton dans 
leurs constructions ; mais ils y mettaient 
moins de soin que les Grecs. 

ENCADREMENT.— Ensemble des moulu- 
res qui entourent un médaillon, une rosace, 
une fenêtre, un panneau sculpté de menuise- 
rie. A l'époque de la Renaissance, les artistes 
ont sculpté en pierre des encadrements ex- 
trêmement ornés; au moyen âge, ils sont or- 
dinairement formés de moulures plus ou 
moins compliquées, quelquefois de moulures 
accompagnées de guirlandes de feuillages. 

ENCAUSTIQUE (Peinture a l). — Dans 
son Histoire de la peinture, Em. David donne 
quelques détails sur la peinture à l'encaus- 
tique. Les procédés de l'encaustique au pin- 
ceau , dit-il ( pag. 90), vainement cherchés 
pendant longtemps, sont à peu près connus 
depuis les expériences intéressantes de Ré- 
quéno, et pourront l'être encore mieux, si 
l'on rapproche les uns des autres les passa- 
ges des écrivains de l'antiquité, qui s'y rap- 
portent. Dans ce genre de peinture, la cire 
et les couleurs étaient mêlées à des substan- 
ces résineuses, que nous trouvons désignées 
dans les auteurs sous le nom générique de' 
pharmaca. Kcu'aî Zlvi(^:)yp«fo-j),-/.ripôç,yp'i>uara. 
fâûftttxeti kvôu : Atque mat trio? ipsœ (pictoris) 
cera, colores, pharmaca, pigmenta. (Jul. Po!-' 



30 



ENC 



ENC 



49 



Jus, Onom., lijb vu, cap. 28, segm. 1-28.) Ces 
substances étaient de- lasarcocole, du bitume 
solide, du mastic et de l'encens. (Plin,, lib. 
xii, cap. 17; lib. xm, cap. 11 ; lib. xiv, cap. 
2U; lib. xvi, cap. 12; lib. xxiv, cap. 6; lib. 
xxxiv, cap. k.) Cauterium in pictorum ins- 
tnunentis continclur, quo bituminationes et 
fortiorcs quœtfur conylutinationes coquuntur, 
maxime in en piciura quœ iy>.Kv<niY.*) appel- 
lalur. La cire que ces gommes résineuses 
tenaient en dissolution formait avec elles le 
gluten dont la chaux tient lieu dans la fres- 
que. Le mur bien sec recevait d'abord u:îo 
couche d'huile, ensuite une seconde cou- 
che composée de poix grecque, de mastic 
ou d'autres matières de cette nature. Un ré- 
chaud, dont la face antérieure était plate, 
cauterium, présenté devant la muraille, en 
fondant de nouveau ces corps résineux, les 
faisait pénétrer dans le plâtre ou dans le 
mortier. Sur cette couche était appliquée 
Y impression , qui était un composé de cire, 
peut-être de mastic, et d'une matière colo- 
rante ordinairement blanche. C'est sur cette 
impression que l'artiste exécutait son ou- 
vrage, sans le secours du feu, après avoir 
broyé ses couleurs à l'eau, avec le mélange 
de résine et de cire, qu'il avait auparavant 
fait durcir; quand la peinture était achevée, 
il la recouvrait d'un vernis dont la prépara- 
tion était malheureusement le secret de cha- 
que maître, mais qui, dans l'usage le plus 
général, dut être composé de cire vierge, de 
mastic et peut-être de quelque bitume li- 
quide. Venait ensuite la cautérisation ou le 
brùlement, qui s'exécutait avec le réchaud 
employé à la première opération, et de la 
même manière. La chaleur, en pénétrant le 
vernis, la peinture qu'il recouvrait, l'impres- 
sion et la couche préparatoire, jusqu'à faire 
suer le dehors (ccram apprime cum pariete ca- 
Irfaciendo sudare cogat), Vitruv. , lib. vu, 
cap. 9. — ■ Ad sudorcm usque , Pline , lib. 
xxxin, cap. 7), formait un seul tout de ces 
matières résineuses : de là le nom d'en- 
caustique, inustion ou brùlement intérieur. 
On polissait enfin l'ouvrage avec un linge, 
soit à la chaleur affaiblie du réchaud, soit à 
celle d'un faisceau de bougie ; la surface ac- 
quérait, par cette dernière opération, l'éclat 
du marbre; et la peinture, garantie par la 
cire et la résine de l'humidité interne du 
mur et du contact de l'air, demeurait bril- 
lante et ineffaçable. Voy. Peintures des ca- 
tacombes, Peinture murale. 

ENCENSOIR. — LLes encensoirs sont sou- 
vent mentionnés dans les saintes Ecritur.es, 
et nous savons qu'on en faisait usage fré- 
quemment, sous l'ancienne loi, dans le tem- 
ple de Salomon. Ainsi l'historien Josôphe 
nous apprend que Salomon fit faire vingt 
mille encensoirs d'or pour le temple de Jé- 
rusalem, qui servaient à offrir les parfums, 
et cinquante mille autres qui servaient à 
porter le feu. L'usage de l'encensoir découle 
naturellement de celui de l'encens que l'on 
a offert dans les temples dès la plus haute 
antiquité. La forme primitive de l'encensoir 
est un vase, d'un? forme plus ou moins élé- 



gante, en métal, pour recevoir des charbons 
ardents sur lesquels l'encens pouvait brûler 
et répandre ses vapeurs odoriférantes. Lors- 
qu'on mit un couvercle sur ce vase, on le 
perça d'un grand nombre de petites ouver- 
tures. Plus tard, enfin, afin de pouvoir ba- 
lancer le vase, on le suspendit à des chaî- 
nes, ainsi que le couvercle. De là, la forme 
usitée dans nos églises, qui a toujours été la 
même, quant au fond, et qui a varié seule- 
ment par les ornements et les accessoires. 

L'usage de l'encensoir dans nos cérémo- 
nies sacrées remonte au -berceau même de 
l'Eglise. Les plus anciens écrivains ecclé- 
siastiques en font mention sous les noms 
de thymiaterium, thuricremium, incensorium, 
fumiyatorium. On a quelquefois appelé in- 
censorium, la navette, ou le petit vase ordi- 
nairement en forme de petite nacelle, où 
l'on met l'encens broyé : le nom propre de 
la navette en latin est acerra. Dans les gran- 
des églises, les encensoirs étaient souvent 
en or ou en argent. Constantin le Grand of- 
frit à l'église de Saint-Jean de Latran deux 
encensoirs de l'or le plus pur, pesant 30 li- 
vres. Le même empereur donna au baptis- 
tère de Latran un encensoir de l'or Je plus 
pur, pesant 10 livres, orné tout autour de 
pierres précieuses, au nombre de quarante- 
deux. Saint Sixte 1!1 donna à la basilique 
Libérienne un encensoir d'argent pesant 5 
livres. Le pape Sergius, en 690, fit faire un 
grand encensoir d'or, avec des piliers et un 
couvercle, qui était suspendu devant l'image 
de saint Pierre ; on y faisait brûler de l'en- 
cens en abondance pendant la messe, au 
jour des principales fêtes. Charlemagne 
donna au monastère de Charroux trois croix 
d'or et sept encensoirs également d'or. Vers 
le même temps, dans le trésor du monastère 
de Saint-Trudon ou Tron, il y avait sept en- 
censoirs d'argent et deux navettes de même 
métal. Dans le trésor de l'église deMayenee, 
selon la chronique de l'évêque Conrad, il y 
avait dix encensoirs d'argent doré, et un au- 
tre d'or qui posait 3 livres ; il y avait aussi 
onze navettes, dont une était faite d'une 
pierre d'onyx, ressemblant à un dragon ; le 
creux pour mettre l'encens était sur le dos 
de l'animal, et tout autour de l'ouverture il 
y avait une bande d'argent portant une ins- 
cription en lettres grecques. Sur la tête du 
dragon, il y avait une grosse topaze, et deux 
escarboncles formaient les yeux. Riculfe, 
évêqued'Elne, en Roussillon, laissa à son 
église, en 915, deux encensoirs avec leurs 
chaînes d'argent. Dans le monastère de Cen- 
tule ou de Saint-Riquier, en Picardie, il y 
avait, en 830 , quatre encensoirs d'argent 
avec des ornements en or. (Voy. Evagrius, 
llist. ecclés., lib. iv, cap. 7.) 

Avant de donner la description et l'indica- 
tion d'encensoirs du moyen âge, qui sont 
parvenus jusqu'à nous, malgré les perles in 
nombrables que la religion et l'art ont faites 
sous ce rapport, nous placerons un curieux 
extrait delà diversarumartium schedula, i\\x 
moine Théophile, qui vivait au xn' siècle. 
On y voit la manière dont les ouvriers-ar- 



41 



ENC 



ENC 



il 



tistes de cette époque se servaient pour fa- 
briquer des encensoirs de matières pré- 
cieuses. 

II. 
a Si vous voulez fabriquer au marteau des 
encensoirs en or, en argent ou en cuivre, 
d'abord vous purifierez d'après le procédé 
indiqué ; coulez dans des moules en fer deux, 
trois, quatre marcs, selon la quantité que 
vous voulez employer à la partie supérieure 
de l'encensoir Quand vous aurez déve- 
loppé la hauteur, avant de limiter la lar- 
geur, tracez-y des tours, savoir en haut une 
octogone avec un égal nombre de fenêtres, 
au-dessous quatre carrées, à chacune des- 
quelles seront adaptées trois colonneltes. et 
entre elles deux fenêtres allongées: au mi- 
lieu de celles-ci sur la colonne centrale sera 
une petite fenêtre ronde. Au-dessous en 
troisième lieu on fera huit autres tours, c'est- 
à-dire, quatre rondes répondant aux carrées 
supérieures, on y représentera des fleurs, 
des oiseaux, des animaux ou de petites fe- 
nêtres; entre elles quatre carrées en outre 
plus larges, ornées de bas-reliefs d'anges pa- 
raissant s'y reposer avec leurs ailes. Au-des- 
sous, au point où le vase s'arrondit, on 
exécutera quatre arcs un peu allongés vers 
le haut ; o*i y placera les quatre évangélistes, 
soit sous la figure d'anges, soit sous le sym- 
bole d'animaux : entre ces arcs, sur le bord 
même de la rondeur, seront quatre têtes fon- 
dues de lious ou d'hommes, à travers les- 
quelles passeront les chaînes. Ces chose3 
disposées au moyen des outils et des mar- 
teaux, en dedans et en dehors, on les bat- 
tra jusqu'à ce qu'elles soient entièrement 
formées; on les limera, on les raclera, on 
Jes fouillera avec les fers à creuser : c'est la 
partie supérieure de l'encensoir; on battra 
la partie inférieure et son pied; on y fera 
quatre arcs qui répondent à ceux du 'haut, 
et dans lesquels seront assis les quatre fleu- 
ves du paradis sous la forme humaine, avec 
leurs urnes, d'où semblera se répandre une 
eau ruisselante. Dans les angles où s'unissent 
les cercles, seront attachées les tètes de 
lions ou les figures d'hommes dont nous 
venons de parler, de manière qu'à la partie 
inférieure adhèrent les figures dans lesquel- 
les seront fixées les chaînes et à la partie 
supérieure les crinières ou les chevelures 
par où passeront ces chaînes. Si le pied ne 
peut être battu avec la partie inférieure, on 
le fera à part, soit au marteau, soit au 
moule; on le posera avec la soudure mêlée 
d'argent et de cuivre, que nous avons indi- 
quée. Le lis auquel on doit adapter l'anneau 
et attacher les chaînes au-dessus, se fera 
semblablernent au marteau ou au moule; 
on l'ornera de fleurs, de petits oiseaux, d'a- 
nimaux, suivant le genre de ce qui est au- 
dessous. » (Diversarum arlium schedula, lib. 
ut, cap. 59.) 

III. 
Suivant quelques auteurs, l'Eglise grec- 
que aurait devancé l'Eglise latine dans l'u- 
sage des encensoirs portatifs avec des chaî- 
nes. Dans les plus anciennes peintures grec- 
Dir.TfDNN. n'AncnÉoi-ociF. sacrée. II. 



ques-byzantines, les prêtres sont toujours 
représentés tenant de la main droite un en- 
censoir avec des chaînes, et le livre des 
Evangiles. Cette opinion ne nous paraît pas 
en tout conforme aux documents histori- 
ques. Les faits que nous avons mentionnés 
plus haut semblent la démentir ou du moins 
en atténuer le sens absolu. 

L'encensoir à chaînes se voit souvent dans 
le tympan des portes des églises bâties en 
style romano-byzantin, au xn e siècle. On y 
remarque Nutre-Seigneur vêtu du péplum et 
tenant d'une main le livre des Evangiles : il 
lève ordinairement la main droite dans l'at- 
titude du pontife qui donne la bénédiction. 
Quand la figure de Jésus-Christ n'est pas 
entourée des figures symboliques des quatre 
évangélistes, il arrive ordinairement que 
deux anges placés de chaque côté tiennent 
des encensoirs en main. On en voit également 
dans beaucoup d'autres sujets du xir et du 
xm e siècle. M. Didron a publié, dans les 
Annales archéologiques, un charmant modèle 
de ce genre, copié sur les sculptures de la 
cathédrale de Chartres. 

Tous les encensoirs sculptés dans les bas- 
reliefs de cette époque présentent une forme 
globulaire, et dans leur couronnement ou 
couvercle, l'image de petits toits et de tou- 
relles dont les fenêtres à jour facilitaient la 
sortie de la fumée. 11 en existe un, dans 
cetteforme, et remontant à la fin duxir siècle, 
ou au commencement du xm e , dans la 
sacristie de la cathédrale de Trêves. Le des- 
sin et la description en ont été publiés dans 
le Bulletin monumental dirigé par M. de 
Caumont, tom. IV, pag. 158 et suiv. En voici 
la description donnée par M. l'abbé Dupré ; 
« La partie supérieure de cet encensoir 
est un dôme octogonal, autour duquel règne 
une ceinture de tours fortifiées; au-dessous 
sont quatre grandes façades angulaires, qui 
se coupent à angle droit par le sommet : et 
dans les angles rentrants de cette façade 
surgissent quatre grosses tours qui dissimu- 
lent très-adroitement le grand espace vide 
qui y serait resté, et forment comme la base 
solide du système des fortifications qu'elles 
complètent. 

« Sur le centre des quatre grandes faces 
principales se détachent autant d'hémi- 
sphères correspondants, qui donnent une 
tournure plus gracieuse et plus elliptique à 
l'ensemble de l'encensoir. C'est surtout dans 
les dessins qui ornent ces hémisphères que 
se révèle le goût byzantin. Sur deux côtés, 
ce sont des animaux fantastiques, et sur les 
deux autres, des figures de renard entrela- 
cées dans des cercles garnis de fleurons, et 
semblant jouer ou se défier mutuellement. Et 
comme les interstices de ces dessins bizarres 
sont en creux, les reliefs n'en sont que plus 
nets et mieux accusés. C'est par ces espaces 
vides et par les fenêtres cintrées du couron- 
nement supérieur que s'échappait la fumée. 
Divers petits ornements en saillie tendent 
à racheter la fuite, trop brusque des bords 
les plus éloignés de la largeur, vers le point 
d "jonction avec le pied de l'encensoir. Ce 

o 



,:3 enc. 

pied, en argent, comme tout le reste, ost 
légèrement gravé en dessus, et porte inté- 
rieurement une assez forte masse de plomb, 
probablement pour faciliter le balancement 
de l'encensoir dans les mains du thurifé- 
raire. » ... 

Le dessin d'un encensoir plus ancien en- 
core que celui de Trêves a été publié dans 
les Annale» archéologiques, tom. IV, pag. 3 ( .W. 
Cet encensoir est en cuivre, à trois chaînes 
et a trois compartiments, comme Innocent 
UI et Guillaume Durand semblent les préfé- 
rer pour une raison mystique des plus pro- 
fondes; car ils y voient le symbole de l'union 
du corps, de l âme et de la divinité dans Jé- 
sus-Cbrist. Nam sicut in thuribtUo pars su- 
per ior et inferior tribus catenulis uniuntur, 
xta très in Cliristo sunt uniones quibus divi- 
nilas et humanitas conjunguntur. Unio carnis 
ad animam, unio divinitatis ad camem, et 
unio divinitatis ad animam. Quidam autem 
quartam unionem assignant, videlicet deitatis 
ad compositum ex anima simul et came; nam 
quœdam thuribula quatuor habent catenulas. 
(Innoc 111. De sacro altaris mysterio, lib. h, 
cap. 17.) L'ornementation végétale et ani- 
male de cet encensoir rappelle exactement 
celle des chapiteaux de nos églises élevées 
à la fin du xn e siècle ou au commencement 
du xm e . Ces oiseaux, ces dragons et ces 
lions, qui mordent deux à deux les rinceaux 
où ils s'embarrassent, où ils s'enchevêtrent, 
se retrouvent à peu près identiques sur les 
chapiteaux du chœur et du sanctuaire de 
Saiut-Germain-des-Prés; c'est l'époque où 
le roman va céder la place au gothique, ou 
le cintre alterne avec 1 ogive. 

Le couvercle est surmonté de trois petits 
personnages accroupis, regardant un ange 
assis sur un trône. Ces trois jeunes gens 
sont les trois Hébreux qui vivaient en 
captivité à Babylone , avec le prophète 
Daniel. Leurs noms sont écrits sur la 
bande de méial où posent leurs pieds. On y 
lit sans peine : Ananias, Misael, Azamas. 
L'ange tient à la main gauche un objet cir- 
culaire, que l'on retrouve à la main des an- 
ges dans le style byzantin, et qui est appelé 
le sceau de Dieu. Ananias, Misaël et Azarias 
louent Dieu qui les a délivrés de la flamme 
et de la mort : Benedicite, Anania, Azaria, 
Misael , Domino ; laudate et superexaltate 
eum in sœcula. Quia cruit nos de inferno, et 
salvos fecit de manu mortis, et liberavit nos 
de medio ardentis flammœ, et de medio ignis 
eruit nos. (Dan. m, 88.) Un encensoir que 
l'on remplit de charbons ardents sur les- 
quels se consume l'encens, peut être com- 
paré à une fournaise. C'est une idée char- 
mante d'avoir ainsi représenté, comme sor- 
tant de cette petite fournaise et délivrés par 
l'ange de Dieu, les trois jeunes Hébreux de 
Uabylone. Dans leur cantique, les trois en- 
fants invitent la création entière à louer 
Dieu. L'encens n'est-il pas le symbole de 
la prière ? 

IV. 
Les anciens encensoirs peuvent être re- 
gardés eomme des pièces d'orfèvrerie sur 



ENC 



u 



lesquelles l'art s'était exercé à reproduire 
des ornements gracieux et variés. Ces orne- 
ments étaient disposés de manière à laisser 
passer les nuages odoriférants de l'encens, 
sans que le goût de la symétrie fût en rien 
blessé par la distribution des jours et des 
pleins. On rencontre une grande quantité 
de modèles d'anciens encensoirs dans les 
vieux tableaux de l'école flamande et de 
l'école germanique. Un magnifique encen- 
soir d'argent existe encore à la sacristie de 
la principale église de Louvain, et l'on s'en 
sert toujours dans les cérémonies de l'église. 
Une paire d'encensoirs d'argent fort curieux 
se trouvaient jadis à la cathédrale de BAle 
et se trouvent aujourd'hui entre les mains 
d'un amateur, M. le colonel Theubet. Un 
encensoir de cuivre du xn* siècle, qui avait 
été enrichi d'émaux, fut découvert il y a 
quelques années dans les ruines du château 
d'Alton : il est maintenant en possession du 
comte de Sbreswbury. Il nous est impossi- 
ble de donner ici le catalogue des objets de 
ce genre qui se trouvent à Paris dans les col- 
lections publiques ou privées. 
V. 

Nous allons finir cet article en donnant les 
extraits de quelques inventaires de riches 
églises, empruntés au Monasticon anglica- 
num de Dugdale. 

Cathédrale de Lincoln. — « D'abord une 
paire de grands encensoirs, argent et or, 
avec têtes de léopards, avec six fenêtres ; il 
y manque deux feuilles et un pinacle, et le 
sommet de trois pinacles, avec quatre chaî- 
nes d'argent non doré ; avec un nœud auquel 
il manque une feuille, ei ayant deux an- 
neaux, un plus grand et un autre plus petit, 
pesant 88 onces et demi-quart. — Item, une 
paire d'encensoirs, argent et or, avec huit 
têtes de léopards sur le vase ou la coupe, et 
huit sur le couvercle, un nœud ou pomme 
et deux anneaux, pesant 53 onces et demie. 
— Item, une paire d'encensoirs, argent et or, 
avec trois têtes de léopard et une inscrip- 
tion : Soli Deo honor et gloria, avec qua- 
tre chaînes d'argent non doré et deux an- 
neaux ; il manque le sommet d'un pinacle, 
une partie du nœud d'un pinacle et une par- 
tie d'une fenêtre ; le tout pesant 36 onces. — 
Item, deux paires d'encensoirs, argent et or, 
d'ouvrage ciselé et en bas-relief, avec qua- 
tre chaînes d'argent et deux anneaux; ayant 
six fenêtres et six pinacles; un pesant 39 
onces, l'autre 33 onces. — Item, une navette, 
argent et or, avec deux couvercles, ayant 
deux têtes; il y manque six pinacles et une 
fleur; ayant une petite cuiller terminée d'un 
côté par une croix, pesant avec la cuiller 33 
onces et un quart. — Item, deux paires d'en- 
censoirs d'argent, d'ouvrage ciselé en relief, 
avec six pinacles et six fenêtres, chacun 
de ces encensoirs ayant quatre chaînes d'ar- 
gent et deux anneaux. » 

Cathédrale d'York. — « Item, deux grands 
encensoirs d'argent, avec les fenêtres supé- 
rieures émaillées, et têtes de léopards pour 
l'émission de la fumée ; le don de lord Tho- 
mas Arundel , archevêque d'York, pesant 



45 



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tQ livres C onces et demie. — Item, un nou- 
vel encensoir d'argent doré, avec de petites 
roses d'argent autour de la coquille supé- 
rieure ; le don de M. Etienne Scrope, pesant 
k livres 8 onces et demie. — Item, deux en- 
censoirs d'argent, de môme forme, avec des 
fenêtres ouvertes sur la coquille supérieure, 
et contenant des coupes de fer travaillé; le 
don des exécuteurs de M. Robert Wildon, 
jadis trésorier de cette église, pesant k livres 
et demie. — Item, une navette d'argent pour 
contenir de l'encens, avec une cuiller d'ar- 
gent doré, pesant 2 livres et demie. » 

Cathédrale de Saint-Paul. — « Deux en- 
censoirs d'argent, entièrement dorés à l'ex- 
térieur, avec des ornements gravés et en bas- 
relief, avec des festons pendants et des tou- 
relles, et 16 petites clochettes d'argent sus- 
pendues, avec chaînes en argent non doré, 
pesant onze marcs 20 d. — Item, deux en- 
censoirs d'argent, avec des chaînes en ar- 
gent massif, ayant des or.nements propres 
aux églises et des tourelles rondes, et des 
bandes ornées de dessins gravés pesant 17 
marcs et demi. — Item, deux encensoirs d'ar- 
gent, entièrement doré à l'extérieur, ornés 
de pommes de pin (pinonato), et des chaînes 
d'argent, non dorées, pesant 8 marcs et 5 s. 
— Item, deux encensoirs d'argent, dorés à 
l'extérieur, avec des chaînes d'argent non 
dorées, décorés d'ornements en spirale et de 
pommes de pin (cocleato et pinonato), pe- 
sant 5 marcs 9 s. — Une navette d'argent, 
en partie dorée et ornée de gravures, ayant 
une tête de dragon à l'extrémité supérieure, 
avec une cuiller et une petite chaîne d'ar- 
gent, pesant 30 s. » 

ENCORBELLEMENT. —On appelle encor- 
bellement tout objet qui est en saillie sur le 
•nu d'un mur et qui porte à faux. Dans les 
monuments du moyen âge on voit un grand 
nombre de parties bâties en encorbellement. 
Ces parties sont appuyées sur des consoles 
ou corbeaux, sur des chapiteaux, des figu- 
res, des feuillages ou des moulures, qui vont 
en diminuant jusqu'au niveau de la surface 
perpendiculaire de la muraille. On aperçoit 
fréquemment sur les flancs des églises, aux 
façades extérieures et même à l'intérieur, 
des tourelles, des cages d'escalier construi- 
tes en encorbellement. A la cathédrale de 
Bourges, les chapelles absidales sont ap- 
puyées, à l'extérieur, sur un encorbellement 
«ardi et très-bien bâti. Dans les châteaux, 
'es murs d'enceinte des villes, les portes des 
abbayes, on voit aussi très-fréquemment 
des tourelles bâties en encorbellement. 

ENDUIT. — Revêtement d'un mur cons- 
truit en pierres irrégulières, en ciment, en 
plâtre, en stuc, soit pour lui donner seule- 
ment une surface unie, soit pour le prépa- 
rera recevoir une peinture à fresque, à l'en- 
caustique ou à l'huile. On s'est seryi d'en- 
duits variés aussi bien dans l'architecture 
antique que dans l'architecture moderne et 
celle du moyen âge. Il est à noter que dans 
certains édifices du moyen âge, au xn' et au 
lin* siècle, on a parfois recouvert d'un en- 
duit les voûtes bâties en petites pierres non 



appareillées : on a ensuite figuré les appa- 
reils sur cet enduit avec un trait de couleur 
rougeAtre. 11 y a des voûtes ainsi revêtues 
d'enduits à l'église abbatiale de Saint-Julien 
de Tours, commencée en 122i et terminée 
au milieu duxiir siècle. Il y en a également 
â la cathédrale de Nevers. 

ENDYTIS ou Endothis. — Ces mots si- 
gnifient couverture d'autel, en latin circito- 
rium. Voy. Couverture d'autel, Chasuble. 

ENFAITEMENT. - Morceaux de plomb 
ou d'autre métal, ou de pierre, qui servent 
à couvrir le faite des édifices. Il y a des en- 
faitements évidés à jour et ornés. C'est la 
même chose que les crêtes. Voy. Crète. 

ENFEU. — L'enfeu est à proprement par- 
ler un caveau funéraire pour enterrer les 
morts. De grandes niches, appelées enfeus, 
se font remarquer dans un grand nombre de 
chapelles ; elles sont souvent pratiquées dans 
la partie inférieure du mur de clôture du 
chœur. Ces niches ou enfeus, quelquefois 
fort simples, quelquefois remarquables par 
leur ornementation, étaient préparés pour 
recevoir des tombes. On voit de ces enfeus 
qui ont un petit autel , dans le cube duquel 
est une cavité destinée à servir de sépulcre. 
Le droit d'enfeu était un droit seigneurial 
dans certaines provinces de France, avant la 
révolution de 1790- C'est ainsi que Maurice 
de Craon fit bâtir dans l'église des Corde- 
liers d'Angers la chapelle de Saint-Jean- 
Baptiste, et un enfeu pour la sépulture de 
ceux de sa maison. Ménage, dans son His- 
toire de Sablé, fait venir le mot enfeu du la- 
tin infodicum (Liv. ix, chap. 3). 

ENGAGÉES (Colonnes). — Les colonnes 
engagées paraissent avoir une partie de leur 
épaisseur engagée dans une muraille ou dans 
un pilier. On en trouve beaucoup dans nos 
églises du moyen âge, depuis le xn' siècle 
jusqu'à l'époque de la Renaissance. 11 est 
même à remarquer que les colonnes isolées 
sont rares dans nos monuments chrétiens ; 
en sorte que l'on pourrait considérer les co- 
lonnes engagées comme un des caractères les 
plus saillants de l'architecture religieuse. Les 
anciens, cependant, n'ignoraient pas l'emploi 
des colonnes engagées dans leurs édifices; 
mais ils en ont rarement fait usage. Dans les 
églises, rengagement des colonnes est [dus 
ou moins considérable: il varie du quart à 
la moitié de la circonférence. Les colonnes 
engagées au quart de la circonférence sont 
plus élégantes que les autres, qui sont lour- 
des, et dont le profil n'est pas assez libre. 

ENGRENÉ. — Les claveaux engrenés sont 
ceux qui sont taillés de manière à s'emboîter 
les uns dans les autres, au moyen d'angles 
saillants et rentrants. Voy. Claveau. 

ENROULEMENT. — Les enroulements sont 
des ornements diversifiés à l'infini qui s'en- 
roulent ou se contournent en forme de spi- 
rale ou de volute. On appelle encore du 
même nom les ornements en S tracés sur les 
côtés des modillons ou des consoles, ainsi 
que les grands rinceaux contournés, qui sont 
si multipliés dans les arabesques. L'architec- 
ture romano-bvzantine a fait un grand usage 



il 



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43 



des enroulements dans l'ornementation des 
édifices: on en connaît beaucoup de modules 

différents qui se trouvent sur 1rs chapiteaux, 
le fût et la base des colonnes. On retrouve 
également dos enroulements dans l'ornemen- 
tation des monuments du style ogival. Dans 
les vitraux peints et dans les grisailles du 
xiir siècle, on remarque aussi une grande 
quantité d'enroulements; il en est de même 
dans la serrurerie de cette époque. Le plus 
beau spécimen de cette dernière espèce 
d'enroulements se trouve aux pentures des 
portes de la cathédrale de Paris, dont le des- 
sin et la gravure ont été publiés dans la Mo- 
nographie de Paris. Voy. Arabesques. 

L'antiquité faisait usage d'enroulements 
dans les édifices, sur les frises et sur les 
frontons; les volutes du chapiteau ionique 
et celles du chapiteau corinthien peuvent 
être regardées comme de véritables enroule- 
ments. L'art de la Renaissance a fait un em- 
ploi fréquent des enroulements : il est dif- 
ficile d'imaginer une variété de formes plus 
multipliée et en même temps plus élégante 
que celle qui a été créée alors. Il y a bien 
loin de ces formes gracieuses et légères, aux 
formes lourdes et désagréables qui ont été 
en vogue, plus tard, dans l'architecture mo- 
derne. 

ENÏABLÉES (Feuilles). — On désigne 
sous le nom de feuilles cntablées de larges 
feuilles plus ou moins épanouies, plus ou 
moins multipliées, placées sous la saillie de 
l'entablement, ou plutôt de la corniche, 
dans les monuments de la période ogivale. 
Ces feuilles ont un caractère particulier sui- 
vant le style d'architecture en vigueur dans 
les édifices qu'elles sont destinées à décorer. 
Dès le xn c siècle, on en voit apparaître en 
plusieurs endroits; mais ce n'est qu'au xm e 
siècle qu'elles se montrent à peu près cons- 
tamment : elles furent conservées à la môme 
place et dans la môme intention jusqu'à la 
décadence du style à ogives. Dans le style 
ogival primitif, les feuilles entablées se re- 
courbent à leur extrémité en forme de cro- 
chets et sont séparées par des feuilles va- 
riées, moins saillantes, et communément 
empruntées au règne végétal de notre pays. 
Au xiv' siècle ces sortes de feuilles sont 
largement étalées par bouquets régulière- 
ment espacés. Enfin au xv e siècle et au com- 
mencement du xvi% il y a sous la corniche 
supérieure des feuilles à divisions nom- 
breuses , également réunies en bouquets 
élégants; mais à cette même époque, on voit 
souvent les feuilles entablées remplacées 
par des guirlandes légères de feuilles de vi- 
gne, de mauve frisée, de vigne vierge ou 
d'autres plantes prises à la flore indigène 
et exécutées avec une grande perfection de 
détails et une grande finesse d'imitation. Il 
faudrait nommer à peu près tous les monu- 
ments du moyen âge de style ogival, si l'on 
voulait citer des exemples"de feuilles enta- 
blées. Nous citerons la cathédrale de Colo- 
gne comme l'édifice où elles ont été traitées 
avec le plus de soin et où on semble leur 
avoir accordé plus d'importance. 



ENTABLEMENT. — L'entablement est 

une des parties essentielles de la façade an- 
tique, celle qui couronne l'ordre entier. 11 
est composé de trois parties, Y architrave, la 
frise et la corniche. La proportion la plus 
convenable pour l'entablement est de lui 
donner le quart do la hauteur des colonnes. 
L'architrave porte immédiatement sur les 
colonnes; la frise est la partie intermédiaire, 
enfin la corniche est la partie supérieure. 

Les moulures, les profils, les ornements, 
les proportions de l'entablement varient se- 
lon les divers ordres d'architecture anciens. 

L'architrave qui figure la principale pou- 
tre, posée horizontalement sur les chapi- 
teaux pour supporter le plancher, est ordi- 
nairement formée dans les monuments an- 
tiques de longues pierres régnant de l'axe 
d'une colonne à l'axe de l'autre colonne. 
Lorsque cette disposition est rendue im- 
possible par le trop petit volume des pier- 
res, ou leur qualité trop peu résistante, 
l'architrave se construit avec des claveaux 
ou pierres cunéiformes bien appareillées. 

La figure de l'architrave, dans l'ordre tos- 
can, est une simple plate-bande ou face 
couronnée d'un filet. Au dorique, elle a deux 
bandes, ainsi qu'au composite, légèrement 
en saillie l'une sur l'autre. Dans l'ionique 
et le corinthien, elle en prend trois que 
couronne un talon. Au corinthien et au 
composite, ces bandes sont jointes par de 
petites moulures taillées d'ornements, ainsi 
que le couronnement; mais les bandes mê- 
mes sont toujours lisses. 

La frise qui simule l'épaisseur du plan- 
cher est aussi une plate-bande qui peut 
recevoir des ornements de plusieurs sortes. 

Dans l'ordre dorique la frise est divisée 
par des triglyphes ou faibles saillies qua- 
drangulaires qu'on suppose rappeler les 
poutres sur lesquelles porte le plancher, et 
dont l'extrémité est sillonnée par trois rai- 
nures ou petits canaux appelés glyphes, à 
deux biseaux tracés verticalement pour fa- 
ciliter l'écoulement des eaux. Les triglyphes 
doivent être à distances égales entre elles, 
un au droit de chaque colonne, un autre au 
milieu de l'entre-colonuement (les architectes 
modernes en mettent deux pour obtenir 
plus d'écartement). L'espace carré ménagé 
entre deux triglyphes s'appelle métope. On 
croit que primitivement il demeurait ouvert. 
Depuis, on l'a fermé, et souvent décoré de 
sculptures, surtout d'un écu ou bouclier 
rond, souvenir de l'ancienne coutume de 
suspendre les boucliers aux voûtes des tem- 
ples pendant la paix ; d'autres fois de tro- 
phées, de figures et môme de sujets histo- 
riés. Les métopes du Parthenon, et proba- 
blement de plus d'un autre temple antique, 
étaient des plaques de marbre travaillées dans 
l'atelier de l'artiste, et qui se glissaient à 
leur place, après que l'artiste avait fait son 
travail, au moyen de coulisses réservéesdans 
l'épaisseur des triglyphes. La frise corin- 
thienne et composite, que rien n'interrompt, 
est susceptible de recevoir des figures, des 
feuillages en guirlandes ou en rinceaux, des 



V) 



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EN! 



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inscriptions et toutes sortes d'objets décora- 
tifs. Des architectes, sur le déclin de l'art, 
ont même fait de la frise, alors légèrement 
convexe, un large cordon de feuillage en- 
touré de rubans. Elle peut enfin complète- 
ment disparaître pour laisser porter la. cor- 
niche immédiatement sur l'architrave. La 
première prend alors la dénomination de 
corniche architravée. 

La corniche domine tout l'entablement, 
et doit supporter le toit. C'est ce qui' fait que 
les architectes habiles évitent ordinaire- 
ment d'en placer, lors mémo que plusieurs 
ordres sont superposés, là où l'on ne saurait 
supposer que le bâtiment puisse être ter- 
miné. Les membres de la corniche, dont les 
moulures peuvent être [dus ou moins ri- 
ches, sont: la cymaise ou cimaise, qui est 
la partie supérieure (dans le toscan, ce mem- 
bre est un quart de rond au lieu d'être une 
moulure ondulée). Le larmier, qui est une 
moulure à bande lisse, quelquefois canne- 
lée, destinée à laisser égoutter les eaux 
loin du mur ; à cette tin elle a beaucoup de 
saillie, et est bordée en dessous d'un petit ca- 
nal d'isolement. 

Le larmier est porté, dans l'architecture 
toscane, par un talon fort en retraite. Dans 
les ordres dorique ou composite, par des 
mutules représentant le bout des solives 
rampantes du toit; dans l'ionique, par des 
denticuies, et, dans le corinthien, par des 
modillons, quelquefois par des consoles. 
Mais ce dernier a aussi, au-dessous de ses 
modillons, un rang de petits denticuies. La 
corniche est d'un module un quart pour le 
toscan, d'un module et demi pour le dori- 
que, d'un module pour l'ionique, de deux 
modules pour le corinthien, et le com- 
posite. Quelquefois la corniche s'unit im- 
médiatement à l'architrave par la suppres- 
sion de la frise. On l'appelle alors corniche 
architravée. Quand l'architecture ancienne 
procède par arcades, c'est alors l'architrave 
qui est supprimée. 

La hauteur de l'entablement est ordinaire- 
ment égale au quart de celle de la colonne, 
base et chapiteau compris. Dès le iv e siècle, 
l'entablement s'altère et tend déjà à se ré- 
duire à la seule corniche. Là où on le con- 
serve en apparence, ses proportions et ses 
protils lui donnent un caractère insolite, 
ainsi qu'on peut le voir dans quelques an- 
ciens monuments de nos provinces méridio- 
nales. Si là il persiste longtemps encore à 
conserver quelques traces de son origine, 
autre part il se réduit à la seule corniche 
supportée par des modillons ou corbeaux, 
d'abord de la forme rude et austère, décorés 
sous l'époque romane d'ornements inconnus 
des anciens. Assez souvent ces corbeaux 
portent de petites arcatures originairement 
a plein cintre, plus tard échancrées en cré- 
neaux renversés ou formées d'un trèfle dé- 
primé, quelquefois alternant avec un maigre 
pilastre, ou par une colonnette. 

La forme de la corniche se réduit quel- 
quefois à une simple moulure carrée ou ar- 
rondie, portée par un chanfrein simple ou 



multiple, ou par une plate-bande en retraite, 
tantôt unie, tantôt ornée de tètes de clous. 
On voit cette plate-bande se découper en 
nébules ou en espèces de créneaux renver- 
sés, terminés par des corbeaux couronnant 
une zone inférieure de deux ou trois rangs 
tantôt de denticuies, tantôt d'imhrications 
alternatives, à faces géométrales, ou à face 
angulaire. 

Ces imbrications se montrent quelque- 
fois au-dessous des corniches des pre- 
mières églises gothique?, mais sous une for- 
me plus aplatie. 

Cette corniche est ordinairement portée 
par des corbeaux, de même que la corniche 
antique par ses modillons, au-dessous des- 
quels règne, dans un assez grand nombre 
de monuments, en certaines provinces, une 
bande découpée soit de trèfles ou de roset- 
tes à quatre, cinq ou six pétales enlevés 
dans l'épaisseur, et destinés à être remplis 
en mastic ou en pierre colorée; soit de mo- 
tifs d'ornementation fort diversifiés, juxta- 
posés et sans aucune liaison ou rapport en- 
tre eux (cette ornementation est plus parti- 
culière à l'architecture gothique qu'à l'ar- 
chitecture romane); là, enfin, composée de 
mosaïques bicolores, plus ou moins impor- 
tantes. La corniche gothique prend plus 
d'élégance dans son profil que la corniche 
romane, et plus de richesse décorative. Le 
membre supérieur, en roide talus, est à la 
fois cimaise par la place qu'il occupe, et lar- 
mier par l'office qu'il remplit, ainsi que par 
le petit canal dont communément il est 
bordé en dessous, et qui se voit aussi sous 
la corniche romane. Au lieu de l'ancien lar- 
mier est une sorte de cavet ou une impor- 
tante scotie, ornée, aux xir et xm c siècles, 
d'un rang ou de deux rangs de feuilles po- 
sées verticalement et dites entablées. Ces 
feuilles sont ordinairement des trèfles, ou 
des feuilles d'eau enroulées en crochets, ou 
petites volutes à leur extrémité, comme ce- 
lui des chapiteaux; un peu plus tard, on y 
voit apparaître des feuilles de persil , do 
fraisier, de chêne, de rosier, de violettes. 
Au xiv e siècle, les feuillages s'inclinent et 
courent en rampant; l'acanthe épineuse, le 
houx, le chardon, se montrent et font place, 
au xv% aux chicorées, aux choux frisés, et 
autres végétations analogues, quelquefois 
aussi à des rameaux naturels, qu'on peut 
voir, dans certains édifices, entremêlés d'a- 
nimaux et de figurines. Au xvi% le caprice 
varie à l'infini la décoration de la corniche, 
tandis que la Renaissance commence à rap- 
peler l'entablement antique. 

N'i l'art roman , ni l'art gothique ne se 
sont fait scrupule de placer leurs enta- 
blements tronqués partout où ils l'ont jugé 
convenable, dans l'intérieur aussi bien qu'à 
l'extérieur. 

ENTUE-COLONNEMKNT. — L'entre-co- 
lonnemenl n'est autre chose que l'espace ou 
Iadistancequi se trouveontrelescolonnes.On 
a cherché à réduire à des règles lixes l'espace- 
ment qui doit régner entre les colonnes des 
divers ordres ; mais il faut convenir que l'ob- 



M 



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52 



servation ne répond pas toujours exacte- 
ment aux calculs qui ont été faits. Les rè- 
gles données par Vitruve et par d'autres au- 
teurs plus ruoderues peuvent servir h gui- 
der, jusqu'à un certain point; mais il faut se 
garder de leur accorder une autorité trop 
absolue. Il en est, d'ailleurs, de ce fait, 
comme de beaucoup d'autres en architec- 
ture; et ce serait se tromper fort que de 
croire que les anciens se soient assujettis à 
un canon fixe et invariable dans les propor- 
tions à donner à leurs monuments, comme 
en serait fondé à le penser d'après beau- 
coup d'ouvrages sur la théorie de l'art de bâ- 
tir. 11 est reconnu que l'entre-colonnement 
observé avec régularité , communique à la 
façade des édifices beaucoup d'élégance et 
de grandeur : les anciens ont excellé, sous 
ce rapport , à ne point s'écarter des vraies 
conditions imposées par l'art. Mais au moyen 
âge, les architectes semblent ne s'être assu- 
jettis à aucune règle dans l'établissement des 
entre-colonnements. Les colonnes se rap- 
prochent autour de l'abside, soit que cette 
partie de l'édifice soit bâtie sur le plan de 
l'octogone, soit qu'elle soit arrondie : mais 
dans les autres parties du monument, elles 
sont disposées plutôt d'après les besoins de 
la construction que d'après un système par- 
ticulier bien arrêté. 11 en est à peu près de 
même dans l'architecture ogivale, lorsque 
l'on lit usage de colonnes isolées et mono- 
cvlindriques. Mais lorsque l'on employa les 
piliers cantonnés de colonnettes plus ou 
moins fortes, ce qui fut le plus orJinaire, les 
architectes établirent des entre-colonne- 
ments assez réguliers. C'est surtout dans les 
ouvertures des galeries que l'on remarque 
entre les colonnettes des espacements régu- 
liers. Néanmoins, les constructeurs des édi- 
fices sacrés, au moyen âge, ne se sont ja- 
mais astreints à une symétrie sévère sous ce 
rapport. Nous avouons que ce fait n'est pas 
un mérite dans leurs œuvres, car la régula- 
rité parfaite appartient essentiellement à l'art 
de bâtir. Ce serait, suivant nous , faire une 
imitation malheureuse des monuments do 
l'ère ogivale, que de copier ces irrégularités 
et suivre ces inégalités dans la disposition 
des membres principaux d'un grand édifice. 
ENTRE-COUPE. — Ventre-coupe est un 
terme d'architecture assez peu usité aujour- 
d'hui, mais qui exprime l'intervalle vide dans 
deux voûtes qui sont l'une sur l'autre, en 
sorte que la douelle de la voûte supérieure 
prend naissance sur l'extra-dos de l'infé- 
rieure, qui y est quelquefois ouverte, Comme 
au dôme des Invalides à Paris, où la calotte 
se détache des côtés delà tour du dôme. On 
fait souvent des entre-coupes pour suppléer 
à la charpente d'un dôme, en élevant une 
voûte, pour la décoration extérieure , au- 
dessus de la première qui paraîtrait trop 
écrasée au dehors, comme à Saint-Pierre de 
Rome et à plusieurs églises d'Italie. 

ENTRELACÉS (Arcs). — Sur les murs 
extérieurs des éditices du xn e siècle, on voit 
parfois des arcs plein-cintre entrelacés, de 
manière que le sommet des arcs forme des 



ogives, au point de jonction. Quelques anti- 
quaires ont prétendu que cet entrelacement 
des arcs et cette production d'ogives avaient 
donné naissance à l'art ogival. C'est ainsi 
qu'ils expliquent l'origine de l'ogive , et 
c'est là que serait, selon eux, le véritable 
berceau du système ogival. Le vénérable 
docteur Milner, si remarquable par son éru- 
dition ecclésiastique et si connu des catho- 
liques par son immortel ouvrage de contro- 
verse intitulé : La fin de la controverse, a dé- 
veloppé cette idée dans son Histoire de la 
cathédrale de Winchester. Le même auteur, 
poussé en cela, comme la plupart de ses 
compatriotes, avance que cet entrelacement 
d'arcs est plus commun en Angleterre que 
partout ailleurs, et que c'est dans la Grande- 
Bretagne qu'on l'a observé en premier lieu, 
ce qui a conduit, en ce pays, à la découverte 
du style ogival ou style anglais. Nous ne 
partageons nullement l'opinion du savant 
écrivain anglais. Le style ogival n'a pas pris 
naissance en Angleterre et ce n'est pas par 
l'observation de l'entrelacement des arcs 
qu'il a commencé. 11 suffit d'étudier les mo- 
numents romano-byzantins de transition au 
xn e siècle, si nombreux en France , pour 
saisir, pour ainsi dire, l'origine et suivre les 
différents progrès de l'architecture qui prit 
de si vastes développements au xm* siè- 
cle. Voy. Anglais {Style), Ogive, Ogival. 

ENTRELACS. — Les entrelacs sont des 
ornements composés de différentes parties 
qui s'entrelacent et forment ainsi des enrou- 
lements, des nœuds, des arabesques plus ou 
moins compliqués et plus ou moins élégants. 
Les entrelacs ont été en usage dans tous les 
styles d'architecture et dans toute sorte de 
systèmes de décoration. Rien n'est si com- 
mun que les entrelacs dans l'ornementation 
du style romano-byzanlin au xii' siècle. On 
en a exécuté sur pierre qui offrent une com- 
plication surprenante et dont les différentes 
parties sont entrecroisées avec un artifice in- 
génieux. Mais c'est surtout dans l'ornemen- 
tation des vitraux peints les plus anciens que 
les entrelacs ont été communément employés. 
On peut même dire qu'ils en forment un des 
caractères les plus saillants. Nous en avons 
observé de ce genre dans les vitraux les plus 
anciens de la cathédrale du Mans, dans un 
médaillon de vitraux de la cathédrale de 
Tours : le P. A. Martin en a publié de nom- 
breux et curieux spécimens, empruntés à 
différents monuments, dans sa Monographie 
de la cathédrale de Bourges. 

Les artistes du moyen âge ont souvent 
employé les entrelacs dans certains travaux 
accessoires, comme les pentures de serru- 
rerie qui garnissent la porte des grandes 
églises. 

Nous devons ajouter que nous avons ob- 
servé plusieurs fois des entrelacs fort com- 
pliqués, quoique d'un dessin assez grossier 
et d'une exécution barbare, sur des édifices 
qui nous ont paru remonter à une époojue 
assez reculée. Ces entrelacs étaient tracés 
sur des fragments qui avaient appartenu évi- 
demment à des monuments plus anciens en- 



f>3 



Eli 



LPO 



54 



core que ceux dans lesquels ils se trouvaient 
encastrés. Nous les avons considérés comme 
des restes des ornements usités a la fin de 
la période romano-bvzanline primordiale. 
Nous n'avons aucune certitude a cet égard ; 
mais nous avons lieu de croire cette obser- 
vation fondée. Les plus curieux spécimens 
se voient aux églises do S.nnt-Mexme de 
Chinon, de Saint-Germaiu-sur- Vienne, et de 
Gravant, au diocèse de Tours. 

ENTRE-MOD1LLON. — Espace compris 
entre les corbeaux ou modillons; il est égal 
dans toute l'étendue du membre d'architec- 
ture garni de modillons. Dans les édifices de 
la période romano-byzantine , surtout au 
mi* siècle, les modillons sont souvent ratta- 
chés les uns aux autres par une espèce de 
petite arcade plus ou moins ornée, qui sert à 
recouvrir l'entre-modillon. Cette disposition 
est commune et d'un bon effet. On en trouve 
des exemples dans la plupart de nos monu- 
ments du centre de la France, bâtis durant la 
phase transitionnelle. 

ENTRETIEN DES EGLISES. — Voy. Ré- 
paration, Restauration, Badigeon, Ameu- 

ULEMENT. 

EPANNELER. - C'est abattre les arêtes 
d'une pierre pour lui donner une forme 
prismatique ou circulaire. C'est aussi ébau- 
cber une moulure, ce qui se fait en donnant 
à l'objet une forme prismatique dont chaque 
plan correspond à la saillie des moulures à 
exécuter. 

A l'église de Ralan, au diocèse de Tours, 
on voit au portail qui date du xi e siècle, d'un 
côté une colonne ronde et du côté opposé 
une colonne à huit pans. Cette dernière 
colonne n'était pas encore terminée, sans 
doute, lorsqu'elle a été placée au portail d'en- 
trée : on avait commencé à l'épanneler. 

On remarque dans un grand nombre d'é- 
glises du xv e siècle et surtout de la fin de ce 
même siècle, ou du commencement du xvi e 
siècle des piliers à plusieurs pans. La forme 
en est achevée et ils n'étaient pas destinés 
a être ronds ; on dit quelquefois, cependant, 
qu'ils sont épannelés. 

EPERON. — L'éperon est la forme primitive 
et la plus simple du contrefort. Il consiste or- 
dinairement en une saillie plus ou moins con- 
sidérable , mais il n'est jamais isolé de la 
muraille, comme certaines espèces de contre- 
forts. Voy. Contrefort. L'éperon est donc un 
pilier de pierre ou de maçonnerie, construit 
an dehors d'un mur pour en assurer la so- 
lidité. On donne communément aux éperons 
une forme pyramidale et le sommet se ter- 
mine par un rempart recouvert de petits 
ressauts ou larmiers. 

ÉPI. — Dès le xv c siècle le mot épi était 
employé pour désigner un ornement qui s'é- 
levait aux angles des couvertures des églises 
et des maisons particulières, et qui servait 
également à terminer l'extrémité des crêtes. 
Tous les édifices de quelque importance, 
églises ou châteaux, au xv c siècle et au xvi% 
étaient surmontés de crêtes et d'épis. Mal- 
heureusement la plupart des épis ont dispa- 
ru : on n'en tonnait qu'un assez petit nombre 



de modèles. Au xv* siècle, quelques ôpis 
consistent en une rosace, rappelant celles 
que l'on voit aux clefs de voûtes des construc- 
tions do cette même époque. Elle est percée 
au centre par une grosse tige, laquelle oll're, 
dans les épis complets, une pyramide qua- 
drangulaire accompagnée de chardons ou 
crochets, qui ressemble beaucoup à celles 
dont les églises gothiques sont hérissées. 
A cette occasion, nous dirons que toujours 
l'on a reproduit en plomb ce que l'on faisait 
en pierre, quant aux moulures et aux feuil- 
lages, en suivant les types d'ornementation 
propres à chaque époque. Un épi de celle 
espèce, très-bien conservé, existe sur le faîte 
de la chapelle de la Sainte-Vierge à la cathé- 
drale d'Evreux. Il s'en trouve un autre sur 
l'église de la Madeleine, à Verneuil, diocèse 
d'Evreux; et un troisième se voit sur la cha- 
pelle de l'hospice d'Orbec, département du 
Calvados. 

L'époque de la Renaissance a placé un 
grand nombre d'épis sur le comble des mai- 
sons. C'est de ce temps que nous possédons 
actuellement le plus grand nombre de modè- 
les différents. Les artistes y ont déployé 
beaucoup de goût. La forme la plus com- 
mune peut être ainsi décrite : Sur une base, 
le plus souvent carrée, plus haute que large, 
à moulures, ornée sur ses faces de petits 
mascarons ou de cartels, s'élève un candé- 
labre, un vase élégant, une corbeille ou une 
urne aux formes élancées, d'où s'échappent 
des feuillages, des fleurs ou des fruits. Cette 
base supporte aussi quelquefois des figuri- 
nes. Les différentes pièces qui composent 
l'épi sont maintenues par une tige de fer qui 
les traverse, et qui, a son extrémité infé- 
rieure, se partage en quatre branches pour 
étreindre,.si l'on peut ainsi dire, le poin- 
çon sur lequel l'épi entier est fixé : cette 
pièce de bois s'appelle également épi. Nous 
indiquerons les endroits où se trouvent pré- 
sentement les plus curieux épis. A Amiens, 
sur la cathédrale et sur la chapelle des Ma- 
chabées, épis du xv e siècle; à Aumale, sur 
l'église, épi du xvT siècle ; à Auxerre, près 
de la cathédrale, épi du xv e siècle; à Rouen, 
sur la chapelle de la Sainte-Vierge, épi de la 
Renaissance. Sur la toiture des châteaux on 
rencontre un certain nombre de beaux épis 
du xv 1 ' siècle et de la Renaissance. 

Il y une certaine disposition de pierres 
que 1 on appelle appareil en épi. Voy. Appa- 
reil 

• ÉPISTYLE. — Les Grecs nommaient épi- 
style, cpistylium,ce tju'on appelle maintenant 
architrave, c'est-à-dire la pierre OU la pièce do 
bois qui pose sur le chapiteau des colonnes. 

EP1TAPHE. — On appelle quelquefois 
épitaphe un petit monument d'architecture 
ou de sculpture, avec buste et ligures sym- 
boliques, qui se plaçait sur les murailles à 
l'intérieur des églises ou dans les cimetières. 
Quant aux épitaphes ou inscriptions placées 
sur les tombeaux, nous n'avons point à en 
parler. Voy. Catacombes, Banoerole, Ins- 
criptions. 

ÉPOQUE. —I. Winckolinann le [dernier a 



So 



EQL 



EQC 



5G 



Époques. 



c''tade attentive. Quand il s'agit de la restau- 
ration d'un édifice religieux, du moyen âge, 
ou d'une réparation à pratiquer à quelques- 
unes de ses parties, il n'est pas plus permis 
de s'écarter des caractères propres à l'époque 
à laquelle il appartient, que de s'éloigner 
dans un ordre imité de l'antique, des profils 
ou dos proportions qui lui conviennent spé- 
cialement. Yoy. Age des monuments et Clas- 
sification. 

A l'article Classification, nous avons in- 
diqué le système adopté par les archéologues 
modernes, nous n'y reviendrons pas. Nous 
ajouterons seulement quelques détails sur la 
classilication adoptée par le comité historique 
des arts et monuments, qui s'appuie sur les 
Périodes et les Epoques. 
1» PÉRIODE. 

Style Latin, appelé aussi Gallo-Romain. Imitation plus ou moins imparfaite de 
1 architecture antique. 

Style Byzantin, né à Constantinople au vi e siècle, dont l'église de Sainte-Sophie 
est considérée comme le plus beau type. 

où l'influence de l'art romain se fait seule sentir, quoique 

l'art se dénature beaucoup, 
où l'imagination des artistes grecs, chassés par les iconoclastes, 
ou appelés par Charlemagne, commence à faire sentir les 
influences de l'art byzantin. 
II e PÉRIODE. 
siècle jusqu'au xm e 



cherché à établir des époques dans l'histoire 
de l'art chez les anciens, d'après l'étude des 
auteurs classiques et des monuments eux- 
mêmes. Les apprécialious de cet écrivain 
sont fort savantes et font autorité ; il ne fau- 
drait pas néanmoins y attacher une impor- 
tance trop grande, attendu que des décou- 
vertes nouvelles ont pu apporter des mo- 
difications aux. conclusions qu'd a tirées de 
ses études et de ses observations. Voy. Clas- 
sification. 

II. Les caractères de l'architecture, au 
moyen à,u r e, se déterminent surtout par épo- 
ques et non par des ordres comme l'architec- 
ture ancienne. Chaque époque a sa physio- 
nomie particulière : on la reconnaît jusque 
dans les moindres détails, à l'aide d'une 



Depuis l'établissement' 
du Christianisme jus-' 
qu'au x e siècle. I 



Mérovingienne 



Carlovinffienne 



Du x« 



STYLE ROMAN. 



Époques. 



xi e siècle. 



xu e siècle. 



Époques. 



Époques. 



/ où l'art transformé prend un caractère qui lui est propre, 
» quoique formé du mélange de l'art antique et de l'art 
néo-grec. 

Ioù les influences orientales énergiquement ravivées par le 
retour des croisades, donnent à l'art un nouvel épanouis- 
sement, une richesse et une finesse inusitées précédem- 
ment dans l'ornementation et l'exécution. 

III e PÉRIODE. 
De la fin du xn e siècle jusqu'au milieu du xvi e : style ogival. 
xui° siècle, style ogival primitif ou à lancettes. 
xiv e siècle, style ogival secondaire ou rayonnant. 

xv e siècle, style ogival tertiaire ou flamboyant. Ce style se continue durant les 
premières années du xvi e siècle, en s'enriehissant d'ornements plus nombreux et 
plus fins. 

IV e PÉRIODE 
Du commencement du xvi e siècle jusqu'au milieu du xvn e : Renaissance. 

(l re moitié du xvi e ( Mélange du style grec avec le style ogival ; caractères pro- 
siècle. I près à la Renaissance française 



De la 2 e moitié du 
xvi e siècle jusqu'au 
milieu du xvn e . 



L'art abandonne toutes les traditions de la période ogivale; 
il conserve néanmoins encore des formes et des détails 
inconnus aux anciens. 



EQUESTRES (Statues). — Sur le frontis- 
pice de quelques églises de la période roma- 
no-byzantine on voit des statues équestres, 
d'une grande dimension, sculptées en ronde- 
bosse à la place d'honneur, comme à Civray, 
en Poitou, et foulant ordinairement un hom- 
me sous les pieds de leur cheval. Ce sujet a 
été l'objet de discussions intéressantes, au 
congrès archéologique tenu à Lille en 18i5 : 
nous devons en donner ici une courte ana- 
lyse. Antérieurement à la session de la So- 
ciété française pour la conservation des mo- 
numents historiques, tenue à Lille, et que 
nous venons de mentionner, un habile anti- 
quaire, M. de Chergé, avait essayé d'expli- 
quer la présence des statues équestres au 
portail de certaines églises du xi e siècle et du 
*u c . 11 y voyait la figure des fondateurs des 



églises, et il appuyait son opinion sur des 
conjectures fort ingénieuses. La présence 
d'un personnage foulé aux pieds du cheval 
était un symbole de la puissance féodale et 
des droits des seigneurs sur la personne de 
leurs vassaux. MM. Duval et Jourdain d'A- 
miens combattirent cette opinion en disant 
que, sur les monuments du moyen Age, on 
ne rencontrait jamais la ligure des fonda- 
teurs, mais seulement celle des saints, ou 
des représentations historiques ou symbo- 
liques tirées de l'Ancien et du Nouveau 
Testament. Ce n'est, en effet, que dans de 
très-rares exceptions que l'on rencontre le 
portrait des fondateurs au frontispice des mo- 
numents religieux. 11 suffit toutefois que lo 
fait existe et qu'il ait été constaté, pour que 
le sentiment émis par MM. Duval et Jour- 



57 EQU 

dain suit regardé comme trop absolu. Ces! 
ce que M. «le Chergé a démontré avec beau- 
coup de vivacité : il a cite en môme temps 
deux faits tirés de l'archéologie 'lu Poitou 
et fort curieux. « A sept lieues de Poitiers, 
dit-il, au milieu des ronces et d<^ herbes 
sauvages s'élèvent les ruines de l'antique 
abbaye de Moreaux. La façade du cùié de 
l'ouest subsiste encore assez intacte pour 
ôtre étudiée avec fruit. Son portail roman, 
ses contreforts, tout accuse le système de 
construction du xn' siècle et un ensemble 
harmonieux complet sans sutures ni rac- 
cords. Aux deux côfés de ce portail, sont 
sculptés en forte saillie, a droite un lion, à 
gauclie un bœuf. C'est une réminiscence 
des lions et des bœufs qui supportaient les 
bassins placés à l'entrée du temple de Salo- 
mon. En preuve, lisez cette inscription gra- 
vée en belles lettres capitales sur l'un des 
voussoirs : 

UT : FVIT : 1NTROITVS : ï EMPLI : 

SCI : SALOMONIS SIC : EST : 
1STIVS : IN MEDIO : ROV1S : ATQ. : 
LliONIS : 
A Moreaux, ce bœuf, ce lion, servent de pié- 
destaux à deux statues décorées des insignes 
de la dignité épiscopale dont furent revêtus, 
durant leur vie, les personnages qu'elles re- 
présentent. Au dessous, on lit les inscrip- 
tions suivantes, d'un côté : 
D'S M1SEREATVR GVIL'MI : ADALELMI 
PICTAVENSIS EPI :_ARNAVDI : 
ARCHIDIACONI : PAT : Ml. 
De l'autre côté : 

D'S MISEREATVR : GRIMOARDI : 

PICTAVENSIS EPI : ET : ARNAVDI 

ARCHIDIACONI : PAT : NR. 

« Ce Guillaume Adalelme, évoque de Poi- 
tiers, est mort en liiO, et Grimoard, évêque 
de Poitiers, est mort en llil ou lli2. Ni 
l'un ni l'autre n'a été canonisé ; et pourtant, 
si l'on en juge par la construction de l'é- 
glise de Moreaux, ce fut peu après le décès 
de ces prélats que les moines reconnaissants 
accordèrent à leurs images la place d'hon- 
neur qu'ils occupent, en mémoire de quel- 
ques bienfaits signalés. 

« Or ceci se passait au milieu du xn e siè- 
cle, époque qui coïncide parfaitement avec 
la date présumée de la construction de la 
plupart des façades où se voient les statues 
équestres. La conclusion à tirer de ce simple 
rapprochement, continue M. de Chergé, me 
parait rigoureuse: à Moreaux, les fondateurs, 
personnages religieux, brillent au fond du 
temple qu'ils ont construit ou doté, décores 
des insignes de la puissance religieuse ; à 
Civray, à Melle, les fondateurs laïques sont 
représentés avec les attributs de la puissance 
temporelle. » (Séances ge'n. tenues à Lille, 
pag. 70 etsuiv.) 

M. Du val et M. Didron y voient la repré- 
sentation d'un fait tiré soit de la Rible, 
par exemple le châtiment d'Héliodore, dans 
le temple de Jérusalem, soit de la vie des 
saints, comme le fait si connu de saint Mar- 



ESO 



■ f >S 



lin à cheval, et coupant son manteau devant 
la porte de la ville d'Amiens pour en donner 
la moitié à un | au vie. 

M. Lambron de Lignim a publié un savant 
mémoire sur cette question. Il a été inséré 
dans le volume du congrès archéologique de 
Lille, pag. 145. Il y soutient l'opinion émise 
par M. de Chergé, et j développe sçs preu- 
ves d'une manière fort intéressante. 

M. de Caumont, dans le même volume, 
pag. 80, a publié un dessin très -curieux 
d'une statue équestre du xn € siècle, qui a 
été prise à une église romane et placée sur 
l'église de Saint-Elienne-le-Yieux, à Caen. 

Nous devons ajouter ici, pour terminer 
cette analyse, qu'il est fort difficile de se 
prononcer en faveur d'une opinion, en con- 
damnant l'opjnion contraire. Nous inclinons 
à penser que les statues équestres, comme 
les autres statues qui décorent le frontispice 
des églises du moyen âge , représentent or- 
dinairement des personnages empruntés à 
l'histoire de la religion plutôt qu'à l'histoire 
profane. Il ne faudrait pas toutefois être trop 
exclusif, et en plusieurs circonstances, l'in- 
terprétation de M. de Chergé et de M. Lam- 
bron pourrait être vraie. 

ESCALIER. — Les architectes du moyen 
âge ont souvent excellé dans la manière à 
la fois ingénieuse et hardie dont ils ont bâti 
les escaliers. Nous n'avons aucune observa- 
tion archéologique proprement dite à pré- 
senter sur les escaliers. Parmi les escaliers 
à rampes courbes on distingue les escaliers 
dits en vis ou en limaçon; ce sont presque 
les seuls qui aient été employés au moyen 
âge. Le noyau existe quelquefois ; parfois il 
est à jour. Les escaliers qui conduisent aux 
parties supérieures de l'église, comme aux 
galeries, aux combles, au sommet des tours, 
sont communément enfermés dans des tours 
ou des tourelles, selon leur degré d'impor- 
tance, et tournent en hélice sur un noyau ou 
pilier cential , ordinairement cylindrique. 
Souvent les tours ou tourelles d'escalier, 
rondes ou octogones, sont ajoutées en hors- 
d'œuvre aux grosses tours, et quelques-unes 
soiit entièrement découpées à jour. 

Un des escaliers les plus remarquables des 
édifices en style ogival est, sans contredit, 
celui qui se trouve dans la tour septentrio- 
nale de l'église métropolitaine de Tours, et 
qui est connu sous le nom d'Escalicr-Royal. 
11 est composé de 70 degrés ou marches, et 
le noyau repose sur une clef de voûte : les 
côtés ou pans de la voûte sont restés à jour; 
de sorte que cet escalier semble appuyé en 
l'air. C'est un prodige de hardiesse admiré 
des connaisseurs. 

L'escalier du château de Chambord, bâti 
à la Renaissance, est remarquable sous un 
autre rapport. Il est formé de deux spirales 
enroulées sur elles-mêmes de manière que 
deux personnes qui montent chacune par un 
escalier différent se voient et s'entendent , 
jusqu'au sommet de ce double escalier, sans 
se rencontrer. 

ESONARTHEX.— Lorsque le narthex est 
divisé en deux parties dans le sens de la lar- 



W) 



EST 



LST 



P9 



geur, on y distinguo l'cxonarlliex , partie 
située vers l'extérieur, et Vesonarthex, partie 
placée vers l'intérieur. Ainsi, dans le temple 
célèbre de Sainte-Sophie, a Constantinople , 
l'exonarthex, de 00 métros de long, sur mè- 
tres de profondeur, présente quatre portes : 
deux de face ouvrent sur l'atrium , et deux 
latérales conduisent sous les portiques laté- 
raux de l'atrium ; c'est là que les fidèles dé- 
posaient leurs chaussures. Les murailles en 
sont en briques et sans ornements. Il com- 
munique avec l'esonarthex par cinq portes 
fermées avec des ventaux de bronze ornés 
de croix. Cette seconde galerie, qui a 00 mè- 
tres de long sur 10 de large, est voûtée en 
berceau et présente un soubassement en 
marbre vert. La voûte était ornée de mo- 
saïques ; l'une de ces peintures représentait 
l'archange saint Michel , son épée nue à la 
main et veillant à l'entrée du temple. Aux 
deux extrémités de l'esonarthex , deux por- 
tes conduisaient au dehors : l'une est en 
bronze; elle offre une inscription en lettres 
d'argent incrustées, et elle est décorée de 
méandres et de feuilles de vigne. 

ESSENTE. — Un mode curieux de déco- 
ration des édifices a échappé jusqu'à présent 
à tous les archéologues ; il a été mentionné 
d'abord par M. de la Quérière. Ce mode con- 
siste dans l'emploi, au xv e siècle et au xvr, 
de Yessente ou de l'ardoise ingénieusement 
taillée et découpée, pour couvrir les parois 
extérieures des maisons de bois, ainsi que 
les tympans de leurs pignons et môme les 
toitures. 

On appelle esscnles de petites planches, 
plus longues que larges, que l'on cloue les 
unes au-dessus des autres, comme on le fait 
des ardoises, pour revêtir les pans de bois 
et les clochers dans la campagne. On s'en 
sert encore pour couvrir les moulins à vent 
et quelques maisons dans la Basse-Norman- 
die, parce qu'elles offrent plus de résistance 
que l'ardoise à l'action impétueuse des vents. 

Quand on a voulu faire entrer l'essente, 
tout à la fois comme moyen de conservation 
de la charpente et comme décoration, on l'a 
taillée en dents de scie, en écailles de pois- 
son, et on l'a assemblée de manière à com- 
poser des frises (emploi le plus ordinaire), 
ou de petits motifs d'ornements , tels que 
losanges, rosaces, etc., d'une façon assez 
curieuse, sur les différentes parties de la 
charpente. 

Les essentes ont disparu de nos villes et 
de toutes les constructions à mesure que 
l'emploi de l'ardoise est devenu plus géné- 
ral. On en retrouve des vestiges aujourd'hui 
dans quelques villes anciennes, comme à 
Rouen, à Tours, à Beauvais , etc. Mais bien- 
tôt ces traces dernières auront elles-mêmes 
entièrement disparu. 

ESTHÉTIQUE.— I. La plupart des écrivains, 
surtout les Allemands, qui ont traité de l'es- 
thétique, sont entrés dans des considérations 
philosophiques plus ou moins obscures, plus 
ou moins fausses. Nous n'avons point à par- 
ler longuement de leurs ouvrages dans ce 



Dictionnaire; nous devons toutefois proles- 
ter ici contre les principes et les conséquen- 
ces qui y sont développés. La théorie du 
plus grand nombre de ces auteurs repose 
sur une philosophie vague, empruntée ordi- 
nairement aux idées panthéisliques de leurs 
{dus célèbres penseurs ou rêveurs. 11 en ré- 
sulte un mélange inexplicable de spiritua- 
lisme etde matérialisme, et en mêmetempsun 
langage dont il est difficile de comprendre les 
ternies, faute de précision et d'explication 
préalable: une même expression, en effet, est 
prise dans des sens différents plusieurs fois 
en une seule page. Cette science de l'esthé- 
tique , ainsi entendue , sera toujours une 
science stérile. Quelle conséquence vrai- 
ment philosophique et vraiment utile pour 
l'art peut-on tirer d'une maxime comme 
celle-ci , par exemple : « La totalité dk 
l'idée obscure préexiste à la production d'une 
œuvre d'art?» Nous sommes intimement con- 
vaincu que les savants français, qui suivent 
les Allemands dans leurs recherches philoso- 
phiques sur l'esthétique, feront' fausse route. 

Au lieu de se lancer dans les théories de 
la philosophie de l'art, plusieurs écrivains, 
pleins d'érudition, de persévérance et de 
perspicacité, mais doués de trop d'imagina- 
tion et d'enthousiasme, auraient rendu d'é- 
minents services à la science archéologique, 
s'ils s'étaient contentés d'appliquer leur gé- 
nie d'observation à l'étude des faits. Nous 
ne possédons pas encore assez de faits scien- 
tifiquement constatés pour que l'on puisse 
utilement généraliser les considérations qui 
paraissent s'y rapporter. Cette dernière ré- 
flexion s'applique spécialement à l'archéo- 
logie chrétienne. 

Nous renvoyons le lecteur à l'article Beau, 
où nous avons donné une courte analyse du 
Traité du Beau par le P. André. Nous ajou- 
terons ici quelques pensées sur le même 
objet, tirées des écrits des Pères de l'Eglise. 

Les saints Pères, lorsqu'ils parlent de la 
beauté humaine, nous la représentent avec 
les mêmes caractères que Socrate et Aris- 
tote : Rien nest beau que ce qui est bon. Ce 
principe fondamental se retrouve à chaque 
instant dans leurs ouvrages. K«î tkùtôv la-ct 
r àyoeô w xô xa) ht . (S. Dion .De divin, nom . cap . k 1 , 
§ 8.) Clément d'Alexandrie dit pareillement : 

K«î pôvov TÔ xa).ôv S oy paria £7 ou . (Pœdag. , 

lib. ii, cap. 12.) C'est bien là le principe pro- 
fessé par Socrate. Les Pères le faisaient rap- 
porter à Dieu : Dieu est souverainement 
beau , parce qu'il est souverainement bon. 
Mais ils appliquaient aussi cette maxime , 
ainsi que Socrate, à tous les objets terrestres : 

Tô yùp sxâoTOU Y.où yuroO yml Çwov xâMoç, ïv ~y 

èxûarov ùpizâ elvoLi ffvuêéê/jxEv. Uniusciijusquc 
enim plantœ et animalis pulchritudo, in uni us - 
cujusque virtutc est posita. (Clém. Alex, ibid.) 
Làctance, à l'exemple d'Hippocrate etde Ga- 
lion, a composé un de ses écrits les plus élo- 
quents pour en faire la démonstration sur 
chacune des parties de l'homme [De opificio 
Dci). Saint Ambroise, saint Grégoire deNysse, 
Théodoret et les autres Pères ne négligent 
jamais de rappeler le même principe. Déco' 



ni 



EST 



ETA 



02 



rum enim qkod bonum, dit saint Ambroise. 
Qu'est-ce que le beau? se demande saint Gré- 
goire de Nysse, et il répond à cette question : 
Ce qui est en tout point désirable (Greg. 
Nyss., in Cant. cent*., boni. iW). « Le beau 
accompli consiste dans l'unité, dit saint Au- 
gustin ; homme, qui es-tu, pour te flatter de 
le connaître? Dieu seul voit l'unité absolue ; 
seul il est l'unité : faible créature, qu'il te 
suffise d'apprécier le convenable. Là est le 
beau pour toi, le seul beau dont puisse jouir 
ta nature mortelle. » (Aug.,</e vera Rclig.) 
II. 
Dans l'architecture, dit A. G. Schlegel , 
dans ses Leçons sur l'histoire et la théorie des 
beaux-arts, pag. 52, on doit considérer: 1° 
les bases générales de la géométrie et de la mé- 
canique ; 2° la symétrie ; 3° la proportion ; 
k° l'ornement. 

« L'obéissance aux lois de la géométrie et 
de la mécanique est d'une nécessité abso- 
lue. Les rapports géométriques doivent ré- 
sulter de la combinaison des lignes droites 
et des lignes courbes ; et c'est par cette com- 
binaison que l'on arrivera à satisfaire une 
des facultés naturelles de notre esprit, qui 
fait qu'il ne trouve de plaisir que là où il 
existe de la justesse dans les rapports. Par 
la régularité nous trouvons tout d'abord le 
rapport entre l'image et la pensée, tandis 
que l'irrégularité les confond à nos yeux. » 

Ces premiers éléments géométriques se 
trouvent aussi bien dans le plan que dans 
l'élévation d'un édiûce. 

La symétrie n'est autre chose que l'accord 
qui existe entre les diverses parties d'un 
édifice et que l'œil peut saisir sans effort et 
à la première vue. 

Le troisième élément de l'architecture est 
la proportion ; et nous entendons par là le 
rapport des dimensions, soit dans l'ensemble, 
soit dans les parties. Quelques théoriciens 
ont voulu établir de certaines proportions 
absolues ; mais si des peuples ont adopté 
quelque chose de semblable, on voit, par 
les modèles que les anciens nous ont lais- 
sés, qu'ils n'ont jamais reconnu ces lois qui 
deviendraient, pour ainsi dire, constituti- 
ves des rapports. L'imagination veut, pour 
ses créations, un libre champ; et les Grecs, 
plus que tous les autres, avaient besoin 
d'une grande liberté dans les arts, pour dé- 
velopper les trésors de leur génie capricieux. 
Les proportions ne peuventôtreque relatives. 

Il n'y a que de fausses idées de propor- 
tions, et une admiration aveugle de l'anti- 
quité, qui aient pu amener à l'idée exclu- 
sive qu'il n'y a de beau que l'architecture 
grecque, et que tout ce qui s'en éloigne est 
barbare. Les écrivains des derniers siècles 
n'ont pas même fait exception en faveur des 
plus beaux monuments gothiques. Mais , 
dans tout pa\s, l'architecture, comme les 
autres arts, a reçu un cachet particulier d'une 
croyance dominante, dont tous les ouvra- 
ges d'art ne sont que la traduction dans un 
monde visible. 

Après avoir satisfait à toutes les condi- 
tions essentielles, pour terminer l'ouvrage, 



viennent les ornements qui seront le plus 
convenablement placés aux endroits où les 
parties de l'édifice se rattachent entre elles, 
où ses membres viennent s'articuler ; et dis- 
simulant ainsi les points de jonction, ils en 
formeront un tout régulier 

Résumons. Les lignes géométriques ser- 
vent de bases fondamentales à l'architecture; 
la symétrie en fait un ouvrage digne de l'es- 
prit humain ; la proportion en règle les di- 
mensions et le style ; l'ornement y met la 
dernière main et l'embellit. 

ETAT DES ÉDIFICES DIOCESAINS EN FtlANCK, 

en 1851. — M. de Contencin, directeur de 
l'administration des cultes, a publié, au 
commencement de l'année 1851, un Rapport 
présenté à M. le ministre de l'instruction 
publique et des cultes sur la situation des 
édifices religieux, et surtout des édifices dio- 
césains. Ce rapport a jeté l'alarme parmi les 
amis de nos antiquités religieuses et natio- 
nales ; nos vieilles basiliques, dépouillées 
par la révolution, à peine entretenues ma- 
tériellement dans quelques-unes de leurs 
parties, se trouvent dans le plus triste état 
de délabrement : plusieurs même menacent 
ruine. 11 leur faut donc porter secours sans 
attendre. 

Nous donnons ici plusieurs passages du 
remarquable rapport de M. de Contencin. 
Ce sera comme un Etat des lieux , dressé en 
1851, et qui pourra servir de point de départ 
à ceux qui auront plus tarda étudier la mê- 
me question, soit pour constater de plus 
grands ravages, soit pour constater les ré- 
parations. 

« L'administration des cultes a 2'+0 édifi- 
ces à conserver, à restaurer ou à refaire à 
neuf, en totalité ou en partie, dont 80 cathé- 
drales, autant d'évôchés et autant de sémi- 
naires. 

« Pour ne parler d'abord que des premiers 
de ces édifices, ce sont les [dus anciens, les 
plus hardis, les plus vastes et les plus déli- 
cats par leur construction ; ceux qui ont été 
le plus en butte aux mutilations et aux dé- 
vastations des anciennes guerres civiles et 
des modernes fureurs révolutionnaires ; les 
plus abandonnés longtemps par la négli- 
gence; puis les plus compromis par les fi- 
elleuses restaurations dont ils ont été l'objet ; 
et enfin, après tout, les plus admirables en- 
core et les plus nécessaires des monuments 
qui couvrent le sol de notre pays. 

« La cathédrale de Paris, seule, d'après un 
devis remis l'année dernière à l'administrât ion 
parM.ViolletleDucson habile restaurateur, 
coûterait aujourd'hui à bâtir plus de 80 mil- 
lions ; d'où on peut induire que l'ensemble 
des cathédrales représente une valeur de 2 
milliards peut-être ; mais de 2 milliards dont 
le magnifique emploi dépasse toute valeur, 
parce qu'un tel emploi, œuvre de l'inspira- 
tion d'un autre âge, serait irréalisable au- 
jourd'hui. 

« C'est de ce précieux dépôt du passé, do 
sa conservation et de sa transmission à l'a- 
venir, que l'administration des cultes se 
trouve chargée ; et lorsqu'à celte charge ou 



C3 



ETA 



ETA 



Ci 



ajoute colle de l'entretien et de l'appropria- 

I ion de quatre-vingts évêchés et d'autant de 
séminaires, dont plusieurs sont a refaire en- 
tièrement, on se demande si, sous la déno- 
mination d'administration des cultes, il ne 
convient pas de voir une administration de 
grands travaux publics religieux. 

« On a droit des'étonner surtout, monsieur 
le ministre, de la modicité du chaire affecté 
à ce grand service, chiffre inférieur a celui 
donné aux palais nationaux et bâtiments ci- 
vils, qui, moins nombreux, moins anciens, 
et placés dans de bien meilleures conditions 
(je n'ai pas besoin de dire moins précieux 
et moins utiles), ne sauraient soutenir avec 
nos cathédrales aucune sérieuse comparaison. 

« Un étrange préjugé a cours, sans qu'on 
s'en rende compte, à l'égard de ces antiques 
basiliques, et vient leur enlever l'attention 
et l'intérêt dont elles sont si dignes. Leur an- 
cienneté même fait croire à leur perpétuité. 
Parce qu'elles ont précédé les générations 
modernes, on dirait qu'elles doivent néces- 
sairement leur survivre sans qu'on ait be- 
soin de les entretenir ; qu'elles subsistent et 
se défendent d'elles-mêmes contre l'action 
du temps, comme si elles avaient fait avec 
lui un pacte de durée, ou comme si la foi des 
siècles qui les ont élevées était restée dans 
leur vaste corps pour les animer et les faire 
vivre de leur propre vie. Cette singulière il- 
lusion s'alimente de ses résultats : elle a fait 
négliger l'entretien des cathédrales, et cette 
négligence a habitué à croire que l'existence 
des cathédrales pouvait s'en accommoder ; 
qu'elles étaient à l'épreuve de l'abandon ; 
que si elles avaient dû tomber, elles seraient 
tombées déjà ; qu'il suffit, en un mot, de ne 
pas les démolir pour assurer leur durée. 
<■ « La ruine, la chute imminente d'un grand 
nombre de ces monuments vient aujourd'hui 
rappeler qu'ils sont caducs comme tous les 
autres , et que si on ne se hâte de venir ré- 
parer les ravages accumulés de cette longue 
négligence, et de lui substituer un système 
régulier de conservation en rapport avec le 
vrai besoin, on s'expose à des pertes et à 
des charges incalculables. 

« Il n'est personne qui ne puisse se con- 
vaincre par lui-môme de la gravité de celte 
situation. Si l'on visite nos cathédrales, non 
pas en se promenant autour , mais en mon- 
tant sur les voûtes, sur les terrasses, en 
examinant les détails de leur construction, 
on est épouvanté de voir partout des com- 
bles pourris, maintenus par des poteaux 
qui portent sur les voûtes; des chèneaux dé- 
pouillés de plomb ou recouverts de lames 
cent fois resoudées et cent fois déchirées ; 
des flaques d'eau qui séjournent dans les 
rigoles, et qui, peu à peu, pénètrent les ma- 
çonneries ; le salpêtre qui, de jour en jour, 
étend son action corrosive ; les corniches, 
destinées à garantir les murs, écornées, lais- 
sant couler les eaux le long des parements; 
des meneaux de fenêtres maintenus au 
moyen de boulons et de colliers en fer ; des 
joints ouverts, des placages cachant le dé- 
veloppement du mal ; des constructions par- 



ticulières accolées au liane des contreforts, 
des caves et des fosses d'aisances dans les 
fondations; des cours humides qui absor- 
bent la pluie et entretiennent une humidité 
constante dans les soubassements; sur les 
terrasses des dalles brisées, déplacées et re- 
placées avec parcimonie; partout des étais, 
du fer, des lézardes, des restaurations ina- 
chevées et d'autant plus nuisibles, des arcs- 
boutants qui fléchissent , des écoulements 
des eaux mal combinés, des conduits engor- 
gés, partout enfin un entretien insuffisant. 
Voilà l'étal général des cathédrales, sans par- 
ler des accidents majeurs survenus par suite 
de cet état dans un grand nombre de ces 
vieux monuments. 

« Un coup d'œil rapide jeté sur leurs vi- 
cissitudes fera comprendre, monsieur le mi- 
nistre, comment il doit nécessairement en 
être ainsi. 

« Bâties la plupartpendantles x% xii%xm e 
xiv e et xv e siècles, nos cathédrales se trou- 
vent avoir aujourd'hui sept cents, six cents, 
cinq cents, quatre cents ou trois cents ans 
de durée. Les plus considérables, les plus 
vastes et les plus belles étaient à peine 
achevées, que les désastres, qui ont atïligé 
notre pays pendant les xv'et xvr siècles, ont 
commencé leur ruine, soit par l'abandon, 
soit par la dévastation. 

« Pendant les xvn e et xvni c siècles, l'en- 
gouement pour un style d'architecture ré- 
cemment adopté était tel, que les systèmes 
de restauration appliqué à ces éditices fut 
pour eux un malheur ; non-seulement au 
point de vue de l'art, mais encore sous le 
rapport de leur solidité. Us furent traités en 
dépit du principe de leur construction ; on 
leur reprochait de n'être point en harmonie 
avec ce que l'on regardait alors comme le 
beau en architecture, et on les torturait pour 
les soumettre au goût du jour. 

« En même temps, et à la faveur de ce dis- 
crédit, les chapitres laissèrent peu à peu s'é- 
tablir autour de ces monuments une foule 
de constructions parasites, maisons, bouti- 
ques, appentis , qui, vendus depuis comme 
biens nationaux, sont devenus des proprié- 
tés particulières, extrêmement nuisibles à 
la conservation des cathédrales, en les pri- 
vant de l'action de l'air et de l'écoulement 
des eaux. 

« La Révolution vint enfin les dévaster of- 
ficiellement; leurs couvertures, leurs vitraux, 
leurs plombs enlevés, laissèrent, pendant 
des années, la pluie, le vent, la neige, pé- 
nétrer ces vieilles bâtisses alfaiblies et pré- 
cipiter l'action du temps. 

« Jusqu'à cette fatale époque, les cathé- 
drales avaient, pour s'entretenir et se con- 
server, les ressources considérables des> ri- 
ches dotations dont elles étaient pourvues. 
La même main qui lit leur désastre les dé- 
pouilla de ces moyens de les réparer. 

« Elles passèrent dès lors à la charge de 
l'Etat, qui se fit leur tuteur , et qui en con- 
tracta toutes les obligations. 

« Lorsque le culte fut rétabli, tous ces 
grands éditices abandonnés et dévastés pen- 



58 



ETA 



daut douze ans, demandaient dos répara- 
tions immédiates. Non-seulement alors il 
fallait les préserver ûv* intempéries, mais 
presque tout le mobilier nécessaire à l'exer- 
i [ce au culte était à réparer et à refaire. 11 
était difficile, en quelques années, de suffire 
à toutes ces dépenses, à une époque, d'ail- 
leurs, où, l'eût-on pu, personne n était bien 
en état de donner une idée exacte de la si- 
tuation de ces édifices et des travaux à y 
exécuter. On alla donc au plus pressé ; on 
lit provisoirement les réparations les [dus 
indispensables, plutôt pour mettre les ca- 
thédrales en état de servir immédiatement 
que pour les restaurer en elles-mêmes. On 
légua à l'avenir la charge de cette restaura- 
tion, mais on la légua en la masquant sous 
des demi-mesures qui favorisèrent son ag- 
gravation. 

« Une des causes qui y ont le plus contri- 
bué est le système d'abonnement auquel 
l'entretien des cathédrales a été soumis pen- 
dant de longues années. Ce système, qui 
consistait à allouer à chaque édifice diocé- 
sain une somme annuelle et fixe de 2, 3 ou 
5,000 fr., dont l'emploi était abandonné aux 
autorités locales, eût été tout au plus admis- 
sible pour des édifices neufs, d'une construc- 
tion simple et en parfait état ; mais , pour 
des cathédrales si anciennes, si vastes et si 
compromises par les causes de ruine qui 
avaient précédé, il faut le dire, ce système 
d'allocations tellement minimes qu'elles res- 
semblaient plutôt à une aumône qu'à une 
subvention, et d'abonnement tellement aveu- 
gle qu'on n'y rendait compte ni de l'objet 
ni de l'emploi, a été lui-même une dernière 
cause de ruine qui acheva de mettre les ca- 
thédrales dans l'état alarmant qu'elles pré- 
sentent aujourd'hui. 

« 11 est vrai que sur le crédit général des 
édifices diocésains, qui ne s'élevait pas moins 
alors qu'à deux millions, des sommes assez 
considérables furent atfectées à des travaux 
extraordinaires pour certaines cathédrales ; 
mais ces travaux , faits toujours en vue de 
satisfaire à un besoin ou à une influence du 
moment, sans connaître, la plupart du temps, 
l'état des édilices dans lesquels on les exé- 
cutait, furent le plus souvent désastreux; 
témoins la cathédrale de Rouen, où une flè- 
che en fonte fut montée sur une tour ébran- 
lée, pendant que de tous côtés le monument 
menace ruine et tombe en poussière ; la ca- 
thédrale de Reims, où les travaux du sacre 
du roi Charles X furent une cause de dé- 
vastation pour cet édifice; la cathédrale de 
Paris, où des sommes assez considérables 
furent employées à des restaurations en 
mastic, en dalles et en placages de pierre 
tendre lixée avec du plâtre et des clous ; la 
cathédrale de Séoz, où les allocations accor- 
dées, au lieu de servir au besoin réel de 
cet édifice, dépourvu de fondations et qu'il 
faut reprendre en sous-œuvre , ne furent 
employées qu'à dénaturer toutes ses formes 
anciennes, sous prétexte do symétrie, et où 
la fonte, substituée à la pierre, y devient 
un agent de destruction ; la cathédrale de 



ETA CG 

Chartres, où, après L'incendie, un comble 
en 1er, recouvert de cuivre, vint remplacer 
l'ancienne charpente couverte en plomb, et 

laisse mouiller les voûtes de la façon la plus 
dangereuse, où tout le système ancien d'é- 
coulement des eaui lui changé sans utilité, 
en mutilant 1rs vieilles constructions ; la ca- 
thédrale de Bourges, où les fonds de l'Etat 
soldèrent des travaux suis nom et qui ont 
dénaturé la forme extérieure de ce monu- 
ment ; la cathédrale do Luron, où tous les 
piliers de la nef, repris par le milieu eu blo- 
cage et en pierre tendre, s'affaissent et flé- 
chissent aujourd'hui d'une manière effrayan- 
te ; et tant d'autres qu'il serait trop long 
d'énumérer. 

« Un pareil état de choses devait éveiller 
et éveilla en effet l'attention de tous ceux 
qui avaient pris au sérieux, non-seulement 
ces édifices en eux-mêmes, mais les princi- 
pes d'art qui avaient dirigé leur construc- 
tion. 

« Les Chambres, les journaux, les com- 
missions, les artistes, les archéologues, les 
étrangers mêmes, s'élevèrent contre ces dis- 
pendieuses dégradations commises à l'égard 
de certaines cathédrales, et contre l'abandon 
également désastreux dans lequel on lais- 
sait les autres. 

« L'administration s'émut ; elle voulut 
s'arrêter dans cette voie ; à la faveur du re- 
tour de l'opinion et du mouvement de l'art 
vers la scieuce des constructions gothiques, 
elle voulut connaître la situation réelle de 
tous les édifices diocésains et s'occuper 
d'eux pour eux-mêmes. 

« Le résultat de son investigation ne s'est 
pas fait longtemps attendre ; il s'accusait 
déjà lui-même ouvertement par des accidents 
et des ravages ostensibles dans la plupart 
de nos édifices religieux, et on ne peut plus 
aujourd'hui se dissimuler que ces grands 
monuments, la gloire et la richesse de la 
France, sont à bout de résistances à tant de 
causes de leur destruction, et qu'ils mar- 
chent rapidement vers leur chute. 

« Il ne serait pas juste de faire retomber, 
d'une manière absolue, la responsabilité de 
ce résultat sur les administrations qui ont 
précédé, pas plus que sur les artistes qui 
ont dirigé les fâcheuses restaurations dont 
il a été parlé. Ce fut la laute de tout le 
monde, ou plutôt la faute du temps dont 
l'esprit n'était pas tourné vers l'appréciation 
et la science des constructions gothiques, 
qui ne diffèrent pas moins des autres cons- 
tructions sous le rapport de leurs besoins 
essentiels et de leurs conditions de stati- 
que et de préservation, que sous celui du 
style, de l'ornementation et de l'archéo- 
logie. 

« La renaissance de l'art de ces construc- 
tions est toute récente ; et en cela, comme 
en bien d'autres choses, c'est l'avaulage de 
la stérilité monte de notre temps, que si 
nous ne pouvons rien produire, du moins 
nous respectons et nous comprenons beau- 
coup mieux ce qui a été, et nous nous rc- 



67 



ETA 



ETA 



f,S 



plions sur le passé avec une activité d'autant 
plus fidèle qu'elle ne saurait être jalouse. 

« Animée de cet esprit judicieux et mo- 
deste, une génération nouvelle d'artistes 
s'est dévouée à l'étude et au culte de nos 
vieux monuments, et elle est parvenue à 
les comprendre et à les restaurer avec une 
science et une habileté que ces édilices n'a- 
vaient pas eu le bonheur de rencontrer de- 
puis leur origine, et qu'on dirait être le re- 
tour de l'esprit môme qui présida à leur 
construction. 

« Et, par un concours providentiel, ce re- 
tour a précisément lieu au moment où nos 
monuments religieux n'en peuvent plus, et 
sont, pour ainsi dire, arrivés à leur dernière 
heure. — Les ressources seules font défaut. 

« Pour faire comprendre leur nécessité, 
je dois ici, monsieur le ministre, révéler 
par des chiffres toute l'étendue du mal et 
toute l'importance du remède qu'il réclame. 
Je le dois à ma responsabilité et à la vôtre, 
non moins qu'à l'intérêt du pays, qu'il est 
temps d'avertir de l'abîme de dépenses qu'il 
se creuse lui-même, si, par une prompte et 
intelligente résolution de sacrifices gradués 
et par là faciles, il ne vient enfin préserver 
d'une ruine imminente ses plus beaux et 
ses plus indispensables monuments. 

« J'ai l'honneur de vous soumettre, avec 
le présent rapport, un tableau de la situa- 
tion actuelle de cinquante-trois de nos ca- 
thédrales, avec des indications et des chif- 
fres précis sur chacune d'elles, duquel il ré- 
sulte que les travaux à y entreprendre sans 
plus de retard, si on ne veut les laisser 
tomber, doivent s'élever à une somme de 
40 millions. (Ce tableau n'a pas été publié.) 

« Les vingt-sept autres cathédrales ne sont 
pas mentionnées dans ce tableau ; moins 
importantes ou en meilleur état, elles ne 
demandent cependant pas moins, en moyen- 
ne, pour les empêcher de venir à l'état de 
ruine où sont la plupart des premières , 
qu'une somme de 200,000 fr. chacune, ce 
qui donne un total de 5,400,000 fr. 

« En somme, 45,400,000 fr. pour le réta- 
blissement complet des cathédrales, en lais- 
sant en dehors la reconstruction totale des 
trois cathédrales de Marseille, de Moulins 
et d'Ajaccio. 

« Maintenant, monsieur le ministre, tous 
ees travaux, aussi bien que ceux à faire 
pour l'assainissement et la conservation des 
évêchés et des cathédrales, nécessitent l'ac- 
quisition des propriétés qui y sont accolées, 
ou dont l'emplacement doit servir à leur re- 
construction. Cette opération d'isolement, 
surtout à l'égard des cathédrales, est des plus 
importantes, et doit précéder les autres. Les 
constructions parasites accolées à ces beaux 
monuments, outre qu'elles les déshonorent, 
hâtent leur ruine en empêchant les eaux plu- 
viales de prendre leur cours, en minant leurs 
fondations et multipliant les causes d'incen- 
die. Il en est même qui ne sont pas seule- 
ment accolées, mais creusées en quelque 
sorte dans l'épaisseur des murs des cathé- 
drales, qui sont criblés de trous, d'armoires, 



de scellements de poutres, de fosses et de ré- 
duits. Comment connaître l'état des soubas- 
sements et des contreforts, comment sur- 
tout entreprendre de les réparer sans le 
déblaiement complet de leurs abords, par 
l'achat et l'enlèvement de toutes ces cons- 
tructions qui les obstruent? 

« Total général, se rapportant à l'ensemble 
des travaux de restauration des édifices dio- 
césains, pour les remettre sur le pied d'en- 
tretien, 80 millions. 

« Voilà la vérité, monsieur le ministre, et 
pour ainsi dire le bilan de l'administration 
des cultes. 

« Cette situation, toutefois, quelque grave 
qu'elle soit, n'est pas encore désastreuse 
pour nos finances, si on veut y pourvoir; 
mais, ce qui est indubitable, c'est qu'elle va 
le devenir tous les jours, si on ne s'en in- 
quiète pas et si on élude. 

« L'emploi de ces 80 millions, en effet, 
peut être réparti sur vingt années, en affec- 
tant ainsi pour chacune d'elles 4 millions. 

« Cette répartition ne saurait être réduite 
à de moindres proportions sans perdre toute 
son efficacité. Elle n'est pas arbitraire. Cette 
somme de 80 millions et cette durée de vingt 
ans sont en effet corrélatives. Ainsi, si au 
lieu de vingt ans on mettait trente ans, qua- 
rante ans à l'opération du rétablissement 
des édifices diocésains, ce ne serait pas 80 
millions qu'il faudrait, mais 90 ou 100 mil- 
lions, et plus peut-être. Par contre, si, au 
lieu de vingt ans, on ne voulait mettre que 
dix ans, la dépense totale pourrait n'être que 
de 75 ou 70 millions. Rien n'est plus aisé à 
comprendre que la loi de cette proportion. 
Ainsi, outre que le temps est destructeur et 
qu'on perd ce qu'on lui accorde, dans l'état 
où sont nos cathédrales, cette action du 
temps peut se trouver décuplée et centuplée 
parleur affaiblissement, et la dépense peut 
s'accroître par sa lenteur ou son défaut d'à- 
propos dans des proportions indéfinies. Avec 
le crédit annuel de 4 millions réclamé, il 
faudra même beaucoup d'économie et sur- 
tout une méthode suivie, une attention scru- 
puleuse de la part des architectes pour con- 
duire les restaurations. 11 ne faudra com- 
mencer un travail qu'avec la certitude de 
l'achever le plus promptement possible ; car, 
dans ces sortes de travaux, les retards se 
payent cher, les ajournements triplent une 
dépense ; souvent, faute d'une corniche 
neuve, on laisse un mur périr ; faute d'un 
chéneau placé à temps et comme il convient, 
ce ne sera pas> la réparation d'une voûte ou 
d'un arc-boutant, mais leur reconstruction 
qu'il faudra entreprendre. Nous voyons sou- 
vent des parties d'architecture intacte dé- 
truites dans un espace de cinq ou dix ans, 
et dont le remplacement a coûté des sommes 
considérables faute d'une réparation de quel- 
ques centaines de francs faite à propos. 

« Sous un autre rapport, une trop grande 
lenteur apportée dans 1 exécution de certaii.a 
travaux entraîne des pertes notables par les 
dépenses accessoires auxquelles cette lenteur 
donne lieu, et par les détériorations résul- 



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F.TV 



70 



Mut de la dénudation des parties de l'édi- 
fice soumises 5 la restauration et de celles 
qui les avQjsinent. On no pont se l'aire une 
idée exacte de l'étendue de ces fausses dé- 
penses lorsque les travaux, sont conduits 
avec trop de lenteur, ou au moyeu de res- 
sources annuelles trop faibles : les éehafauds 
(jiii se pourrissent, les précautions provi- 
soires qu'il faut prendre tous les hivers pour 
préserver les travaux en cours d'exécution, 
les ravalements ajournés qui laissent les 
constructions exposées aux intempéries, les 
maçonneries découvertesqu'il faut reprendre 
après la mauvaise saison, les écoulements 
d'eau qui se font mal sur des bAtisses non 
terminées : toutes ces causes augmentent 
d'autant plus les dépenses que les travaux se 
font avec plus de lenteur. 

a Pernaettez-moi , monsieur le ministre, 
de citer un exemple : 

« Dans plusieurs de nos cathédrales, à 
Beauvais, a Reims, à Chartres, h Amiens, il 
faut refaire les couvertures des bas-côtés et 
chapelles duchœur, ainsi que les chéneaux, et 
rétablir à neuf les anciens systèmes d'écou- 
lement des eaux ; si l'allocation annuelle est 
suffisante , on entreprendra pendant une 
campagne, je le suppose, deux ou trois tra- 
vées à la fois, c'est le moins qu'on puisse 
faire; mais, pour rétablir ces couvertures, 
chéneaux, gargouilles, conduites, etc., il faut 
réparer les corniches qui les portent, les arcs- 
boutants qui sontau-dessus, les galeries oui 
y touchent. Il sera donc nécessaire, si les 
allocations annuelles sont insuffisantes, de 
découvrir, faire tous les travaux de maçon- 
nerie, puis recouvrir provisoirement en 
planches,en toiles ou de toute autre manière 

ftour passer l'hiver; découvrir de nouveau à 
a campagne suivante, réparer le dommage 
causé par les gelées, et établir enfin les cou- 
vertures définitives. Le monument souffrira 
beaucoup, et on aura ajouté aux dépenses 
réelles, aux dépenses qui laissent une trace, 
de fausses dépenses, des dépenses provi- 
soires perdues pour tout le monde. 

« Dira-t-on que l'on concentrera les res- 
sources sur une ou deux cathédrales, de 
ma nière à y exécuter les travau x rapidement, 
et qu'on ajournera les travaux réclamés par 
les autres? Mais un travail de la nature de 
celui que je viens de citer pour exemple, 
mené sur un seul édifice, avec des allocations 
raisonnables, ne durera pas moins de cinq 
ou six ans, puisqu'il faut l'étendre sur onze 
ou treize travées; pendant ce temps, les dé- 
gradations s'aggraveront dans les autres ca- 
thédrales, et enfin, quand on arrivera aux 
dernières, ce ne sera plus une restauration 
qu'il faudra entreprendre, mais une recons- 
truction presque totale; ce ne sera plus 
k ou 500,000 francs qu'il faudra dépenser 
pour chacune d'elles, mais 1 million, 2 mil- 
lions peut-être, comme il le faut h. l'heure 
qu'il est pour Rouen, pour Reims, pour Sens 
et pour Beauvais. On ne saurait le dissimu- 
ler, ces monuments, tous à peu près du 
môme âge, ayant tous subi les mêmes dé- 
gradations et également souffert des mêmes 



causes de ruine, sont arrivés a un niomei.t 
où il devient nécessaire de les consolider 
sérieusement, avec économie sans doute, 
mais sans parcimonie, sous peine de les voir 
tous périr à peu près en même temps, et de 
se trouver entraîné à des dépenses cent fois 
plus considérables que celles qu'on aura 
voulu éviter. 

« La répartition en vingt années des 80 
millions nécessaires pour le rétablissement 
des édifices diocésains, soit k millions par 
année, pendant cet espace de temps, a donc 
sa raison dans l'état de ces édifices et dans 
la nature des travaux qu'on doit y exéculer. 
Elle a été calculée de manière à rendre cette 
grande opération possible dans l'intérêt de 
ces édifices et des finances de l'Etat. Etendue 
sur plus de vingt ans, cette somme de 8;) 
millions ne suffirait plus à son objet, et 
l'augmentation de dépense qui résulterait 
pour l'Etat de cette fausse économie devient 
incalculable ; resserrée sur moins de vingt 
ans, elle pèseraittroplourdementsurchaque 
exercice, et ne pourrait pas même être dé- 
pensée au delà d'une certaine mesure dans 
cette limite de temps. 

« Les travaux à faire aux cathédrales, non 
compris leur isolement, entrent dans ce chif- 
fre total de 80 millions pour ko millions, 
soit 2 millions 250,000 francs par année. 

« Ce chiffre de 2 millions 250,000 francs 
n'est, en réalité, qu'un peu plus du double 
de ce qui est accordé aujourd'hui pour l'en- 
tretien et les réparations des cathédrales, 
sur le crédit général des édilices diocésains. 
Mais cg crédit, doublé pendant vingt ans, 
produit, par le fait, plus du double de tra- 
vaux, parce qu'il permet d'entreprendre, 
dans un temps donné, des ouvrages qu'il est 
nécessaire d'ajourner lorsqu'on n'agit qu'a- 
vec un crédit insuffisant. 

« Ce crédit de 2,250,000 francs pour la 
restauration des cathédrales sera moindre, 
en définitive, que celui qui est accordé pour 
l'entretien et la conservation des bâtiments 
civils et palais nationaux, qui sont, comme 
je l'ai déjà dit, moins anciens, en bien meil- 
leur état, et d'une beaucoup plus simple 
construction. 

« Ces derniers édifices figurent en effet an 
budget pour uncrédittotalde2,678,i29francs, 
sans préjudice des crédits spéciaux, pour tra- 
vaux extraordinaires aux mêmes monuments, 
comme il s'en exécute actuellement au Lou- 
vre, à Versailles et à Fontainebleau. 

« Ce budgetde 2,678A29 francs est à peine 
suffisant pour les bâtiments civils ; et, pour 
nos magnifiques et vieilles cathédrales, 1 
million ; et, pour nos deux cent quarante 
édifices diocésains, 1,950,000 francs seule- 
ment sont accordés 1 

« Cette allocation est évidemment insuffi- 
sante; l'économie qui s'obstinerait à la inain : 
tenir serait une économie désastreuse. Si 
elle prévalait, je suis obligé de déclarer, 
monsieur le ministre, que, dans l'impossibi- 
lité de pourvoir à tous les besoins, l'admi- 
nistration se trouverait dans la dure alterna- 
tive de sacrifier l'existence de nos plus belles 



71 



ETA 



cathédrales a la conservation des autres édi- 
fices diocésains, ou la conservation de ceux- 
ci à l'existence de celles-là. Les cathédrales 
de Rouen, de Séez, de Sens, de Troyes, 
d'Angoulèmc, de Langres, de Meaux et autres 
s'écroulent. On ne peut entreprendre de les 
sauver sans v engouffrer les 1,930,000 francs 
par an du dédit affecté à la généralité des 
besoins, et par conséquent, sans abandonner 
tous les autres édifices diosésains au dépéris- 
sement. Ou bien on ne peut employer ces 
1,950,000 francs a la conservation de ces 
derniers édifices sans décréter la chute des 
premiers. 

« Telle ne saurait être certainement l'in- 
tention du gouvernement ni la volonté du 
pays. Nos cathédrales sont une de nos plus 
grandes et de nos plus glorieuses richesses 
nationales; elles représentent un capital 
énorme, accumulé à grand'peine par les siè- 
cles passés pour satisfaire au besoin le plus 
sacré, le plus persistant, et, plus que jamais 
pour nous, le plus salutaire. Ces grands cen- 
tres de prières, où toutes les générations 
semblent venir se rencontrer dans la 
majesté d'un môme culte et dans l'é- 
galité d'une môme destinée, ont, sur les 
populations des villes, un effet moral puis- 
sant, auquel ne saurait être comparé celui de 
nos bilbliothèques et de nos musées. En eux 
survit et se prolongent au milieu de nous 
une grandeur et une délicatesse de l'art d'où 
nous sommes déchus, mais dont l'expression 
nous relève. Leur perte serait irréparable, 
et leur abandon sacrilège. Quand l'Etat s'est 
porté le tuteur de ces monuments de la foi de 
nos ancêtres ; quand il a pris, à cet effet, 
les immenses dotations que leur piété y 
avait attachées, ce n'a pas été sans doute 
pour les laisser périr et pour ne léguer aux 
générations suivantes que des ruines qui 
l'accuseraient. 

« L'existence des cathédrales, d'ailleurs, 
est un fait nécessaire ; si on les laisse tom- 
ber, il faudra les reconstruire. Or il résulte 
de calculs positifs, dont vous pourrez voir 
le détail sommaire dans une note jointe au 
présent rapport, quo les quatre-vingts cathé- 
drales de France coûteraient 250 millions 
à rebâtir, non comme elles sont, mais dans 
les conditions les plus simples et les moins 
dignes de leur objet, dépourvues de tout 
ornement, de tout luxe, môme de construc- 
tion, élevées avec des murs unis et des voû- 
tes en plâtre ou en bois, ne présentant à 
l'extérieur que des surfaces nues percées de 
fenêtres, à l'intérieur qu'une suite de piliers 
carrés, des parements froids et dépouillés de 
toute décoration. 

« Et maintenant, uni fois bâties, il fau- 
drait toujours les entretenir. Or on ne pour- 
rait compter pour cet entretien moins de 1 
p. 100 annuellement de la valeur de leur 
capital, soit 2,500,000 francs, et l'Etat n'af- 
fecte annuellement à l'entretien des cathé- 
drales actuellement existantes qu'environ 1 
million 1 Et ces cathédrales ne sont pas neu- 
ves, et elles ont été longtemps abandonnées, 
et ce n'est pas un capital de 250 millions 



ETÔ 72 

qu'elles représentent, mais, comme je l'ai 
déjà dit, de 2 milliards peut-être 1 

« Ce million, morcelé en quatre-vingts 
parts, est un ajournement; il n'entretient 
pas, il trompe. Les besoins auxquels il est 
insuffisant s'accumulent-, et pour vouloir 
économiser 2 millions pendant quelques 
années, on aboutit rapidement à une ruine 
tellement imminente, que 10 et 20 millions 
par an suffiront à peine pour la réparer. 

« Telle est la situation, monsieur le minis- 
tre; s'il eût été nécessaire de fortifier l'inté- 
rêt qu'elle inspire, j'aurais pu le faire par des 
considérations accessoires, puissantes, qui 
se présenteront, du reste, d'elles-mêmes à 
votre esprit et à celui de l'assemblée. J'au- 
rais pu faire ressortir l'avantage précieux, 
dans la disposition actuelle des esprits, de 
créer, sur les divers points de la France, des 
chantiers de travaux qui, à la différence de 
ceux de l'industrie , lesquels n'occupent 
guère que les bras et ne satisfont l'intérêt 
des uns qu'en excitant la jalouse ambition 
des autres, ennoblissent le travail en y fai- 
sant participer l'intelligence, et élèvent les 
âmes par la haute destination religieuse de 
l'objet de ce travail et par leur contact avec 
la foi qui y respire. J'aurais pu faire remar- 
quer le grand intérêt national que nous 
avons à favoriser le mouvement de l'art ar- 
chitectural dans un de ces retours les plus 
heureux aux grandes sources de son inspi- 
ration ; à former des ouvriers habiles dans 
l'exécution de cet art, et à élever par là le 
niveau de ce goût et de cette perfection dont 
le cachet distingue nos créations françaises. 
L'intérêt secondaire du Trésor lui-même, 
enfin, s'y retrouverait par surcroît, dans le 
mouvement de consommation et d'importa- 
tion qui s'établirait nécessairement autour 
de ces grands centres de construction. 

« Mais, monsieur le ministre , l'intérêt 
immédiat qu'inspirent nos édifices religieux 
ruinés et celui qu'a l'Etat à ne pas laisser 
se consommer leur chute, sont assez puis- 
sants pour qu'il m'ait suffi de vous en pré- 
senter le tableau. Ce tableau n'a rien que de 
rigoureusement vrai; tout le monde peut 
s'en convaincre; nos monuments diocésains 
le diront eux-mêmes à qui voudra les visi- 
ter. Plus particulièrement chargé dé les 
connaître et de les conserver, j'ai dû être 
l'organe de leur détresse : je me suis ac- 
quitté de mon devoir, et je remets mainte- 
nant ce grand intérêt à votre haute sollici- 
tude. » 

ETOFFES. — I. Par étoffes nous enten- 
dons toute espèce de tissu de fil, de soie, de 
laine, d'or, d'argent, etc. Les étoffes de l'an- 
tiquité et du moyen âge n'ont jamais été 
l'objet d'une étude très-détaillée au point de 
vue archéologique; et celles du moyen âge, 
quoique d'une époque plus rapprochée de 
nous, sont encore moins connues que celles 
de l'antiquité. 

A la fin du iv e siècle, vers le temps de 
Claudien, le luxe des chrétiens eux-mêmes, 
accru de jour en jour, contribua à perpétuer 
l'art de former des fleurs et des figures dans 



73 ETO 

de riches tissus, celui de teindre, celui de 
broder, et vraisemblablement celui d'impri- 
mer des ornements sur des toiles. L'art d'en- 
richir des étoffes par des dessins de tout 
genre fut porté à cette époque, et dans les 
siècles suivants, a un degré de perfection 
que nous pouvons à peine égaler. Une tuni- 
que, un manteau renfermait quelquefois -jus- 
qu'à six cents tiguros.On y voyait représentée, 
en différents tableaux, la vie entière de Jésus- 
Christ, sa Nativité, sa Passion, sa Sortie du 
tombcau,\cs Noces de Cana, la Résurrection de 
Lazare,\i'Paralijtique emportant son lit sur ses 
épaules. On y voyait aussi, par un mélange 
bizarre, dont les toiles des Indiens avaient 
donné l'idée, des lions, des panthères, des 
ours, des taureaux, des arbres, des rochers, 
des chasseurs, tout ce que Vart des peintres, 
qui s'efforcent d'imiter la nature, peut inven- 
ter. Les habits de ces chrétiens efféminés, 
disait un orateur qui blâmait ce luxe, sont 
peints comme les murailles de leurs maisons. 
(S. Asterius, Homil. de Divite et Lazaro [Ed. 
Ruben.], pag.3et 4.) 

Il n'est pas à croire que les manufactures 
de toiles imprimées établies dans l'Egypte, 
dans la Syrie, dans la Cilicie, s'anéantirent 
tant que dura cet usage qui leur offrait un 
nouvel aliment. Nous savons, en général, 
que les manufactures d'Alexandrie, de Tyr, 
de Damas, d'Antioche, où se fabriquaient ces 
robes à figures, existaient encore après les 
conquêtes des Sarrasins, lorsque les peuples 
de l'Occident, attirés dans ces contrées par 
l'esprit de dévotion ou par l'esprit de com- 
merce, y recueillirent les précieux restes de 
l'industrie des anciens. Celles de Tyr et d'A- 
lexandrie notamment étaient en pleine acti- 
vité, sous la protection des califes, dans les 
vin' et ix e siècles, pendant les pontificats de 
Grégoire IV, de Léon IV, d'Etienne VI. Elles 
fournissaient encore aux chrétiens des ten- 
tures et des habillements où étaient repré- 
sentés, comme dans les temps précédents, 
les mystères de la religion chrétienne, les 
images des apôtres, et tout à la fois les ani- 
maux réels ou fantastiques qu'on y voyait 
au temps de Claudien. Les églises de Rome 
étaient pleines de leurs ouvrages. 

On voyait représentés sur les tentures et 
sur les diverses étoffes fabriquées du temps 
de Claudien, à Tyr et à Alexandrie, de même 
que sur les vêlements dont parle S. Asterius, 
différents sujets qui supposent un grand 
nombre de personnages. On peut consulter 
à ce sujet Anastasele Bibliothécaire dans les 
vies des souverains pontifes, de saint Adrien, 
de Léon III, de Grégoire IV, de Léon IV, 
d'Etienne VI, pag. 110, 127, 162, 1G8, 176, 
236, etc. Nous en donnons un extrait ci- 
dessous. 

Nous pouvons nous faire une idée de la 
beauté des étoffes de soie que les fabricants 
d'Alexandrie et que les Arabes eux-mêmes 
exécutaient, soit en Orient, soit en Espagne, 
soit en Sicile, dans le x' et le xi c siècle, par 
les fragments trouvés à Paris en 1793, dans 
le tombeau de Morard, mort en loti, et dans 
celui d'Ingon, mort en 1025, tous deux abbés 
Diction'n. d'Archéologie sacrke. IL 



ETO 7j 

de Saint-Germain-des-Prés. Ces fragments, 
très-intéressants pour l'histoire des arts, 
ont été décrits sommairement par Lenoir 
dans le Musée des monuments français, tom. 1, 
pag. 161 à 163. Ils ont donné à M. Desma- 
rest l'occasion de faire une savante disser- 
tation sur quelques étoffes du moyen Age, et 
notamment sur les procédés employés dans 
la fabricatien des étoffes brochées. 

IL 

Extraits de V ouvrage d'Anastasc le Biblio- 
thécaire. 
Tom. II, p. 4-02. 
Vestis alba holoserica rosata. 

— de blatthin. 
de quadrapulo. 

— de stauraci. 

— olovera. 

— cum pavonibus. 

— rubea alythina. 

Tom. 111, p. 331. 

— alba de chrysoclavo cum rôtis. 

— holoserica rosata cum chrysoclavo. 

— rosata cum rosis, 
aquilarum habens historiam. 

— de chrysoclavo et gammadiis. 
aureo texta opère, historiam habens 

Adnuntiationis. 

— auri textilis 
auro texta. 

— candidis margaritis ornata. 

— ex auro purissimo cum gemmis a Ca • 

rolo M. donata. 
chrysoclava cum blatta Byzantea 

— cum aquila. 

— cum auro et gemmis albis. 

— eum chrysoclavo. 

— habens historias. 

— cum cruce de chrysoclavo. 

— cum historia S. Martini jacentis. 

— cum gryphis et chrysoclavo. 

— cum leonibus. 

— cum rôtis, aquilis, et cruce cum 

gammadiis. 

— cum rosis et hominum effigiebus. 

— de chrysoclavo, cum gemmis albis. 

— fundata cum periclysi de stauraci. 

— de fundato. 

cum cruce in medio. 

— cum gryphis. 

— habens periclysin de blatthin. 

— cum periclysi de octapulo. 

— cum periclysi de quadrapulo. 

— cum periclysi habens angulos. 

— habens aquilas et periclysin de qua- 

druplo. 

— habens in medio crucem de periclysi. 

— de fundato habens crucem cum gam- 

madiis. 

— habens historiam leonum. 

— habens leones, cum arboribus et 

gryphis. 

— habens mucrones per circuitum. 

— de fundato, cum tabula de chrvso- 

clavo effigiato. 

— ornata in circuitu de olovero. 

— de fundato pretiosissima, cum chry- 

soclavo. 

3 



75 



ETO 



Vestis «le olovero, cum gryphis et unieor- 
nibus. 
cum leonibus et periclysi de octa- 
pulo. 

— nabens gemmas et mala aurea. 

de purpura imperiali cum hisioriis. 
~- cum canceilis et rôtis de chryso- 
clavo. 
de quadrapulo, ornata in circuitu. 

— habens in medio crucem de chryso- 

clavo. 

— de serico. 

— de serico mundo cum aquilis. 

— de spanisco. 

— de stauraci, cum periclysi de blat- 

thin. 
de Tyrio, habens historiam Danie- 
lis, cum periclysi de stauraci. 

— habens historiam Nativitatis et Re- 

surrectionis. 

— habens Rcsurrectioncm et imaginera 

pontificis. 

— nabens rosam et aquilam, cum cruce 

de chrysoclavo et gammadiis. 

— holoserica. 

— cum chrysoclavo habens historiam. 

— rubea cum caballo albo. 

— de arodina (coloris rosacei cum chry- 

soclavo). 

— habens listam de argento. 

— alba sigillata cum gammadiis, peri- 

clysi de blatti. 

— cum auroet gemmis. 

— de fundato, habens historiam aqui- 

larum. 

III. 

Autres extraits d'Anastase, où sont indiquées 
les variétés dans les matières, les tissus et 
les ornements des voiles ou rideaux dans les 
églises. 

Tom. I, p. 401. 

Vêla alba holoserica. 

— alba holoserica rosata. 

— alba holoserica modica rosata. 

— Alexandrina majora. 

— alythina. 

— de blalthin Byzanteo. 

— de blatthin Neapolilano. 

— de fundato. 

— de octapulo (vulgo arazzi). 

— de palliis sericis. 

— de sîauracin. 

— modica. 

— modica sigillata. : 

— rubea alythina. 
• - parchalia. 

— pbiloparia Alexandrina. 
prasina. 

— quadrapula. 

--■ serica alythina. 

— • Tyria. 

Tom. III, p. 333. 

Vêla alba holoserica rosata, Pascnœ adum- 
brantia sacra. 

— alba holoserica rosata. 

— alba rosata. 
-• Alexandrina. 

— aquilata. 



ETO 78 

Vêla cum aquilis. 

— de blatthin. 

— cum argento spanisco. 

— ex auro texta. 

— de basilisci, ornata de holovero. 

— de chrysoclavo, cum historia. 

— ubi Léo IV pictus. 

— francica. 

— ornata in circuitu de blatthin. 

— ornata in circuitu do olovero. ■ 

— ornata utraque parte. 

— cum periclysi. 

— cum periclysi de blatfa Byzantea. 

— cum periclysi de ïyrio. 

— habentia cornua instar grypliorum. 

— habentia cruces et gammadias. 

— habentia historiam l)ei genitricis. 

— habentia historiam leonum. 

— de holoserico. 

— ex imizino. 

— linea ; — linea ornata de fundato. 

— majora ; — majora de fundato ; — ma- 

jora et minora. 

— minora ornata in circuitu de blatthin. 

— modica fundata. 

— modica de olovero ; — de olovera cum 

cruce. 

— de periclysi cum blatthin. 

— de quadruplo, ornata de Tyrio. 

— de llhodino. 

— rubea; — serica ; — serica alba. 

— serica de blatthin Byzantea. 

— serica de prasino. 

— de serico pigacio. 

— spanisca ; — de spanisco ; — de spa- 

nisco ornata de fundato. 

— de Tyrio, ornata de blatthin Byzan- 

tino. 

IV. 
Dans le second vol. des Mélanges d'archéo- 
logie, d'histoire et de littérature, publiés par 
les PP. A. Martin et Ch. Cahier, on voit re- 
produit par la chromolithographie les des- 
sins de plusieurs étotîes orientales. Nous 
regrettons vivement que le savant auteur de 
ces dessins, le P. Martin, n'ait pas donné 
encore le commentaire qui les doit accom- 
pagner. Nous allons en faire une courte 
description, sans pouvoir donner de docu- 
ments propres à en éclaircir l'histoire, au 
point de vue archéologique. On pourrait 
rapporter plusieurs faits, après ceux que 
nous avons déjà ci-dessus énumérés, pour 
démontrer que les plus antiques étoffes his- 
toriées que nous connaissions, proviennent 
des fabriques de l'Orient. Plusieurs noms 
attestent assez clairement l'origine asiatique 
de diverses étoffes plus ou moins riches. 
Le damas comme la levantine est bien peu 
de chose au prix des brocarts d'or et d'ar- 
gent dont lafabrication est si ancienne dans la 
région du Liban. Vauriphrygium, dont nous 
avons fait le mot orfroi, rappelle, de môme 
que les vestes atlalicœ, ces splendides draps 
d'or dont le secret semble avoir appartenu 
longtemps à l'Asie Mineure. Les inventaires 
des églises mentionnent souvent les draps 
d'Alexandrie , vêla Alexandriœ , ou parmi 
Alexandrini, et les serica A [ricana. 



77 



ETO 



Byzance devint de bonne heure le grand 
entrepôt, sinon .c centre de fabrication, 
des plus riches étoffes de soie. Ce fait, at- 
testé par un grand nombre de preuves, ex- 
plique certaines expressions qui paraissent 
fréquemment dans quelques écrits du moyen 
tige. Beaucoup d'étoffes répandues dans 
tout l'Occident provenaient de Byzance, soit 
qu'elles y fussent fabriquées, soit qu'elles 
y vinssent en dépôt, après avoir été fabri- 
quées ailleurs. 

Une des étoffes trouvées dans la châsse de 
Charlemagne, à Aix-la-Chapelle , est à 
fond rouge. Elle est semée de grands dis- 
ques arrondis, au milieu desquels se trouve 
un éléphant richement caparaçonné. La 
trompe et les pattes sont couvertes de cou- 
leurs de fantaisie. Les pattes s'appuient sur 
des enroulements verts qui laissent échap- 
per une tige élancée qui passe derrière le 
corps de l'animal et va s'épanouir au-dessus 
en plusieurs branches fort élégantes. Le 
cercle du disque est orné de perles et de 
feuillages qui rappellent beaucoup l'orne- 
mentation communément désignée par les 
antiquaires sous le nom de byzantine. Entre 
les grands cercles se trouvent des rosaces 
où l'on voit des perles et des feuillages d'un 
caractère analogue. Le jaune domine dans 
les disques, et le vert et le bleu dans les 
rosaces. L'une des statues de la chapelle à 
Cividale du Frioul [Voy. fig. à la fin du vol.) 
porte un manteau largement drapé, sur le- 
quel on voit des ornements en forme de 
disque et des fleurons qui sont évidemment 
une imitation libre d'étoffes semblables à 
celles de la châsse de Charlemagne. L'étoffe 
dont nous venons de parler, et qui se trouve 
dans la châsse de Charlemagne, porte une 
inscription en caractères grecs fort difficiles 
à déchiffrer et 'que le savant M. Hase a lue 
ainsi : 

Eni MlXAIIA IIPIMIKHPIOÏ KOÏTÛNOS EUlKOï. 
HETPO r APXO.VTOS Eïl'UlIOÏ IXAIKTIilXOS B. 

On y reconnaît aisément le nom de Michel, 
primicier de la chambre impériale. Quant à 
Pierre et à Yindiction seconde, ce sera, sans 
doute, un moyen de trouver la véritable 
époque à laquelle appartient cette belle et 
curieuse étoile. 

Une seconde étoffe du trésor d'Aix-la-Cha- 
pelle est à fond jaune, avec des ornements 
bleus. Le tissu est divisé en carrés par des 
lignes bleues, au milieu desquels sont deux 
cygnes affrontés, également bleus, avec un 
bec blanc et une espèce d'aigrette derrière 
la tète. Sur le milieu du corps se trouve un 
damier composé de petits carrés jaunes et 
blancs. 

Vn autre tissu, également du trésor d'Aix- 
la-Chapelle, est a fond rouge avec des or- 
nements jaunes et verts. Le dessin forme 
des compartiments octogones allongés, au 
milieu desquels sont deux oies ou deux 
canards affrontés : ils ont derrière la tète 
une espèce de large ruban, et ils sont sépa- 
rés par une tige qui laisse échapper deux 
belles feuilles, à sa partie inférieure, pour 
recevoir les pattes des palmipèdes, et qui 



ETO 7S 

se termine au sommet par une espèce de 
fleur en forme de vase. Sur un des petits 
côtés de l'octogone, on voit des cœurs al- 
ternativement rouges et verts, sur un fond 
jaune. Les losanges qui réunissent les com- 
partime tts entre eux sont ornés d'une rosace 
à huit divisions, assez semblable aux rosaces 
d'architecture à la tin de la période roroano- 
byzantine et au commencement de la période 
ogivale. 

Un troisième tissu, aussi du trésor de la 
môme église, à fond vert, est a grands des- 
sins d'ornementation, à fond violet. Ce sont 
des griffons, moitié oiseaux, moitié qua- 
drupèdes, munis d'ailes de papillon ocellées. 
La tète et les pattes d'oiseaux sont en or; 
sur la poitrine est un plastron carré, orné 
d'or. Au-dessous, et alternativement avec 
les griffons sont des paons, à tète et à 
pattes d'or; la crête est également d'or, et à 
la naissance des ailes on voit un disque 
orné d'or. Entre les paons sont des orne- 
ments délicats et variés, formés surtout de 
feuillages artislement disposés. Au pied 
des grillons, on remarque de petits animaux 
accroupis, dont le nez prolongé en une es- 
pèce de trompe mobile et relevée rappelle 
beaucoup certains animaux de l'Inde. Celte 
étoffe est d'un grand effet. 

Dans le tom. II des Mélanges on voit en- 
core le dessin d'un magnifique orfroi de 
Ilatisbonne, de la chasuble présumée de 
saint Wolfgang. C'est un riche tissu or et 
soie. Le fond de soie est rouge et bleu, et 
l'enroulement en or offre dans ses contours 
alternativement un quadrupède et un oiseau. 
Les galons sont ornés de figures de léopards 
et d'oiseaux, avec des fleurons et des lignes 
inclinées couvertes de dents de scie. Ce des- 
sin, dans son ensemble, présente beaucoup 
d'analogie avec les enroulements sculptés 
qui ornent la façade orientale de la cathé- 
drale de Bari, dans le rovaume de Naples. 
V. 
Outre les tissus dont nous venons de don- 
ner une courte description, il en existe en- 
core quelques autres bien connus des ar- 
chéologues. La chape de saint Mexme, à 
Chinon, au diocèse de Tours, la chape dite 
de Charlemagne, à Metz, et un tissu qui en- 
veloppe des reliques au Mans, paraissent 
remonter à une époque antérieure au xn e 
siècle. On peut les prendre comme spécimens 
des étoffes qui furent employées dans nos 
églises, pour les vêlements sacrés, depuis 
le vi c siècle jusqu'au xir siècle. Elles ont 
d'ailleurs une analogie frappante avec les 
étoffes orientales de la chasse de Charlema- 
gne et du trésor d'Aix-la-Chapelle. La chape 
dite de saint Mexme, à Chinon, est d'une 
ampleur prodigieuse et d'une forme très- 
antique. Le fond en est bleu, couvert de 
léopards enchaînés et affrontés. Les léopards 
sont alternativement blancs avec taches rou- 
ges, et jaunes avec taches vertes. Au-dessus 
de ces léopards sont des oiseaux au vol, et 
au-dessous des espèces d'animaux carnas 
siexs (ce ne sont pas des lièvres, comme l'a 
dit et publié faussement M. de Caumont, 



79 



ETO 



ETO 



80 



liud. d'archéol., pag. 19). Les oiseaux et les 
petits animaux carnassiers sont rouges et 

blancs sur une lig'ie, verts et jaunes sur la 
ligne suivante. 

Sur le second tissu qui existe au Mans, on 
voit, comme dans le précédent, un seul et 
même sujet reproduit uniformément sur 
loute Fétendue du tissu. Deux lions debout 
affrontés sont séparés par un objet pédicule 
(jue M. Hucher du Mans prend pour une 
coupe, mais dans lequel M. Le Normand re- 
connaît un autel du feu, ou pyrée, emblème 
de la religion de Zoroastre. Aussi M. Le 
Normand ne fait-il pas difficulté d'attribuer 
le tissu du Mans à la même origine que 
celui de Chinon. 11 remarque que l'objet en 
forme d'astre ou d'étoile, qu'on voit imprimé 
au haut de la cuisse de chacun de ces ani- 
maux, se trouve sur d'autres monuments 
sassanides, notamment sur un vase de mémo 
origine existant dans la collection de la Bi- 
bliothèque Nationale. ( Voy. la Notice de 
M. Le Normand, dans le XIV e volume du 
Bulletin monumental.) il en conclut que ce 
tissu peut très-bien remonter au iv* ou au 
V e siècle. Le fond du tissu de soie est rouge, 
les lions sont ouvrés en soie verte et re- 
haussées de plaques rouges, disposées dans 
le but d'imiter les muscles et les os; de 
minces filets jaunes dessinent les formes' et 
séparent 1rs couleurs. Cette appréciation, 
quant h l'antiquité, appartient à M. de Cau- 
mont. Pour nous, nous pensons que cette 
étoffe n'est pas antérieure au xn e siècle. 

Le troisième tissu est une chape conser- 
vée dans la cathédrale de Metz, à laquelle 
elle aurait été donnée par Charjemagne, 
suivant la tradition; ce tissu appartiendrait 
consé juemment à une époque très-reculée. 
Jl est en soie rouge; on y voit des aigles 
aux ailes éployées d'un très-beau style et 
Hivers ornements semés sur le fond et de 
petite dimension. Les couleurs employées 
dans les broderies de la chape de Metz 
sont le jaune, le bleu et le vert. 

VI. 

Nous devons encore mentionner, parmi les 
plus curieux modèles d'étoffes, qui nous 
viennent des époques archéologiques les 
plus éloignées, une étoffe historiée à Sainte- 
Walburge d'Eischtadt. Le fond en est pourpre, 
et dans de larges encadrements ovales com- 
posés de feuillages et de deux rangées de 
perles, on voit une figure qui parait être 
une figure de femme, les bras tendus en 
croix , la tête entourée d'un nimbe , les 
oreilles ornées de pendants; la poitrine est 
couverte d'un pan carré d'étoffe ornée d'un 
damier pourpre, argent et jaune. La poitrine, 
les épaules et les bras sont couverts d'une 
étoffe à fond vert, h losanges jaunes, enca- 
drés d'une bandelette pourpre. La taille est 
serrée par une ceinture chargée de croix 
d'argent; lé reste delà robe est vert. A ses 
côtés sont deux lions dévorants, qui se pré- 
cipitent sur elle. C'est sans doute la repré- 
sentation d'une scène de martyre. Le per- 
sonnage est un de ces généreux confesseurs 
de la foi chrétienne exposés aux bêtes par 



la cruauté des persécuteurs. Les médaillons 
ovales sont séparés par une rosace d'orne- 
mentation d'une grande élégance. (Méknuj. 
(Varche'odog.j vol. 11, planche xvm.) 

Une magnifique étolfe, en par.ie conser- 
vée jusqu'à nos jours, et dont le dessin est 
complet, fut donnée par saint Henri a Ra- 
tisbonne. Elle est or, argent et soie. En 
voici une courte description : le centre, en 
drap d'or, est orné de deux jolis enroule- 
ments en soie rouge et verte, qui se termi- 
nent, le premier par un monstre ailé, a 
queue de serpent, le second par des fleurs 
ou des feuillages assez semblables a la par- 
tie supérieure d'une fleur de lis. A côté de 
l'enroulement inférieur on voit deux ani- 
maux, en soie rouge, au milieu du drap 
d'or. Cette partie centrale est encadrée, en 
haut et en bas, par une espèce de ruban, 
séparé du centre par un filet rouge : on y 
remarque, au milieu, un petit enroulement 
en soie rouge et verte ; on voit à côté deux 
oiseaux à la course, ayant le corps rouge et 
les ailes vertes. Celle partie, où l'or domine, 
est accompagnée, en haut et en bas, d'un 
large ruban en soie rouge, sur lequel court 
un léger enroulement de perles. Enfin le 
tout est accompagné d'un large galon d'or, 
faisant partie de l'étoffe, orné, au centre, 
d'un quatrefeuilles en soie verte et rouge, 
et, aux angles, de deux lions d'argent. Cette 
composition produit le meilleur effet ; elle 
est d'un goût excellent, et l'ornementation 
en est légère et d'un dessin heureux. (Mél. 
d'archéol., tom. II, planche xvi.) 

A Eichstadt, on possède de charmants 
échantillons d'étolfes anciennes, appartenant 
aux vêtements sacerdotaux de saint Willi- 
brod. Le fond est en soie rouge, avec des 
entrelacs variés en or, au milieu desquels sont 
des ornements en argent. Ces étoffes sont 
très-riches et très-belles. (Me'lang. d'archéol., 
tom. II, planche xvm ) 
VIL 

Parmi les rares étoffes en soie que l'on 
fait remonter à l'ère romano-byzantine secon- 
daire, on peut citer la chasuble de Saint- 
Rambert-sur-Loire , décrite par M. l'abbé 
Bouet. Cette chasuble, fermée de toutes parts, 
n'a qu'une ouverture dans la partie supé- 
rieure, à peine suffisante pour laisser pas- 
ser la tête du prêtre. Elle n'est pas échan- 
crée comme les chasubles actuelles; les cô- 
tés cependant sont un peu arrondis et ont 
environ 4 centimètres de moins que la bande 
centrale. Elle va en s'élargissant jusqu'aux 
extrémités inférieures, qui ont assez d'am- 
pleur pour que le prêtre puisse, au moment 
de la célébration des saints mystères, la re- 
lever sur les bras, et que cependant la par- 
tie antérieure et la partie postérieure conti- 
nuent de retomber presque jusqu'à ses pieds. 
Elle n'a pas non plus la roideur de nos cha- 
subles modernes; mais, comme un manteau 
léger et soyeux, elle retombe autour du corps 
en plis larges et ondoyants. L'ornementa- 
lion en est riche, simple et gracieuse : sur 
un fond de soie, des filigranes d'or dessi- 
nent de gracieux compartiments, dans les- 



S! 



ETO 



FJO 



82 



Juels sont relevés en or alternativement 
eux colombes et deux lions affrontés, aux 
formes pures et bien arrêtées. Les compar- 
timents sont interrompus parunebande d'en- 
viron 10 centimètres de largeur, qui des- 
cend des deux côtés de l'ouverture, jusqu'au 
bas de la chasuble. Cet ornement sacerdo- 
tal n'a qu'un mètre 5 centimètres de hau- 
teur. 

Les tissus les plus précieux, l'or, les pier- 
reries, les broderies les plus exquises, les 
[teintures les plus délicates, furent prodigués 
dans l'ornementation des chasubles. Les dé- 
bris des anciennes mosaïques, les miniatu- 
res des plus anciens manuscrits et le récit 
des écrivains qui les ont décrites les repré- 
sentent ainsi des les premiers siècles de l'E- 
glise. 

L'ornement le plus saillant et le plus or- 
dinaire de la chasuble antique était une bande 
partant de la partie inférieure jusqu'à l'ou- 
verture supérieure; là elle se divisait pour 
contourner celle-ci, se réunissait de nouveau 
et descendait jusqu'à la partie inférieure 
dorsale, ressemblant parfaitement au pallium 
archiépiscopal. Dom Claude de Vert prétend 
même que c'était le véritable pallium ancien, 
qui, plus tard, fut réduit aux simDles ban- 
delettes. Dans les anciennes chasubles, c'est 
pour l'ordinaire sur ces bandes qu'étaient 
prodigués les plus précieux ornements. Voy. 
Chasuble. 

La chasuble de saint Thomas de Cantor- 
béry, aujourd'hui dans le trésor de la cathé- 
drale de Sens, est en soie violette, brodée 
près du collet et bordée de galons qui for- 
ment par-devant un dessin symétrique. La 
mitre du même prélat, également conservée 
dans le trésor de la cathédrale de Sens, offre 
un tissu rehaussé par des galons dessinant 
des rinceaux dans le goût byzantin, et par 
quelques bioderies. 

Durant la période ogivale, les tissus pré- 
sentèrent quelques modifications dans leurs 
ornements, quoique le fond se rapproche 
toujours considérablement de celui des tis- 
sus en usage pendant la période romano-by- 
zantine. Une des modifications principales 
(jui s'introduisirent au xiir siècle fut l'appa- 
rition des armoiries des donateurs, ce qui 
n'avait pas eu lieu au xir siècle, et quel- 
quefois des personnages disposés comme 
dans les vitraux, au milieu de cadres arron- 
dis, elliptiques ou quadrilobés. Un des plus 
curieux exemples de celte innovation se voit 
à la chasuble du bienheureux Thomas de 
Biville. Celte chasuble, dont le tissu se com- 
pose de soie et de fil d'or, offre sur toute sa sur- 
face des compartiments en losange, formant 
une sorte de damier. Quatre figures sont bro- 
chées dans les losanges, savoir : une (leur 
de lis, une façade de château à trois tours 
crénelées, un aigle et un lion efflanqué, al- 
longé. Ces ligures héraldiques appartiennent 
à saint Louis et à sa famille. Tout le monde 
sait, en effet, que la ûeur de lis est le signe 
héraldique des rois de France, et que les trois 
tours étaient les armoiries de Blanche de 
Caslille, mère de saint Louis. Le lion efflan- 



qué et allongé appartenait au royaume de 
Léon, depuis longtemps uni à la Castille sous 
la domination de la famille de la reine Blan- 
che : les deux royaumes une fois réunis, 
on en cumula les armoiries. Enflu, l'aigle 
simple de sable formait les armoiries de la 
maison de Maurienne; or, Marguerite de Pro- 
vence, femme do saint Louis, était tille do 
Raymond Bérenger, comte de Provence, et de 
Béatrix, fille de Thomas, comte de Maurienne 
et de Savoie; ainsi, l'aigle que nous voyons 
appartient aux armoiries de la famille de la 
reine de France. 

Les couleurs de la chasuble de Biville 
sont actuellement bien ternies par l'effet na- 
turel de la vétusté. Les armes de France et do 
Castille paraissent avoir été sur fond rouge, 
les autres sur fond de sinople ou verdatre; et 
comme il y a deux rangs de ces dernières 
armoiries et un seul rang des armes de Franco 
et de Castille, la teinte verdAtre domine. 

Avec la chasuble, on conserve à Biville 
un manipule dont le travail n'est pas le même 
que celui de la chasuble. 11 a peu de lar- 
geur et offre des dessins symétriques assez 
bizarres, offrant quelque analogie, au pre- 
mier aspect, avec les méandres grecs. 

Au xiv siècle, on continua d'orner les vê- 
tements ecclésiastiques d'écussons armoriés 
et l'on y ajouta des broderies assez grandes, 
où l'on figurait des scènes tirées de l'Evangi- 
le, des personnages isolés, des anges, etc. La 
chape de Saint-Maximin, département du 
Var, offre dans une suite de cadres arrondis 
divers traits de la vie de Notre-Seignenr. 

Les tissus du xv e siècle et du xvi e siècle 
sont plus communs que les précédents, et on 
en possède un grand nombre de spécimens, 
qu'il serait trop long de décrire ici. Très- 
souvent les ornements ecclésiastiques sont 
formés de soie unie, sur laquelle une main 
plus ou moins habile a brodé à l'aiguille et 
en soie, en or ou en argent, des fleurons, des 
enroulements, des dessins géométriques, des 
feuillages ou même des personnages. 

Quand on étudie certains monuments ac- 
cessoires de nos grandes églises, comme les 
pierres tombales et les vitraux peints, on y 
trouve de charmants spécimens de broderie 
et de tissus variés. Les traits gravés sur les 
pierres tombales donnent exactement la forme 
des dessins qui entraient dans la composi- 
tion des tissus, et la couleur des draperies 
qui couvrent les personnages dans les ver- 
rières peintes , vient compléter les rensei- 
gnements que les monuments funéraires 
avaient donnés. Bien n'est plus curieux à 
étudier sous ce rapport que les parements 
qui se trouvent sur l'aube des évêques ou 
des ecclésiastiques au xiv' siècle et au w 
siècle. On y observe des ornements très-dé- 
licats et très - ingénieusement combinés. 
Nous en dirons autant des manuscrits à mi- 
niatures et des tableaux des vieux maîtres. 
C'est une mine fort riche en renseignements 
sur la couleur, la variété, la somptuosité 
des étoiles, en même temps que sur les cos- 
tumes des grand- personnages. Foy.CiiAsu- 

BLR, Taimssuuks, Tissl s. 



83 



ETO 



EVA 



8i 



ETOILES.— Petit ornement à quatre poin- 
tes et à facettes assez usité sur les moulures 
des édifices du style romano-bvxuntin. Les 
étoiles sont juxtaposées carrément et elles 
enferment entre elles ordinairement des 
pointes de diamants. 

ETOLE.— Tout le monde, dit Bocquillot, 
dans son Traité historique de la liturgie sacrée, 
ne convient pas de ce que c'était que l'étole, 
appelée ainsi du mot latin stola. On dispute 
de sa forme et de son usage ancien. Le 
sentiment qui me semble le mieux fondé 
est que c'était autrefois une robe longue qui 
couvrait tout le corps, ouverte par-devant, 
laquelle était bordée depuis le tour du col 
jusqu'au bas de passements ou de broderie, 
ou de pourpre, ou de quelque autre étoffe 
précieuse. 11 est certain que le nom de stola, 
étole, se trouve e:i plusieurs endroits de 
l'Ancien et du Nouveau Testament (Esther, 
vi, 10, 11; Luc. xv, 22; Apoc. vi, 11), et 
(pie partout où il se trouve, il se prend pour 
un habit ou une robe. 11 est aussi fréquent 
dans les auteurs profanes, dans le même 
sens. On peut donc assurer que c'était dans 
les commencements un nom générique pour 
toutes sortes de vêtements. Dans le temps 
de Cicéron, on voit qu'il appelle toga le vê- 
tement des hommes, et stola la robe des 
femmes. Aujourd'hui il ne nous reste plus 
de l'ancienne étole que la bordure, et cette 
bordure ne laisse pas d'en retenir le nom, 
parce que c'est ce que l'étole avait de plus 
précieux (Liv. i, chap. 7). 

Dans les planches de la Roma sotteranea 
(Rome souterraine), de Bosio (pag. 389 et 
autres), l'étole est représentée dans sa forme 
ancienne, semblable à l'étole en usage actuel- 
lement, comme une bande d'étoffe précieuse 
ou orfroi. Dans les exemples rapportés par 
ce savant antiquaire, l'étole est portée par 
les chrétiens des deux sexes. Il est digne de 
remarque qu'on y voit un homme portant 
l'étole sur l'épaule gauche, ce qui peut ser- 
vir à expliquer l'origine de la manière do-U 
les Grecs la portent dans leurs cérémonies 
sacrées. 

Dans les monuments du ix e siècle, nous 
voyons constamment l'étole sous forme de 
bandelette étroite, ornée de croix et enrichie 
de broderies de toute espèce. Il n'y a pas 
de doute qu'à cette époque l'étole était de- 
venue un vêlement purement ecclésiastique, 
et réservé môme aux évoques, aux prêtres 
et aux diacres. Au concile de Laodicée, cé- 
lébré en 36i, on permettait encore aux lec- 
teurs et aux sous-diacres de porter l'étole. 
Mais au concile de Mayence, tenu sous le 
pontificat du pape Léon III, il est ordonné 
auxprètres déporter toujours l'étole comme 
un signe de l'ordre de prêtrise qu'ils ont 
reçu. Nous lisons dans la Vie de saint Odon, 
abbé de Cluny, mort à Tours en 942, que 
c'était la coutume de son temps que les 
personnes récemment ordonnées portassent 
continuellement l'étole pendant un certain 
temps, après leur ordination. 
> Les étoles, comme les autres vêtements 
sacrés, furent faites des étoffes les plus 



précieuses, et souvent enrichies de perles 
et de pierreries. Quelquefois elles furent 
brodées avec soin et on y représenta plu- 
sieurs images de saints sous des baldaquins. 
Chaque étole avait, comme à présent, l'em- 
preinte de trois croix, et ce fut pour broder 
les croix avec plus de somptuosité, aux deux 
extrémités, que ces extrémités furent peu à 
peu élargies, comme nous les voyons présen- 
tement. Nous devons ajouter néanmoins que 
les étoles, en Italie, ne furent jamais aussi 
larges qu'en France. On peut observer une 
grande quantité de modèles variés des bro- 
deries et autres ornements des étoles, non- 
seulement sur les vitraux peints des xn c , 
xnr, xiv e et xv c siècles, mais encore sur les 
pierres tombales, les cuivres funéraires et les 
manuscrits à miniatures. 

EUCHARISTIE. — Nous plaçons sous ce 
titre un témoignage frappant de la croyance 
des premiers chrétiens à la présence réelle 
de Notre-Seigneurdans le sacrement de l'eu- 
charistie. Nous en avons rapporté d'autres, 
d'après les monuments, comme celui-ci, à 
l'article Catacombes. Dans une peinture de 
la neuvième chambre du cimetière de Saint- 
Marcellin et de Saint-Pierre, publiée par 
Arringhi, on voit un petit agneau avec une 
palme, ayant sur le dos un petit vase en- 
touré d'un nimbe ; on y voit ce même agneau 
peint plusieurs fois parmi les anges. Buona- 
rotti pense que dans les temps reculés les 
chrétiens conservaient peut-être l'eucharis- 
tie dans un pareil vase placé sur un agneau, 
comme ils se sont servis par la suite do 
vases qui avaient la figure d'une colombe. 
ÉVANGÉLIAIRE.— I.L'Evangéliaire est le 
livre qui renferme les saints Evangiles se- 
lon saint Matthieu, saint Marc, saint Luc 
et saint Jean, ou bien seulement les extraits 
des Evangiles qui se lisent à haute voix 
dans l'église durant la messe. Dès la plus 
haute antiquité ecclésiastique, les Evangé- 
liaires furent ornés avec une extrême ma- 
gnificence. Les chrétiens voulaient ainsi figu- 
rer le respect profond qu'ils professaient 
pour le livre de la loi nouvelle , où sont 
recueillies les paroles de la divine Sagesse, 
sorties de la bouche de Jésus-Christ. 

Sur des verres peints trouvés dans les ca- 
tacombes et décrits par le savant antiquaire 
Buonarolti, on voit la représentation du livre 
des Évangiles. Plusieurs auteurs ont repro- 
duit par la gravure les riches couvertures 
d'antiques Evangéliaires. On en voit plusieurs 
dans le traité de Pacciaudi sur le culte de 
saint Jean, dans les recueils d'Allegranza et 
de Bottari, et principalement dans le troi- 
sième volume du Thésaurus diptychorum de 
Gori. 

On connaît une coutume fort curieuse au 
sujet des riches Evangéliaires qui servaient 
dans les églises. On attachait solidement au 
pupitre l'un des côtés de la couverture, de 
manière à ne laisser de libre qu'un seul côté, 
lequel était somptueusement décoré et res- 
tait apparent. 

Nous avons eu occasion de mentionner 
plusieurs couvertures d'Evangéliaires en or, 



S*i I.YA 

et ornés d'émaux, à l'article Email [Voy. ce 

moU. Voy. encore le mot Cour suture. 
II. 

Pour témoigner delà manière la plus évi- 
dente leur profond respect pour le texte sacré 
des Evangiles, les chrétiens écrivirent, dès les 

temps les plus anciens, les paroles inspirées 
en lettres d'or et d'argent sur des peaux de 
vélin teintes en pourpré. Anastasc le Biblio- 
thécaire rapporte que l'empereur Constant, 
en 637, « offrit au bienheureux apôtre Pierre 
des Evangiles en or, aurea (écrits en lettres 
d'or), ornés de pierres précieuses blanches 
d'une grandeur extraordinaire. » Le pape 
Grégoire III, en 731, « avait les Evangiles, 
écrits en lettres d'or et ornés de pierreries, 
le tout pesant quinze livres. » Charlemagne, 
en 800, lorsqu'il fut couronné empereur par 
le pape Léon III, offrit à la Basilique de La- 
tran, entre autres dons, «un livre des Evan- 
giles du plus pur or, enrichi de pierres 
fines. » Le môme Léon III « fit faire pour 
l'église de Saint-Pierre, son patron, des 
Evangiles en or, avec des pierreries de cou- 
leur verte et de couleur rouge de Ja plus 
grande beauté, placées tout autour, pesant 17 
livres k onces. » Vers le môme temps, nous 
trouvons dans le trésor du monastère de 
Centule ou de saint Riquier, « une copie des 
Evangiles, écrite en lettres d'or, avec des 
plaques d'argent, et merveilleusement ornée 
d'or et de pierres précieuses. » Guy, abbé 
du monastère de Fontenelle ou saint Wan- 
drille, qui mourut en 787, « laissa à l'église 
une citasse pour les Evangiles qu'il avait fait 
exécuter et enrichir d'ornements d'or, d'ar- 
gent et de pierres précieuses. » Saint Ansi- 
gise, abbé du môme monastère, offrit, en 
831, une copie des saints Evangiles, à l'é- 
glise de son abbaye. Dans sa Vie on lit les 
paroles suivantes: « Il ordonna d'écrire les 
quatre Evangiles en or, sur vélin teint en 
pourpre, en caractères romains : on écrivit 
en entier les Evangiles selon saint Matthieu, 
saint Luc et saint Jean ; mais sa mort étant 
survenue, l'Evangile selon saint Marc resta 
inachevé. On connaît des exemples très-an- 
ciens de la coutume de teindre en pourpre 
le vélin destiné à recevoir la copie des tex- 
tes sacrés. Saint Jérôme, dans son épitre à 
Eustochium, nous fait connaître cette prati- 
que, lorsqu'il dit: « Le parchemin est teint 
en pourpre, l'or coule pour tracer des lettres, 
aurnrn tiquèseit in lifterai: les volumes sont 
ornés de pierres d'un grand prix. » Les li- 
vres de l'Ancien Tesiament, de la version 
des Septante, furent également écrits fort 
souvent en lettres d'or, sur le vélin le plus 
soigné. Saint Ephrem (Parcen. xtvin) rap- 
porte que souvent les moines consacraient 
leur temps à teindre en pourpre les parche- 
mins destinés a cet usage. Les parchemins 
ainsi préparés étaient appelés membranœ pur- 
pureœ, et chartœ coeeineœ, ou croceœ. Dans 
la Vie de saint Wilfrid, archevêque d'York, 
de GGO à 709, écrite par un contemporain, 
nous lisons le trait suivant: « Notre saint 
évoque ajouta encore à la gloire do la mai- 
son de Dieu une merveille inouïe jusqu'au 



EYA 



8fr 



temps présent; car il ordonna que les qua- 
tre Evangiles fussent écrits en lettres d'or 
sur vélin coloré en pourpre; il ordonna en- 
core que les joailliers lissent une couverture 
de l'or le plus pur, pour les enfermer, et que 
cette couverture fut, en outre, enrichie des 
pierres les plus fines. » Les Evangiles étant 
alors écrits en lettres très-fortes, il en résultait 
que le môme volume ne contenait souvent 
qu'un évangile ou deux évangiles, et quel- 
quefois trois ; lorsque les quatre Evangiles 
étaient dans un seul volume, on l'appelait 
Evangelium plcnar iam, ou Evatigeliarium, ou 
Evangelisterium. Il arrivait parfois, néan- 
moins, que ces expressions s'appliquaient à 
un livre qui ne contenait que les Evangiles 
destinés à être lus à la messe. 
III. 
Châsses ou coffrets dans lesquels on met- 
tait autrefois le livre des Evangiles.— Ces 
chasses ou coffrets sont parfois désignés dans 
les auteurs de la basse latinité sous le nom 
de capsœ et de eamisiœ. On raconte que Chil- 
debert I", roi de France au vi c siècle, rap- 
porta d'Espagne « vingt châsses, contenant 
lus livres des Evangiles et ornées du plus pur 
or et de pierres précieuses. » Une indication 
plus claire se trouve dans la Chronique de 
Centule ou de saint Riquier, concernant le 
trésor de saint Riquier où il y avait « une 
copie des Evangiles, écrite en lettres d'or, 
avec une châsse d'argent, ornée de pierreries. 
Il y avait encore d'autres châsses pour les 
Evangiles, ornéesde cercles d'oret d'argent. » 
Rieulfe, évèque d'Elne, en 915, laissa à son 
église « quatre châsses ou coffrets ( eamisiœ ) 
pour le livre des Evangiles et pour le Missel ; 
dont un de pourpre, orné d'or. » 11 est vrai- 
semblable que les eamisiœ n'étaient pas tou- 
jours des coffrets, comme quelques écrivains 
l'ont cru; c'étaient souvent de simples cou- 
vertures, destinées à être mises et ùtées à 
volonté, et les eamisiœ données par l'évoque 
d'Elne n'étaient pas autre chose probable- 
ment. 

Parmi les plus beaux exemples d'anciens 
livres des Evangiles échappés à la destruc- 
tion, nous devons mentionner ceux du trésor 
de l'église principale d'Aix-la-Chapelle, cou- 
verts de plaques d'argent doré, et enrichis 
d'émaux précieux. Les feuilles sont teintes 
en pourpre, et les lettres sont écrites en or. 
Dans la sacristie de la cathédrale de Maycnc.e, 
il y a deux livres des Evangiles, couverts de 
plaques d'argent, dorées en partie et ornées 
de pierres. Dans le musée Charles X, à Paris, 
on en voit un magnifique exemplaire dont la 
couverture est formée de planches d'ivoire, 
travaillées avec beaucoup d'art, avec des 
bordures argent et or, ornées de pierres fi- 
nes. Gerbert, dans sa Liturgia Aleinanniea, 
a figuré dans la planche l" une couverture 
précieuse d'un livre d'Evangiles, ayant des 
sculptures en relief représentant Dieu, les 
quatre évangélisles, les apôtres, des images 
d'anges et de riches feuillages. Deux images 
de diacres, parmi les sculptures qui ornent 
le portail méridional de Chartres, sont re- 
présentées portant le livre des Evangiles : 



87 



EVA 



ce livre est chargé d'ornements do (oui 
genre et de pierres précieuses très-sail- 
lantes. 

Nous emprunterons à Dugdale quelques 
détails des inventaires des anciennes églises 
catholiques d'Angleterre. 

Inventaire de la cathédrale de Saint-Paul. 
— « Un livre des Evangiles en grandes let- 
tres, orné d'argent à l'extérieur, avec une 
croix et les images de sainte Marie et de 
saint Jean à côté, sculptées en relief; sur 
l'autre coté de la couverture il y a Notre- 
Seigneur, avec lesquatre évangélfsles gravés 
et dorés. — Un livre d'Evangiles d'Henry 
Northampton, en grandes lettres, orné à l'ex- 
térieur de plaques d'argent doré, avec le 
crucifix et des images de chaque côté, en 
relief, sur la couverture supérieure ; sur l'au- 
tre couverture, il y a la figure de Notre-Sei- 
gneur émaillée et niellée (nigellata). — Unau- 
tre livre du même Henry, en beaux caractères, 
orné à l'extérieur de plaques d'argent doré; 
la couverture est ornée, à la partie supé- 
rieure, d'un crucifix, et à la partie inférieure 
r |'une Majesté émaillée et niellée. — Un autre 
livre du môme Henry contenant encore les 
Epilres, orné de plaques d'argent doré à l'ex- 
térieur, avec le crucifix d'un côté et une 
Majesté de l'autre, en très-bas relief. — Un 
livre des Evangiles appelé Trenchbarbe, écrit 
en caractères anciens, orné à l'intérieur d'i- 
mages représentant les mystères du Nouveau 
Testament, et couvert h l'extérieur de plaques 
d'argent doré, avec le crucifix , la sainte 
Vierge et saint Jean, en bas-relief; sur le 
côté on lit celte inscription : Implementum de 
Sandone. — Un livre des Evangiles écrit e:i 
caractères anciens, orné seulement à sa par- 
tie supérieure de plaques d'argent doré, avec 
le crucifix, la sainte Vierge et saint Jean, en 
bas-relief. — Un livre d'Evangiles, avec des 
plaques d'argent d'un côté et des plaques de 
bois de l'autre côté, contenant Officialia epis- 
copi ad consistorium. — Un texte du saint 
Evangile selon saint Matthieu seulement , 
orné à sa partie supérieure de plaques d'ar- 
gent, avec l'Ascension de Notre-Seigneur, 
les images de la sainte Vierge et des apôtres 
peints en émail. — Un texte du saint Evangile 
selon saint Luc, écrit en beaux caractères, 
orné seulement du côté supérieur, avec 
plaques d'argent doré et les images de Notre- 
Seigneur et de quatre anges, en émail. — Un 
livre des saints Evangiles selon saint Marc 
et saint Jean, écrit en beaux caractères, orné 
du côté supérieur de plaques d'argent doré, 
avec Notre-Seigneur et quatre anges sur 
argent ciselé. — Un livre des quatre Evan- 
giles, écrit en beaux caractères, orné des 
deux côtés de plaques d'argent doré; d'un 
côté est la crucifixion, en bas-relief; de l'au- 
tre côtéest une Majesté en peinture d'émail. » 
(Dugdale, Histoire de saint Paul. ) 

Inventaire de la cathédrale de Lincoln. — 
« D'abord, un livre de l'Evangile selon saint 
Matthieu, couvert de plaques d'argent et d'or, 
ayant une image de Notre-Seigneur au milieu 
des quatre évangélistes, et quatre anges au- 
près de ladite image, ayant à chaque angle 



EVA 88- 

une figure d'homme, avec des pierres pré- 
cieuses. — Item, un livre d'Evangiles selon 
saint Jean, couvert de plaques d'argent doré, 
avec une image du crucifix, de la sainte 
Vierge et de saint Jean, ayant 22 pierres de 
diverses couleurs, etc. — Item, un livre d'E- 
vangiles selon saint Matthieu, couvert de 
plaques d'argent doré, ayant un crucifix, la 
sainte Vierge, saint Jean et deux anges. » 
( Monasùicon Anglicanum de Dugdale. ) 

Livres des saints Evangiles appartenant au- 
trefois à la cathédrale de Cantorbéry. — « Tex- 
tus magnus auro coopertus, et gemmis or- 
natus, cum Majestate in medio, et quatuor 
evangelistis in quatuor angulis. — Item, tex- 
tus auro coopertus, et gemmis ornatus, cum 
Majestate in medio, et quatuor angclis ebur- 
neis. — Item, textus in medio, auro coopertus 
et gemmis ornatus, cum Majestate eburnea 
in medio, et quatuor evangelistis argenteis 
et deauratis in quatuor angulis. — Item, tex - 
tus in medio, auro coopertus cum crucifixo, 
argent eo et deaurato, et duabus imaginibus 
a dextris et a sinistris. — Item, textus in 
medio, auro coopertus, etMajestateetduobus 
angelis, et angelo et Maria argenteo et deau- 
rato. — Item, textus in medio, auro coopertus, 
cum Majestate et duobus angelis, et angelo et 
Maria argenteo et deaurato stantibus in ta- 
bernaculis, cum quatuor platis auri oblongis 
et quatuor platis auri rotundis in circum- 
ferentia. — Item, textus sine libro in medio, 
auro coopertus, et gemmis ornatus, cum 
crucifixo eburneo, et Maria et Joanne ebur- 
neo et auro fibulatus. — Item, textus magnus 
qui dicitur Domus Dei, argenteus, coopertus 
et gemmis ornatus, cum crucifixo, Maria et 
Joanne eburneo, et alba cameeo sub pede 
crucifixi, cum quatuor evangelistis in qua- 
tuor angulis. — Item, textus Edmundi, co- 
mitis Cornubiœ, argento deaurato coopertus, 
et gemmis ornatus, cum crucifixo, Maria et 
Joanne argenteo et deaurato. — Item, textus 
argenteus de auro coopertus cum Majestate 
in medio tenente crucem in manu. — Item, 
textus argenteus, deauratus, coopertus, cum 
crucifixo , Maria et Joanne, luna et stellis 
argenteis deauratus. — Item, duo textus mi- 
nores ejusdem operis argentei, deaurati, coo- 
perti et gemmis ornati : unde unus cum 
Majestate in medio, et quatuor evangelistis 
in quatuor angulis, et alius cum imagine 
argentea et deaurata stante in medio, et 
quatuor capitibus argenteis in quatuor an- 
gulis. — Item, textus magnus, argento, non 
deauratus ; coopertus, gemmis ornatus cum 
Majestate in medio, et quatuor evangelistis, 
cum quatuor angelis in quatuor angulis ar- 
genteis et deauratis. — Item, textus cum 
psalterio sancti Thomae , deauratus , coo- 
pertus, gemmis ornatus in circumferentia, 
cum Majestate eburnea tenente librum in 
medio, et quatuor evangelistis sculptis. — 
Item textus argento deauratus, coopertus, 
cum crucifixo, Maria et Joanne protraclis 
(en portrait). — Item, textus parvus argen- 
teus, non deauratus, coopertus, cum cruci- 
fixo, Maria et Joanne protraclis. — Item, 
textus cupro deauratus, coopertus, gemmis 



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FAV 



EXV 



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ornatus, cum Majestate stante tenente fau- 
ceam cum vexillo in dextra manu. — Item, 
textus cupro deauratus, coopertus, cum Ma- 
jestate in medio et tribus imaginibus in ta- 
beraaculis, et duobus angelis argenteis et 
deauratis, et quatuor evangelistis in quatuor 
angulis de cupro deauratis. — Item, lapis 
onychinus quadratus, argento deaurato et 
gemmis ornatus, cum saphiro et quatuor 
margaritisin medio. — Item, lapis jaspidis 
quadratus Edmundi, comitis Cornubiœ, ar- 
gento deaurato sine gemmis ornatus. — 
item, textus ligneus, sine libro, argento 
deauratus, coopertus et gemmis ornatus cum 
annuntiatione, oblatione in templo, et aliis 
imaginibus de Nalivitate Cbrisli argenteis 
et deauratis. — Item, angélus longus ebur- 
neus, in ligno coopertus de cupro. — Item, 
textus ligneus sine libro coopertus, argento 
deauratus, cum martyrio sancti Thomas. — 
Item, textus ligneus coopertus cupro deau- 
rato, cum Majestate et quatuor angelis, et 
quatuor evangelistis. » (Histoire de la cathé- 
drale de Cantorbéry, par Dart.) 

EVENTAIL.— Voy. Flabellum. 

EXëDKA. — On nommait quelquefois exe- 
dra, dans les anciennes basiliques, le trùne 
de l'évèque, place au fond de l'abside, et 
quelquefois aussi on désignait ainsi l'abside 
elle-même. Voy. Basilique, Abside. 

Certains auteurs désignent encore sons 
le nom d'exedrœ, dans les basiliques anti- 
ques, tous les bâtiments extérieurs annexés 
au corps principal de l'édifice, comme le 
porche, le baptistère, les salles appelées 
diaconica, etc., etc. 

EXHAUSSÉ (Arc). — Arc en plein cintre 
dont le centre est situé au-dessus des points 
qui sont destinés à en recevoir la retombée. 
Voy. Arc 

ÈXONARTHEX.— Voy. Esonarthex. 

EXTRADOS. — L'extrados est la surface 
convexe extérieure d'un arc, d'une courbe, 
d'une voûte ; la surface opposée concave 
s'appelle intrados. 

EX-VOTO. — On appelle ainsi des dons 
offerts aux églises en commémoration d'un 
bienfait obtenu de Dieu, par suite d'un vœu 
auquel on s'était engagé. On trouve des ex- 
voto en sculpture et en peinture. Quelques- 
uns sont des œuvres d'art fort remarquables; 
mais la plupart sont [dus précieux comme 
témoignage de la piété reconnaissante que 
comme ouvrage artistique. Quelques per- 
sonnes, peu instruites, sont quelquefois 
choquées de voir dans nos monuments reli- 
gieux des tableaux où il leur semble voir 
de grossiers anachronismes. Ce sont ordi- 
nairement des ex-voto où des personnages 
modernes sont môles à des personnages an- 
ciens : leur présence est ainsi très-facile à 
expliquer. 

Une ou deux personnes voulaient offrir 
un vitrail ou une peinture à une église, une 
corporation de métiers voulait faire un don 
semblable, on représentait les donataires, 
ou à genoux priant, ou travaillant de leur 
état, ou tenant les outils de leurs métiers, 
accompagnés ordinairement de leurs patrons 



ou patronnes, toujours debout et quelque 
fois d'une haute taille, en signe de supério- 
rité ou de protection. Ces ligures tiennent 
le plus souvent les attributs servant à les 
désigner. Les volets des retables d'autels, 
des tableaux de piété, des orgues, etc., les 
miniatures des manuscrits, offrent souvent 
ce genre de sujets, dans lesquels on trouve 
une foule do documents sur l'ameublement 
des églises ou des habitations particulières, 
des portraits de personnages historiques, 
vêtus de costumes curieux de chacune des 
époques où travaillaient les artistes. Si par- 
fois les rapprochements sont singuliers, les 
renseignements qu'on y trouve sur les 
mœurs, les usage6, les costumes, les étoffes, 
les tentures, les métiers, les inventions, los 
instruments de tous les genres, les meubles 
des divers siècles du moyen âge, rachètent 
bien, et au delà, des anachronismes qui ne 
peuvent avoir aucune conséquence réelle, 
quand on connaît l'archéologie du moyen 
âge. 

D'après les nombreux documents que 
nous avons étudiés, dit M. Guénebault, dans 
son Dictionnaire cV iconographie, pag. 971, 
nous remarquons diverses espèces d'ex-voto 
qui reviennent plus fréquemment. 

1° V ex-voto qui consistait à faire bâtir 
une église, une chapelle, quelquefois une 
abbaye tout entière, représenté par un mo- 
dèle d'église placé dans la main du dona- 
taire. Voy. Fondateur. Les sceaux en of- 
frent quelques curieux exemples : nous cite- 
rons comme remarquable et très-bien exé- 
cuté, celui qui représente le comte de Cham- 
pagne, Henri dit le Large ou le Magnifique, 
au xv e siècle, offrant à un saint le modèle 
de la chapelle qu'il fit bâtir en son honneur. 
Ce sceau est gravé dans le Trésor de nu- 
mismatique, sceaux des communes, des ab- 
bayes, etc. 

Une statue du roi Charles V, provenant 
de l'ancien couvent des Célestins de Paris, 
gravée dans les Monuments de la monarchie, 
française de Bernard de Montfaucon, tom. 
III, pi. xn, n° 6, représentée debout, tenant 
un petit monument, peut être citée comme 
une figure de ce genre d'ex-voto. La mémo 
statue, mieux dessinée, est publiée dans 
la Statistique monumentale de Paris, par 
M. Albert Lenoir, architecte du gouverne- 
ment, in-folio ; Monographie du couvent des 
Célestins, planche v, n°l. 

2° L'ex-voto qui consistait à offrir une 
portion d'édifice, comme une fenêtre, une 
porte d'église, des stalles, etc. Nous trou- 
vons un exemple de ce genre d'offrande re- 
présenté au bas d'une verrière de l'église de 
Bourges, dans la Monographie de cette 
église, Vitraux du xnr siicle, par les PP. 
Arthur Martin et Ch. Cahier, planche xvn. 

3 U Celui qui consistait à offrir un reli- 
quaire, une châsse ou tout autre objet do 
dévotion servant à décorer une église ou 
une chapelle. Uiie figure présumée de saint 
Louis, à genoux, tenant une espèce d'étui 
ou reliquaire, est publiée dans les Monu- 
ments inédits de Willemin, in-folio, tom. i, 



91 



FAC 



FAC 



92 



pi. xcvi. Cette figure est tirée tic la cathé- 
drale de Chartres. 

Dans une suite de vitraux, représentant 
divers sujets des croisades et de la vie de 
saint Louis, on voit une figure à genoux de- 
vant une petite statuette de saint Louis à 
qui elle offre comme un cierge ou une bou- 
gie tournée en spirale. Voir les Monuments 
île la monarchie française par Montfaucon, 
tom. I, pi. l, u° 1 à 8. 

i° L'cx-voto qui consistait à déposer aux 
pieds de la statue du saint ou de la sainte, 
ou à suspendre aux murailles de leur cha- 
pelle, la représentation d'un membre guéri 
miraculeusement, ou dont on demande la 
guérison. 

o" Vœu de la victoire de Bouvines. — En 
1214, Philippe-Auguste, prêt à livrer la ba- 
taille de ce nom sur les Impériaux comman- 
dés par l'empereur Othon IV, lit vœu d'éle- 
ver une église en l'honneur de la sainte 
Vierge, s'il remportait la victoire sur ses 
ennemis. Après la bataille Philippe se hâta 
de remplir son vœu, et c'est ce qui nous a 
valu l'église de l'abbaye dite de la Victoire. 
Celte église fut construite en 1222, sur les des- 
sins et sous la direction d'un religieux nommé 
Menard. Pour perpétuer encore la mémoire 
de cet événement, une pierre gravée en 
creux représente plusieurs figures des ser- 
gents d'armes qui avaient défendu avec tant 
de bravoure le pont de Bouvines. 

G° On voyait autrefois dans le grand c'oilre 
i\es Chartreux de Paris un tableau de 15 
pieds de large sur i pieds de haut, peint sur 
bois et scellé dans le mur du côté de l'é- 
vangile, représentant à genoux Jeanne de 



FAÇADE. —I. Nos grandes églises du 
moyen âge présentent ordinairement trois 
façades, une à l'ouest, la principale, et deux 
latérales, lune au midi, l'autre au nord. 
Il arrive quelquefois que des édifices très- 
importants n'ont que des façades latérales, 
comme à la cathédrale de Mayenco, h celles 
de Worms, de Spire, de Nevers, et à quel- 
ques autres très-rares monuments qui ont 
deux absides. 

Depuis le xi' siècle jusqu'au xvi% et môme 
jusqu'à l'époque de la Renaissance française, 
les architectes se sont plu à embellir les 
façades des églises. Et ici nous devons dis- 
tinguer attentivement entre la décoration 
architecturale et la décoration sculpturale. 
La première nous semble indispensable à 
l'achèvement d'un édifice important, et nos 
idées sont tellement arrêtées à ce sujet par 
notre première éducation et par les édifices 
que tous avons eus sous les yeux depuis 
notre enfance, que nous avons peine à con- 
cevoir un monument public dépourvu de 
cette partie. L'architecte y a déployé un 
grand luxe de lignes, et cela tient à la dis- 
position du portail, des fenêtres et des con- 
treforts. 11 lui était impossible d'établir ces 
diverses parties de l'édifice sans chercher à 



Chàtillon, fille unique de Jean de Châtillon, 
comte de Blois et autres lieux, et Alix de 
Bretagne, femme de Pierre de France, cin- 
quième fils de sa nt Louis, suivi de quatorze 
Chartreux, aussi h genoux devant l'image de 
la sainte Vierge, tenant l'entant Jésus entre 
ses mains. De la bouche de la princesse 
sortait une banderole sur laquelle était écrit 
le vœu de fondation de quatorze cellules de 
Chartreux. En haut du tableau étaient re- 
présentés des écussons aux armes de France 
et de ChAtillon alternées. Cette curieuse 
peinture est assez bien gravée et publiée 
dans les Antiquités nationales de Millin, 
tom. V, planches du n° 52. 

1° Enfin, ce qui est le plus fréquent dans 
ce genre de dévotion, ce sont les tableaux 
dans lesquels les personnes qui offrent ou 
qui demandent quelque chose à Dieu, à la 
sainte Vierge et aux saints, se font repré- 
senter a. genoux, ayant leurs patrons placés 
près d'eux. Les ex-voto de cette espèce sont 
extrêmement nombreux. Les musées publics 
en possèdent une grande quantité, ainsi 
que les collections particulières. Il n'est pas 
rare d'en trouver encore dans les ég'ises. 
M. Dusommerard a publié plusieurs belles 
sculptures ou peintures appartenant à ce 
genre d' 'ex-voto. Nous citerons la miniature 
tirée du beau livre d'heures d'Anne de Bre- 
tagne, Album, 9 e série, planche xxxvi. 
On y voit cette princesse ayant auprès 
d'elle ses trois patronnes. Un triptyque du 
xv e siècle représentant la messe dite de 
saint Grégoire, pape, accompagnée de figu- 
res de donataires et de leurs patrons et pa- 
tronnes, Album, 6° série, planche xn. 



les embellir, à cause de la lourdeur qui 
aurait nécessairement résulté de l'épais- 
seur des murailles, des contreforts, des 
saillies plus ou moins fortes que réclamait 
la solidité. De là est née, sans doute, cette 
décoration remarquable qui brille au fron- 
tispice de nos monuments religieux môme 
les plus modestes par l'apparence. A cela 
se joignit une raison de convenance : l'ar- 
tiste chrétien voulait que la maison de Dieu 
se distinguât de loin par sa magnificence, 
et que le lieu saint fût plus orné que tous 
les autres édifices profanes. Mais le rôle de 
l'architecte se bornait à établir des lignes 
d'ensemble et des distributions générales 
que l'on pourrait regarder comme un enca- 
drement destiné à renfermer des sculptures 
délicates. Le champ du tableau circonscrit 
par cet encadrement était abandonné au 
sculpteur qui y pouvait placer des compo- 
sitions variées, qu'il était chargé de combi- 
ner et d'exécuter. Un antiquaire versé dans 
la connaissance de l'architecture et de ses 
procédés saura facilement reconnaître ce 
qui est dû spécialement au talent de l'ar- 
chitecte ou du sculpteur. C'est faute de sa- 
voir apprécier cette différence que certains 
auteurs ont erré dans leurs jugements criti- 



53 



FAC 



FAI 



W 



ques sur quelques-uns de nos plus célèbres 
monuments du moyen âge. Quelques édifi- 
ces, comme la cathédrale do Coutances ot 
celle do Chartres, à la façade occidentale, 
ne possèdent de décoration que celle que 
l'architecte a lui-même conçue et exécutée: 
la part du sculpteur y est extrêmement ré- 
duite. A Reims, au contraire, et à Amiens, 
c'est la part du sculpteur qui est la plus 
considérable. 

A l'aide de ces principes on pourra faci- 
lement rendre justice à chacun. On trouvera 
des façades d'églises où la sculpture est su- 
périeure à l'architecture, et vice versa. 

L'ordonnance des façades d'églises, en 
France, est trop variée pour qu'on puisse 
en généraliser la description. Nous devons 
dire, cependant, que les façades des cathé- 
drales sont communément divisées en trois 
parties dnns le sens de la hauteur. Le rez- 
de-chaussée est formé de trois portails qui 
donnent entrée dans les trois nefs : le por- 
tail central est la porte d'honneur et il est 
beaucoup plus grand et plus riche que les 
deux autres qui lui servent (raccompagne- 
mont. Le premier étage se compose d'arca- 
des aveugles ou percées à jour. Quand elles 
sont aveugles, on y a placé ordinairement 
des statues, comme à Paris et b Amiens. 
Le second étage se distingue par une rose 
à divisions nombreuses ou par une im- 
mense fenêtre. Enfin, le centre de la façade 
se termine par un gable ou fronton, plus ou 
moins aigu, parfois chargé de feuilles grim- 
pantes sur des lignes rampantes, et cou- 
ronné par une statue. Les deux, portails 
d'accompagnement sont souvent surmontés 
de deux tours élevées, servant elles-mêmes 
de point d'appui à des flèches élancées. 

Telle est la disposition générale des faça- 
des complètes. On peut dire qu'elle est le 
type que se sont proposé constamment les 
constructeurs chrétiens du moyen âge : 
s'ils n'ont pas réussi à le réaliser partout, 
c'est que les ressources et le temps leur ont 
manqué le plus souvent. 
II. 

Dans la notice que nous avons donnée 
des cathédrales de France (Voj/. Cathé- 
drale), on trouvera la description des fa- 
çades les plus curieuses et les plus remar- 
quables. Nous citerons comme étant les 
[dus célèbres celles de Reims, d'Amiens, de 
Bourges, de Tours, de Troyes, de Chartres 
(portail méridional), etc., etc. 

FACE. — Face est synonyme de Bandeau : 
la face est une moulure plate et peu sail- 
lante. On appelle encore face, d'après les 
instructions du Comité historique des arts 
et monuments, une partie lisse, quelque- 
fois percée de fenêtres, et qui, placée au- 
dessus et en retrait du couronnement de la 
porte priucipali! d'une basilique, montre la 
hauteur de la grande nef, dont elle forme 
en partie l'extrémité. 

FACETTE. —C'est une petite face. Un 
corps est taillé à facettes, lorsqu'il présente 
h la fois plusieurs angles et plusieurs faces 
plates, li y a plusieurs moulures ou orne- 



ments de la période romano-byzantine, qui 
sont composés do facettes, comme les poin- 
tes de diamants et les prismes romans. 

FAÏENCE. — Nous avons peu de chose à 
dire de la faïence, au point de vue archéolo- 
gique, d'autant plus que dans nos monuments 
religieux, les fragments en sont rares cl 
d'une date comparativement moderne. Cha- 
cun sait que ce mot n'est autre que le nom 
de la ville italienne de Facnza, où l'on fa- 
briqua de beaux vases de terre recouverts 
d'un enduit émaillé. Mais il est bien reconnu 
que les Egyptiens avaient jadis fait usage de 
poteries dans le genre de celles que nous 
appelons aujourd'hui de faïence. Les Arabes, 
en Espagne, en ont fait un usage fréquent 
et fort curieux. Les mosquées de Cadix et 
de Cordoue, l'Alcazar de Sévillc et le palais 
de l'Alhambra, h Grenade, sont enrichis de 
carreaux émaillés d'une grande beauté. L'un 
do ces carreaux existe au musée céramique de 
Sèvres; il porte cette inscription en arabe : 
// ny a rien de fort, si ce nest Dieu, inscrip- 
tion qui forme la devise des fondateurs mu- 
sulmans du palais de Grenade. Parmi les 
faïences les plus remanquables de l'art his- 
pano-arabe, il faut placer les célèbres vases 
de l'Alhambra. La richesse d'ornementation 
de ces vases, la netteté des dessins qui y sont 
répandus, la vivacité de leurs couleurs, en 
font des œuvres d'une grande valeur. 

On fabriqua de bonne heure, en Italie, des 
poteries couvertes d'un vernis coloré, et, 
dès le xn e siècle, cette industrie était con- 
nue. Telle est du moins l'opinion de Passeri, 
qui dit avoir trouvé des poteries vernissées 
sur un tombeau dont la construction remon- 
tait à l'année 1100. (Hisloria délie pitture 
in Majolica, pag. 30.) 

Les poteries revêtues d'un vernis coloré 
furent employées à la décoration des édi- 
fices. Les façades des églises de Saint-Au- 
gustin et de Saint-François, à Pesaro, étaient 
encore enrichies , du temps de Passeri, 
d'espèces de bassins concaves, qui reflétaient 
les rayons du soleil et produisaient un bel 
etfet. M. Dusommcrard cite plusieurs églises 
appartenant à diverses époques du xiv e siè- 
cle, où il a rencontré de ces décorations en 
faïence vernissée , comme, par exemple, 
celle de Saint-Pierre au ciel d'or à Pavie, 
Celle de Saint-François à Bologne, et celle 
de Sainte-Marie a Aucune. (Lcsarts au moyen 
âge, tom. III, pag. 73.) On peut encore signa- 
ler l'église de Saint-Martin de Pise, comme 
montrant dans sa façade des poteries de 
cette nature. 

Au xvi c siècleet sous le règne de Henri II, 
on a fabriqué en France des vases en 
faïence d'une rare perfection. Mais 1rs échan- 
tillons en sont aujourd'hui excessivement 
rares, et nous ne sachions pas qu'ils aient 
servi quelquefois à l'usage i\^^ édifices sa- 
crés. Il en est de même de la poterie émail- 
lée de Bernard de Palissy, qui n'est pas au- 
tre chose qu'une espèce do faïence riche- 
ment et artistement travaillée. 

O i a employé, sous le règne de Fran- 
çois I", des faïences émaillées à l'emhet- 



es 



FAI! 



lissement extérieur des maisons. Nous ei- 
leronsle fameux palais de Madrid, construit 
par ce prince. On voit encore à Beauvais 
des maisons de l'époque de la Renaissance 

française ainsi décorées. 

FAISCEAU (Colonnes en). — Les colonnes 
on faisceau sont celles qui sont groupées 
en grand nombre autour d'un pilier. Ce 
n'est guère cpic dais les églises de style 
ogival, à partir du xm c siècle, que l'on 
employa fréquemment les colonnes et co- 
lonnetles en faisceau. L'origine s'en trouve 
cependant dans les monuments de transition 
au xii" siècle. Au xv e siècle, les colon- 
nettes en faisceau, en diminuant leur dia- 
mètre et en modifiant leur forme, sont de- 
venues des moulures prismatiques réunies 
également en faisceau. Voy. Colonne. 

FAITAGE. — On appelle faîtage des piè- 
ces de bois posées longitudinalement, des- 
tinées à maintenir les formes du comble. 
C'est aussi sur le faîtage que sont placées 
les feuilles de plomb qui recouvrent le som- 
met des toits ou les ornements connus sous 
le nom de crêtes ou de dentelles, qui quelque- 
fois régnent sur l'arête supérieure des toi- 
tures des grands édiîices. Voy. Crète. 

FAITE. — On nomme faite, en général, 
le sommet d'un toit, d'un édifice quelconque, 
d'une pyramide, d'un clocher, d'un con- 
trefort. 

Fanal. — Voy. Lanterne. 

FANON. — Ce mot signifiait autrefois 
la même chose que manipule. Mabillon , 
dans ses notes sur la Vie de sainte Wibo- 
rade, vierge et martyre, observe que le mot 
fanon a trois significations. Il désigne d'a- 
bord une petite nappe ou serviette, map- 
pala ; 2° le vêtement sacré appelé commu- 
nément manipule ; 3° un corporal. 

Saint Angilbert, abbé du monastère de 
Centule ou de Saint-Riquier, an 800, donna 
plusieurs ornements sacrés aux trois églises 
bâties parle monastère, et entre autres cho- 
ses cinq étoles ornées (For, et dix fanons d'é- 
toffe précieuse, enrichis d'or. Saint Anse- 
gise, abbé de Fontenelle ou de Saint-Wan- 
drille, qui mourut en 833, donna au monas- 
tère de Fontenelle différents vêtements ec- 
clésiastiques , et entre autres deux riches 
fanons. 

FANUM. — Les anciens donnaient indis- 
tinctement les noms d'aides, de templum et 
de fanum aux édifices religieux élevés h 
l'honneur de leurs fausses divinités. On 
trouve assez souvent cette expression dans 
les écrivains ecclésiastiques; mais ils ne 
l'appliquaient qu'à désigner les temples 
consacrés à des usages idolâtriques. 

FASCICLTLÉES (Colonnes). — C'est la mê- 
me chose que Colonnes en faisceau (Voy. ce 
mot ci-dessus). 

FASTIGIUM. — Les Latins employaient 
ce mot pour désigner ce que les Grecs ap- 
pelaient le fronton, ou Yaélos. Il désigne 
encore le sommet d'un toit incliné à double 
pente ou une ferme de comble. 

FAUSSE-ARCADE. —C'est une arcade si- 
mulée. On l'appelle aussi arcature. 



FAUSSE-FENÊTRE. — C'est une fenêtre 
qui n'est pas ouverte a l'extérieur, mais si- 
mulée seulement sur une muraille. On l'ap- 
pelle encore fenêtre aveugle. 

FAUSSE-PORTE. — Porte qui n'est pas 
percée réellement, mais qui est établie de 
manière à former parallèle. 

FAUX. — Une colonne qui porte à faux 
est appuyée sur un encorbellement, un cul- 
de-lampe, une console, etc. Voy. Aplomb. 

FENESTELLA. — On désigne sous le 
nom de fenestclla la niche placée à côté de 
l'autel, où se trouve la piscine. Voy. Aitel 
et Piscine. 

FENESTRAGE. — Ensemble des formes, 
de la disposition et de l'arrangement des 
fenêtres d'un édifice. 

FENÊTRE. — Les fenêtres d'église sont 
vulgairement appelées croisées, mais c'est h 
tort; rien dans leur forme ne saurait jus- 
tifier cette dénomination. Les fenêtres en 
croisée sont celles seulement de certaines 
constructions civiles de la iin du xv c siècle 
et du xvi e siècle, où un meneau, orné de 
moulures, est coupé en croix vers le milieu 
de sa hauteur. Voy. Croisée, Croisillon. 

Les fenêtres des églises, durant l'époque 
romano-byzantine primordiale, étaient le 
plus souvent de simples baies sans orne- 
ments, archivoltes ni moulures. Celles que 
nous remarquons dans les rares monuments 
de cette époque qui sont arrivés jusqu'à 
nous, sont petites, étroites, quelquefois si 
resserrées qu'elles ressemblent à do véri- 
tables meurtrières. Les briques s'y montrent 
souvent accolées deux à doux, trois à trois, 
formant une espèce d'archivolte grossière. 
Les cintres ne reposent jamais sur des co- 
lonnes , mais sur des pilastres larges et 
écrasés. 

Dans les basiliques primitives, les fenê- 
tres donnaient la lumière à l'intérieur de 
rédiiiee seulement par de petits trous ronds 
ou carrés, percés dans la dalle mince qui les 
fermait, et formant une sorte de treillis à 
travers lequel le jour ne pénétrait que fai- 
blement. L'abside des plus anciennes basi- 
liques fut originairement aveugle tant que 
l'évoque y siégea, entouré des principaux 
ministres de l'autel. Mais cet usage ayant 
cessé , l'abside des basiliques fut éclairée 
d'une fenêtre et souvent de trois fenêtres. 
Le nombre trois fut longtemps conservé, à 
cause de sa signification symbolique : ce ne 
fut que dans l'abside des grandes églises de 
la période ogivale que l'on ouvrit des fenê- 
tres plus nombreuses. 

Les fenêtres sont encore rares dans les 
édifices de l'époque romano-byzantine se- 
condaire; mais elles commencèrent à s'orner 
d'une manière assez recherchée dèsle milieu 
du xi e siècle. La première ornementation con- 
siste dans un tore placé sur l'arête; puis les 
moulures toriques sont assez nombreuses 
et forment une espèce d'archivolte qui s'ap- 
puie sur des colonnellcs. Quelquefois, dans 
la seconde moitié du \i F siècle, les fenêtres 
furent accolées et comme encadrées dans un 



07 



FEN 



cintre plus étendu ; c'est ce qu'on a nommé 
fenêtres géminées. Au-dessus et au milieu des 
doux fenêtres semi-circulaires, on voitquel- 
quefois une ouverture ronde en œil-de-bœuf, 

prélude des belles roses qui font l'ornement 
dos églises ogivales. 

Au xn e siècle, la baie s'entoure d'un enca- 
drement compose de zigzags ou d'autres 
dessins combinés avec des moulures archi- 
tecturales. Enfin, les fenêtres sont entourées 
de véritables archivoltes et décorées de co- 
lonnettes, de bas-reliefs, de sculptures va- 
riées el même quelquefois de statues. C'est 
alors que l'on voit s'ouvrir des fenêtres 
d'une dimension plus considérable qu'au 
siècle précédent. Elles commencent aussi a. 
.se grouper fréquemment par deux ou par 
trois, surtout aux extrémités des croisillons 
du transsept. Lorsque les fenêtres sont grou- 
pées par trois, celle du milieu domine ordi- 
nairement les deux autres, et quelquefois 
s'amortit par un angle qui a fait donner à 
cette forme le nom d'arcade en mitre. Ces 
fenêtres sont ordinairement espacées par 
un large trumeau. Mais lorsqu'elles se joi- 
gnent et ne sont plus séparées que par un 
étroit montant, ou par une colonnette, les 
baies latérales se terminent souvent par un 
seul demi-cercle, ou une demi-ogive, appuyée 
contre le montant delà baie du milieu. 

Du xii e au xni e siècle apparaît la fenêtre ogi- 
vale, d'abord d'une austère simplicité, sans 
colonneltes, ni ornements, ni moulures, ayant 
les bords de la baie seulement élégis par un 
large chanfrein ou biseau. Les fenêtres de 
la première période ogivale sont étroites et 
élancées. Elles ressemblent assez par leur 
forme générale 5 un fer de lance ; c'est pour- 
quoi elles ont été désignées par les anti- 
quaires sous le nom de fenêtres à lancettes. 
Elles sont toujours d'un style grave et sé- 
vère, en rapport avec le reste de l'édifice. 
Dans les églises de petite dimension, elles 
sont ordinairement isolées; dans les grands 
édifices, comme les cathédrales, elles sont 
accolées deux à deux, et encadrées dans une 
plus vaste ogive qui les renferme. A la 
partie supérieure de l'ogive principale, ap- 
puyée sur la pointe des deux lancettes, on 
voit une gracieuse tigurc de trèfle, de quatre- 
feuilles ou de rosace. Rien ne saurait sur- 
passer l'élégante simplicité de ces lancettes 
géminées. Les architectes du moyen âge, qui 
remplissaient leurs églises de symboles, en 
avaient fait l'emblème de la Trinité. 

L'arc qui embrasse la fenêtre passe bien- 
tôt de la lancette au triangle équilatéral. La 
division binaire de la fenêtre se double, se 

auadruble, et l'on voit la partie inférieure 
'une vaste baie offrir une rangée de huit 
arcades groupées deux par deux sous quatre 
arcades supérieures , réunies à leur tour 
sous deux autres, lesquelles elles-mêmes 
sont inscrites dans une plus grande, celle 
même de la baie de la fenêtre. 

Souvent, à l'extérieur, la fenêtre est sur- 
montée d'un fronton aigu ou espèce de pi- 
gnon, dont le tympan est décoré d'une ro- 
sace ordinairement d^ectunée à jour. Les 



FEN 98 

lignes rampantes de ce fronton sont parfois 
dépourvues de toute espèce d'ornement et 
parfois chargées de feuilles grimpantes. Le 
sommet est surmonté tantôt d'un acrotère 
destiné à porter une statuette, tantôt d'un 
fleuron ou (inial, suivant l'expression assez 
heureuse des antiquaires anglais. 

Au xiv e siècle, la fenêtre s'élargit encore; 
les meneaux se multiplient pour recevoir à 
leur sommet des compartiments compli- 
qués. C'est le règne des trèfles, des qualre- 
leuilles et des rosaces. Les artistes ont dé- 
ployé un goût exquis dans la manière dont 
ils ont su disposer toutes ces étonnantes 
découpures de pierre. Perdant de son élan- 
cement, la fenêtre n'a rien perdu de sa ma- 
gnificence. Peut-on rien voir île plus agréable 
que ces larges fenêtres du xiv e siècle, tra- 
versées par cinq légers meneaux, surmontées 
de plusieurs rosaces posées comme par en- 
chantement les unes sur les autres ? Le pre- 
mier souille d'un orage va faire crouler ce 
magnifique et frêle échafaudage; mais non, 
tout a été bien calculé; la solidité se trouve 
jointe à la légèreté, les conditions de durée 
à l'élégance. Ces fenêtres rayonnantes for- 
ment un des caractères les plus saillants des 
édifices du xiv e siècle. Nous devons ajouter 
que, dans certains monuments, la grande 
ogive qui encadre les meneaux et les compar- 
timents de la fenêtre est décorée à son in- 
trados de festons pendants, comme l'arc prin- 
cipal des portads. 

Dès le xiv e siècle apparaît ce que les An- 
glais appellent le style perpendiculaire. Ce 
style est caractérisé par les meneaux des 
fenêtres qui se dressent perpendiculai- 
rement , et quelques autres meneaux qui 
les divisent dans le sens de la largeur de la 
fenêtre. En Angleterre, ce style prit de 
grands développements et peut être consi- 
déré comme appartenant spécialement à ce 
pay s. Voy. A nglais(5^/c) et Perpendiculaire. 
Aux xv e et xvi e siècles, les meneaux 
prennent dans leur forme une modification 
importante. Au lieu d'être composés de mou- 
lures toriques, ils se chargent de moulures 
fines et prismatiques. Les fenêtres ont géné- 
ralement, au xv e siècle, plus de largeur et 
moins de hauteur qu'au xiv% et le triangle, 
formé par l'arc en tiers-point, depuis lés 
impostes jusqu'au sommet, a souvent plus 
de la moitié de l'élévation totale. Le réseau 
ou tracery, suivant l'expression des anti- 
quaires anglais, qui en remplit le tympan, 
est formé de lignes ondulées, prismatiques, 
offrant quelque analogie avec une flamme 
droite ou renversée : c'est ce qui a fait don- 
ner à la fenêtre de la dernière époque Je 
nom de fenêtre flamboyante, lors même que 
ces meneaux représentent toute autre chose, 
par exemple des fleurs-de-lis ou des étoiles, 
ainsi que cela arrive souvent en France, 
surtout dans les fenêtres de grande dimen- 
sion. Voy. Flamboyant. 

L'archivolte est très-fréquemment ornée 
d'un cordon ou d'une guirlande de fleurons, 
de feuillages et de Heurs. Les formes de cette 
ornementation végétale sont empruntée» à 




99 



FER 



ii;ij 



10C 



la flore indigène. Les rampants et le som- 
met des pignons extérieurs, qui surmontent 
les arcades, ou même les archivoltes pro- 
prement dites, se couvrent de feuilles grim- 
pantes très-finement découpées et disposées 
avec une grande élégance. 

Les fenêtres de la Renaissance sont com- 
munément garnies d'un réseau flamboyant. 
On y voit apparaître des formes capricieuses 
quisont propres à la Renaissance. Enfin, 
elles deviennent semi-circulaires, carrées, 
etc., comme on en voit de si nombreux 
exemples dans nos monuments modernes. 

FER A CHEVAL (Ane en). — Arc plein- 
cintre formé de plus de la moitié delà demi- 
cireoni'érenec. Voy. Arc 

FERETRA. Yoy. Reliquaire. — Ce mot 
est l'origine du vieux mot français perte, qui 
signifie littéralement un cercueil, et qui a 
été employé pour désigner une chAsse. 

FERMAÏL. — Ce mot a vieilli; il ne se 
trouve que dans les anciens inventaires du 
trésor des églises. 11 s'est conservé dans le 
langage héraldique, et il signifie les fer- 
moirs, agrafes ou boucles garnies de leurs 
ardillons, qui se mettent aux manteaux, aux 
chapes, aux baudriers ou ceintures, pour les 
attacher. Le fermait était autrefois une mar- 
que de dignité, et on s'en servait pour fairede 
riches présents aux personnes considérables. 

FERMA1LLET. — Le fermaillet était une 
espèce de chaîne d'or ou d'argent, ou une 
bande d'étoffe précieuse enrichie de perles, 
de pierreries ou de broderies de toute espèce, 
que les femmes se mettaient autour de la 
tète pour fixer et orner en môme temps leur 
coiffure. On en voit des exemples nombreux 
dans les verrières peintes aux xv e et xvi e 
siècles ainsi que dans les manuscrits en mi- 
niatures. Les statues en montrent également 
de beaux et curieux spécimens. 

FERME. — La ferme est un assemblage 
de charpente qui soutient et forme le com- 
ble : elle supporte la panne et les chevrons. 
Yoy. Charpente, 

FERMETURE DE BAIE. — Arc ou lin- 
teau qui couronne une baie. 

FERRURES. — Les ferrures ou pentures 
sont des garnitures en fer destinées à don- 
ner de la solidité aux portes des églises et 
en même temps à les orner. Les ferrures les 
plus remarquables sont ordinairement en 
forme d'enroulements. Yoy. Penture. 

Dans nos édifices religieux, on ne connaît 
pas de ferrures qui remontent aune époque 
antérieure au xi e siècle. Celles qui appar- 
tiennent à cette dernière époque sont façon- 
nées grossièrement. Auxn c siècle, il y a un 
progrès évident; enfin, au xm e siècle, les 
ouvriers possédaient une grande habileté 
dans ce genre de travail, ainsi que le prou- 
vent les magnifiques spécimens que nous 
possédons encore. Nous en avons donné 
quelques exemples à l'article Penture. 

L'usage des ferrures ornées a disparu au 
•* v c siècle, parce qu'alors on excellait dans 
la sculpture sur bois. 

On a essayé, depuis un certain nombre 
d'années, de revenir au* ferrures ornées du 



moyen âge. On a fait même des essais assez 
dispendieux. Nous devons en apprécier en 
passant les résultats. 11 ne faut jamais ou- 
blier dans des travaux de cette nature, que 
la décoration ne doit pas l'emporter sur 
le parti d'utilité. Ne relier les ferrures à 
aucune disposition qui en explique le motif, 
est une faute dans laquelle sont tombés la 
plupart de ceux cpii ont cherché h renouve- 
ler quelques-unes des vieilles ferrures du 
moyen Age. C'est ainsi que l'on voit ces ferru- 
res, contrefaites plus ou inoins adroitement, 
appliquées sur des panneaux de menuiserie 
dont l'agencement les rend absolument in- 
explicables. Nous ne saurions non plus ap- 
prouver les pentures en fonte de fer, qui ont 
été exécutées en plusieurs endroits : le tra- 
vail en est mou et l'effet assez peu heureux. 
Nous aimons mieux les pentures en fer tra- 
vaillé même très-simplement, telles que 
celles qui ont été exécutées sous la direction 
de M. Guérin, architecte de Tours, pour 
l'église du petit séminaire à Tours. Voy. 
Penture, Serrurerie, Clef. 

FESTONS. — Les festons sont des orne- 
ments que les instructions du comité histo- 
rique des arts et monuments désignent sous 
le nom de contre-arcatures découpées. Ce 
sont ordinairement, dans les monuments de 
style ogival, de petits arcs en ogive ou en 
trilobé, décorant l'inirados des arcades ou le 
rampant des frontons. Ces ornements sont 
généralement découpés d'une manière très- 
tine et très-élégante, et produisent un bon 
effet. Leur légèreté leur a fait donner le nom 
de festons et quelquefois de dentelles. Dès le 
xm c siècle on a fait usage de festons dans la 
décoration; mais c'est surtout aux xv e et xvi° 
siècles qu'ils sont nombreux et gracieuse- 
ment découpés. La Renaissance a employé 
aussi des festons dans son ornementation ; 
mais ils sont différents de ceux du stylo 
ogival et consistent en feuilles enroulées, en 
torsades, en petites guirlandes. 

Dans l'architecture classique, surtout dans 
les temps modernes, on a fait usage fréquem- 
ment de guirlandes, suspendues en manière 
de festons. Voy. Guirlande. 

FEUILLAGES, FEUILLES. — I. En exa- 
minant attentivement l'ornementation végé- 
tale usitée dans les édifices du moyen âge, 
on reconnaît aisément que les artistes imi- 
taient les feuilles qu'ils trouvaient dans nos 
campagnes, dans nos prairies et nos forêts. 
Ce n'est pas à dire toutefois que leur imita- 
tion fût toujours servile et qu'ils ne se per- 
missent jamais des changements, des modifi- 
cations et un arrangement de fantaisie. L'imi- 
tation générale est ^évidente; l'intention est 
visible; mais l'exécution est variée, plus ou 
moins heureuse, exacte ou capricieuse. C'est 
à cela, sans doute, qu'il faut attribuer la 
difficulté que les antiquaires ont rencontrée 
dans la détermination des espèces qui consti- 
tuent la flore murale du moyen Age. Si plu- 
sieurs espèces sont difficiles à reconnaître, 
il y en a beaucoup dont les caractères sont 
accusés de manière à ce que l'erreur de- 
vienne impojLsiWT". TJ'.U.t'-ftHidrait donc pas 




ïOi 



FEU 



l'aire comme certains auteurs, qui, dans un 
moment de dépit, sans doute, on dit que 
l'on pouvait donner dix. noms à ia plupart 
des feuillages d'ornementation, sans que le 
botaniste le plus scrupuleux puisse y con- 
tredire. Voy. Flore mlurilb. 

Les monuments «le la période romano- 
byzantine sont déjà ornés de feuilles et de 
guirlandes. Lorsqu'ils appartiennent au style 
primordial, ils présentent des feuillages imi- 
tés de l'antique et grossièrement exécutés ; 
si Les feuillages sont de l'invention des ar- 
tistes de cette période arehilectonique, ils 
sont d'une l'orme et d'une exécution plus 
bai bareencore. Cela tient à l'état dedécadenec 
où les arts étaient tombés; on dirait que le ci- 
seau était alors rebelle entre les mains du 
sculpteur, et que la pierre résistait à ses ef- 
forts. Au xir siècle, la décoration végétale 
est déjà riche et variée. Les chapiteaux des 
colonnes sont formés de feuilles fantastiques 
assez élégamment agencées, de feuilles imi- 
tées naïvement de la nature, de fleurons, 
entremêlés de bandelettes chargées de per- 
les ou de points enfoncés. Les voussures du 
portail principal sont embellies de feuilles 
nombreuses, distribuées régulièrement et 
d'un style assez correct. On a fait à ce su- 
jet une observation que nous devons rap- 
porter ici ; c'est que l'ornementation végétale 
et fantastique des monuments romano-byzan- 
tins du xir siècle est supérieure de beau- 
coup à la statuaire et à la sculpture en bas- 
relief représentant des figures humaines. On 
serait môme tenté d'attribuer ces deux systè- 
mes de décoration à deux époques distinctes et 
éloignées. On peut faire cette remarque en 
présence de beaucoup d'édifices' où la sculp- 
ture sur pierre a laissé de nombreux res- 
tes comme à la curieuse galerie de l'an- 
cienne abbaye de Saint-Aubin, à Angers. 
Nulle part la décoration murale n'a rien exé- 
cuté de plus compliqué ; nulle part, peut- 
être, l'observation à laquelle nous venons 
de l'aire allusion ne se justitie mieux. Les 
chapi teaux des colon nettes, les archivoltes des 
arcades à plein cintre, les bandes qui se pro- 
longent du tailloir des chapiteaux dans toute 
l'épaisseur de l'arcade, sonteouverts de feuil- 
lages bien dessinés et bien taillés; les tym- 
pans au contraire sont remplis de bas-re- 
liefs représentant divers sujets empruntés à 
la Bible, comme David tuant le géant Go- 
liath, et ces bas-reliefs indiquent la pre- 
mière enfance de l'art et les premiers tâton- 
nements de la sculpture. Dans un grand nom- 
bre de monuments religieux du centre de 
la France, érigés dans le cours du xir siècle, 
l'ornementation végétale a fait des progrès 
que l'on ne retrouve pas dans les éditices du 
Nord. La cause en doit être attribuée et à 
Limitation des modèles antiques et surtout 
à un mouvement artistique qui fut plus 
animé dans le centre et le midi delaFrance, 
que dans le nord, durant la période romano- 
byzanline : ce même mouvement fut au 
contraire beaucoup plus grand dans le nord 
que dans le midi, pendant tout le règne du 
style ogival. Déjà l'on voit apparaître des en- 



F1B 102 

roulements de feuillages, des palmelles, des 
ornements flabclliformes, des guirlandes qui 
annoncent un goût épuré et une certaine 
habileté d'exécution. 

Au xiii c siècle, on voit germer, monter et 
s'épanouir une végétation riche et variée, 
qui peut le disputer en originalité, en élé- 
gance et en bel effet à tout ce que l'art 
de la sculpture décorative a produit de plus 
parfait. On distingue particulièrement les 
feuilles de lierre, de vigne ou vigne vierge, 
de quinte-feuille, de fraisier, de chêne, de 
roseau. Au xiv c et surtout au xv e siècle, on 
voit s'ajouter aux précédentes les feuilles de 
houx épineux, de chardon, de chou, de 
mauve frisée, de chicorée, etc. Ces feuilla- 
ges sont disposés de mille manières. Tantôt 
les feuilles sont isolées, tantôt réunies en 
guirlandes, en bouquets, en toulfes, en pa- 
naches; tantôt elles grimpent le long du 
rampant des pignons, tantôt elles se ca- 
chent dans des gorges profondes, tantôt elles 
courent le long des plates-bandes, tantôt en- 
fin elles s'accrochent à toutes les saillies 
et se serrent sous les encorbellements, les 
pendentifs et les culs-de-lampe. Vouloir dé- 
crire toutes les formes sous lesquelles se 
montrent les feuilles dans nos grands édifi- 
ces, ce serait tenter de décrire la disposition 
pittoresque et capricieuse de mille arbris- 
seaux différents. 

IL 

On appelle feuilles de refend celles dont les 
bords sont découpés comme l'acanthe et le 
persil. Quant aux feuilles grasses et aux 
feuilles d'eau, dont il est si fré luemment 
question dans les descriptions, il n'est pas 
toujours fort aisé de les caractériser d'une 
manière bien précise. 

On a nommé feuilles de fougère Yopus 
spicatum. Voy. Appareil. 

Le comité historique des arts et monu- 
ments dans ses instructions dit que les feuil- 
les peuvent être incisées (découpées par des 
incisions aiguës et étroites), laciniées (allon- 
gées en lanières étroites et découpées irré- 
gulièrement), lyrées (dont la partie supé- 
rieure du disque est entière, tandis que l'in- 
férieure se divise en lobes qui vont en dé- 
croissant), runcinées (bordées de dents sem- 
blables à une large scie), lobées (divisées en 
plusieurs lobes par des sinus profonds), si- 
nuées (ayant des échancrures arrondies), 
frisées (crépues, recourbées aux extrémités), 
pinnatijides (divisées en segments sembla- 
bles à des ailes.) Ces distinctions pourraient 
être poussées plus loin; mais ce serait sortir 
du domaine de l'architecture pour entrer dans 
celui de la botanique. Voy. Chapiteaux, 
Fleurons, Flore morale. 

FEUILLURE. — Une feuillure est une 
entaille rectangulaire pratiquée dans le ta- 
bleau d'une baie, à la partie intérieure. 

F1RULF]. — La fibule OU fibula était à peu 
près, chez les anciens, ce que nous avons 
longtemps appelé fermait. C'était uneboucle, 
une agrafe, un boulon servant à retenir la 
chlamyde, le manteau, la ceinture, la tunique, 
La pa!la,nu toute autre partie du vêtement. 



103 



FIG 



Los fibules ont différentes formes : souvent 
elles représentent quelque animal ou quelque 

partie d'un animal, ou une lyre, etc., etc. On 
en rencontre souvent dans les tombeaux des 

anciens Romains, ainsi que dans ceux des 
Gaulois et des anciens Bretons, qui avaient 
adopté leurs usages. On conserve dans les 
collections publiques et privées une très- 
grande quantité de Emules d'or, d'argent, de 
bronze ou de cuivre. Dora Monlfaucon et 
Caylus en ont publié beaucoup. Yoy. l'Anti- 
quité expliquéepar les monuments, par D.Mont- 
iaucon, et Recueil d'antiquités, par Caylus. 
FIGURES GRIMAÇANTES. — Les m'otlil- 
lons extérieurs d'un grand nombre d'édi- 
fices sont sculptés en l'orme de ligures gri- 
maçantes. On voit des figures semblables 
aux gargouilleset à certainsebapiteaux. Dans 
l'ornementation on en trouve également, et 
toutes sont plus ou moins bizarres, plus ou 
moins grossièrement sculptées. Faut-il cher- 
cher une signification symbolique à ces ligu- 
res ? Faut-il y voir simplement une fantaisie 
de l'artiste? Nous pensons que le plus sou- 
vent elles n'ont aucune signification sym- 
bolique, et il faudrait que l'ensemble d'une 
composition vînt en révéler le sens, pour 

au'on pût y en trouver un; c'est-à-dire que 
ans les rares exceptions où ces figures sont 
destinées à exprimer un symbole ou peu- 
vent être regardées comme emblématiques, il 
estnécessairequeles circonstances en fournis- 
sent un signe évident et en donnent la clef 
en môme temps. Nous avons eu déjà l'oc- 
casion d'émeHre notre opinion à ce sujet 
dans un article publié dans le tome Vlï des 
Annales d'Archéologie chrétienne. « Ce sera, 
disions-nous, pag. 29i et 295, ce sera tou- 
jours l'écueil des archéologues, que de vou- 
loir donner un sens aux mille figures plus 
ou moins grotesques qui couvrent les mu- 
railles de certaines églises romanes. Com- 
ment trouver une pensée là où il n'y a sou- 
vent qu'une forme destinée à plaire aux 
yeux ? Or, il y a évidemment de nombreu- 
ses figures, même sur les chapiteaux des co- 
lonnes intérieures, au xn' siècle, qui n'ont, 
dans l'intention de l'artiste, qu'une signifi- 
cation décorative. Soyons sobres de cette 
espèce d'exégèse artistisque; nous risquons 
trop de mettre notre pensée à la place de 
celle du sculpteur ; une triste expérience 
nous avertit assez de* nous tenir sur nos 
gardes et de ne pas nous laisser facilement 
entraîner aux séductions de l'imagination. 
Etudiez le symbolisme dans les grandes divi- 
sions de l'œuvre du moyen Age : c'est très- 
bien. Il s'y trouve en effet. Nos monuments 
en sont remplis; le symbolisme y respire; 
on le voit et on le sent partout, pour ainsi 
dire. Mais ne vous fatiguez pas inutilement 
à poursuivre sous chaque feuillage, dans 
chaque figure, où le grotesque remplace 
trop souvent le vrai, une idée symbolique 
qui n'y est pas. 

A l'appui de ce que nous venons de dire, 
nous apporterons un exemple ; nous pour- 
rions en citer un très-grand nombre. Il fera 
ressortir jusqu'à l'évidence le vide et en 



FÎL 104 

même temps le danger des fausses interpré- 
tations symboliques. ' 

L'abbaye de la Trinité, à Caen, est un des 
monuments les plus intéressants de la Nor- 
mandie, au point de vue historique et sous 
le rapport de l'archéologie. Le sanctuaire 
est décoré, à son extrémité, d'un péristyle 
semi-circulaire, à double étage, dont les co- 
lonnes portent des chapiteaux couverts d'or- 
nements bizarres et de figures d'animaux. 
M. de Jolimont pense que les deux chimères 
ailées placées face à face et en contact im- 
médiat, que l'on voit sur un des chapiteaux 
dont nous parlons, offrent l'emblème de la 
théorie fondamentale du manichéisme et fi- 
gurent les deux principes du bien et du ma! 
qui, selon ce dogme (c'est M. de Jolimont 
qui emploie ce mot) , régissent le monde. 
Ces monstres ont une forme partie humaine, 
partie animale; l'un, à gauche, a les ailes 
élevées; c'est, d'après M. de Jolimont, le gé- 
nie du mal qui est dans une perpétuelle ac- 
tivité. L'autre, dont les ailes sont en re- 
pos, représente le génie du bien qui, dans 
une attitude plus calme, avec moins d'ef- 
forts, oppose à son rival une résistance non 
moins puissante. M. de Jolimont prétend 
qu'on ne doit point s'étonner de rencontrer 
un semblable tableau dans les églises catholi- 
ques, en considérant que le système des 
deux principes, qui est de la plus haute an- 
tiquité, fut admis, modifié diversement, dans 
presque toutes les religions, chez presque 
toutes les nations, et que le christianisme 
môme n'a pu s'en affranchir entièrement. 
Cette dernière réflexion indique de la part 
de l'auteur, ou une distraction étrange, ou 
un oubli des doctrines catholiques. Le ma- 
nichéisme est une erreur, non un dogme, 
condamnée par l'Eglise, anathématisée de- 
puis longtemps, poursuivie avec des armes 
victorieuses par le grand saint Augustin. 
Cette monstrueuse erreur a fait explosion au 
moyen âge, chez les Albigeois; mais en vou- 
loir trouver des traces sur les murailles de 
nos églises, ce serait difficile, peut-être, et 
il faudrait autre chose que des figures de 
chimères ailées pour en fournir la preuve. 

FILET. — Le filet, listel ou réglet est une 
petite moulure carrée, servant à séparer 
deux autres moulures ou membres d'archi- 
tecture plus considérables. 11 est d'un usage 
très-fréquent dans l'architecture antique et 
dans les monuments modernes. Au xv* 
siècle, dans les édifices de style ogival flam- 
boyant, le filet remplace dans le sens longi- 
tudinal, mais toujours isolé, l'espèce d'on- 
glet que le xiv c siècle avait imaginé sur la 
face du fût des colonnes ou des grosses mou- 
lures cylindriques des archivoltes et des ner- 
vures. Primitivement, c'est à-dire au xm* 
siècle, cette ligne se nomme ligne mousse : 
au xiv e siècle, c'est un filet; aux xv c et xvi° 
siècles c'est la moulure prismatique. 

FILIGRANE. — Pièce d'orfèvrerie d'or ou 
d'argent, travaillée délicatement à jour, et 
faite en forme de petits filets. On a exécuté 
de très-belles pièces de filigrane dès les 
temps les plus anciens, et, au moyen âge, 



tO:> 



FL.\ 



FLA 



106 



nous en trouvons de très-curieux échantil- 
lons. Il y a peu de châsses antiques, en 
métal précieux, et ornées de plaques d'or ou 
d'argent, où il n'y ait des pièces de filigrane. 
Nous citerons surtout la châsse des grandes 
reliques, dans le trésor de L'église principale 
d'Aix-la-Chapelle, et celle des Kois mages, 
à la cathédrale de Cologne. 

FI1S1AL. — Ce mol est anglais, et signifie 
le sommet d'un pinacle, d'un dais, d'un 
contrelort, couronné par des feuilles en 
bouton ou épanouies. Autrefois cette ex- 
pression était usitée également chez nous : 
il serait a désirer qu'on s'en servît encore, 
car elle s'applique convenablement à un 
objet que nous ne pouvons pas actuellement 
désigner par un mot propre. L'introduction 
du jinial, dans l'architecture gothique, est 
contemporaine des feuilles grimpantes et des 
crochets placés sur le rampant des frontons 
et de toutes les formes pyramidales. Les 
feuilles du finial ont toujours, en effet, la 
plus grande analogie avec celles qui déco- 
rent les angles des frontons, des pignons, 
des aiguilles, des pyramidions, des cloche- 
tons, des pinacles et des flèches. Le finial 
n'est qu'un bouquet de ces mômes feuilles. 

FLABELLIFORME. — Une moulure ou 
ornement flabelliforme est en forme d'é- 
ventail. Cet ornement est assez commun sur 
les monuments religieux du xi e auxn e siècle 
et surtout au xu c siècle, durant la phase de 
transition du style romano-byzantin au style 
ogival. Il serait superflu de nommer les édi- 
fices qui en présentent, parce que la nomen- 
clature en serait trop longue : citons seule- 
ment l'église de la Celle-Guénand, au dio- 
cèse de Tours. 

FLABELLUM. — Le flabellum ou éven- 
tail, d'origine grecque, fut usité longtemps 
dans la liturgie gallicane. 11 a disparu de nos 
cérémonies sacrées, mais il est encore en 
usage chez les Grecs, au moins comme ves- 
tige des anciennes coutumes. Nous en trou- 
vons cependant des traces dans nos monu- 
ments, et ils sont mentionnés dans certains 
écrivains ecclésiastiques. Leur destination, 
surtout dans des contrées où les mouches 
abondent, était de préserver les saintes es- 
pèces, et le célébrant lui-même, du contact 
de ces insectes importuns. Plusieurs dessins 
représentent le diacre tenant le flabellum en 
main et s'en servant à l'autel. Cet instru- 
ment était fait de matières diverses et en- 
richi d'ornements variés. 11 était tantôt rond, 
tantôt carré, et fixé à un manche d'ivoire ou 
de métal délicatement ciselé. Hildebert de 
Lavardin, archevêque de Tours, en envoyant 
un flabellum à un de ses amis, lui en ex- 
plique la signification symbolique [Epist. 8), 
et lui en montre l'usage durant le sacrifice 
de la messe : Dum iqi ur destinato tibi fla- 
bello descendent™ super sacrificia muscas ab- 
egerii, a sacrificantis mente supervenientium 
incursus tentationum calholicœ fidei venli- 
labro exturbari oporlebit. Jta fut ut quod 
susceptum est ad usum, mysticum tibi prœ- 
beat intvUcctum. 11 est question également 
du flabellum dans les Coutumes antiques de 

Dictions. d'Archéologie sacrée. II. 



Cluny (Spicileg. d'Achéry, tom. IV, ho. u 
cap. :J0) : Unus ministrorum, qui stmper duo 
debent esse, stans cum flabello prope saccr- 
dotem,exquo muscâfum infestalio exsurgere 
incipit, donec finiatur, cas artère a sacrifia,) 
et ab altari, seu ab ipso sacerdote non ne- 
gligit. Le livre des Cérémonies pontificales, 
manuscrit de la bibliothèque Barberini (cod. 
'2365), ordonne de porter des éventails où 
fhibella surtout pendant l'été : Déférant 
quoque œslivo tempore flabella ad ejicicndas 
7>iuscas in ministerio. Aujourd'hui , dit le 
cardinal Bona, lorsque le souverain pontife 
doit célébrer solennellement, on porte à ses 
côtés deux grands éventails en plumes de 
paon , mais ils ne servent point j our la 
messe. 

Chez les Grecs, le flabellum ou éventail, 
est appelé hexaptérige, parce qu'il porte la 
représentation peinte ou ciselée des séra- 
phins à six ailes; il est fréquent dans les 
églises, où on le place ordinairement près 
de l'autel. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un 
ornement que l'on porte aux processions. 
Les paroles du Te Deum sont écrites sur le 
flabellum, dit M. Didron [Jconog. grecque et 
latine, p. 72), et rappellent que les séraphins, 
entre les mains desquels les Grecs figurent 
cet instrument, louent constamment Dieu, 
en disant : Saint, saint, saint. Chez nous, oit 
le môme auteur, au lieu de donner un fla- 
bellum aux séraphins, on leur met en main 
une banderole sur laquelle on écrit : Et cla- 
mant, Sanctus, sanctus, sanctus, comme on le 
voit, entre autres exemples, à Saint-Saturnin 
de Toulouse. 

FLAMBOYANT (Style ogival). — Le style 
ogival flamboyant est celui qui a été en vi- 
gueur dans le cours du xv' siècle et au com- 
mencement du xvr. Il a été ainsi appelé, 
parce que les meneaux qui forment ûqs 
compartiments dans les grandes fenêtres se 
contournent en sens divers, de manière à 
figurer des espèces de flammes. Voy. Clas- 
sification, Epoques, Fenêtres. 

Le style ogival flamboyant s'est développe 
en France, pendant qu'en Angleterre se for- 
mait et se développait le style perpendicu- 
laire anglais. Voy. Anglais (Style). M. de 
Caumont a cru devoir établir deux époques 
distinctes dans l'architecture religieuse, de- 
puis l'an 1V00 jusqu'à 1550, tout en avouant 
qu'elles sont difficiles a caractériser. Nous 
n'avons pas admis cette division dans le vo- 
lume intitulé Archéologie chrétienne, publié 
en 1840; et nous avons vu notre manière 
d'envisager la question admise par tous les 
auteurs qui ont écrit depuis sur l'archéo- 
logie. Cette division, en effet, ne nous paraît 
pas suffisamment fondée. Depuis le commen- 
cement du XV" siècle, jusque vers la fin de 
la première moitié du xvi c , ce sont les mê- 
mes principes qui sont en vigueur, qui pren- 
nent a peine de légères modifications, sous 
des influences faciles à constater. H y a 
d'ailleurs une telle analogie, que dis-ie, une 
si frappante ressemblance dans tous les dé- 
tails de l'architecture et de l'ornementation, 



107 



FLA 



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4 OS 



qu'il est impossible de préciser où sera fa 
limite naturelle où doit finir le stylo flam- 
boyant et commencer le style fleuri. 

Le plan adopté dans la 'construction des 
grandes églises ne reçut aucun changement 
au xv' siècle. C'est toujours une net' prin- 
cipale, accompagnée de nefs latérales, avec 
transsept et chapelles accessoires. 

Les modifications introduites dans les édi- 
fices bâtis selon le style ogival flamboyant, 
et qui servent à les caractériser, doivent 
être étudiées particulièrement aux. piliers, 
aux fenêtres et dans l'ornementation. Jus- 
qu'au xv' siècle, les colonnes cylindriques, 
isolées ou cantonnées, avaient formé une 
des parties les plus remarquables et les 
mieux caractérisées des monuments reli- 
gieux. Passant insensiblement à l'état de 
colonnettes, de tores et de baguettes, elles 
se transformèrent enfin en minces nervures 
prismatiques. Les piliers les plus massifs 
furent couverts sur toutes les faces de mî- 
ïiers de nervures, d'un travail délicat et 
compliqué. Mais si l'exécution en est sur- 
prenante, s'il y a de grandes difficultés vain- 
cues pour tracer un profil hardi, pour con- 
server la pureté des angles, pour fouiller 
tous les interstices, l'effet général de la 
perspective perd une de ses principales 
beautés. L'œil ne saurait embrasser à dis- 
tance les détails minutieux des innombra- 
bles faisceaux de nervures anguleuses; il se 
repose, au contraire, avec plaisir, sur ces 
grandes et belles lignes, que la saillie des 
colonnes et des colonnettes établit dans 
toutes les parties de l'édifice. La substitution 
des nervures aux colonnes est donc un signe 
de décadence dans l'architecture ogivale. 
Souvent les nervures suivent le contour des 
arcades, s'élèvent le long des murailles jus- 
quaux voûtes qu'elles traversent pour venir 
se réunir à la clef, délicatement ciselée. 
Toute trace de chapiteau a disparu sur la 
plupart des piliers, ou bien la belle corbeille 
du chapiteau des xin' et xiv' siècles est 
remplacée par des bouquets de feuilles fri- 
sées, ou par une ou deux guirlandes de 
feu liages profondément découpés. Quelque- 
fois encore on plaça, entre les nervures, de 
riches garnitures de feuilles grimpantes éga- 
lement maigres et découpées, mais non sans 
élégance. Il arrive parfois que les nervures 
placées sur les piliers, au lieu d'être perpen- 
diculaires, tournent en spirale, comme on 
en voit un exemple dans l'église de Saint- 
Séverin, à Paris. 

L'ogive équilatérale est encore en usage 
au commencement du xv' siècle. Mais on 
trouve aussi très-souvent l'arc brisé, un peu 
surbaissé, employé pour les fenêtres et les 
arcades ; mais bientôt les arcades subirent 
un changement important. Les lignes, au 
lieu de suivre la direction de la courbe na- 
turelle pour former l'amortissement de l'o- 
give, se relèvent subitement vers le point de 
jonction pour former un angle très-aigu. 
Cette arcade en accolade ou en doucine se 
montra fréquemment aux pori.es, rarement 
aux fenêtres. Au commencement du xvi* siè- 



cle, ce système prévalut tellement que l'on 
ne rencontre aucune large ouverture qui 
n'ait été faite suivant ce procédé. Ce mou- 
vement dans les lignes qui constituent les 
arcs et que l'on observe souvent dans l'ar- 
chitecture mauresque , se reproduit non- 
seulement dans les portes, les fenêtres, les 
arcades simulées, mais encore dans tous les 
ornements où la forme elliptique de l'ogive 
est employée, comme dans des lobes, des 
trèfles, des quatrefeuilles, des quintefeuilles 
et des rosaces. 

L'arcade des portes est tantôt une large 
ogive décorée de moulures prismatiques, et 
surmontée d'une sorte de pinacle formé 
par deux courbes concaves en dehors, et a 
leur sommet s'épanouissant en feuillages 
frisés, comme on en voit un exemple re- 
marquable au portail latéral de la cathédrale 
de Senlis. Souvent aussi la ligne supérieure 
que décrivent les arcades, les portes, les 
baies des clochers, est une courbe surbaissée 
en anse de panier, et terminée par un pi- 
nacle flamboyant. Souvent l'ogive de la porte 
est encadrée dans un immense fronton, dont 
la surface entière est ornée de panneaux ou 
découpée à jour, et en saillie sur les murs 
de la façade, ainsi qu'on le voit au portail 
de la cathédrale de Rouen. 

A cette époque encore , les arcades , 
qu'elles soient en ogive ou en anse de pa- 
nier, ou en accolade, ont leur voussoir dé- 
coré de festons ou de contre-arcatures pris- 
matiques découpées à jour qui rappellent 
les arcades trilobées des xn e et xm e siècles; 
mais cette ornementation, qui a commencé 
à paraître au xiv e siècle, acquiert son plus 
grand développement, surtout dans les édi- 
fices du commencement du xvi' siècle. 

L'archivolte des arcades se compose de 
moulures prismatiques , séparées par des 
gorges ornées de feuillages capricieux. La 
partie extérieure de l'arcade montre, étagées 
les unes au-dessus des autres, des feuilles 
de chardon, de chou frisé, formant des cro- 
chets en dehors. Le sommet de l'ogive ou du 
pignon est alors couronné par un bouquet 
épanoui, mais porté sur un pédicule quel- 
quefois composé de moulures. Voy. Finial. 

Ces formes d'arcades à nervures variées, 
à bouquets frisés, sont simulées en grand 
nombre sur la face des murailles, sur les 
pinacles simulés qui sont en application sur 
les murs extérieurs ou intérieurs des édi- 
fices, à droite et à gauche des portes, et 
posés en amortissement sur les contreforts. 
Ce sont des pyramides dont les angles pré- 
sentent des feuillages épanouis. Les dais 
eux-mêmes, qui forment la partie supérieure 4 
des niches, sont couronnés aussi de pina- 
cles très-compliqués, découpés à jour par- 
un grand nombre de dentelures, et ornés 
de ttiutes sortes de feuillages. 

Les meneaux contournés des fenêtres sont 
éminemment caractéristiques. Nous en avons 
parlé précédemment. Voy. Fenêtre. 

Les compartiments nombreux et compli- 
qués des roses subissent la même modifica- 
tion que les meneaux des fenêtres t ils 



!0f) 



FLV 



FL.V 



110 



offrent cependant un champ plus favorable 
encore au gracieux et léger épanouissement 
<!u système flamboyant. Voy. Rose. 

Les architectes de la période ogivale sa 
?ont distingués par la hardiesse et Ta beauté 
des voûtes qu'ils ont bâties. Au iv' siècle, 
les arceaux, formés de moulures prismati- 
ques, commencent h se ramifier et à s'en- 
trecroiser en plusieurs sens à l'intrados de la 
voûte. Au xvi e siècle, ces arceaux se parta- 
gent en branches nombreuses qui s'étendent 
de tous côtés, et a chaque point d'intersec- 
tion sont appliquées des tigurcs de grand 
relief, telles qu'armoiries, emblèmes, ani- 
maux symboliques. Quelquefois la clef de 
voûte, allongée en cul-de-lampe ou penden- 
tif très-volumineux, présente à l'œil étonné 
d'innombrables ciselures, et rappelle jusqu'à 
un certain point, les stalactites que la nature 
s'est plu à suspendre à la voûte de certaines 
grottes. Ce n'est pas sans une surprise mêlée 
de frayeur que l'on se promène sous ces 
voûtes frangées, découpées, transparentes, 
où sont suspendus d'énormes blocs d'un 
poids considérable. (Pour avoir de plus am- 
ples détails sur les voûtes en général, et sur 
celles du style flamboyant en particulier, 
Voy. Voûtes.) 

Les tours du xv e siècle sont carrées le plus 
souvent, comme celle de Saint-Jacques-la- 
Boucherie, à Paris. Les angles en sont vi- 
goureusement soutenus par quatre éperons 
3ui présentent des niches à divers points 
e leur hauteur. Lorsque la tour se termine 
par une plate-forme, le sommet en est dé- 
coré d'une balustrade finement découpée à 
jour, et de gargouilles, en forme de mons- 
tres, qui font saillie pour l'écoulement des 
eaux. La forme des arcades, d'ailleurs, et la 
décoration suffisent pour caractériser les 
tours du style flamboyant. Il arrive parfois 
qu'elles offrent plusieurs étages de niches, 
ou seulement des consoles portant des sta- 
tues : telles sont les tours de la cathédrale 
de Nevers, de la cathédrale d'Auxerre, de 
l'église de Saint-Martin de Clamecy. Nous 
devons citer encore, comme appartenant au 
XV e siècle, et comme offrant de riches mo- 
dèles de style flamboyant, la Tour de Beurre, 
à Rouen, la Tour de Beurre à Bourges, les 
louis de la cathédrale de Tours, celle de la 
cathédrale de Nantes, etc. 

Lorsque les tours du xv c siècle sont sur- 
montées de flèches, celles-ci sont bâties avec 
la plus grande élégance. Les baies en sont 
évasées, surbaissées et munies d'abatsons. 
Telles sont les flèches des églises de Thann, 
de Caudebec, de Honfleur, de Mende, etc. 
Voy. Aiguille, Clocher. 

On doit rapporter au xv e siècle la plupart 
des clochers pyramidaux en charpente, cou- 
verts d'ardoise, comme on en trouve un 
grand nombre dans les églises rurales. Us 
imitent plus ou moins heureusement les 
gracieuses flèches en pierre qu'ils rempla- 
cent : plusieurs môme doivent être regardés 
comme des chefs-d'œuvre dans l'art du 
charpentier. 

Quant aux contreforts et aux clochetons 



de cetti. même époque, nous n'entrerons 
dans aucun détail. Nous renvoyons aux ar- 
ticles Clocheton et Contrefort. Nous de- 
vons ajouter cependant que les arcs-boutants 
sont ornés à l'intrados de festons et de dé- 
coupures. 

Les balustrades éprouvent, dans les des- 
sins qui les forment, la môme modification 
que le réseau des fenêtres. 

Les ornements du style flamboyant sont 
fort nombreux et ils se multiplient encore 
au commencement du xvi e siècle, ce qui 
explique l'origine de l'expression style fleuri, 
que 1 on emploie quelquefois pour les dé- 
signer. Voy. Feuilles, Festons. 

Le pavé des églises est formé de dalles 
tumulaires, représentant des personnages 
défunts avec leurs costumes. Ces représen- 
tations sont gravées en creux; quelquefois 
les mains et la tête, moulées sur nature, 
sont sculptées en bas-relief sur marbre et 
incrustées dans la pierre. D'autres fois les 
pierres tumulaires sont décorées d'incrusta- 
tions en cuivre, comme on en voit de nom- 
breux exemples en Belgique, en Allemagne 
et en Angleterre. On rencontre aussi quel- 
quefois, surtout dans les chapelles, des car- 
reaux émaillés formant le pavé. 11 en existe 
encore de curieux restes dans la charmante 
église de Notre-Dame de l'Épine, près de 
Châlons-sur-Marne. 

Le style flamboyant nous offre des sculp- 
tures peintes fort intéressantes. Mais l'art 
et la coutume de peindre les statues et les 
bas-reliefs ne sont pas propres à ce style : 
on en voit des spécimens complets et nom- 
breux aux époques précédentes. Les murs 
intérieurs des églises ont été généralement 
aussi rehaussés de peintures, qui représen- 
tent tantôt des sujets religieux et tantôt des 
arabesques et des feuilles d'ornementation. 
Souvent on voit des ex-voto qui montrent 
des personnages à genoux devant leur saint 
patron. Les arabesques se composent ici de 
peintures en damier, à carrés rouges et 
bleus; là de rameaux de feuillages, de fleurs, 
d'oiseaux, etc. D'autres fois, ce sont des 
combinaisons de dessins propres aux balu- 
strades, aux fenêtres et aux panneaux en 
pierre des édifices. 

Il nous reste maintenant a indiquer quel- 
ques-uns des édifices les plus remarquables 
du style ogival flamboyant. 

Cathédrale de Tours ; le grand portail et. 
les tours. — Cathédrale d'Anvers; commen- 
cée au xv' siècle, achevée auxvr. — Cathé- 
drale de Malines, en grande partie. — L'é- 
glise de la Trinité, à Vendôme; la façade a 
été bâtie en 1499, ainsi qu'une partie de la 
grande nef. — Cathédrale de Nantes; Ja nef 
principale et la façade de l'ouest en grande 
partie. — Cathédrale d'Autun; plusieurs 
parties, à l'abside surtout et au clocher. — 
Cathédrale d'Alby, en partie. — Cathédrale 
de Rouen; le grand portail, la tour do 
Beurre et plusieurs autres parties moins 
importantes. — Notre-Dame de Brou, près 
de Bourg; monument très-remarquable en 
lui-même et par les magnifiques tombeaux 



411 



FLE 



II.! 



iii 



qui s'y trouvent. — Saint-Ouen, a Rouen; la 
nef principale et quelques autres parties. — 
Notre-Dame de Saint-Lô, en grande partie.— 
L'église d'Argentan. — Saint-Pierre, à Cou- 
tances, en grande partie. — Saint-Jacques, 
à Lisieux, presque en entier. — L'église 
collégiale de Saint-Quentin. — Saint Vultran 
d'Abbeville. — L'ancienne église abbatiale 
de Saint-Riquier, diocèse d'Amiens. — L'é- 
glise de Thann, en Alsace; celle de Saint- 
Vincent à Rouen; celle de Saint-Jacques, de 
Dieppe; celle de Saint-Antoine, à Com- 
piègne. — Cathédrale d'Evreux; la tour cen- 
trale, ses transsepts et les chapelles. — 
Saint-Jean, k Caen. — Sainte-Catherine à 
Honfleur. — La tour de Saint-Martin de 
l'Aigle, diocèse de Séez. — Sa ; nt-Maurice, à 
Vienne en Dauphiné; la façade occidentale. 
— Notre-Dame de l'Epine, près de Châlons- 
sur-Marne. — Saint-Jean, à Elbeuf. — Sainte- 
Catherine de Fierbois, au diocèse de Tours.— 
L'église de Nouàtre, même diocèse. — L'é- 
glise de Marcilly, même diocèse. — Les 
églises de Saint-Père de Nuzy, Challement, 
Moraches, Germenay, Colméry, Ciez, Saint- 
Jacques et Notre-Dame de Galles, à Cosne, 
Donzy , Cessy-les-Rois, Sully-la-Tour, Al- 
ligny^ Ritry, Dampierre, etc., au diocèse de 
Ne vers. 

FLÈCHE. — Une flèche d'église, à pro- 
prement parler, est la couverture pyramidale 
d'un clocher ou d'une cage d'escalier. Elle 
peut être en pierre ou en bois. Lorsqu'elle 
est en pierres, elle peut être ornée de di- 
verses manières. 11 arrive souvent que les 
angles en sont chargés de feuilles grimpan- 
tes ou de crochets, et que de distance en 
distance, les lignes sont interrompues par 
une espèce de grande couronne ou de large 
bandeau, décoré de moulures, de feuillages 
ou de formes variées d'ornementation; on 
en voit un exemple à la flèche élégante qui 
surmonte l'église de Notre-Dame de l'Epine, 
près de Châlons-sur-Marne. Voy. Aiguille et 
Clocher. Les plus belles flèches de l'Angle- 
terre présentent une disposition analogue à 
celle que nous venons d'indiquer : nous en 
avons donné une description abrégée. 

Aux articles Aiguille et Clocher, nous 
avons placé tous les détails archéologiques 
que nous avions à offrir sur ce sujet : nous y 
renvoyons le lecteur. Nous allons le complé- 
ter ici, sous d'autres rapports, autant qu'il 
nous sera possible. Chacun sait que la forme 
triangulaire a toujours été regardée, dans 
l'Eglise, comme un symbole de la Trinité. 
On retrouve cette forme dans les membres 
principaux de l'édifice chrétien; elle existe 
avec les éléments sphériques dans l'ogive, 
sous la forme rectiligne dans les pignons et 
les flèches, sous celle du trèfle dans les or- 
nements. Les flèches, qui sont la plus bril- 
lante expression de la pensée symbolique de 
l'art ogival, sont en même temps la solution 
de l'un des problèmes les plus hardis des 
constructeurs du moyen âge. Il fallait, en 
effet , qu'ils fassent doués d'une étrange 
audace ceux qui, les premiers, osèrent se 
risquer à élever dans les airs, à trois ou 



quatre cents pieds, ces fragiles aiguilles, ces 
flèches élancées, destinées cependant à bra- 
ver les intempéries du nord, les violent.*, 
ouragans si fréquents dans ces contrées, e« 
qui ont, malgré mille causes de destruction, 
si bien répondu à leur destination. 

Une anecdote apocryphe, dit l'auteur du 
petit livre intitulé : Eglises gothiques, rap- 
porte que le Rramante construisant le dôme 
de l'Eglise de Saint-Pierre, à Rome, dit aux 
Romains : « Ce Panthéon que vous admirez, 
moi je le placerai dans les deux.» Long- 
temps avant lui, les architectes gothiques y 
avaient élevé les obélisuues des Pharaons. 
(Pag. 90). 

Il n'y a pas longtemps encore que l'impé- 
ritie des architectes, favorisée par un système 
de mesquine économie, considérait les flè- 
ches de nos églises comme des superfétations 
dangereuses, ne servant qu'à accélérer la 
ruine des édifices, soit par les mouvements 

3u'ils leur communiquent, soit par la chute 
e la foudre, à laquelle leur iorme aiguë, 
ou les métaux qui entrent dans leur cons- 
truction servent d'excitateurs et de conduc- 
teurs. C'était alors un parti pris de les raser, 
dès qu'une dégradation un peu importante 
s'y manifestait. Reaucoup ont disparu au- 
jourd'hui, au grand regret des populations 
qui les ont vues détruire et des archéolo- 
gues chrétiens. La science véritable recon- 
naît actuellement que les dangers occasion- 
nés par la présence des flèches sur les églises 
ont été considérablement exagérés. Une des 
meilleures preuves d'ailleurs que l'on pour- 
rait citer contre l'opinion des prétendus sa- 
vants qui condamnaient à la démolition ces 
monuments si remarquables et si élégants, 
c'est qu'ils avaient traversé de longs siècles, 
sans être endommagés, et que les édifices 
qui les supportaient avaient eux-mêmes bravé 
mille causes de ruine et étaient arrivés jus- 
qu'à nous dans un état surprenant de so- 
lidité. 

Le clocher, sous le rapport de sa signifi- 
cation religieuse, est une des parties les plus 
importantes des édifices chrétiens. C'est le 
lien commun de tous les membres épars de 
cette grande famille qu'on appelle paroisse. 
L'expérience démontre tous les jours que 
l'influence et le souvenir du clocher est un 
des anneaux de cette chaîne qui nous attache 
au pays. Quelque futile que cela puisse pa- 
raître à certains hommes occupés spéciale- 
ment du progrès matériel et qui ne s'élè- 
vent pas au-dessus des considérations du 
bien-être physique, cet anneau n'est pas le 
moins solide de ceux qui nous enchaînent 
au sol qui nous a vu naître. « Tout se trouve, 
dit Chateaubriand, dans les rêveries enchan- 
tées où nous plonge le bruit de la cloche 
natale : religion, famille, patrie, et le berceau 
et la tombe, et le passé et l'avenir.» 

La France avait jadis un esprit de i.atio- 
nalité bien plus vif que de nos jours, où 
chacun ne rêve que voyages, déplacements, 
industrie, commerce. Ne faudrait-il pas l'at- 
tribuer, au moins en partie, à cet amour du 
sol natal qui était plus grand chez nos ancê- 



113 



FLE 



KLE 



P.i 



très que chez leurs enfants si épris de nou- 
veautés. On a compté qu'il y avait autrefois 
en France trente nulle églises, quinze cents 
abbayes, huit mille cinq cents chapelles, 
deux mille huit cents prieurés, un million 
sept cent mille clochers. Assurément, c'était 
là un sol autrement orné qu'il ne l'est à pré- 
sent. 

FLÉCH1ÈRE. — Nom d'une espèce de 
feuille d'eau, en forme de fer de flèche, qui 
entre dans l'ornementation de l'architecture 
romano-byzantine. On en voit des exemples 
principalement aux chapiteaux des piliers 
ou des grosses colonnes, dans les églises du 
xn e siècle. 

FLEUR DE LIS. — Dans nos monuments 
religieux du moyen âge, soit en sculpture, 
soit en peinture, soit dans les tissus, soit 
dans les vitraux peints, soit même dans les 
compartiments flamboyants et à jour des 
grandes fenêtres, on voit fréquemment la fi- 
gure de la fleur de lis. Quoique cette fleur 
y paraisse habituellement dans la forme hé- 
raldique, on ne doit pas cependant y atta- 
cher toujours une signification de blason ou 
d'armoiries. Elle devint d'assez bonne heure 
une forme d'ornementation, et nous pou- 
vons ajouter qu'elle était éminemment fran- 
çaise. On la retrouve également très-fré- 
quemment dans les monuments religieux de 
1 Angleterre : cela tient à ce que les rois 
d'Angleterre eurent longtemps des préten- 
tions sur le royaume de France. Chacun sait 
que jusqu'au traité d'Amiens, au commen- 
cement de ce siècle, les rois d'Angleterre se 
qualifiaient rois de France. L'historien Maim- 
bourg s'en inoque fort agréablement, quand 
il dit que les monarques anglais sont rois de 
France au même titre que ces mêmes mo- 
narques hérétiques sont les défenseurs de la 
foi. 

Nous avons cru devoir placer ici une no- 
tice sur la fleur de lis; c'est une question 
archéologique qui n'est pas dépourvue d'in- 
térêt. 

Louis VII, dit. le Jeune, s'étant croisé en 
1146, prit une bannière d'azur semée de 
fleurs de lis, soit par allusion à son nom de 
Louis, soit par rapport à l'épithète de Florus 
ou Fleuri, que son père Louis le Gros lui 
avait donnée dans sa jeunesse, par amitié et 
par caresse. Les sentiments sont partagés 
sur la nature de ces pièces dont le roi sema 
sa bannière et son écu, et auxquelles est 
resté le nom de fleurs de lis. Les uns disent 
que ce sont des fleurs de lis de jardin, les 
autres, des fleurs de lis de marais, que l'on 
appelle flambes ou iris. Ceux qui veulent que 
les armoiries soient très-anciennes, disent 
que les premiers Francs choisirent cette iris 
ou ce lis de marais pour marquer leur ori- 
gine, étant sortis d'un pays marécageux; et 
d'autres, que ies soldats de Clovis s'en tirent 
des couronnes après la victoire de Tolbiac 
en i96. Quelques autres ont été bien plus 
loin. M. Sonnini a cru reconnaître la fleur 
de lis héraldique parmi les peintures d'un 
plafond du temple de Dendera en Egypte. 11 
a pensé aussi, avec M. Hérissant, que les 



anciens rois babyloniens portaient une fleur 

de lis au bout de leur sceptre ; mais cela 
vient de la fausse interprétation du mot 
grec x/srvô,-, qui signifie bien la fleur de lis, 
mais non pas notre fleur de lis héraldique. 
(lui n'a aucune ressemblance avec lafleur 
de lis. Le P. (iodefroi Heiischenius, conti- 
nuateur des Aclcs des saints que le P. Bolum- 
dus, son confrère, avait commencé de pu- 
blier, a ouvert une conjecture sur nos fleurs 
de lis. C'est dans une dissertation qu'il a 
mise à la tète du troisième volume des saints 
du mois de mars, et qu'il a intitulée : De la 
généalogie des rois français de la première 
race, qui doit être conduite par trois Dago- 
bcrls. Parlant d'un sceau de Dagobert I", ap- 
posé à une charte donnée par ce prince en 
faveur de l'abbaye de Saint-Maximin de Trê- 
ves, le 5 avril de la douzième année de son 
règne (qui est l'an 035), il dit que l'on v 
voyait trois sceptres liés ensemble, pour si- 
gnifier les royaumes d'Austrasie, de Neus- 
trie et de Bourgogne, que ce prince avait 
réunis en sa personne : d'où ce savant jé- 
suite conclut qu'il est à présumer que c'est 
ce qui adonné l'origine h ce qu'on a appelé 
depuis dans le blason fleur de lis. La raison 
qu'il donne, c'est que ces trois sceptres, liés 
ensemble par le bas, ressemblent assez à la 
plante nommée flambe ou iris, et c'est de là, 
dit cet auteur, que ces trois sceptres ont pu, 
parda suite, tirer le nom qu'on leur donne 
aujourd'hui. On les fait d'or, ajoute-l-il, 
parce que la plante nommée flambe est jaune, 
et comme elle naît ordinairement dans les 
eaux dont la couleur est bleue, on les a pla- 
cés en champ d'azur; peut-être, dit-il, vou- 
lut-on encore signifier, par la couleur du 
champ, que l'origine et les accroissements 
du royaume de France étaient venus du ciel. 
D'autres ont pensé que les fleurs de lis du 
blason devaient leur origine à la manière 
grossière dont on figurait les abeilles dont 
on décorait les manteaux des rois de la pre- 
mière race. Ils fondent cette opinion sur le 
nombre assez considérable d'abeilles d'or 
trouvé, sa. Tournay, dans le tombeau qu'on 
croit être celui de Childéric ; mais elle no 
sautait se soutenir. La fleur de lis ne res- 
semble aucunement à une abeille, et pas 
même à celles trouvéesdans ce tombeau et que 
l'on conserve dans le cabinet d'antiquités de 
la Bibliothèque Nationale. Une dernière opi- 
nion est que ces pièces de l'écusson de nos 
rois ne sont autre chose que le fer d'uno 
lance que l'on appelait francisque, dont se 
servaient les anciens Francs. La pièce du 
milieu de ce fer était droite, pointue, plus 
large dans le milieu et tranchante des deux 
côtés; les deux autres, accostées vers le bas 
de cette principale pièce, étaient recourbées 
en demi-croissant adossé ; le tout était lié 
par une clavette qui formait ce que nous ap- 
pelons le pied ne la (leur de lis, ce qui a 
rapport à la représentation des sceaux an- 
ciens; aussi cette opinion est-elle suivie par 
les plus habiles dans la science du blason. 
On trouve, pag. 419 de la Diplomatique de 
domJean Mobillon, un sceau du roi Lothaire, 



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FLL 



11G 



de l'an 972, dans lequel ce prince esl repré- 
senté de front, tenant à sa main droite un 
long bâton, au haut duquel on voit un fer de 
lance avec deux crochets ; ce qui ressemble 
grossièrement à la fleur de lis. L'opinion la 
plus vraisemblable est que la fleur de lis est 
une imitation commune de cette belle iris 
jaune {Iris lutea ), qui est si commune en 
France dans les marais et sur le b rd des 
étangs. Lothaire, l'avant-dernier roi de la 
seconde race, est le premier dans le sceau 
duquel on trouve cette espèce de sceptre, et 
à qui l'on voit une couronne rayonnante en 
forme de bonnet, garnie de pierreries au 
sommet. Un sceau d'Hugues Capet le repré- 
sente tenant une main de justice, ce que l'on 
n'avait pas vu sur ceux de ses prédécesseurs, 
et un globe à la gauche ; sa couronne sem- 
ble être faite de ce que l'on a nommé depuis 
fleurs de lis. Sur un autre sceau du roi Ro- 
bert, son fds, de l'an 1030, ce prince tient 
dans la main droiteun petit sceptre terminé 
par un fer de francisque, et un globe à la 
main gauche ; sa couronne est donc à peu 
près comme celle de son père, mais elle est 
plus ressemblante au fer dont est terminé 
son sceptre, qu'à la fleur de lis. Son fils, le 
roi Henri I er , est représenté dans un sceau 
de 1058, comme son père, mais sur un trône, 
et sa couronne parait bien mieux fleurde- 
lisée, ou plutôt les fers, semblables à celui 
du haut du sceptre, y sont bien mieux mar- 
qués. Son fils Philippe 1", en 1068, a sur 
son sceptre et sur sa couronne des fleurs 
de lis, mais sans pied. Sur un sceau de 
Louis VI, dit le Gros, de l'an 1113, la cou- 
ronne est fleurdelisée et perlée; de. sa droite 
il lient un petit sceptre, surmonté d'une an- 
cienne couronne à longues pointes, de la 
gauche, un long bâton au haut duquel pa- 
rait une fleur de lis soutenue sur une espèce 
de globe. Philippe II, surnommé Auguste, 
est le premier roi qui ait eu pour contre- 
scel une seule fleur de lis. Lecontre-scel de 
Louis VIII est semé de fleurs de lis. Ce fut 
sous Louis IX que les rois et les princes du 
sang royal commencèrent à porter les fleurs 
de lis dans leur écusson, avec diiférentes bri- 
sures rilsavaient avant les armoiries de leur 
apanage. Quoiqu'il y ait des exemples de 
trois fleurs de lis seulement dans quelques 
écussons sous les règnes de Philippe III et 
Philippe IV, ce ne fut pourtant que sous 
Charles V que cette réduction des fleurs de 
lis à trois devint un usage constant. 

FLEURETTE. — Petite fleur imitée en 
sculpture ou en peinture dans l'ornementa- 
tion des édifices religieux, ou dans la déco- 
ration des Yases précieux, des meubles, des 
tissus, etc. 

FLEURI (Style ogival). —Quelques anti- 
quaires ont cru devoir distinguer le style 
ogival du commencement du xvi e siècle de 
ceux qui l'avaient précédé. Ils le caractéri- 
saient par l'ornementation qui était à cette 
époque plus abondante et plus finement exé- 
cutée. Mais chacun voit que des caractères 
tirés du plus ou du moins de perfection ap- 
portée à l'exécution des détails et des mo- 



tifs de la décoration n'avaient pas une im- 
portance suffisante pour déterminer l'éta- 
blissement d'une division architectonique. 
Il est d'ailleurs assez difficile de saisir le 
plus ou le moins de délicatesse de la sculp- 
ture : c'est le plus souvent une nuance fugi- 
tive. Aussi, la plupart des antiquaires ont- 
ils abandonné cette division. Voy. Classifi- 
cation, Epoques, Flamboyant (Style ogival), 
Ogival. 

Au xn e siècle, l'architecture romano-by- 
zantine de transition reçut une grande quan- 
tité d'ornements : on l'appelle aussi quelque- 
fois, à cause de cela, architecture romane* 
fleurie. Cette dénomination doit être reje- 
tée, comme exprimant une division archi- 
tectonique, par les mêmes raisons qui ont 
fait repousser la dénomination de style ogi- 
val fleuri. 

FLEURON.— Le fleuron est un petit orne- 
ment isolé de sculpture ou de peinture, or- 
dinairement emprunté au règne végétal. Lo 
fleuron proprement dit , dans l'architecture 
du moyen âge, est une fleur épanouie, à 
quatre ou cinq pétales et à disque saillant, 
qui se place, à distances régulières, dans 
une gorge ou une scotie. Il y a des fleurons, 
en prenant l'expression dans une significa- 
tion plus large, qui ne ressemblent pas à une 
fleur, mais qui sont composés d'entrelacs, 
de feuilles d sposées symétriquement, de 
figures géométriques, etc. Les fleurons se 
placent , non-seulement au fond d'une mou- 
lure creuse, comme nous venons de le dire, 
mais encore sur la côte d'une arête. On a 
sculpté aussi des fleurons fort souvent sur 
des clefs de voûte saillantes. Quelquefois 
même on voit une rangée de fleurons, en 
manière de frise , au-dessous d'une cor- 
niche. 

M. de Caumont appelle fleurons-crucifères, 
les quatrefeuilles dont les lobes sont lancéo- 
lés Les fleurons détachés, d'après les Ins- 
tructions du Comité historique des arts et 
monuments, représentent des fleurs , des 
feuilles, des animaux ou des figures de fan- 
taisie, placés entre deux tores d'archivoltes, 
ou entre deux colonnes de pied droit. Cet 
ornement est commun en France; il l'est 
plus encore, peut-être, en Angleterre. Voy. 
Diapré ou Diaper-work. 

Dans l'architecture grecque, les fleurons 
étaient usités. Le fleuron du chapiteau co- 
rinthien est une espèce de petite rose épa- 
nouie, à pétales aigus , que l'on place au 
centre de la face du tailloir. Ceux du chapi- 
teau dorique sont de petites fleurettes à qua- 
tre pétales, qui ornent le gorgerin. Quand 
les fleurons deviennent d'une plus grande 
dimension, ils se nomment rosaces. On voit 
dans l'ornementation antique ou imitée de 
l'antique, des fleurons sur plusieurs mou- 
lures et sur divers objets, partout où une 
place vide permet de placer un ornement de 
ce genre. 

FLEURONNÉ, garni d'un fleuron. 

FLEURS. — Les fleurs ont été constam- 
ment employées dans l'Eglise, comme em- 
blèmes de joie et de fêle. On les a fréquem- 



m 



FLE 



nient employées également en l'honneur 
des saints, pour décorer leurs tombeaux, 
leurs autels et leurs images. On regardait 
leur variété et leur parfum comme un sym- 
bole des vertus chrétiennes qu'ils ont pra- 
tiquées si héroïquement. 

Saint Fortunat, évoque de Poitiers, qui 
vivait ou vi' siècle, a mentionné, dans ses 
vers, la coutume qui était en vigueur de 
son temps, de tresser les fleurs en couron- 
nes et en guirlandes pour en parer les autels : 

Tcxistis variis altaria festa coronis, 
P'uujhur ut filis floribus ara novis. 

On suspendait aussi des guirlandes de 
fleurs aux murailles, à l'intérieur des égli- 
ses. Ce fait est rapporté par saint Grégoire 
de Tours, qui raconte que le prêtre saint 
Séverin avait attaché d' s lis aux murs d'une 
église qu'il avait fait bâtir. Solitus erat flo- 
res liliorum tempore auo nascuntur eollige- 
re, ac per parietes hujus œdis appendere. Le 
pavé de l'église était lui-même jonché de 
fleurs, en certaines circonstances , dès les 
temps les plus anciens. C'est ce que nous 
apprend saint Paulin dans les vers suivants : 

Ferle Deo , pueri, laudem, pi a solvile vola ; 
Spargite flore solum ; prwlexite limina sertis : 
Purpureum ver spiret hiems : sil floreus annus 
Anle diem ; saitcto cedat nalura diei. 

L'abbé Thiers entre à ce sujet dans d'assez 
curieux détails : on peut consulter sa dis- 
sertation sur les autels, chap. 10. 

Saint Augustin, .dans son Traité de la Cité 
de Dieu, dit qu'un homme de distinction 
du nom de Martial, dans la ville deCalama, 
en Afrique, fut converti miraculeusement 
par l'application d'une fleur prise sur le 
tombeau de saint Etienne. Cette coutume de 
décorer les églises de fleurs et de branches 
<le verdure est non-seulement curieuse par 
son antiquité, elle est encore très-belle en 
elle-même, en consacrant à la gloire et à la 
louange de Dieu les plus brillantes et les 
plus délicates productions de la création. 
C'est, pour ainsi dire, la traduction en ac- 
tion de ce passage de nos saints cantiques : 
Benedicile, imiter sa ejerminantia in terra , 
Domino. Chaque saison produit des fleurs 
différentes : c'est comme une invitation con- 
tinuelle à en parer la maison de celui qui 
donne aux lis leur éclat et leur fraîcheur, 
comme il donne la nourriture aux oiseaux 
du ciel. 

Dans certaines églises de la France, de l'I- 
talie et de l'Espagne, au rapport de dom 
Martène dans son bel ouvrage de antiqui» 
Ecclesiœ Ritibus, les fleurs rouges étaient 
regardées comme un emblème des dons du 
Saint-Esprit; c'est pourquoi, à la Pentecôte, 
on en jetait de la voûte sur l'assemblée des 
fidèles réunis dans la nef. Dans cette fête, 
ainsi que dans beaucoup d'autres, on en 
recouvrait les murs de l'ég ise et on y sus- 
pendait un grand nombre de guirlandes 
tressées avec goût. 

Les fleurs étaient aussi regardées comme 
un emblème des délices du paradis ; on 
en voit souvent figurer sur les verres peints 



trouvés dans les catacombes, et dont le des- 
sin a été publié par Buonarotti. 

L'Eglise a consacré plusieurs fleurs à la 
sainte Vierge, et chacun connaît la pieuse 
invocation des litanies Rosa mystica. Au 
moyen âge, la piété populaire avait consa- 
cré un grand nombre de fleurs aux saints. 
Ces désignations pieuses étaient plus poé- 
tiques et [dus agréables mille fois que 
les noms barbares inventés par la science; 
mais la botanique, comme les autres bran- 
ches des connaissances humaines , a été 
cultivée par des esprits froids et imbus des 
tristes dochïues du philosophisme moderne, 
et elle a perdu son plus pur et son plus 
doux parfum I 

La sculpture a tenté de bonne heure de 
reproduire sur la pierre , le bois et les mé- 
taux, les fleurs les plus remarquables. On 
en trouve des exemples dans tous les édi- 
fices, de quelque style qu'ils soient, pourvu 
qu'on y ait fait quelques frais de décora- 
tion. Voy. Flore murale. 

FLORE MURALE.-On a désigné sous le 
nom de flore murale l'ensemble des végé- 
taux dont on trouve les feuilles, les fleurs ou 
les fruits imités dans l'ornementation des 
monuments du moyen âge. Les natura- 
listes ont classé tous les végétaux en clas- 
ses, ordres, familles, genres et espèces, d'a- 
près des caractères naturels bien tranchés, 
empruntés aux principaux organes des {lian- 
tes, tels que les feuilles, les fleurs, les fruits, 
la tige, etc. Leurs déterminations pouvaient 
se faire d'autant plus aisément que ces ca- 
ractères ne sont pas fugitifs ni arbitraires, 
mais constants et pris de la nature même. 
Les antiquaires qui étudient les plantes 
scupltées ou peintes dans nos vieux monu- 
ments sont arrêtés par des difficultés de plus 
d'un genre, dans leurs déterminations bo- 
taniques. C'est que les sculpteurs, de môme 
que tous les artistes, se sont toujours per- 
mis la plus grande liberté dans l'imitation 
des formes qu'ils empruntaient h la nature. 
Cette liberté, et quelquefois celte lu ence, 
n'est pas du moyen âge seulement; on en 
retrouve des marques à toutes les époques 
et dans tous les styles d'architecture. C'est 
même au point que l'on peut dire que les 
premières tentatives de l'art montrent plu- 
tôt le caprice de celui qui imite largement, 
que l'inhabileté de la main et du ciseau. L'i- 
mitation exacte des formes végétales indi- 
que un grand progrès dans l'art, et celte imi- 
tation, dès le commencement, n'est pas naï- 
ve, parce que l'artiste se croit déjà sôr de 
ses ressources. Cette marche a été constante, 
soit que l'on étudie les sculptures végétales 
chez les Egyptiens, chez les Grecs ou dans 
les édifices chrétiens de la période romano- 
byzantine et de la période ogivale. 

Ce qui doit être remarqué, c'est que les 
plus beaux feuillages de la décoration chez 
les Grecs sont autant fantastiques que natu- 
rels, sans en excepter les feuilles d'acanthe 
et la palmelte. Dans ces feuilles, comme dans 
celles qui ont été sculptées au moyen âge, 
on remarque sans peine l'ensemble de la 



i!9 



n.o 



IL') 



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plante, mais an y reconnaît aussi ce que tes 
ai listes appellent le mouvement et le senti- 
ment, qui ne s'inquiètent guère des détails. 

M. Ch. Desmoulins, aussi habile natura- 
liste qu'antiquaire érudit, a publié un e^sai 
de flore murale sous le tit-e de Considéra- 
tions sur la flore murale. 11 commence par 
établir que la détermination des espèces 
végétales offre mille difficultés, par des rai- 
sons analogues à celles que nous venons de 
développer ci-dessus. « Quoi de plus obs- 
cur, dit-il, en l'absence du sarment garni de 
x ses feuilles, que la grappe de raisins romane? 
Il arrive, dans ce cas, qu'on hésite entre 
elle et la pomme de pin , comme cela m'est 
arrivé à Moissac et ailleurs. Quoi de plus 
arbitrairement agencé que cette jolie cerise 
à demi cachée sous la feuille, dans les hauts 
chapiteaux de la nef à Chauvi gny, à Saint- 
Hilaire de Poitiers, à la chapelle de l'Iinma- 
culée-Coneeptiop à Lyon ? Quoi de plus 
fantastique que les crochets du xm c siècle ? 
Quoi de plus infidèle, enfin, si gracieux 
qu'ils soient, que ies choux frisés et les 
chardons de la décadence ogivale? » 

Au milieu de toutes ces infidélités, il y a 
xine exception d'autant plus remarquable 
qu'elle est générale pour tous les temps 
et pour tous les lieux; c'est celle qu'offre 
le chêne, le seul végétal qui ait été parfai- 
înent imité, parfaitement rendu. 

Dans son curieux travail, M. Desmoulins 
veut , avec raison , qu'on tienne compte 
de toutes les intentions dans la manière 
dont on a rendu les diverses plantes qu'on a 
cherché à imiter, et, en plusieurs cas, ces 
intentions suffisent pour déterminer quelle 
est l'espèce de plante que l'on s'est efforcé 
de reproduire. 

Nous ne saurions donner à nos lecteurs 
de meilleurs renseignements sur la flore vé- 
gétale qu'en analysant le mémoire intéres- 
sant du satant et consciencieux antiquaire 
que nous avons nommé plusieurs fois. 

Voici la manière dont il procède et les pas- 
5dges les plus importants de son travail : 

1° Si le galbe d'une feuille est une indica- 
tion qui dirige la pensée vers le choix d'une 
détermination spécifique, il faut bien recon- 
naître que ce galbe est plus ou moins exac- 
tement reproduit dans beaucoup d'autres 
espèces, car nous ne connaissons guère, 
pour 70,000 végétaux phanérogames décrits 
jusqu'ici, qu'environ soixante-dix formes ty- 
pes pour les feuilles simples et une trentaine 
pour les feuilles composées. Or, quand le 
•;;albe est à peu près identique, quel est le 
caractère principal qui sert à reconnaître la 
famille, puis à déterminer l'espèce? Evidem- 
ment c'est la nervation : c'est dans ce carac- 
tère essentiel, qui est aux feuilles ce qu'est 
le squelette aux animaux vertébrés, qu'on a 
pu chercher des bases méthodiques pour la 
botanique fossile dont l'étude a été si bril- 
lamment const.tuée par M. Adolphe Bron- 
gniart. Hé bien l ce caractère boussole, si 
j'ose ainsi dire, manque presque toujours 
entièrement, ou n'est exprimé que très-in- 
complétement dans la phytograpnie murale. 



Voilù pour ce qui concerne la feuille en elle- 
même, car je ne parle pas ici de la fleur 
dont la petitesse relative, la délicatesse et la 
complication fréquente de formes interdit 
presque toujours la reproduction ; on ne 
trouve, ce me semble, que deux formes de 
fleurs imitées sur les monuments, savoir : 
la forme rosacée à plus ou moins de pétales, 
et la forme liliacéc. Quant aux fruits, ils sont 
assez caractérisés, mais, sauf le gland, la 
pomme de pin, l'épi de blé, on n'en repro- 
duit que peu de formes, la grappe, la baie, 
la drupe (fruits à pépins ou à noyaux). 

2" Le galbe de la feuille étant une fois re- 
connu, et la nervation étant réduite à néant, il 
ne reste qu'un seul caractère pour arriver h la 
détermination, et ce caractère c'est Yagence- 
ment; mais quoi de plus habituellement livré 
au caprice de l'imagier?je dirai plus : quoi d(? 
plus forcément dénaturé parles exigences de 
l'espace et de la position? Je n'ai pas besoin 
d'insister là-dessus, cela saute aux yeux de 
tout le monde. Mais il y a d'autres difficul- 
tés en dehors de celles qui dérivent de l'u- 
sage et de la nécessité. Comment distinguez- 
vous une feuille mince d'une feuille épaisse, 
une feuille velue d'une feuille glabre ? Com- 
ment distinguez-vous une plante herbacée 
d'une plante ligneuse , une guirlande do 
fantaisie, dont les feuilles auront été alter- 
nativement écartées pour occuper moins de 
place dans une étroite plate-bande, d'une 
tige à feuilles opposées ? Un arbre, direz- 
vous , se fera reconnaître à son port ; je Je 
veux, quand il sera entier, mais s'il s'agit 
d'une branche?. . Une lige mince est a. peu 
près impossible, et les accidents caractéris- 
tiques du bois ne sont presque jamais re- 
produits : je n'en connais du moins qu'un 
exemple, et je l'ai rencontré dans l'archi- 
tecture civile du x\T siècle en Périgord ; ce. 
sont des portes à accolades dans les cours 
intérieures de deux châteaux voisins de 
Clérans et de Banneuil, portes dont l'enca- 
drement est formé par un gros bâtonnoueux, 
comme serait un bâton d'aubépine, et qui 
suit les contours de la baie. J'ai encore vu 
quelque chose d'analogue, mais moins bien 
caractérisé, dans une sculpture (comparati- 
vement récente) qu'on a encastrée dans le 
narthex du portail du Massacre des Innocents 
à Saint-Sernin de Toulouse. 

Après les difficultés viennent les impos- 
sibilités ; mais heureusement celles-ci, loin 
de compliquer la besogne, ne font que la 
simplifier. Les impossibilités résultent des 
documents fournis par la géographie botani- 
que et par la botanique historique. Quelque 
parfaite que paraisse la ressemblance d'une 
sculpture antique ou du moyen âge avec un 
végétal déterminé, si ce végétal est améri- 
cain, il est évident que l'assimilation est 
fausse : telle est l'erreur qui attribue au Tria- 
canthos les épines de la couronne de Notre- 
Seigneur, et cette erreur est très-répandue, 
et je l'ai partagée jusqu'au jour où je me suis 
avisé d'ouvrir des livres souvent feuilletés, 
mais cette fois dans le but de savoir préci- 
sément d'où ce joli arbre est originaire. Eu. 



\1\ 



FLO 



»ecouO lieu, si la gourman lise triompha ite 
UeLuoiillusa apporté, il y a doux mille ans, 
les cerises en Italie, si les croisés nous ont 
enrichis (ce qui est assez dillicile a compren- 
dre) de quelques variétés nouvelles des plan- 
tes potagères ou des fruits plus ancienne- 
ment introduits de l'Orient en Europe, je ne 
pense pas que des causes analogues puissent 
être assignées à la naturalisation des végé- 
taux qui n'auraient pas été d'une utilité im- 
médiate comme plantes comestibles ou tex- 
tiles, surtout a des époques où l'intérêt 
scientifique n'existait pas plus que l'appli- 
cation des sciences aux agréments de la vie. 
Voyez, en efïet , ce qui est arrivé à cette 
belle inutilité que nous nommons le platane. 
Pline, qui écrivait cependant vers la fin de 
la longue et gigantesque orgie du luxe ro- 
main, s'étonne qu'on ait t'ait venir un arbre 
d'un pays étranger, seulement pour se pro- 
curer de l'ombre : Quis non jure miretur ar- 
bofem umbrœ gratia tantum ex alieno petitam 
orbe? Platunus hœc est, etc. (lib. xn, cap. o'. 
Transporté d'abord à travers la mer Ionienne 
pour venir orner le tombeau de Diomède, il 
lut introduit en Sicile par Denys, puis en 
Espagne et en Italie où on en vint à l'arroser 
avec du vin, tantumque postea honoris incre- 
vit, ut mero infuso enutriantur (ibid.). Tous 
ces soins, toutes ces remarques du natura- 
liste prouvent, la rareté et la singularité du 
fait ; et malgré cette incroyable célébrité, le 
plaîane n'arriva en Angleterre qu'en 15i8 
ou 1561 , en Autriche avec le marronnier 
d'Inde en 1576, à Paris enfin en 175i ! La 
Provence, à ce que rapporte une tradition 
recueillie sur les lieux, en jouit depuis plus 
longtemps que la capitale. 

J'ai cité cet exemple avec quelque détail 
pour en venir à ces conclusions, (.pie je ne 
crois pas à la sculpture de souvenir, que par 
conséquent la feuille de platane la plus res- 
semblante en apparence me paraîtrait ab- 
solument inadmissible sur des monuments 
français avant le commencement du xv' siè- 
cle, enfin que, sauf l'imitation de l'antique 
et hors de la flore indigène de l'époque, il n'y 
a aucune détermination sérieuse à chercher 
sur un monument. 

Le chapiteau n° 1 [Voy. les figures •> la fin du 
vol., art. Flobemgkale] porte une seule sorte 
de feuilles, orbiculaires , échancrées à la 
base, parfois un peu pointues, opposées dans 
le groupe du milieu, à peu près alternes ail- 
leurs, d'un aspect gras et charnu (je ne tiens 
pas compte de l'épaisseur matérielle de la 
sculpture). Ceux de ces caractères qui se 
rapportent au limbe de la feuille considéré 
isolément, vont bien à ce qu'on appelle vulgai- 
rement des feuilles d'eau , mais ce nom ne 
signifie rien du tout, parce qu'il y a des vé- 
gétaux aquatiques de toutes les formes. Au- 
rait-on voulu représenter ici le Nénuphar? 
Le limbe de la feuille permet cette supposi- 
tion, mais son agencement s'y oppose, car 
on a eu l'intention de marquer de véritables 
tiges, et il n'y en a ni dans le Nénuphar ni 
dans les autres plantes analogues, indigènes 
ou exotiques Nympluea jaune, Nymphéa 



FLO m 

bleu, Nympluea lotus , Nélumbo , Victoria, 
Colocase, Hydrocharide). Celte observation 
est vraie môme si l'on veut considérer le tu- 
bercule qui supporte la tige comme repré- 
sentant la racine ou tige horizontale du Né- 
nuphar, parce qu'alors encore la partie su- 
périeure de la tige ne devrait pas exister. Le 
cochléaria, dont les feuilles radicales con- 
viendraient bien, les a différentes de forme 
sur la tige. 

11 y a en France deux [liantes herbacées, 
pourvues de tiges, et qui par cette raison 
conviennent beaucoup mieux. 

L'une d'elles est le Yillarsia Nymphoïdrs 
des auteurs modernes (Menyanlhes nymphoi- 
des, Linné), plante aquatique à feuilles na- 
geantes comme celles des nymphéacées, 
très-commune dans les rivières et les eaux 
dormantes du nord et de l'est, mais qui 
manquent entièrement ou presque entière- 
ment dans le sud-ouest et le midi. Ses feuil- 
les sont opposées comme au groupe du mi- 
lieu du chapiteau n° 1, mais elles sont peu 
nombreuses, très-écartées, et ne deviennent 
remarquables sur l'eau que quand elles sont 
accompagnées de leurs Heurs disposées en 
verticille et sur de longs pédoncules. Ces 
fleurs tiennent tant de place daus l'ensem- 
ble de la plante que je ne puis penser qu'on 
ait songé à reproduire les leuilles seulement 
de celle-ci. 

L'autre est le Convohulus soldanella, 
Linné, charmant l.seron à grandes fleurs 
roses, à feuilles luisantes et charnues, qui 
abonde dans le sable pur des dunes mari- 
times depuis Nice et Bayonne jusqu'en Bel- 
gique. Son port a beaucoup de ressemblance 
avec la plante du chapiteau, bien qu'en réa- 
lité les feuilles du liseron soient alternes, 
et c'est sur cette espèce que ma préférence 
se Uxo. 

On pourrait penser aussi, malgré l'infidé-» 
lité du galbe de la feuille, à VAsarum euro- 
pœum (vulgairement Cabaret), mais la dis- 
position de ses feuilles opposées sur une 
tige couchée, jamais dressée, indiquerait 
plutôt son emploi pour une guirlande; — 
a VAristolocliia clcinatitis, mais ses leuilles 
sont trop décidément alternes et trop espa- 
cées ; d'ailleurs il parait que, comme par- 
tout ailleurs, elle manque dans le nord de 
la France ; — h Y Arbre de Judée enfin, dont 
le tubercule figurerait le tronc; mais ses 
feuilles décidément alternes sont à peine 
échancrées à la base, et ce joli arbre, qu'on 
peut, il est vrai, cultiver dans le nord, n'est 
spontané que depuis le midi de la France 
jusqu'en Palestine. On l'a trouvé sur les 
ruines d'un chAteau près d'Amiens, mais 
cela ressemble bien à une naturalisation, i t 
je ne veux pas croire à la culture des [lian- 
tes d'agrément au xni' siècle. 

Je conclus que, selon moi, les probabili- 
tés sont en faveur du Convohulus solda- 
nella, et s'il arrivait que des feuillages sem- 
blables ne se trouvassent que sur des monu- 
ments peu éloignés du littoral, ces probabi- 
lités me sembleraient approcher beaucoup 
de la certitude. On les trouve à Reims, à 



123 



FLO 



FLO 



\U 



Strasbourg et dans plusieurs autres églises 
assez éloignées du littoral. 

Passons au chapiteau n° 2 (Voy. à la fin du 
vol., art. cit.) Ici nous avons affaire à une 
[tlante grimpante, pourvue de vrilles, à fleurs 
isolées et de forme rosacée ; cela circonscrit 
bien étroitement le champ des recherches. 
Arrière la vigne, arrière les chèvrefeuilles, 
le lierre, le tamme, les liserons, toutes les 
légumineuses, presque toutes les plantes 
grimpantes enfin, à l'exception des Cucurbi- 
tacées. Celles-ci, bien qu'originaires, en gé- 
néral, de l'Inde et de l'Afrique, sont culti- 
vées depuis une si haute antiquité pour la 
nourriture de l'homme, que je ne trouve 
nulle part l'indication de l'époque à laquelle 
elles ont été introduites en Europe. Parmi 
ces plantes il en est une à laquelle je suis 
tenté de rapporter le végétal de ce chapi- 
teau : c'est ce singulier giraumon, cultivé 
depuis plusieurs siècles, suivant Poiret, 
comme objet de curiosité [Cucurbita melo- 
pepo, Linné), sous les noms de Bonnet d'E- 
lecteur, Bonnet de Prêtre, Pastisson. La lon- 
gueur du pédoncule des fleurs mâles, la 
forme des feuilles, la forme des fruits, la 
brièveté des vrilles (parce que la plante s'é- 
tend peu), l'imperfection de certaines feuil- 
les, tout serait rendu avec une assez grande 
fidélité si j'en crois les descriptions, car je 
ne connais que le fruit, et je n'ai pas la 
plante en herbier. Notez cependant que si 
mon assimilation est juste, les fleurs sont 
mal faites, trop rosacées, trop ouvertes. Notez 
aussi qu'en poursuivant cette idée, je me 
suis cramponné au caractère des vrilles, 
mais elles me semblent bien évidentes. 
Comme je trouve des fleurs bien incontes- 
tables, il faut bien que je cherche les fruits 
dans les cinq gros paquets plissés qui rap- 
pellent assez bien la grotesque tournure du 
Pastisson. 

Puisque me voici en pleine phytographie 
murale, j'examinerai, en partant toujours 
des mômes principes, quelques-unes des 
figures nommées qui ont été publiées dans 
je Cours d'Antiquités de M. de Caumont. Et 
d';ibord, je m'arrête à l'une des plus impor- 
tantes. C'est celle du tombeau de sainte Tel- 
cfaide (t. VI, p. 245, pi. 95,fig. 1),dont la face 
latérale représente seize objets désignés 
sous le nom de coquilles. Ici, je ne doute 
pas, je n'hésite pas; je nie que ce soient 
des coquilles, j'affirme que ce sont des 
feuilles de Nénuphar, privées de leur pétiole 
et traitées avec la fidélité la plus remarqua- 
ble. Voici mes preuves : aucune coquille 
n'existe qui soit comparable à la sculpture 
dont il s'agit. Le peigne ou coquille de pèle- 
rin, qui, dans l'hypothèse, serait ici repré- 
senté, a pour base une ligne droite, et, sur 
cette portion du périmètre de la valve, il 
y a un point médian vers lequel convergent 
tous les rayons. Or, dans la figure, le point 
de convergence des rayons, bien que placé 
à la base organique de la feuille, est rendu 
presque central par rapport au disque 
qu'elle forme, à cause de l'épanouissement 
tlabelliforme des neryures (rayons), et du 



groupement de la plupart d'entre elles autour 
du sommet du pétiole, d'où résulte une 
échancrure profonde et très-étroite dans ce 
disque. Il n'y a qu'une seule inexactitude 
dans le dessin; elle consiste dans le grou- 
pement de toutes les nervures autour de la 
base organique, tandis qu'on aurait dû figu- 
rer une nervure médiane donnant naissance 
à diverses hauteurs, à la moitié tout au plus 
des nervures plus fines qui atteignent la pé- 
riphérie. Sauf cela, tout est exact, le galbe, 
le peu d'écartement des lèvres de l'échan- 
crure, la crénelure du bord qui se retrouve 
souvent sur la nature vivante, enfin le léger 
redressement en soucoupe du bord lui-môme, 
qui s'y retrouve aussi très-fréquemment, 
ainsi que dans la plupart des autres nym- 
phéacees. 

Pourquoi des feuilles de Nénuphar? — Ce 
tombeau est du vn e siècle, dans un sanc- 
tuaire dont plusieurs colonnes sont anti- 
ques, il est tout parfumé de poésie antique 
comme de poésie chrétienne : en un mot, il 
est couvert de sculptures symboliques dans 
toute la rigueur de l'acception du terme. 
Dans l'antiquité comme aujourd'hui, le Né- 
nuphar a toujours été, à tort ou à raison, 
en possession d'une grande célébrité comme 
réfrigérant, sédatif, soporifique. « Yenerem 
in totum adimit Nymphœa, » dit Pline (lib. 
xxvi, cap. 10). Dans la vieille pharmacopée, 
les graines de Nénuphar figurent au nombre 
des quatre semences froides ; le sirop de 
nymphéa est actuellement employé dans les 
potions calmantes; c'est encore de nos jours 
qu'on prétend que des bains pris fréquem- 
ment dans les eaux où cette plante abonde, 
produisent les effets les plus singuliers, et 
dans nos campagnes on ne la connaît que 
sous le nom d' A g nus castus. — Que lisons- 
nous sur le tombeau ? Theodieheldis inteme- 
ratœ virginis : voilà la détermination du 
symbole, et je dis symbole, parce qu'il ne 
faut certes pas rapporter à des causes artifi- 
cielles la vertu de la sainte abbesse. La 
sculpture indique un effet en appelant la 
pensée sur la cause matérielle qui peut pro- 
duire un effet analogue; la religion explique 
cet effet par une cause plus haute. Le tom- 
beau, construit sous l'inspiration de cette 
religion, sera-t-il muet sur cette cause plus 
relevée? Se taira-t-il (pour dire comme les 
musiciens) sur la dominante de cette vertu 
sublime qui est célébrée sur ses faces laté- 
rales? Ohl non vraiment : passez au cou- 
vercle. Le rinceau qui le décore est formé 
de deux branches entrelacées, mais bien 
distinctes ; suivez-les attentivement et sépa- 
rément : toutes les grappes tiennent à la 
même , et toutes les feuilles simples les 
mieux caractérisées tiennent à l'autre; elles 
y sont placées à dessein pour faire distin- 
guer le lierre de la vigne, avec laquelle ses 
autres feuilles trilobées et quinquélobées le 
feraient confondre. Vous voyez donc dans 
ce rinceau la vigne, d'où vient le vin qui fait 
germer les vierges, et le lierre, symbole de la 
faiblesse qui devient forte en s'attachant à 
la croix, à l'Eglise, à la règle monastique : 



tr 



FLO 



FOL 



126 



voilà les causes efficientes de la vertu de la 
morte. Plus bas le symbole de sa pureté, 
voilà l'effet de ces causes ; enlin l'inscrip- 
tion, c'est l'oraison funèbre et Y âme de la 
devise. — Dans tout cela, rien de forcé, rien 

3ui ne tende directement au but, à l'unité 
e pensée : le symbolisme est complet et 
sans mélange. Vous avez eu bien raison 
d'écrire que ce monument est d'un immense 
intérêt. — Je dirai, en passant, que dans la 
planche m bis do l' Architecture religieuse de 
M. de Caumont, on a figuré deux moulures 
de Saint-Samson-sur-Rille, antérieures au 
x' siècle, et dictées par une pensée analo- 
gue : on y voit la grappe de raisins accom- 
pagnée de feuilles d'eau, fig. 9. (Nymphœa et 
alisma ou sagittaria). — Dans la fig. 5, les 
feuilles de nymphœa sortent précisément 
du calice au-dessus duquel sont les grap- 
pes. 

Feuilles de vigne et raisins. 

Vigne sauvage. — A mon sens , c'est du 
lierre; et je signalerai, à ce propos, une col- 
lection bien curieuse que M. Durand, archi- 
tecte de la ville et membre de l'Académie 
de Bordeaux, a faite de toutes les formes de 
feuilles de cette seule plante qu'il a pu ren- 
contrer. Ce sont des dessins d'une pureté 
parfaite, au simple trait : ils sont déjà, je 
crois, au nombre de plus de cent, tous diffé- 
rents, et il trouve journellement de nouvelles 
formes; tout cela, convenablement réduit, 
serait intéressant à publier en deux ou trois 
petites planches. 

Fleurs de violettes, caractérisées par la 
présence constante de Yéperon et par les 
pointes des folioles du calice qui se mon- 
trent parfois dans les angles laissés vides 
par les pétales. 

Nénuphar. — Cela semble évident par la 
position de fleurs nageantes et vues de côté; 
mais ces fleurs ont trop peu de pétales, les 
feuilles sont droites, leurs oreillettes sont 
trop arrondies, et le sculpteur a craint qu'on 
ne les reconnût pas pour des feuilles s il ne 
leur donnait une pointe; à moins qu'il n'ait 
cru employer un artifice de perspective qui 
les ferait croire étalées sur 1 eau et vues de 
côté (?); mais, je le répète, l'intention me 
semble évidente. Le bouton de lotus des 
hiéroglyphes vaut bien mieux que ces fleurs- 
là, et cette réllexion me conduit à dire qu'il 
me semble avoir vu quelque part des feuilles 
de lotus ( hiéroglyphiques ou monétaires) 
qui étaient pointues comme celles-ci : je ne 
connais pas de figure botanique de cette 
plante, mais cela forcerait-il à chercher nos 
végétaux sculptés jusque dans la flore exo- 
tique? ou serait-ce une réminiscence de 
l'antique? Au xin c siècle, vu l'origine égyp- 
tienne du lotus, j'aimerais mieux encore la 
première hypothèse que la seconde. 

Chêne, avec et sans glands. 

Guirlandes de Roses. 

Roses en bouquets. 

Feuilles de Renoncules. 

Pensées. 

Feuilles contournées sans dénomination 



générique. — On pourrait les ranger parmi 
les imitations de l'acanthe ou dans le groupe 
si varié des chardons. 

Feuilles déchiquetées portant des vésicules. 
— Le Fucus vesiculosus, dont on aurait laissé 
les digitations trop élargies, par économie 
de travail, parait clairement indiqué par la 
décurrence de la fronde, la finesse et la 
flexibilité du rameau : je ne fais là que de 
choisir entre deux dénominations propo- 
sées. 

Violettes. — Ce sont des fleurons tétraphv- 
les ou poulaphyles, indéterminables vu l'im- 
mense quantité de fleurs analogues. 

Feuilles entablées. —Elles sont tout à fait 
fantastiques; crochets en haut, patinettes en 
bas. 

Au xv e siècle, les feuillages sculptés sous 
les corniches sont des chardons dans la pre- 
mière, et ceux de la seconde ressemblent 
extrêmement à des feuilles de séneçon. 

M. Desmoulins a rendu service à la science 
archéologique en s'occupant , un des pre- 
miers, à déterminer quelques-unes des es- 
pèces de la flore murale du moyen âge. 
Mais le travail est loin d'être achevé. Il y a 
beaucoup encore à faire sous ce rapport, 
Mais ce n'est guère que par des monogra- 
phies que l'on peut espérer de faire faire 
des progrès à cette partie de l'archéologie 
chrétienne. D'autant plus que la flore murale 
n'est pas partout la même, et que les artis- 
tes, dans les diverses régions de l'Europe, 
ont eu une prédilection marquée pour des 
plantes différentes. 

M. Saubinet a reconnu, dans la cathédrale 
de Reims , les plantes dont les noms sui- 
vent : 

Façade. 

Guirlande d'acanthe.— Cirsium acaule. — 
Quercus. — Quercus pedunculata ou robur. 
— Vitis vinifera. — Potentilla fragaria. — Po- 
tentilla reptans. — Rosa canina (ornée de ses 
fleurs). — Ranunculus acris (avec ses fleurs). 
— Rosa arvensis. — Ranunculus lingua. 

A l'intérieur de l'église. 
Sagittaria sagittifolia. — Agrimonia. — He-^ 
dera hélix. — Hydrocotyle vulgare. — Azarum 
vulgare. — Ilexaquifolium.— Vitis (avec grap- 
pes). — Ranunculus (avec fleurs). — Casta- 
neus? (avec fleurs). — Glecoma hederacea. — > 
Fougères. 

Dans le triforium. m 

Azarum europœum. — Glecoma hederacea, 
— Acanthe. — Vigne sauvage. — Laurier. — 
Arum vulgare. — Malva silvestris. — Ranun- 
culus (avec fleurs). 

FOLIATION. — Sous le nom de Foliation, 
que l'on pourrait désigner en français sous 
celui de feuillaison, s'il n'était pas si vague, 
les antiquaires anglais indiquent les petits 
arcs ou feuilles séparées par des pointes 
saillantes, comme dans les formes trilobées, 
quadrilobées ou multilobées. Les foliations 
sont usitées comme ornements dans les ar 
cades du style ogival. L'introduction en a 
été faite dès le commencement du style à 



127 



FON 



ogives, et on en trouve des exemples dans 
la' plupart des monuments gothiques. L'usage 
en a persévéré jusqu'à l'époque de la Renais- 
sance. Les foliations ont été surtout usitées 
dans les compartiments qui terminent les 
fenôtres d'une certaine dimension, les niches, 
les panneaux , etc. Yoy. Quatrefeulles, 

QtlIfITEFEUILLES. 

FONDATEUR. — C'est celui qui a fondé ou 
établi une église, un monastère, un édifice 
quelconque. On voit assez fréquemment la 
ligure du fondateur au portail de 1 église 
(} l'il a fondée : elle se distingue par un petit 
édifice ou édicule qu'elle porte dans la main 
ou sur le bras. 

Dans certains monuments, on voit les ar- 
moiries iics fondateurs aux voûtes et sur les 
murailles. Cela n'est fias rare dans des cha- 
pelles seigneuriales. On peut ajouter que la 
présence des armoiries dans une église est 
un signe non équivoque des libéralités du 
personnage auquel elles appartenaient. 

FONDATION. — On appelle fondations 
d'un édifice les ouvrages ordinairement sou- 
terrains qui lui servent de base et sur les- 
quels reposera la construction entière. On 
doit attribuer , au moins en grande partie, 
au soin avec lequel les constructeurs des 
monuments du moyen âge jetaient les fon- 
dations de leurs immenses bAtiments, leur 
inaltérable solidité et l'état de conservation 
dans lequel ils sont parvenus jusqu'à nous. 

FONTAINE. — Quelques auteurs semblent 
avoir confondu la fontaine où l'on trouvait 
de l'eau pour se laver les mains et le visage, 
à l'entrée des basiliques chrétiennes, avec la 
fontaine du baptistère, où était l'eau destinée 
à l'administration du baptême. Celte erreur 
tombe aisément devant les textes de plusieurs 
anciens écrivains ecclésiastiques , entre au- 
tres de saint Paulin, évoque de Noie. Celui-ci, 
en etfet, est tellement précis , comme le re- 
marque avec raison le savant P. Lebrun, 
dans ses Notes sur la xuT épitre , qu'il est 
impossible d'admettre l'opinion de Joseph 
Visconti, dans son livre i" de Antiquis bap- 
tistni Rilibus, chap. 6. Baronius, au tom. lY r 
de ses Annales, a bien fait ressortir la dis- 
tinction entre les fonts baptismaux et les fon- 
taines dont il est ici question. 

Chez les anciens chrétiens, c'était un usage 
ordinaire de placer à la porte des églises des 
fontaines d'eau jaillissante, pour que les fidè- 
les pussent se laver les mains et le visage 
avant d'entrer dans l'enceinte sacrée. Eusèbe, 
dans son Histoire ecclésiastique, s'exprime à 
ce sujet de la manière suivante : Fontes ex 
adversa fronte t empli profluenles aqua redun- 
dantes positi , quibus omnes , qui in sacros 
templi ambitus introcunt , sordes corporum 
abluant : qui fontes sacrosancla baptismatis 
lavacra reprœsentanl. (lib. x , cap. &■). C'est 
ainsi que le pape Léon fit établir une fontaine 
devant la basilique d'Ostie, et qu'il plaça au- 
dessus l'inscription suivante, publiée pour 
la première fois par le P. Sirmond: 

Lînda lavai carnis maculas, sed crîtnina purqat 
Puriftcatque animas mundior amne (ides. 



FON HS 

Quisque suis meritis veneranda sacraria Pauli 
Ingrederis, supplex ablue fonte mamis. 

Perdiderat laticum longœva incuria cursus, 
Quos libi mine pleno cantliarus ore vomit : 

Provida pastoris per totum cura Leonis 
llœc ovibus Clirisli larga fluenta dédit. 

La coutume de se laveries mains, avant 
d'entrer dans les lieux consacrés par le culte 
chrétien, était un symbole de la pureté de 
conscience que chacun devait apporter , en 
pénétrant jusqu'au sanctuaire, pour offrir ses 
prières à Dieu. Aussi Tertullien (lib. deOra- 
tione, cap. 2) reproche-t-il avec force à cer- 
tains chrétiens de se purifier les mains et de 
prier avec une conscience impure. Quœ ratio 
est, dit-il, manibus quidem ablulis, sed spiritu 
sordidato orare? 

Les païens avaient aussi la coutume de 
placer des fontaines devant leurs temples. 
Isidore , lib. xv , cap. h , s'exprime ainsi : 
Delubra veteres dicebant templa fontes haben- 
tia , quibus ante ingressum diluebantur , et 
appellari delubra a diluendo. On peut voir 
de nombreux exemples de celte habitude 
dans les écrits de presque tous les poètes 
païens. 

Aux fontaines a succédé le bénitier dans 
nos églises et cela dès les temps les plus 
anciens, surtout dans les pays du Nord. Il y 
avait un bénitier à Constantinople , portant 
une inscription curieuse donnée par Gruter, 
pag. 10i6 , n°9: niton ànomhmatà mh 
MON AN OTIN. Lava peccala , non solum fa- 
ciem. « Lavez vos péchés , et non pas votre 
visage seulement. » Cette inscription est 
d'autant plus curieuse* qu'elle est la même 
que l'on commence à la lire d'un côté ou de 
l'autre. Yoy. Bénitier. 

Nous terminerons ces notions par un pas- 
sage fort intéressant extrait des discours de 
saint Jean Chrysostome: Quemadmodum enim 
solemne est , ut fontes prœsto sint in atriis 
templorum, ut quipreces fusuri sunt ad Deum, 
manus prius lolas inter precandum attollant; 
ita pauperes fontium vice ante fores colloca- 
verunt majores nostri, ut non aliter oc manus 
abluimus aqua , prius per beneficcntiam abs- 
tersa anima, tum demum preces nostras ofj'e- 
ramus. ( Sermo 25 , de Verbis Apostoii : 
Habentes autem eumdem spiritum.) 

FONTS. — Les fonts baptismaux sont des 
vaisseaux ou bassins, communément de mar- 
bre ou de pierre, quelquefois de plomb ou 
d'autre métal, destinés à contenir l'eau dont 
les ministres de l'Eglise se servent pour 
baptiser. Nous en avons longuement parlé à 
l'article Baptistère {Voij. ce mot). 

M. de Caumont distingue, dans la forme 
des fonts baptismaux : 1° les cuves cylin- 
driques : cette forme n'est pas très-commune; 
2° les cuves diminuées, ou en cône tronqué et 
renversé; 3" les cuves cylindriques à colonnes 
cantonnées ; k" les cures diminuées à colonnes 
cantonnées; 5 J \cscuves en forme de baignoire; 
C° les fonts pédicules simples ou monopédi- 
culés; 7° les fonts pédicules composés; 8° les 
fonts à réservoirs rectangulaires ; 9" les fonts 
à cariatides. 



\X) 



nu 



FOL' 



1Ô0 



FORCE COUPAUÉE DE l'OGUE KTBl' PLEU 

cintre. — Les mathématiciens et les auteurs 
do traités d'architecture ne sont pas d'accord 
sur la force comparée de l'arc en plein cintre 
et de l'arc en ogive, et par conséquent sur 
celle des deux genres de voûtes qui en ré- 
sultent; ruais le plus grand nombre d'entre 
eux penchent en faveur de l'ogive. 

L. B. Alberti, il est vrai, après avoir décrit 
l'arc en tiers-point, ajoute qu'il regarde l'arc 
circulaire comme le plus fort : Rectum arcum 
omnium esse firmissimum cum reipsa censent, 
tum et ration* argumentoque monstrant. 
(lib. ni, cap. 13.) 

Brunelleschi, au contraire, dans le discours 
que Vasaii lui fait tenir lorsqu'il rendit 
compte de ses opérations pour la construc- 
tion de la voûte de Santa Maria del Fiore, 
explique comment, pour la rendre plus forte, 
il a préféré lui donner: 11 sesta di quarto 
acuto. 

Cesariano, dans une note de son commen- 
taire sur le chap. 2 du liv. r r de Vitruve, 
observe que l'arc aigu est capable de soutenir 
un grand poids dans sa partie supérieure et 
perpendiculairement, mais que latéralement 
il olfre moins de résistance que l'arc en plein 
cintre. 

François Sansovino , fils du célèbre archi- 
tecte de ce nom, dans une lettre qui est la 
5* du tom. V des Lettere pittoriche, rapporte 
ainsi les motifs qui engagèrent à faire usage 
de l'arc en ogive dans la construction des 
voûtes du palais de la commune , à Venise: 
« Perché frà le forme de ' volti , è moito più 
forte l'acuta chè la mezza sferica, essendochô 
l'acuta, per essere parle di triangolo, è diffi- 
cile chè per l'angolo nel quale le due linee 
si urtano e serrano insieme, possa cedere o 
spezzarsi. » 

Blondel , dans son Cours d'architecture, 
pense quu l'arc en ogive a moins de poussée. 

Bélidor, au liv. n de la Science des ingé- 
nieurs, donne une méthode pour calculer la 
poussée que les arcs circulaires et aigus 
exercent vers le point de l'imposte. 

Le P. Frisi, dans une petite dissertation 
imprimée à Livourne en 1766, sous le titre 
de saggio soprà Varcltitettura gothica , fait 
une distinction confoime à celle de Cesa- 
riano. 

Milizia dit formellement: « Gli archi go- 
lici sonoi più forti » (Princip. d'Archit. civ., 
tom. I, cap. 17); et tom. III, cap. 5: « La slrut- 
tura délie volte gotiche è la più svantaggiosa ; 
ha minore spenta di qualunque altra specie 
di volta. » 

Rondelet est du môme sentiment : « Les 
voûtes surhaussées, c'est-à-dire dont la hau- 
teur du cintre est plus grande que la moitié 
du diamètre, on! l'avantage de pousser moins 
que celles qui sont en plein cintre. » (T. II, 
p. 130.)^ 

FORET. — On a longtemps désigné et on 
désigne souvent encore sous le nom de forêt 
les grandes charpentes des cathédrales. La 
quantité de pièces de bois - ::iployécs dans 
leur construction justifie cette expression. 
Yoy. Coataignibb (Bois de) , Charpente La 



charpente de la cathédrale de Chartres jouis- 
sait d'une réputation bien méritée de gran- 
deur et de magnificence : mais un fatal in- 
cendie l'a détruite entièrement, il y a quelques 
années. La forêt de la cathédrale de Chartres 
ou les combles avaient U pieds de hauteur 
perpendiculaire, depuis l'extrados de la voûte 
jusqu'au faîtage. L'assemblage de chaque 
forme se composait d'un entrait , d'un poin- 
çon, de deux chevrons et de deux croix de 
saint André , servant à cont rebouter les 
fermes. 

Le clocher vieux de la cathédrale de Char- 
tres contenaitautrefois trois bourdons qui ont 
été brisés et fondus en 171)2. La charpente 
qui les supportait était remarquable par sa 
belle construction. On y vo\ail deux poinçons 
dont les culs-de-lampe sont ornés de bas-re- 
liefs : sur l'un était un écusson aux armes de 
France, dont le nombre des fleurs de lis, ré- 
duit à trois, indique le règne de Charles VI; 
sur l'autre cul-de-lampe étaient les armes de 
l'ancien chapitre de Chartres. Ces armoiries 
étaient d'azur à une chemise d'argent. Le 
chapitre avait adopté cette pièce dans ses 
armes, afin de rappeler que son église possé- 
dait la tunique de la sainte Vierge, qui lui 
avait été donnée en 877 par Charles le Chauve, 
roi de France. 

La charpente de la cathédrale de Bourges 
mérite bien le nom de forêt. Elle s'élève de- 
puis l'extrados fies voûtes, jusqu'au faîtage, 
de 11 mètres 60 centimètres, ou 35 pieds 
8 pouces; sa longueur est la même que celle 
de tout l'éditice. 

FORME. — Dans la vie de saint Guillaume 
de Roschild, on trouve le mot forma employé 
pour signifier le siège sur lequel un i cclé- 
siastique, un religieux ou religieuse est assis 
au chœur. On trouve celui de formula dans 
le même sens, dans la Vie de saint Lupicin 
(au 21 mars, n° 2), dans celle de saint Eu- 
gène (l"janv.,n"4),et dans la Règle du mo- 
nastère de Sainte-Césaire (12 janv., ri" 35). 
D'où vient que la religieuse qui préside au 
chœur est appelée Primiceria ou formaria. On 
peut consulter a ce sujet les Acla sanctorum 
des Bollandistes , aux jours ci-dessus indi- 
qués, et en outre Avril, tom. I, pag. 639 F, 
et 641 D. Yoy. Stalle. 

FORMERET. — Cote ou moulure, ou ner- 
vure placée à la jonction d'une voûte avec le 
mur vertical de l'édifice. 

FOUGÈRE. — Appareil en feuille de fou- 
fère, opus spicatum. Voy. Afpaiieil. 

FOUILLER. — En sculpture, fouiller c'est 
évideret tailler profondément les ornements 

et draperies pour leur donner un grand re- 
lief. En pratiquant des enfoncements pro- 
fonds on produit des ombres fières et vigou- 
reuses. Les plis des draperies dans les ligu- 
res romanes ne sont point foui. lés : ils sont 
minces, fins et plats. Ils sont encore entor- 
tillés ou contournés d'une manière tout à 
fait fantastique : on voit que les artistes de 
la période romano-byzantine ne consultaient 
pas la nature et ne travaillaient pas d'après 
un modèle. Au xm' siècle, les draperies de/ 



VA 



FOU 



FOU 



132 



statues sont déjà mieux indiquées, et les 
principales sont assez bien fouillées. Il y a 
même, sous ce rapport, dos chefs-d'œuvre, 
comme à la cathédrale de Chartres, où les 
draperies sont fort élégamment fouillées. Au 
xv e et au xvi' siècle, les rameaux elles feuil- 
lages ou ornements qui décorent les gorges 
ou scoties des arcades sont fouillés par der- 
rière, c'est-à-dire que ces rameaux sont en- 
tièrement détachés du champ sur lequel ils 
s'enlèvent. Enetl'et, la main petit passer entre 
l'ornement et la cavilé de la moulure dans 
toute la hauteur. 

FOUR. — Voûte en cul-de-four. Voy. Ab- 
side. 

FOUS. — On a représenté souvent, dans 
les anciennes églises, et notamment sous les 
consoles des stalles et dans les angles des 
murs 1 , à l'intérieur et à l'extérieur, des figu- 
res de personnages dans des positions gro- 
tesques, souvent avec la marotte et les insi- 
gnes de la folie. L'introduction de ces figu- 
res bizarres, ridicules, souvent indécentes, 
jusque dans le temple où l'on célèbre le 
culte divin, a été l'objet de recherches de la 
part des savants; elle est toujours un objet de 
scandale pour la plupart des personnes. 
L'origine de quelques-unes de ces représen- 
tations se trouve dans les orgies païennes : 
au v' siècle de l'ère chrétienne, on célébrait 
encore les Saturnales et les Lupercales, avec 
toutes les débauches et les extravagances 
qui les caractérisaient chez les païens. Le 
pape Gélase avait fait les plus grands efforts 
pour les abolir. L'Eglise cependant réussit à 
les faire tomber, et elles disparurent sous 
la dénomination ancienne qui avait servi 
longtemps à les désigner ; mais elles ne tar- 
dèrent pas à se remontrer sous d'autres 
noms et sous d'autres formes. Ces indécen- 
tes bouifonneries et ces immorales extrava- 
gances fuient connues, dans quelques loca- 
lités, sous le nom de fêtes de Fous, de fêtes 
des Anes et de fêtes des Kalcndes. Dans ces 
occasions des hommes, parfois même des 
ecclésiastiques, se déguisaient et prenaient 
des masques d'animaux hideux. Ils entraient 
ainsi dans les églises, pénétraient jusque 
dans le chœur, poussant des vociférations 
affreuses, prenant des postures inconvenan- 
tes et faisant des gestes déshonnêtes. Ces 
abominations eurent lieu dans quelques-uns 
des temples les plus illustres de la chrétienté; 
on y parodia les cérémonies sacrées, on y 
profana les plus saints usages et les prati- 
ques les plus augustes de la religion. Ces 
désordres furent stigmatisés non-seulement 
par les ecclésiastiques les plus instruits, 
mais, pendant plusieurs siècles, ils furent 
proscrits et anathématisés par les décrets et 
les censures des évêques, des synodes et 
des conciles. Ils ne furent complètement dé- 
truits qu'au commencement du xvr siècle. 
Au nombre des déguisements que l'on affec- 
tait de prendre, à cette époque , il n'y en 
avait pas de plus commun que celui des 
fous : on adaptait à la tête de longues oreil- 
les semblables à des cornes, ce qui fit qu'on 
les désignait vulgairement sous le nom de 



cornards. Dans chaque ville on élisait un 
abbé des cornards, qui prenait l'habit d'un 
abbé régulier : il sortait accompagné d'une 
grande multitude d'hommes, de femmes, 
d'enfants, portant des masques, dansant, 
sautant , gambadant , avec des musiciens 
jouant des airs sur des instruments de mu- 
sique. Ces usages étranges ont été l'origine 
de plusieurs représentations, tant en pein- 
ture qu'en sculpture, exécutées durant le 
moyen Age. On peut spécialement mention- 
ner en ce genre les bas-reliefs du portail 
septentrional de la cathédrale de Rouen, où 
il y a une longue série de figures grotesques 
mêlées avec des sujets pris de l'histoire sa- 
crée , qui correspondent exactement à la 
description des déguisements que nous ve- 
nons d'indiquer. On peut voir par ce qui 
précède que. la plupart de ces figures gro- 
tesques et inconvenantes sont un dernier 
vestige de coutumes extravagantes condam 
nés par l'Eglise. 

11 est nécessaire, cependant, de faire une 
distinction entre ces figures burlesques et 
les représentations symboliques des vertus 
et des vices. Celles-ci ont été placées dans 
nos églises sous la forme d'animaux, dont 
la nature et les habitudes correspondent à. 
la vertu ou à la passion qu'ils représentent. 
Ainsi, des êtres humains peuvent être repré- 
sentés avec des têtes d'animaux, comme de 
renards, de lions, pour marquer le courage 
ou la rapacité. En outre, des animaux sont 
également employés dans la même intention ; 
et on en peut tirer d'admirables leçons sous 
les mêmes types qui ont été consacrés par 
les fabulistes, comme Esope et ses imita- 
teurs. Des représentations de monstres ont 
pu être introduites dans nos monuments 
chrétiens comme emblèmes du péché. Il faut 
encore remarquer que les folies et les vices 
du genre humain ont été souvent représen- 
tés sousJa figure d'hommes avec des habits 
propres aux fous, comme cela a été fait par 
Sébastien Rrandt, dans son célèbre ouvrage 
intitulé Navis stultifera. 

Avant de quitter ce sujet , il est convena- 
ble de dire quelques mots d'une pratique 
qui prévalut durant le moyen âge, de per- 
sonnifier les caractères sacrés dans les fonc- 
tions religieuses ; elle fut supprimée en 
beaucoup d'endroits par l'autorité religieuse. 
Quoique, sous certains rapports, de telles 
représentations aient pu convenir à la sim- 
plicité du peuple, elles ont été souvent alté- 
rées par l'addition de circonstances d'une 
nature burlesque ou indécente, de manière 
à jeter une espèce de ridicule et à causer 
l'irrévérence avec les choses saintes et les 
personnes. On peut dire qu'elles avaient 
ainsi dégénéré de la majesté de quelques- 
uns des anciens rites. Peu de personnes 
savent aujourd'hui avec quelque exactitude 
ou étenuue quelles sont ces cérémonies 
locales extraordinaires qui ont été à juste 
titre formellement condamnées par le concile 
de Trente. Il est vraiment consolant, en son- 
geant à ces usages proscrits, de voir que les 



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cérémonies du Pontifical romain sont tou- 
(ours demeurées pures et pleines de majesté, 
de piété, d'onction et respirant un beau 
symbolisme. Dans les réformes liturgiques 
qui ont été faites au \vi* siècle, nous ne 
pouvons nous empêcher de reconnaître 
l'exercice du pouvoir divin qui a été conlié 
à l'Eglise. 

FRANCS-MAÇONS. — Nous traduisons ici 
I,' court article du Glossaire d'architecture 
publié par H. Parker sur les francs-maçons, 
(le m.it parait avoir .signilié primitivement la 
même chose que le mot actuel de maçon, et 
rien de plus. C'était un tailleur de pierres 
qui travaillai! avec un ciseau, pour le distin- 
guer de celui qui unissait les pierres avec 
le mortier ou posait les appareils. Durant le 
moyen âge, les ouvriers de tout genre for- 
mèrent entre eux des sociétés ou corpora- 
tions, et se donnèrent des règlements pour 
se gouverner, qui furent reconnus des plus 
hauts pouvoirs ; ils possédaient générale- 
ment des privilèges accordés à ces sociétés. 
Les maçons, dans plusieurs parties de l'Eu- 
rope, s'unirent en associations de cette es- 
pèce. Ils formaient une société libre dès le 
x e siècle en Lombardie; mais qu'ils descen- 
dissent des Dionysiastes de l'antiquité, ou 
que cette association ait pris naissance au 
moyen âge, c'est ce qu'il n'est guère possible 
de retrouver. En Normandie, ils paraissent 
avoir commencé à s'associer en llio. Alors, 
comme dans tout le moyen âge, les archi- 
tectes, comme praticiens distincts, furent à 
peine connus. Les formes et les arrange- 
ments principaux étaient dirigés par ceux 
qui présidaient à l'érection des monuments ; 
mais les beautés de détail de la construction 
paraissent avoir dépendu des ouvriers aux- 
quels ils étaient confiés. Les maçons avaient 
donc le pouvoir d'exercer une grande in- 
fluence sur l'extérieur et la décoration des 
édifices auxquels ils étaient employés. On 
explique facilement ainsi comment les di- 
gnitaires ecclésiastiques conduisaient eux- 
mêmes la construction d'immenses édifi- 
ces, en dirigeant l'œuvre, dont ils étaient 
l'âme, et en laissant aux ouvriers le soin 
des détails accessoires. Cela nous expli- 
que encore pourquoi ces mômes digni- 
taires accordaient leur haut patronage aux 
associations des ouvriers maçons et leur 
accordaient des privilèges de plus d'un genre. 
C'est ainsi que plu>ieurs papes leur donnè- 
rent des bulles pour les prendre sous leur 
protection et leur concédèrent d'insignes 
distinctions et des faveurs nombreuses. On 
peut voir d'amples renseignements sur les 
francs -maçons de Strasbourg dans VEssai 
historique sur la cathédrale de Strasbourg 
par M. Schweighauser. Voy. Architecte. 

FRANGE. — La frange est un ornement 
plus ou moins riche, plus ou moins varié, 
destiné à être placé à l'extrémité ou sur les 
bords des vêtements ecclésiastiques et des 
vêtements d'apparat, à la fois pour les em- 
bellir et en empêcher la détérioration. 

Les franges les plus curieuses sont celles 



qui se trouvaient autrefois sur la plupart des 
ornements d'église, aux extrémités du pai- 
lium, de l'étole, du manipule et des fanons 
des mitres ; autour tics voiles et des chape- 
rons des chapes, autour des manches et sur 
les parties ouvertes des dalmaliques. Les 
franges consistaient spécialement en filets 
colorés, avec toutes les variétés de couleurs 
que comportaient les étoiles elles-mêmes qui 
servaient a confectionner les vêtements. 
Jusqu'à présent, toutes les anciennes franges 
que l'on connaisse sont en partie de cou- 
leur, et composées de beaux Mis d'une cer- 
taine grosseur tressés ensemble élégamment, 
et mêlés quelquefois de fils d'or. Ces franges, 
qui encadraient au moins les bouts des 
nappes d'autel, n'étaient pas démesurément 
et ridiculement longues, comme celles que 
l'on fait aujourd'hui, où on met des étoiles 
pendantes, fines et brodées, aussi grandes 
que la nappe elle-même, de manière que 
l'accessoire l'emporte sur le principal. 

FREMAIL. — Vieux mot qui veut dire la 
même chose que fermail, fermoir, agrafe. 
Dans l'inventaire de Jean II, duc de Breta- 
gne, on lit : « Trois fremails d'or. » Hist. de 
Brel., loin. II, pag. 455. 

FREMAILLET. — C'est un petit fermoir. 
La description du collier de l'ordre de l'Her- 
mine, rapportée au tom. II de YHist. de Bre- 
tagne, pag. 627, commence ainsi : « Un collier 
d'or de M. le duc qui est de son ordre, garni 
de deux bons fremaillets, l'un devant et l'autre 
derrière, a une couronne sur chacun, etc. » 
Cette description est du commencement du 
xv c siècle. 

FRÈRES PONTIFES, ou Pontistes , au 
moyen âge. — Saint Benezet, ou petit Benoit 
(parce qu'il était d'une taille peu élevée, foniia- 
teur de la congrégation des Frîres Pontifes), 
né dans le xir siècle, près de Saint-Jean de 
Maurienne , n'était qu'un pauvre berger » 
lorsque, touché des dangers que présentait 
le passage du Rhône à Avignon, il forma le 
projet de faire construire un pont sur ce 
fleuve. Il en obtint la permission de l'évê- 
que, et l'on rapporte qu'il dirigea lui-même 
ce monument. Les écrivains qui affirment 
ce fait ne disent pas comment le saint ac- 
quit les connaissances nécessaires pour exé- 
cuter une telle entreprise; mais, selon eux r 
des miracles attestèrent que Dieu lui avait 
inspiré ce projet. Le pont, commencé en 
1 177, ne fut achevé que quinze ans après, et 
sur la troisième arche de ce pont il fut élevé 
une chapelle où l'on déposa le corps du saint 
architecte. 

Les avantages que procura la xonstruetion 
de ce pont, la sainteté du fondateur, le zèle 
et les vertus des Pontifes , leur attirèrent le 
respect général et beaucoup de legs pieux. 
Cet ordre était dans tout son éclat au com- 
mencement du xiii c siècle ; les papes, les 
évoques de la Provence et du Languedoc sti- 
mulaient la charité par des indulgences en- 
vers les bienfaiteurs du pont ; les abbés et 
les ordres religieux les affiliaient à leurs 
prières ; des princes accordèrent aux Frères 



133 



FRfe 



FRE 



435 



Pontifes des privilèges. Clément 111 mit leur 
personnel et leurs propriétés sous sa protec- 
tion spéciale et celle du saint-siège , en re- 
connaissance des biens multipliés qu'ils opé- 
raient, tant par la construction du pont de 
Boussac, sur la Durance , que par leur hé- 
roïque dévouement pour Jes malheureux. 
Alphonse, comte de Toulouse, frère de saint 
Louis , leur accorda également de grands 
privilèges. 

Parmi les établissements dont fait men- 
tion la bulle de Clément 111, est celui de 
Lourmarin, sur le chemin d'Aix à Apt, à 
rentrée de la Courbe, passage des plus dan- 
gereux de la basse Provence. Les Pontifes 
entretenaient aussi un détachement de leurs 
frères à Malemort , entre la Durance et la 
route de Paris , connu sous le nom de Co- 
teau ensanglanté, étymologie dérivée des as- 
sassinats qu'on y commettait sur les voya- 
geurs avant rétablissement des Pontifes. 

Le pape Nicolas V , en confirmant les sta- 
tuts de ces religieux , leurs privilèges et la 
jouissance de leurs biens, leur prescrivit de 
porter l'habit blanc avec un morceau d'é- 
toffe rouge appliqué sur la poitrine , et qui 
représente deux arches de pont surmontées 
d'une croix. Sur la fin du xvi e siècle, ces 
frères voulurent se séculariser sans quitter 
la vie commune et l'habit blanc , qu'ils por- 
taient encore en 1622. En 1633, ils cessèrent 
cette vie commune; le parlement de Tou- 
louse, en 16G9, leur enjoignit de reprendre 
leurs vêtements; ils les quittèrent de nou- 
veau en 1676, après avoir changé leur habit 
blanc en noir, et ils formèrent, sous la juri- 
diction de l'évêque d'Uzès , une collégiale 
qui s'est éteinte, eomme toutes les corpora- 
tions religieuses, en 1789. 

Dans le xm e siècle, saint Gonzalve d'A- 
marante, dominicain portugais, affligé de sa- 
voir que plusieurs personnes avaient péri 
au passage du fleuve Tamarga, y fit bâtir un 
pont, auquel il travailla lui-même. — Saint 
Dominique l'Ermite, connu sous le nom de 
saint Dominique de Calzada, établit pour les 
pèlerins un hôpital , et bâtit un pont sur la 
rivière d'O.-îa. — Alvaro , évêque de Losia , 
dont on lit un éloge si touchant dans Lava- 
nillez , fit bâtir tous les ponts de son dio- 
cèse. Un évêque d'Aberdeen en lit construire 
un sur la rivière de Dec, et un autre sur 
l'Even. 

Les travaux du Pont National de Paris, 
dont la première pierre fut posée par ordre 
de Louis XIV , furent dirigés par le P. Fr. 
Romain, de l'or.lre de Saint-Dominique. 

FRESQUE. — I. L'art de peindre à fresque 
consiste à arppliquer des couleurs sur une 
muraille fraictiement enduite de mortier, de 
chaux et de sable, d'où vient le mot fresque, 
de l'italien fresco, frais. Nos anciens auteurs 
disaient peindre à la fraisque, c'est-à-diresur 
un mortier frais. Cette manière de peindre 
sur les murailles des édifices est préférable 
à toute autre. Elle donne au tableau la plus 
grand 3 solidité , parce que la matière colo- 
rante qui pénètre dans le mortier se durcit 
avec lui, et ne forme avec l'enduit du mur 



nu'un seul corps. Les anciens donnaient aux 
diverses couches de mortier tant de solidité, 
ils polissaient même quelquefois leurs fres- 
ques avec tant de soin, que des fragments de 
ces peintures , enlevés de dessus les murs, 
servaient h former des tables, et étaient con- 
servés comme des objets de curiosité. (Vi- 
truve, de Archit. lib. vu, cap. 3.) L'usage 
d'exécuter les fres pues sur un mortier fait 
avec de la poudre de marbre rendait ce po- 
lissement facile. Plilandre dit, dans son Com- 
mentaire sur Vitruve, que, de son temps, on 
l'exécutait à Venise avec du tripoli. 

Pendant longtemps la plupart des artistes 
et des antiquaires ont paru persuadés que 
les anciens ne peignaient sur les murs qu'a 
fresque, ou du moins que cette manière do 
peindre était, chez eux, la plus générale. Les 
mois do peinture sur les murs , et celui de 
fresque étaient devenus en quelque sorte sy- 
nonymes. L'empire de l'habitude était si 
puissant, que les traducteurs appelaient du 
nom de peintures à fresque les peintures exé- 
cutées sur des murs, dont les auteurs anciens 
n'indiquaient pas le procédé, et que lorsqu'ils 
rencontraient dans les originaux les mots de 
peinture à la cire , de cire fondue , ou d'au- 
tres semblables, fort souvent ils n'en fai- 
saient pas mention. Caylus, à qui les arts ont 
l'obligation d'avoir rappelé l'attention do 
l'Europe sur la peinture à l'encaustique , fit 
des recherches insuffisantes ; il atlwqua cette 
erreur, et ne la détruisit point. (Ment, de 
l'Acad. des Belles-Lettres, tom. XXVII, pag. 
179 et suiv.) Depuis que cet illustre ama- 
teur a écrit, on a pris encore pour des fres- 
ques des peintures où l'on a reconnu la pré- 
sence du minium, et où l'on a vu que les 
couleurs étaient incorporées à du bitume. 
(Correvon, Lelt. sur Herculan., lettre vin", 
pag. 240.) D'un autre côté , l'abbé Réquéno , 
(iui a retrouvé par ses expériences les prin- 
cipaux éléments de l'art de peindre à l'en- 
caustique , et qui en a rendu la pratique fa- 
milière à plusieurs artistes , s'était pénétré 
d'un tel enthousiasme pour sa découverte, 
qu'il allait jusqu'à croire que les anciens ne 
peignaient point à fresque, ou du moins que 
leur manière de peindre a fresque différait 
beaucoup de la nôtre ; et il a seulement 
prouvé qu'ils y apportaient beaucoup plus 
de précaution et de soin que les modernes. 
(Réquéno, Saggi sul ristibiimento deW antica 
arte de Grec, et dé 1 Rom. pitt., saggio h, 
cap. 3.) 

il paraît que la peinture à fresque est la 
plus ancienne des différentes manières de 
peindre ; mais on ne saurait fixer l'époque 
de son origine. Les couleurs dont on se sert 
pour peindre à fresque sont détrempées avec 
de l'eau; il n'y a que les terres et les cou- 
leurs qui ont passé par le feu qui puissent y 
être employées. Les couleurs qui changent 
le moins en séchant sont les plus propres à 
cette peinture : 

Voici la manière de procéder. 

Lorsque les peintures sont préparées, on 
fait couvrir par le maçon de l'enduit conve- 
nable la partie du mur que l'on se croit en 



157 



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nin 



r.s 



état de peindre dans la journée , parce que 
la peinture ne peut pas s'appliquer avec 
avantage») lorsque le mortier n'est pas hu- 
mide. Gomme les couleurs sont de suite ab- 
sorbées par l'enduit frais, ou ne peut ni 
corriger, ni effacer les traits de pinceau 
d'une peinture à fresque ; l'artiste doit donc 
la travailler avec promptitude, et l'exécuter 
d'une main hardie et légère. Pour être en 
état de travailler avec cette hardiesse et 
cette légèreté, l'artiste a des dessins très- 
arrêtés pour les contours et pour les places 
des lumières et des ombres. 

La peinture à fresque convient aux grands 
édifices. Ses œuvres ont besoin d'espace 
pour se développer convenablement, et elles 
doivent ètreplaréesà distance, pour que l'œil 
puisse les juger et les apprécier. Yoy. Pein- 
ture MURALE. 

II. 

Les plus anciennes églises de notre pays 
avaient reçu dans la peinture murale et la 
mosaïque une décoration d'un caractère re- 
ligieux et grandiose, d'une richesse éblouis- 
sante, d'un etfet artistique et pittoresque , 
dont aujourd'hui ceux qui n'ont pas visité 
Ja Grèce et l'Italie ont peine à se rendre 
compte. Malgré les progrès de la civilisa- 
tion, dont nous nous montrons parfois si 
tiers , avec quelque apparence de raison 
peut-être, il faut convenir que nous som- 
mes étrangement étonnés quand nous par- 
courons certains passages de nos vieilles 
chroniques, où sont indiqués les produits 
artistiques d'un âge que nous regardons com- 
me barbare. Nous ne sommes pas émus au 
spectacle des œuvres les plus merveilleuses 
des beaux-arts, ou, du moins , nous y som- 
mes à peine sensibles ; faut-il en conclure 
que nous sommes plus parfaits que nos de- 
vanciers ? Hélas! non. Et si nous acceptions 
la manière de juger des anciens sur l'état 
intellectuel d'un peuple, d'après le goût uni- 
versellement répandu qui sait apprécier les 
chefs-d'œuvre de la littérature et des arts, 
♦lui les distingue des œuvres médiocres, qui 
ne prend pas le brillant pour le beau, ne con- 
fond pas la richesse avec l'élégance, l'éclat 
de Ja couleur avec la grAce de la forme, et 
la profusion des tons étincelants et dispara- 
tes avec la correction et la pureté du dessin, 
la comparaison serait-elle toute à notre avan- 
tage? Serions-nous estimés supérieurs à ceux 
que nous méprisons si souvent et si injus- 
tement ? Les hommes les plus instruits de 
no.'re temps ne voudraient pas répondre, ks 
ignorants seuls n'hésiteraient pas. 

Dès son origine, le christianisme favorisa 
puissamment le développement des beaux- 
arts, et surtout de la peinture, cet art qui a 
dans ses procédés quelque chose de plus dé- 
lié, de plus aérien, de plus immatériel, de 
plus spirituel, s'il est permis de parler ainsi, 
que la statuaire. Pendant plusieurs siècles, 
Ja peinture fut l'objet d'une prédilection mar- 
quée sur la sculpture : la première avait fait 
déjà d'immenses progrès, tandis que le ci- 
seau, conduit par une main novice, taillait 
avec peine d'informes ébauches. 

DiCTtoNN. d'Archéologie sacrée. IL 



Les églises de l'époque mérovingienne 
étaient entièrement couvertes, à l'intérieur. 
de peintures à fresque, de dorures et de mo- 
saïques. Lue foule d'autorités l'atteste : nous 
pourrions ici produire aisément mille cita- 
tions curieuses. Qu'il nous suffise d'appeler 
en témoignage saint Grégoire de Tours, qui, 
dans ses écrits, parle fréquemment de tra- 
vaux de ce genre. Il nous apprend, en parti- 
culier , qu'il ût rebâtir les églises de Tours, 
détruites par un violent incendie, sous le 
pontificat de saint Perpet , son prédéces- 
seur , et qu'il les fit [teindre avec tout l'éclat 
qu'elles possédaient avant le désastre, h l'aide 
des artistes du p'tys, artificum noslrorum. 

Pour tracer l'histoire complète de l'art en 
France, il manque quelques monuments. 
quelques débris, du moins, de ces antiques 
[teintures. A l'aide des travaux d'érudition . 
les antiquaires , en interprétant les textes , 
peuvent expliquer bien des faits relatifs à 
ce mode de décoration ; ils sont même arri- 
vés, en certaines circonstances, à îles résul- 
tats inespérés ; ils ont réussi à ravir au si- 
lence des siècles quelques-uns des secrets 
les plus curieux sur la pratique de l'art de 
la mosaïque; mais le moindre fragment 
échappé à la destruction du temps, le moin- 
dre tableau nous instruirait mieux sur cet 
intéressant objet que les plus savantes dis- 
sertations. C'est à peine aujourd'hui , mal- 
gré les recherches les plus actives et les 
plus persévérantes, si l'on peut signaler quel- 
ques restes douteux de la décoration peinte 
d'une époque antérieure au xi" siècle. Nous 
avons découvert nous- même , et déposé au 
musée de la Société archéologique de Tou- 
raine, un fragment de mosaïque de pavé [uo- 
venant de l'église de Saint-Martin de Tours, 
et remontant assurément à une antiquité 
fort reculée. L s cubes de la mosaïque sont 
formés de marbre blanc, de brique rouge et 
de lave noire de l'Auvergne; ils sont fixes 
dans un mortier très-dur et assez fin. A Ger- 
migny-sur-Loire, non loin d'Orléans, il existe 
encore un petit tableau en mosaïque, attri 
bué à l'évoque Théodulphe. Dans le temple 
de Saint-Jean, à Poitiers , monument d une 
importance capitale dans l'histoire de notre 
architecture nationale, puisqu'il remonte au 
vi e ou au vir siècle, on aperçoit des vestiges 
de peintures à fresque, qui peuvent être at- 
tribuées, sans trop de témérité, à la décora- 
tion primitive : on y distingue la figure du 
paon, symbole d'immortalité; la figure d'oi- 
seaux palmipèdes, emblème du baptême; des 
méandres et d'autres ornements ayant une 
évidente analogie avec les motifs de décora- 
tion employés par les chrétiens dans leurs 
édifices, dès les premiers Ages. 

La peinture murale avait également pro- 
digué ses richesses dans les monuments du 
xi' et du xii' siècle; au xm c siècle, elle 
épuisa tous ses trésors de verve, d'imagina- 
tion et de délicatesse , et s'éleva à une hau- 
teur que ne soupçonnent [tas ceux qui oi.t 
étudie la marche et les progrès de l'art en 
Italie seulement , en négligeant nos monu- 
ments indigènes. La Sainte-Chnpelle de Pu- 



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ris, ce gracieux édifice légué par le xih* siè- 
cle connue un défi à notre impuissance et 
comme un modèle à notre admiration , peut 
nous donner une idée de ce que fit l'art de 
la décoration sous l'influence du principe 
chrétien. Les murailles en sont entièrement 
couvertes de dessins, d'arabesques , de bro- 
deries, de perles, de diamants, de ligures où 
la fantaisie la plus brillante et la plus rêveuse 
joue dans mille et mille caprices plus char- 
mants les uns que les autres. Les nervures 
de la voûte sont dorées, les moulures sont 
dorées , les chapiteaux des colonnettes sont 
dorés, et cette profusion de dorure sert d'en- 
cadrement à mille ingénieux motifs où le 
pinceau , conduit par la main d'un génie 
llexible et poétique , a fondu dans les tons 
ïes plus harmonieux les couleurs les plus 
variées. Aux voûtes, au milieu de l'azur 
transparent du ciel, de ce bleu velouté si 
doux à l'œil, ou voit briller les étoiles ; oui, 
ce sont vraiment des étoiles ; l'artiste a in- 
crusté dans la muraille des cristaux de Ve- 
nise taillés a facettes, où la lumière vient se 
décomposer, et arrive au regard avec les 
nuances de l'iris et la scintillation des as- 
tres. On a dit que saint Louis, ébloui par 
les beautés féeriques de l'Orient, avait voulu 
transplanter en France une des merveilles 
de l'Asie. C'est une erreur : l'Orient a ses 
merveilles et ses féeries, mais la Sainte-Cha- 
pelle fut une œuvre unique au monde 

Dans la plupart de nos églises, et jusque 
dans les plus modestes villages, la peinture 
murale avait semé quelques œuvres plus ou 
moins parfaites, et pourtant toutes emprein- 
tes de ce charme naïf qui séduit et captive. 
A une époque, de déplorable mémoire, qui 
se glorifie cependant du titre de Renaissance, 
à ui.e autre époque aussi plus rapprochée de 
nous, où l'on se piquait de bon goût, où 
l'on ralîiuait sur mille objets d'art, on ense- 
velit ces peintures sous uue épaisse couche 
de badigeon. L'amour du blanc, la passion 
de l'uniformité, firent couvrir d'une triple 
couche de chaux les peintures et les doru- 
res les plus précieuses. Etrange renverse- 
ment d'idées 1 On semblait confondre la pro- 
preté avec la blancheur, l'harmonie avec la 
nudité, comme si un manteau de pourpre 
n'était pas aussi propre qu'une robe de lin , 
comme si une muraille couverte d'or et de 
couleur n'était pas au^si propre qu'un mur 
fraîchement replâtré ! Et puis, un amour 
plus coupable encore de la nouveauté por- 
tait à dédaigner les vieilleries du passé, la 
gothicité des âges d'ignorance! Quoi qu'il en 
suit, et par le fatal concours de circonstan- 
ces malheureuses, ces antiques peintures 
paraissaient condamnées à un éternel oubli. 
Mais, par une sorte de miracle, des églises 
perdues, pour ainsi dire, au milieu des 
campagnes, dans des contrées inaccessibles 
aux progrès de la civilisation, mais fidèles 
aux belles traditions, conservèrent leurs ri- 
ches et curieuses décorations murales h peu 
près intactes. Saint-Savin, au diocèse de 
Poitiers, la chapelle du Liget, près de Lo- 
ches, une chapelle à Montoire, offrent des 



fresques bien connues actuellement des ar- 
chéologues et des amateurs. 

II. 

La grande peinture, la peinture vraiment 
historique et monumentale, c'est la fresque. 
Placez un artiste en face (l'une large mu- 
raille, dans un édifice public consacré au 
culte ou à une noble destination ; donnez- 
lui un vaste champ, tracez-lui un beau pro- 
gramme, et, s'il a du talent, il composera une 
ceuvre de caractère ; son génie prendra son 
essor, et nous aurons un magnifique tableau, 
peut-être un chef-d'œuvre. Placez ce môme 
artiste en face d'une toile de quelques centi- 
mètres carrés, de quelques mètres, si vous 
voulez; comment son imagination s'échauf- 
fera-t-elle, qui remuera son cœur et stimu- 
lera l'activité de l'âme qui crée et anime ? La 
peinture sur toile, le tableau de chevalet 
est une dégénérescence de l'art ; elle est h 
la grande peinture historique ce que la mi- 
niature est à la peinture ordinaire. Vous en 
obtiendrez des œuvres plus ou moins gra- 
cieuses, plus ou moins fraîches, plus ou 
moins séduisantes ; mais vous n'aurez ja- 
mais de ces compositions propres à pro- 
duire de vives impressions, qui agitent 
l'homme tout entier, qui arrachent un cri 
d'admiration involontaire au cœur le plus 
froid. Qu'on me permette une comparaison : 
le meilleur tableau de chevalet ressemble à 
une pièce de poésie légère, idylle, ég.loguc, 
méditation orientale, ou feuille d'automne , 
tandis'qu'unepeinturc murale, qui se déploie 
sur les parois d'un monument, ressemble 
à un drame ou à une épopée. Pour réussir 
dans le premier genre, il faut de l'esprit , et 
l'esprit suffit; pour réussir dans le second, 
il faut un talent supérieur, il faut du génie. 

A Saint-Julien, on voit aussi des vestiges 
de peintures murales, surtout dans la ré- 
gion absidalc de l'église. Ces restes, quel- 
que faibles qu'ils soient, sont dignes de 
fixerl'attention des antiquaires et des artistes. 

A Crotelles, canton de Châteaurenault, 
dans une église dont le chevet est du xm° 
siècle, on remarque des restes considéra- 
bles d'une fresque de la même époque. 
Malheureusement la partie centrale du ta- 
bleau a complètement disparu. Autant qu'on 
en peut juger par les personnages conser- 
vés, on y avait représenté les noces de Cana. 
Cette composition, d'un caractère rude et 
austère, offre de nombreux traits de res- 
semblance avec les vitraux peints du xur 
siècle. Môme manière de dessiner la figure, 
de poser les draperies , de grouper les per- 
sonnages. Toutes les tôtes ont été très-exac- 
tement copiées récemment par M. Lobin, 
artiste archéologue , qui comprend aussi 
bien l'archéologie qu'il pratique l'art. Ces 
curieux dessins seront quelque jour publiés 
dans leur ensemble et dans des dimensions 
convenables. Nous ne saurions trop louer ce 
projet : l'art et l'archéolo«;ie y trouveront 
profit. 

A Chinon, dans l'ancienne collégiale de 
Saint-Mesme, on voit de très-curieuses fres- 
ques du *u' siècle sur des voûtes eu berceau. 



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142 



Elles offrent une frappante anaiogie avec les 
fresquei de Saint-Savin, que le gouverne- 
ment rient de faire référer et |)iil)lici par les 
procédés de la chromolithographie. Los fres- 
ques de Saint-Mesme de Chinon douvent être 
comptées au nombre des plus curieuses pein- 
tures de cette période reculée, et nous pou- 
vons assurer que certains tableaux de Giotto, 
si estimés par les Italiens , ne sont pas supé- 
rieurs aux. peintures de Ghinon. Ces derniè- 
res sont byzantines : on y distingue des grec- 
ques formant bordure. 

Dans une salle du xv e siècle, avoisinant 
l'ancien clocher, toujours à Saint-Mesme de 
Chinon, deux grands tableaux à fresque cou- 
vrent deux faces de murailles ; le reste de la 
salle est décoré de peintures d'ornement. 
Ces tableaux sont du xv c siècle et du plus 
beau style, autant qu'on en peut juger pr.r 
certaines parties apparentes, le reste étant 
englué de badigeon. Les personnages y sont 
fort nombreux, les nimbes sont dorés et les 
draperies paraissent larges et flottantes. 

FRETTE ou Frète. — Le mot frette ou 
frète est un mot anglais que l'usage a fait 
passer dans notre langue, et qui désigne un 
cordon ou .demi-baguette régnant sur une 
moulure plate, et décrivant par des aigles 
tantôt droits , tantôt aigus , des espèces de 
créneaux contrariés, de formes diverses. 

La frette crénelée rectangulaire, formée d'un 
tore qui, placé entre deux autres, court d'a- 
bord horizontalement en côtoyant le tore in- 
férieur, se relève ensuite verticalement jus- 
qu'à ce qu'il atteigne le tore supérieur; 
recommence alors à courir horizontalement 
en le côtoyant aussi , puis redescend verti- 
calement, et continue toujours sa course de 
la môme manière , formant ainsi une suite 
de carrés alternativement ouverts en haut et 
en bas. Cette moulure est fort commune 
dans le nord de la France et en Angleterre ; 
on l'appelle frette crénelée, parce qu'on lui a 
trouvé de la ressemblance avec des créneaux. 
Elle figure souvent dans les archivoltes ; 
mais alors elle n'est pas partout rigoureuse- 
ment rectangulaire. 

La frette triangulaire est rare ; elle forme 
des triangles au lieu de carrés, comme son 
nom l'indique. 

La frette triangulaire diminuée est celle 
qui forme des trapèzes. 

La frette ondulée ou nébulée est une frette 
crénelée dont les mouvements sont arrondis. 

La frette rectangulaire, plus ou moins com- 
pliquée, a été empruntée à l'art grec par le 
style romano-byzantin. C'est pour cela qu'on 
l'appelle quelquefois une grecque. Les Ins- 
tructions du Comité historique des arts et 
monumentsappellentlesfreltes des méandres. 

FRETTE. — Membre d'architecture orné 
de cette moulure qu'on appelle frette. 

FRISE. — I. La frise, dans les monuments 
d'architecture antique, est la partie de l'en- 
tablement comprise entre l'architrave et 
la corniche. Sa hauteur varie suivant les 
différents ordres; elle peut être appréciée, 
en général, au tiers de la hauteur de l'enta- 
blement. L'ordre toscan n'avait pas de 



frise dans les monuments .es pois ancien.-. . 
parce que les poutres posées sur l'archi 
trave, et qui dans les autres ordres ne la 
dépassent point, avaient tant de saillie dan 
cet ordre, qu'elles formaient la corniche. 
Dans l'ordre dorique, la frise est ornée de 
triglyphes; dans les autres ordres, la frise 
est ornée de ligures, de guirlande, de feuil- 
les et de fruits, de combats d'animaux., de li- 
gures humaines, d'armes, d'instruments de 
sacrifices, etc. Un grand nombre d'ouvrages 
sur l'architecture et les arts dus anciens, 
donnent une description détaillée des di- 
vers ornements qui décoraient les frises des 
monuments les plus remarquables. 
IL 

Dans les monuments du moyen âge, sur- 
tout durant la période romano-byzanline, la 
frise proprement dite, ainsi que l'architrave, 
sont à peu près inconnus. 11 arrive cepen- 
dant quelquefois que l'architrave ou la frise 
soient figurés par des pierres de diverses 
couleurs disposées en forme de mosaïques. 
C'est ce qu'on remarque dans plusieurs édi- 
fices romano-byzantinsde l'Auvergne et des 
provinces, où les laves et les scories des vol- 
cans fournissent à l'architecte des matériaux 
colorés, faciles à employer, et généralement 
fort solides et durables. 

Dans les monuments du style ogival, la 
frise parait être remplacée, dans une espèce 
d'entablement très-simple, d'abord par une 
moulure considérable, ordinairement con- 
cave, couronnant un bandeau, placé immé- 
diatement au-dessous de la moulure supé- 
rieure, qui fait à la fois office de cymaise et 
de larmier. Cette espèce de frise est ornée, 
aux xu e et xiu e siècles, de feuilles posées 
verticalement et appelées feuilles entablécs, 
et plus tard, de rinceaux et de feuilles en 
guirlandes, comme aux xv e et xvi e siècles. 
La frise proprement dite ne reparaît dans 
nos monuments qu'à partir de l'époque de 
la Renaissance. 

FRONT. — C'est la partie antérieure d'un 
édifice. Cette expression est empruntée à 
l'architecture militaire, où elle est employée 
à désigner la partie antérieure des fortifica- 
tions, llanquée de bastions, et mise en oppo- 
sition avec les flancs et la partie postérieure, 
qui reçoivent également des tours et tourelles. 

FRONTAL. — Le frontal n'est autre chose 
que le devant d'autel. Voy. Autel et Devant 
d'autel. 

FRONTISPICE. — Ce mot est synonyme 
de façade. Voy. Façade. 

FRONTON. — I. Dans l'architecture clas- 
sique, le fronton est formé originairement 
par les deux côtés du toit, s'élevant insensi 
blement pour se joindre sous un angle ob • 
lus dans le faite, el faisant un triangle. Le 
fronton était un des principaux ornements 
des temples; on le regardait comme essen- 
tiel pour donner à ces édifices de la dignité; 
etun extérieur solennel. Les inaisonsdes par- 
ticuliers n'étaient pas ornées de frontons, et 
l'histoire nous apprendqu'une des premières 
exceptions fut faite en faveur de César. 

Le champ triangulaire du fronton s'ap- 



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iii 



pelle le tympan. Les anciens y plaçaient des 
sculptures historiques ou allégoriques, tra- 
vaillées avec le plus grand soin. Us met- 
taient aussi quelquefois des statues au som- 
met du fronton ou à ses deux extrémités, 
sur des acrolères établis à cette intention. 
il. 

L'art chrétien, dès les premiers temps, a 
modifié le fronton, comme les autres mem- 
bres de l'architecture antique. Dans la basi- 
lique chrétienne et dans les premières égli- 
ses romano-byzantines, on a substitué le pi- 
gnon plus ou moins déprimé au fronton 
primitif, et on l'a orné de formes variées 
d'appareils et de quelques sculptures fort 
simples. Rarement ces pignons sont-ils or- 
nés de corniches et portent-ils sur un enta- 
blement. Assez souvent le tympan est percé 
d'une fenêtre circulaire ou oculus, comme 
à Notre-Dame des Doms, à Avignon, à No- 
tre-Dame de Poitiers et ailleurs. On peut 
découvrir dans V oculus le premier germe des 
rosaces et des roses à meneaux qui décorent 
habituellement la façade des grands édifices 
durant la période ogivale. Il faut noter que 
Yoculus est quelquefois simplement simulé, 
et remplacé par une ellipse au milieu de la- 
quelle est la ligure de Notie-Seigneur, ac- 
compagné des ligures symboliques des qua- 
tre évangélistes. 

L'architecture ogivale conserve le pignon 
rornano- byzantin, l'exhausse et le décore 
avec une grande somptuosité; ce qui n'em- 
pêche pas ce même style architectural de 
placer au-dessus de la voussure des princi- 
paux portails des frontons gothiques très- 
aigus et de formes variées et originales. Au 
xm c siècle, ces frontons sont circonscrits 
par des moulures assemblées faisant corni- 
che, et sont décorés au centre d'une rosace, 
d'un trèfle, ou d'un quatrefeuilles : ces trè- 
fles, ou quatrefeuilles, ou rosaces, sont seu- 
lement élégis dans la pierre et non pas à 
jour. Au milieu on a parfois mis une sculp- 
ture plus ou moins importante. Ainsi le 
fronton de la porte septentrionale ou portail 
de Saint-Maurice, à la cathédrale de Tours, 
est orné au m dieu d'un grand trèfle où l'on 
voit, dans des nuages, le buste de Notre- 
Seigneur, tenant dans ses mains deux épées 
tranchantes, suivant l'Apocalypse : de chaque 
côté sont les aigles de saint Maurice ou de la 
légion thébéenne, également dans des trèfles. 

A la fin du même xm c siècle, le tympan 
est orné de niches et de statues ; mais la 
modification la [dus saillante qu'on fit subir 
au fronton, ce fut d'en charger les rampants 
de feuilles grimpantes plus ou moins riches, 
plus ou moins épanouies. Ce ne furent d'a- 
bord que des crochets, c'eit-à-diredes feuil- 
les resserrées et comme enveloppées sous 
les téguments du bouton , mais bientôt elles 
s'ouvrent et se déploient. Au xv e siècle ces 
feuilles s'étalent avec une certaine préten- 
tion, et au xvr siècle on les place quelque- 
fois alternativement avec des figures d'ani- 
maux et même des figures d'hommes. 

A la fin du xv c siècle et au commencement 
du wi% le fionton prend parfois des for- 



mes très - compliquées et Irès-singuiières. 
On sent que l'art ogival est dans une période 
de décroissance, et qu'il va bientôt tomber 
et disparaître. 

III. 
Le fronton ogival ne fut pas placé unique- 
ment. au-dessus des portails : il fut considéré; 
comme un motif de décoration, et placé tan- 
tôt au-dessus d'une fenêtre, tantôt sur les 
quatre faces d'un contrefort. Dès le xin" siè- 
cle, il entre dans la composition des dais et 
des pinacles élevés au-dessus de la tète des 
statues de sain! s. 

IV. 

L'architecture moderne, qui n'est qu'une 
imitation et une dérivation de l'architecture 
classique ancienne, a regardé les frontons 
comme un motif d'ornement. On les a placés 
souvent au-dessus des portes et des fenê- 
tres. On appelle fronton à jour ceiui dont le 
tympan est évidé pour donner de la lumière 
à quelque pièce d'habitation située par der- 
rière ; fronton brisé, celui dont les corniches 
rampantes ne se joignent, point, mais sont 
retournées par redents ou ressauts ; fronton 
double, celui qui en couvre un plus pe.it 
dans son tympan ; fronton par enroulement, 
celui dont les deux corniches rampantes ne 
se joignent point et sont contournées par en- 
roulement, formant des espèces de consoles 
couchées. 

FRUITS. — Les fruits, en général, peu- 
vent être considérés comme les emblèmes 
de la bonté de Dieu, et on peut ainsi les in- 
troduire avec raison et convenance dans la 
décoration ecclésiastique. On met parfois 
des grappes de raisin et des épis de blé dans 
les ornements d'église, comme des symboles 
des oblations eucharistiques. Une certaine 
quantité de grappes de raisin suspendues h 
une même branche ou à un même cep de 
vigne, est un emblème d'unité. Les grena- 
des, suivant les héraldistes, sont l'emblème 
de la royauté, parce que leur sommet est en- 
touré de parties saillantes qui ressemblent 
à une couronne. Ces fruits furent employés 
symboliquement dans la décoration du tem- 
ple de Salomon, et, suivant saint Grégoire 
le Grand, ils signifient l'unité de l'Eglise. 
On connaît quelques exemples de leur intro- 
duction dans la décoration des monuments 
de style ogival, en Angleterre. Ce fait est 
probablement une allusion à la reine Cathe- 
rine, fille de Ferdinand II, qui prit les fruits 
du grenadier comme emblème de la conquête 
qu'il avait faite du royaume de Grenade. 

FRUSTE. — Ce mot signifie proprement, 
suivant l'élymologie du mol latin frustum, 
un fragment, une ruine. Les antiquaires s'en 
servent pour qualifier l'état d'une sculpture 
qui est usée et dégradée par la vétusté. Cette 
expression est fort usitée chez les numis- 
mates, pour indiquer une médaille dont la 
ûgure est usée et a presque disparu. 

FUNÈBRE. — On appelle ceintures funè- 
bres ou litres, des bandes de velours ou de 
peinture, c-hargées des armes du mort, ou 
du patron, qu'on met autour des chapelles 
ou des églises, en dedans et en dehors. La 



\ 



GAB 



CAB 



lifi 



ceinture funèbre était autrefois un droil bo- 
norifique qui n'appartenait qu'au patron 

londaleur de l'église.* 

FUNÉRA1HK (Dhap).— Les draps funérai- 
res ou mortuaires, ou couvertures funèbres, 
furent employés très-anciennement dans l'E- 
glise, pour les funérailles des personnages 
de distinction. Ils étaient parfois d'une 
grande somptuosité, avec du riches orne- 
ments, souvent de velours, quelquefois de 
drap d'or-, avec des images brodées et des 
devises héraldiques. Jadis chaque confrérie 
ou société de métiers, avait un drap funé- 
raire qui lui appartenait en propre, et qui 
était distingué' par des ornements et des si- 
gnes particuliers. On s'en servait chaque fois 
qu'un des membres de la confrérie ou de la 
société venait à mourir. Les draps mortuai- 
res ne se plaçaient pas seulement sur le ccr- 
eueil, ils se mettaient encore sur la pierre 
tombale des défunts, dans certaines occa- 
sions solennelles, aux services annuels, par 
exemple, qui devaient être célébrés à perpé- 
tuité, par suite de fondations dans l'es éta- 
blissements religieux. Dans l'ouvrage de 
Sylvain Morgan, intitulé Sphère of gentry, 
publié en 1GG1, on voit un drap funéraire 
sur une Herse (Voy. ce mot), en honneur du 
roi Charles l", avec une croix blanche. Les 
draps mortuaires sont ordinairement carrés; 
quelquefois, cependant, ds sont taillés de 
manière à retomber régulièrement de chaque 
coté, en avant et en arrière du cercueil. Ils 
sont marqués, à leur partie supérieure, d'une 
grande croix qui s'étend dans toute la lon- 
gueur et toute la largeur du drap funéraire, 
comme une large bande. Cette croix est 
communément formée avec une étoile de 
nature différente de celle qui constitue le 
drap lui-même ; quelquefois elle est faite 
avec un riche orfroi. Cette croix est ordi- 
nairement enrichie d'ornements variés et ac- 
compagnée d'inscriptions ou légendes, dans 
le genre de celles qui suivent : Credo quod 
Redemptor meus vivit, et in novissimo die de 
(erra surrecturus sum : et in carne mea videbo 
Deum Salvatorem meum. — In te, Domine, 
speravi, non coufundar in œternum. — De 
profundis clamavi ad te, Domine ; Domine, 
exaudi vocem meum. — Credo videre bona Do- 
mini in terra vivent ium. — Ne recorder is pec- 
cala mea, Domine, dum veneris judicure sœ~ 
culum per ignem. — Libéra me, Domine, de 
morte œterna in die illa tremenda. La croix fut 
mise sur les draps mortuaires pour montrer 
la foi du décédé et son espérance du salut 
par les mérites de la rédemption opérée par 
Jésus-Christ sur l'arbre de la croix. Quel- 
quefois les cinq plaies sont représentées au 
centre et aux quatre angles du drap funé- 
raire, dans l'intention de montrer d'une ma- 
nière plus sensible encore que celui dont la 
froide dépouille gît dans la bière, est mort 
plein de confiance dans les mérites infinis 



de Celui qui a voulu souffrir pour nous et 
qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et 
à la mort de la croix. On broda souvent les 
armoiries du défunt sur le drap funéraire qui 
recouvrait son cercueil. C'était une marque 
de distinction tlalteuse pour les vivants qui 
appartenaient à sa famille. N'était-ce pas, 
en même temps, un signe frappant de la va- 
nité humaine? Dans les monuments de la 
monarchie française, par Monlfaucon, on 
voit une gravure qui représente les funé- 
railles de la reine Anne de Bretagne : le 
drap mortuaire est orné d'une croix et d'é- 
cussons. Dans l'inventaire de l'ancienne ca- 
thédrale de Saint-Paul, à Londres, on trouve 
mentionnés plusieurs draps funéraires, altem, 
baudekynus rubeus cura magnis rotellis et 
griffonibus et elephantis infra rotcllas, de fu- 
nere H. de Sandwico. » Les couleurs de ces 
draps étaient fort variées. La couleur noire 
fut usitée au xvi siècle et plus tard ; mais ils 
étaient souvent de couleur rouge, pourpre, 
verte et bleue, de soie ou d'or, suivant les 
couleurs héraldiques des défunts. 

FUSEAUX. — On appelle quelquefois fu- 
seaux \vs fûts grêles des colonnettes gothi- 
ques. Cette expression est impropre, puis- 
qu'elle fait naître l'idée de quelque renfle- 
ment, par la comparaison avec un fuseau. 
Les fûts sont désignés plus justement sous la 
dénomination de roseaux. 

FUSELÉ, en forme de fuseau. Voy. Fut. 

FUT. — Le fût est la partie de la colonne 
comprise entre la base et le chapiteau. Voy. 
Colonne. 

« Sous le rapport de la forme, disent 
les Instructions du Comité historique des 
arts et monuments, un fût peut être fuselé, 
c'est-à-dire ayant le diamètre du milieu plus 
grand que le diamètre inférieur et supé- 
rieur, qui sont égaux entre eux; renfle', avant 
le diamètre inférieur, supérieur et du mi- 
lieu inégaux ; en balustre , offrant un renfle- 
ment vers la partie inférieure; cylindrique, 
dont les diamètres sont égaux ; coniques , 
qui va en diminuant depuis le bas jusqu'en 
haut. 

« Sous le rapport de la disposition, le fût 
peut être simple, croise [Voy. les figures à 
la lin du volume), brisé, noue, annelé. 

« Sous le rapport de la surface, le fût peut 
être lisse, cannelé avec rudentures ou sans 
rudcnlures, losange, strié, gaufré, chevronné* 
contre-chevronné, tordu, rubanné, imbrique, 
contre- imbriqué , natté , godronné , fret té , 
chargé d'enroulements, d'entrelacs, d'ani- 
maux ou de personnages grimpant tout au- 
tour, ou d'une figure humaine engagée. Le 
fût peut même être remplacé par une ligure, 
humaine. » Voy. Cariatide. 

Enfin les fûts peuvent être de coupe cir- 
culaire, carrée, polygonale, ovale, ou pré- 
senter une arête plus ou moins sentie. (Voy. 
les ligures à la fin du volume.) 



G 



GABLE. — Le gable désigne la partie su- triangulaire. Cette expression appartient à 
périeure d'une façade, quand cette partie est la fois à la langue française et_à la langue 



H7 



G AL 



GAL 



145 



anglaise, mais elle est plus usitée actucllc- 
ment dans celle-ci que dans l'autre. Dans 
là dernière, en effet, elle désigne non-seule- 
ment le pignon triangulaire, mais encore 
l'ensemble d'une grande muraille qui forme 
un frontispice ou une façade. C'est ainsi 
que les antiquaire» anglais appellent sou- 
vent fenêtre gable la large fenêtre ouverte 
dans les murailles d'un frontispice. Les ar- 
chéologues français ne s'en servent jamais 
que pour désigner un pignon plus ou moins 
aigu. Le Comité des arts et monuments, 
dans ses instructions sur l'architecture du 
moyen âge, a condamné celle expression. 
Elle mérite cependant d'être gardée, d'abord 
parce qu'ello est propre, ensuite parce qu'elle 
est plus convenable et moins vague que celle 
de pignon. 

Dans l'architecture du moyen âge, les ga- 
bles sont des parties importantes qui con- 
tribuent puissamment à l'effet d'une cons- 
truction. Les proportions en sont détermi- 
nées par les dimensions du frontispice, en 
général , et principalement par l'élévation 
des combles de la charpente. Ces propor- 
tions sont communément très-variées, et 
cela se conçoit aisément quand on se reporte 
aux différences presque sans nombre que tes 
architectes ont mises dans celles de leurs 
édifices les plus célèbres. Dans les monu- 
ments du style romano-byzantin, le gable 
est peu élevé et forme un'angle qui diffère 
peu de l'angle droit. Dans ceux du style ogi- 
val l'angle est bien plus aigu, et, enfin, il 
arrive une époque où il est extrêmement 
aigu et élevé. Dans les églises romano-by- 
zanlincs, le gable fut souvent surmonté d'une 
croix à son sommet ; dans celles de la pé- 
riode ogivale, il est couronné d'un bouquet 
de feuilles, d'une statue, ou même par un 
groupe. Dans les édifices de cette dernière 
période, les angles du gable sont garnis de 
feuilles grimpantes, et les côtés sont ornés 
de moulures plus ou moins saillantes. Voy. 
Fronton, Pignon, Feuillages. 
• Le gable ne doit pas être confondu avec le 
fronton proprement dit. Ce n'est guère que 
dans les monuments d'architecture classique, 
ou dans ceux de la période romano-byzantine 
primordiale, qui dérivent du style latin et de 
l'imitation plus ou moins imparfaite des mo- 
numents antiques, que l'on remarque le 
fronton, avec sa forme particulière. 

GABLETS. — Les gablcts sont de petits 
gables d'ornementation placés dans les ni- 
ches, les dais, au-dessus des statues. 11 pa- 
raît môme que primitivement les dais étaient 
désignés sous le nom de gablets. C'est ce 
qui ressort évidemment du contrat qui fut 
dressé pour l'exécution du tombeau de Ri- 
chard II, roi d'Angleterre, et de sa femme la 
reine Anne, en 1395. 11 y est dit expressé- 
ment qu'au-dessus de la tête des statues on 
mettra des gablelz. 

GALBE. — Le galbe, à proprement par- 
ler, est un renflement, un élargissement, ou 
un évasement fait avec grâce. Ainsi on dit 
le galbe d'une colonne, d'un vase, etc. La 
colonne antique est habituellement galbée, 



c'est-à-dire que son profil, au lieu d'ètre- 
rectiligne, décrit un léger renflement assu- 
jetti a des proportions géométriques, et qui 
n'est point en usage pour les colonnes de' la 
période romano-byzantine ou de la période 
ogivale. 

GALERIES. —Les galeries dans les églises 
sont des espèces de nefs au-dessus des voûtes 
des bas-côtés, donnant sur la nef majeure 
par plusieurs ouvertures, ordinairement au 
nombre de trois. Quelquefois les galeries ne 
sont que d'étroits passages pratiqués dans 
l'épaisseur des murailles. Quelquefois, en- 
core, elles sont seulement simulées par l'or- 
nementation. 

Dans certaines églises du xn e siècle, 
comme à Notre-Dame de ChAlons-sur-Marne, 
ou du commencement du style ogival, comme 
à Notre-Dame de Laon, et ailleurs, les gale- 
ries sont aussi larges que les nefs collatéra- 
les, au-dessus desquelles elles ont été cons- 
truites. Cette disposition est fort remarqua- 
ble et il serait assez difficile d'en indiquer 
la véritable origine. Ce que nous pouvons 
affirmer, c'est que dès les premiers temps du 
xi e siècle, on construisit des galeries aveu- 
gles et simulées, uniquement pour enrichir 
la perspective et embellir les murailles , 
qui eussent paru trop nues sans cela. Ces 
galeries simulées indiquent néanmoins, dès 
leur origine, un étage au-dessus des gran- 
des arcades et des voûtes des basses nefs. 
L'indication de ce second étage a été, sans 
doute, le premier pas fait dans la cons- 
truction hardie des grandes galeries inté- 
rieures. 

Les églises cathédrales et les principaux 
monuments des xin% xiv c et xv e siècles, ne 
présentent crue des galeries ou passages pra- 
tiqués dans l'épaisseur des murs. On peut ci- 
ter des exceptions, mais elles sont peu nom- 
breuses, et ce ne sont que des exceptions 
dans toute la rigueur du mot. 

Il n'y a peut-être nulle part des galeries 
aussi remarquables que celles qui entourent 
le chœur et le sanctuaire de la cathédrale de 
Bayeux. Voy. Cathédrales. 

Quant aux galeries extérieures de la façade 
des grands édifices, il y en a de justement 
célèbres. Nous citerons spécialement celles 
d'Amiens, de Reims et de Paris. Au-dessus 
des voussures du portail occidental de la ca- 
thédrale d'Amiens, le frontispice est coupé 
par deux lignes d'un grand et bel effet. Co 
sont deux galeries à jour, dont la première 
est composée d'une série de petites arcades 
ogivales , resserrées encore par une colon- 
nette qui les partage en d'eux et dont le cha- 
piteau de feuillages supporte deux arcs trilo- 
bés, au-dessus desquels s'ouvrent d'élé- 
gantes ouvertures trifoliées. La seconde , 
plus riche que la première, renferme vingt- 
deux statues colossales. On croit qu'elles 
représentent les rois de France, depuis Chil- 
déric II jusqu'à Philippe-Auguste. 

La galerie des rois, au frontispice de la 
cathédrale de Reims, consiste en une char- 
mante colonnade qui règne sur les quatre 
faces du portail, en suivant les parties sail- 



lit 



GAL 



lantes des contreforts. Elle est formée d'une 
suite de petites arcades aiguës, ornées de 
découpures en trèfle, surmontées de petits 
frontons triangulaires, soutenus sur de lé- 
gers faisceaux de colonnetles d'une extrême 
délicatesse ; on y compte quarante-deux sta- 
tues de rois de France, depuis Clovis jus- 
qu'à Charles VI. Les rois sont dans l'atti- 
tude du repos, tenant leur robe d'une main 
et posant l'autre sur la poitrine; quatre ou 
cinq tiennent le sceptre en main ; tous ont la 
couronne sur la tète. Nous devons placer ici 
une observation relativementaux statues des 
galeries d'Amiens et de Reims. La désigna- 
tion deces statues, telle que nous l'avons don- 
née, appartient à M. Gilbert etèM. de Jolimont. 
Nous pensons qu'il faut user de la plus grande 
réserve dans l'interprétation des monuments 
tigurésdu moyen Age. De fréquentes erreurs 
ont été commises à ce sujet. Les archéolo- 
gues inclinent aujourd'hui à croire que gé- 
néralement, au frontispice des cathédrales, 
on a cherché à représenter les ancêtres de 
Jésus-Christ, ou bien les patriarches et les 
conducteurs du peuple d'Israël. C'est comme 
l'ancienne loi qui précède la nouvelle al- 
liance. 

Au-dessus des trois voussures de la fa- 
çade de la cathédrale de Paris, la galerie des 
rois se montre vide des statues qui en fai- 
saient autrefois l'ornement. Dans un des 
mouvements populaires, si fréquents et si 
terribles, durant la première révolution, tou- 
tes les statues couronnées furent brutalement 
jetées en bas et brisées. La populace aveu- 
glée et fascinée ne distinguait pas entre les 
rois ancêtres de Jésus-Christ et les rois de 
France ; au nom de la liberté et de l'hon- 
neur national, elle profanait les plus nobles 
gloires de la France. Au-dessus de cette pre- 
mière galerie, on en voit une seconde, dont 
la décoration consistait en une seule sta- 
tue de la sainte Vierge et qu'on appelait, a. 
(anse de cela, la galerie de la Vierge. En 
1793, la statue de Notre-Dame ne fut pas 
respectée , elle fut renversée et réduite en 
poussière. 

Outre les galeries dont nous venons do 
parler, il y a encore d'autres galeries exté- 
rieures, placées au sommet des murailles, 
souvent construites en encorbellement , et 
destinées à donner passage à la base des 
combles et des charpentes. Elles ont ordi- 
nairement, comme les galeries intérieures, 
des balustrades composées de petites arca- 
des trilobées, de trèlles, de quatrefeuilles, 
de petits meneaux flamboyants , et autres 
formes caractéristiques. 

CiALGAL. — On appelle lumulus ou tom- 
hrllcs, des monticules factices, élevés sur la 
dépouille des morts. Ces tertres, composés 
de cailloux ou de terre, suivantles localités, 
et le plus souvent recouverts de gazon, af- 
fectent presque toujours la forme pyra- 
midale ou conique Quand ils sont faits avec 
des pierres, on les appelle galgals. Voy. Tu- 
MUtttt. 

M. Mérimée a fait connaître, dans un Rap- 



port an ministre de l'intérieur, un galgal si- 
tué dans l'île de Gavr'Linis, près de l'en- 
trée du Morbihan. Il trouva, enfoui sous ce 
monticule, un dolmen fort irrégulier,, ayant 
plus de 12 mètres de longueur el près de ï 
mètres de hauteur. Les pierres qui forment 
le comble sont de dimensions colossales; 
celle qui couvre la chambre occidentale n'a 
pas moins de 20 pieds de long sur 13 ou 1G 
de large. .Mais ce qui distingue ce dolmen 
(]qs autres monuments celtiques, ce' n'est 
pas seulement sa position souterraine, c'est 
encore que les pierres qui en composent les 
parois sont sculptées et couvertes de des- 
sins bizarres que l'auteur compare au ta- 
touage des insulaires de la Nouvelle-Zélande. 
Quelques-uns des dessins sont en creux, 
d'autres sont en relief. Du reste il est im- 
possible d'interpréter ces figures étranges ; 
c'est un énigme indéchiffrable. Voij. Tlml- 
lls, Celtique, Dolmen. 

GALIMATIAS. — Frézier, célèbre par 
son Traite' d'architecture, appelle galimatias 
dorés des ornements de sculpture, de pein- 
ture, de dorure, qui sont mal rangés et mis 
à contre-sens. Quoique cette expression 
puisse paraître singulière à quelques per- 
sonnes, nous avons cédé à la tentation de la 
mettre ici, parce qu'elle peint d'une ma- 
nière très-pittoresque la confusion qui rè- 
gne quelquefois dans les ornements de 
mauvais goût qui ont été infligés souvent à 
nos églises. 

GALLO-ROMAIN. — On désigne, sous le 
nom de gallo-romain, le style d'architecture 
qui a présidé, dans nos contrées, h la cons- 
truction de plusieurs édifices importants, 
dont nous contemplons les ruines avec éton- 
ncment, h l'époque de l'invasion et de la 
domination romaine. 11 n'entre pas dans le 
plan d'un dictionnaire d'archéologie sacrée 
de décrire minutieusement les restes des 
monuments gallo-romains que nous rencon- 
trons, de toutes parts, dans notre pays. 
Nous renvoyons le lecteur, désireux de con- 
naître ce qui a été fait sur cette importante 
matière, au résumé donné par M. de Cau- 
monl dans son Cours d'Antiquités nationa- 
les. Nous donnerons cependant ici une courte 
notice sur la manière dont ces édifices fu- 
rent bâtis, en tant qu'elle se rapporte à la 
construction de nos premiers monuments 
chrétiens. Voy. Goths, Age des édifices. 
Commençons par une note sur un temple 
gallo-romain. 

Temple païen de l'époque gallo-romaine men- 
tionné par saint Grégoire, éiéquc de Tours. 
(Greg. Tur. lib. ï, cap. 30.) 
« Le trône impérial fut occupé en 27 e lieu 
par Valérien et Gallien, qui excitèrent con- 
tre les chrétiens une grande persécution. 
Alors le bienheureux sang de Corneille et 
de Cyprien illustra les villes de Rome et de 
Carthage. Dans le même temps Chrocus, roi 
des Alemans, ayant levé une armée, enva- 
hit les Gaules. Ce Chrocus était d'une arro- 
gance extrême. S'étant rendu coupable de 
quelques actes iniques, par le conseil, dit- 



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on, d'une mère perverse, il rassembla, comme 

nous l'avons dit, la nation des Alemans, se 
répandit dans toutes les Gaules et détruisit 
jusqu'aux fondements tous les édifices an- 
ciens. Etant venu à Clermont, il brûla, ruina, 
renversa le temple que les Gaulois, dans 
leur langue, appelaient Yasso, monument 
d'un travail et d'une solidité admirables. 
Ses murailles étaient doubles : elles étaient 
construites intérieurement avec de petites 
pierres et avec de grandes pierres carrées à 
l'extérieur ; leur épaisseur était de ;}() pieds, 
le marbre mêlé à la mosaïque recouvrait les 
parois intérieures; !e pavé môme était de 
marbre, et la couverture en plomb. » 

Quelques savants disent que les anciens 
Gaulois désignaient, par le nom de Yasso, 
le dieu Mars; d'autres ont conjecturé que ce 
temple était consacré a Mercure, d'après un 
passage de Pline l'Ancien, liv. ni, ch. 7, qui 
rapporte que, de son temps, Zénodore cons- 
truisit en Auvergne un grand temple en 
l'honneur de ce Dieu. (M. Guizot.) Quoi 
qu'il en soit de cette opinion, d'après le 
même saint Grégoire, nous savons qu'un 
grand nombre de temples dédiés à des divi- 
nités païennes avaient été érigés dans les 
villes principales des Gaules. 

Jusqu'au iv» siècle, l'art romain fut tres- 
fforissant dans les Gaules. Depuis Constan- 
tin jusqu'à la défaite de Syagrius , nous 
voyons les empereurs continuer à venir vi- 
siter notre pays pour le défendre contre les 
invasions incessantes des barbares, Ger- 
mains, Saxons, Burgondes, Hérules, qui 
fondent sur nos provinces avec un acharne- 
ment infatigable. Aucune défaite ne peut les 
dompter. Julien cependant parvint à les sou- 
mettre. C'est après ses victoires qu'il sé- 
journa à Lutèce , aujourd'hui Paris , où il 
s'était bâti un vaste palais dont nous voyons 
encore les thermes en ruines. On y a établi 
récemment un musée d'objets gallo-romains, 
découverts à Paris ou dans les environs. 
C'est une idée excellente, et l'on ne pouvait 
choisir un emplacement plus convenable à 
la conservation d'une collection d'antiquités 
gallo-romaines, que les restes imposants d'un 
palais bâti à l'époque gallo-romaine. 

Il n'y a pas, peut-être, un seul départe- 
ment en France, que dis-je? un seul canton, 
qui n'offre quelques vestiges de construc- 
tions gallo-romaines. Dans quelle localité, 
en effet, n'a-t-on pas trouvé des ruines de 
murailles, de voies antiques, de débris de 
[loteries, des indications de campement, etc.? 
Combien de villes importantes présentent, à 
la curiosité des voyageurs et des archéolo- 
gues des arcs de triomphe, des théâtres, des 
aqueducs et des thermes? 

Arrêtons- nous aux caractères généraux 
des constructions , caractères qui se sont 
trouvés exprimés dans les premiers temples 
consacrés au vrai Dieu, dans nos provinces, 
et souvent sur l'emplacement actuel de nos 
magnifiques cathédrales. 

Le moitier employé à l'époque gallo-ro- 
maine se composait de chaux vive mêlée de 
sable, auquel on ajoutait des fragments de 



tuiles pulvérisées (testœ tusœ); c'est là ce qui 
distingue les ciments antiques de ceux qui 
ont été employés postérieurement. M. Vicat 
a fait sur ces ciments de nombreuses expé - 
riences, qui toutes ont prouvé que la supé- 
riorité de ces mortiers consistait dans les 
proportions suivant lesquelles on mêlait de 
la chaux plus ou moins grasse avec un sable 
plus ou moins argilleux. ( Champollion, 
Archeol., loin. I, pag. 33'.) Leurs enduits 
élaient préparés avec le même soin. Ainsi le 
tectôrium opus, dont on couvrait les pla- 
fonds et les murs intérieurs des apparte- 
ments, étonne aujourd'hui par sa parfaite 
conservation. 11 était fait aussi avec de la 
chaux et du sable; si l'on mettait un peu de 
marbre pulvérisé, l'enduit était appelé mar- 
tnoratum. h' opus album, albarium ou coro~ 
narium, était ce que nous appelons présen- 
tement du stuc. Le lectorium opus s'em- 
ployait de la manière suivante. On étendait 
successivement sur la muraille trois couches 
de mortier fait avec du marbre. Cet enduit, 
d'un pouce d'épaisseur, acquérait une grande 
solidité, ne s'écaillait en aucune façon, et 
présentait une surface polie, que l'on recou- 
vrait presque toujours de peintures ou de 
brillantes couleurs. Les ruines de Pompéi 
et d'Herculanum ont fourni des débris pré- 
cieux dans ce genre de travail; on a pu les 
scier, les détacher des murailles et les em- 
porter pour les placer dans les musées de 
Napies, de même que les Romains, bien 
longtemps avant la conquête des Gaules, 
s'étaient emparés des fresques de la Grèce 
et en avaient décoré les édifices de Home. 

Pour couvrir le fond et les parois des ci- 
ternes, on composait, suivant Vitruve, un 
mortier avec cinq parties de sable et deux 
de chaux. Le genre de construction faite 
avec ce mortier s'appelait siyinum opus. Il 
ne nous reste plus qu'à parler du maltlia, 
Cfui servait à enduire l'intérieur des aque- 
ducs. Il était composé de chaux vive, ré- 
duite en poudre, trempée dans du vin et 
broyée ensuite avec du saindoux et des 
ligues. Selon Festus, on employait encore 
de la poix et de la cire. Les parties sur les- 
quelles on voulait étendre le maltha étaient 
préalablement frottées d'huile. 

Dans l'étude et la description des monu- 
ments gallo-romains et de tout édifice, en 
général, on doit toujours prendre en consi- 
dération l'espèce d'appareil avec lequel ils 
sont construits, c'est-à-dire la forme, l'agen- 
cement et la disposition des matériaux. Une 
remarque à faire, c'est que des matériaux 
bien choisis et bien ajustés indiquent tou- 
jours un art très-avancé. 

On comprend qu'il est impossible de rien 
fixer, d'une manière générale, sur la nature 
des pierres mises en œuvre durant l'époque 
gallo-romaine. Les Romains se servaient des 
pierres que les localités leur fournissaient. 
Quant à la manière suivant laquelle ces ma- 
tériaux étaient disposés pour faire des murs, 
c'est-à-dire quant au caractère de leur ma- 
çonnerie, on peut donner des règles pré- 
cises. 



153 



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VSi 



Les Romains usèrent de plusieurs systè- 
mes de construction. Vopus incertain ou an- 
tiouum consistait à employer des pierres 
telles qu'on les tirait des carrières, et à les 
adapter les unes aux autres, sans ordre ni 
rang d'assises, mais de manière «à ce qu'elles 
lu>sent en contact par tous leurs bords. 

Vopus rcticulatum, le dicthyolheton des 
Grecs, était formé de pierres taillées eflrré- 
mcnt et disposées de manière que la ligne 
des jointures formât une diagonale, ce qui 
donnait au mur l'apparence d'un réseau. 
Cette manière de bâtir est ce que nous appe- 
lons maçonnerie mouillée. Vitruve assure que 
de son temps, c'était celle dont on se servait 
le plus souvent. 

A l'époque gallo-romaine, on bâtissait as- 
sez fréquemment des murs de briques. Ils 
sont formés de briques triangulaires, dont 
l'angle le plus aigu est tourné en dedans. Le 
vide compris entre les parements intérieur 
et extérieur, est garni d'un blocage de pier- 
railles et de tuiles jelées pêle-mêle a bains 
de mortier. Le mur est traversé de quatre 
pieds en quatre pieils , et dans toute son 
épaisseur, par de grandes briques qui ratta- 
chent le centre du mur aux deux parements. 
La surface extérieure des parements des 
murs de briques, ainsi que celle de Yopus 
incertum, recevait une couche de mortier. 
Cet appareil est analogue à Yemplecton des 
Grecs. 

Vopus spicatum se compose de briques 
posées verticalement les unes à côté des au- 
tres, de manière à former un angle entre 
elles. L'ensemble de celle disposition peut 
être comparé à une arête de poisson ou à un 
épi de blé. Aux murs des édifices de la dé- 
cadence, on observe des bandeaux de bri- 
ques qui forment l'opus spicatum. On peut 
en voir un exemple à la façade de la curieuse 
église de Savenières, en Anjou, et à l'église 
de Saint-Jean, à Poitiers. Cet appareil, re- 
couvert d'un enduit, servait aussi de pavé, 
pavimentum, dans les maisons. 

Quant au grand appareil, nous dirons seu- 
lement qu'on le rencontre dans quelques 
monuments de l'époque gallo-romaine. Il 
est bien exécuté, composé de pierres d'un 
poids considérable; mais ce n'est pas dans 
cette espèce d'appareil que l'on trouvera les 
meilleuis caractères pour reconnaître les 
constructions gallo-romaines. Il n'en est pas 
de même du petit appareil. Les parements 
des murs du petit appareil sont formés de 
pierres symétriques , à peu près carrées, 
dont chaque face a de trois à quatre pouces, 
quelquefois même de cinq à six pouces. Il 
arrive aussi que la pierre a la forme d'une 
pyramide tronquée, dont le sommet est en- 
gagé dans l'épaisseur du mur. Le plus sou- 
vent ces murs présentent des chaînes hori- 
zontales de tuiles ou de briques qui sont 
employées autant comme ornement que 
pour maintenir le niveau des petites pierres 
de revêtement. Ces briques ont IV ou 10 
pouces de long, sur 10 ou 12 de large; elles 
sont enchâssées, ainsi que les pierres, dans 
d'épaisses couches de mortier. Cet appareil 



est celui, peut-être, qui a été le plus usité 
dans les Gaules. On le retrouve dans un 
très-grand nombro de constructions gallo- 
romaines. 

Le pavé des appartements (pavimentum) 
se faisait à peu près de la même manière 
que la chaussée des voies, mais sur une 
échelle plus petite. Les différents lits qui le 
composaient ont varié beaucoup pour le 
nombre et la disposition. La surface du pavé 
était faite tantôt de briques, tantôt de pier- 
res polies, tantôt de marbre, de jaspe, de 
porphyre, etc., de différentes formes. Si les 
pièces de rapport présentaient une configu- 
ration circulaire, on les appelait scutula, 
petits boucliers; les pierres triangulaires 
portaient le nom de trigona; les quadrangu- 
laires, de quadrala ; enfin, si elles avaient 
six angles, on les comparait à des rayons 
de miel, favi. Ces pièces pouvaient être en- 
core octogones, pentagones, heptagones, etc. 
On les colorait artificiellement. Celte espèce 
de pavé était la marqueterie, Yopus segmen- 
tât um, Yopus sectile. 

La mosaïque était appelée opus musivum, 
musaîcum, mosaïeum , opus tesscllatnm et 
opus vermiculatum, parce que les cubes de 
pierre dont se composait le pavé suivaient 
des lignes courbes et imitaient ainsi la 
marche des vers. Yoy. Mosaïque. Après la 
conquête des Gaules, les mosaïques devin- 
rent très-communes dans notre pays, ainsi 
qu'il est facile d'en juger par le grand nom- 
bre de celles qu'on a découvertes à Lyon, à 
Nîmes, à Vienne, à Aix, à Orange, à Evreux, 
à Autun, à Reims, etc. 

Pour déterminer l'âge relatif des différen- 
tes mosaïques, on doit avoir égard à la na- 
ture des matériaux employés : plus ils se- 
ront multipliés, et surtout s'ils sont factices, 
moins la mosaïque sera ancienne. La perfec- 
tion du dessin, le plus ou moins de mérite 
de la composition du sujet, sont aussi d'ex- 
cellentes indications. 

Nous devons donner quelques détails sur 
la fabrication des tuiles romaines. On en 
trouve une si grande quantité, qu'elles peu- 
vent fournir d'excellents renseignements 
sur la position des établissements gallo-ro 
mains. L'art de cuire la terre s'appelle en 
latin {itjlina ou fiyulina. Cet art comprenait 
deux sorles d'ouvrages : 1° ceux qui étaient 
faits à,, la roue étaient dits testa (Pline, llist. 
nat., lib. xv, cap. 12); c'e^t pourquoi Les 
poteries sont nommées vasa testacea, opéra 
testacea; 2° ceux ensuite qui se faisaient 
dans les moules avaient le nom de lateres 
[quod loti formentur, circumactis linéique 
quatuor labulis. (Isid. de Séviile, Oriyin. hb. 
xv, cap. 8.) Nous ne parlerons que de ces 
derniers. 

Il y en a de trois espèces différentes: 
1* le carreau pour paver, tissera, qui affecte 
diverses formes, et qui est tantôt un carré, 
tantôt un hexagone ; 2° les briques employées 
dans la maçonnerie, lateres ou laterculi (Vi- 
truve, lib. u, cap. 3). Pline en distingue de 
trois grandeurs : 1 la lydienne, qui a une 
palme cl demie de long sur une de large; 



H5 G AL 

2" le tetradoron et le pentadoron. Gênera co- 
rum tria : lydion, quo utimur, longum sesqui- 
pcde, latum pcdc; alterum, tetradoron; ter- 
tium, pentadoron. (Plin. lib. xxxv, cap. 14). 
Ces deux espèces ont la môme largeur que 
la précédente; mais elles ont quatre et. cinq 
palmes de long. 3° Les tuiles pour rouvrir 
les toits des maisons. Si la tuile est plate 
elle s'appelle tegula, quod œdes tegat, dit Isi- 
dore de Séville; si elle est courbe, elle s'ap- 
pelle imbrex ou festicre. 

On combinait ces deux systèmes de tuiles 
pour former les toits des maisons. Les tuiles 
plates étaient munies de rebords sur deux 
de leurs côtés et s'adaptaient les unes au 
bout des autres par leur extrémité non bor- 
dée. Les courbes servaient à couvrir les 
jointures des précédentes deux à deux, pour 
prévenir l'infiltration des eaux. 

Les briques employées dans la maçonne- 
rie remontent à une haute antiquité. On ne 
peut cependant rien fixer de certain à cet 
égard, car il est constant qu'elles ont été 
employées de cette manière à partir de Gai- 
lien jusqu'aux iv e et v* siècles, et même plus 
tard. Comme ornement mural, on en faisait 
des corniches et des moulures. Leur usage 
même s'est perpétué jusqu'au ix e siècle dans 
l'archivolte des cintres. 

Nous possédons encore en France de 
beaux restes des monuments religieux bâtis 
à l'époque ga'lo-romaine. La Maison-Carrée 
de Nîmes est un temple que l'on croit avoir 
été consacré aux petits-lils d'Auguste, et 
qui doit remonter à la première année de 
l'ère chrétienne. Son ordonnance est corin- 
thienne; il est pseudo-périplère, parce qu'il 
a sur les côtés des colonnes engagées; pro- 
style, parce qu'il n'a de portique que sur une 
face; hexastyle parce qu'il a six colonnes 
sur la façade ; son entre-colonnement est 
pyenostyle, parce qu'il a trois modules. 

En 1822, quand on restaura la Maison-Car- 
rée sous l'influence et la direction de M. de 
Villiers du Terrage, préfet du Gard, on pra- 
tiqua des fouilles qui permirent de voir de 
longues murailles parallèles au monument 
et une suite de bases de colonnes encore en 
place, des fûts renversés et des débris de 
chapiteaux; cette découverte a prouvé que 
le temple était entouré d'une enceinte sa- 
crée. Enfin, il a été démontré que cette co- 
lonnade s'étendait assez loin, de manière à 
circonscrire un forum. Tout cet édifice est 
d'un goût très-pur et doit passer pour un 
des plus beaux de toute la période gallo- 
romaine. On doit de jusles éloges à la science 
et au zèle de M. le vicomte de Villiers du 
Terrage, qui a rendu à l'observation des sa- 
vants et des amateurs cet édifice remarqua- 
ble, dans toute la pureté de sa disposition 
architecturale primitive. 

Nous ne nous étendrons pas davantage 
sur les édifices de l'époque gallo-romaine. 
Nous ajouterons que ces éditices nous ont 
procuré la connaissance d'une très-grande 
quantité d'inscriptions latines. Ces inscrip- 
tions sont d'un haut intérêt pour l'histoire. 



CAL 



t.'iG 



Elles nous fournissent des renseignements 
précieux sur la hiérarchie des pouvoirs, la 
généalogie des hommes illustres, la chro- 
nologie des événements fameux , sur les 
croyances et les usages des peuples qui ont 
vécu aux premiers siècles de l'ère chré- 
tienne. 

On a proposé plusieurs classifications mé- 
thodiques des inscriptions. La plus simple 
et la plus rationnelle est sans contredit celle 
qu'on trouve dans l'ouvrage d'Orelli sur l'épi- 
graphie : Jnscriptionum lalinarum sclectarum 
amplissima collectio. Non-seulement il a 
adopté les grandes divisions : religion, his- 
toire, géographie, etc., mais il a établi, en 
outre, plusieurs subdivisions essentielles, 
sous le titre de Historia litteraria, studia, 
ludi, res scenica, magistrat us et honores ve- 
teris reipublicœ, opéra publica, res munici- 
pales, vita conimunis, matrimonium, sententiœ 
sépulcrales, etc., etc. Ce qui rend les inscrip- 
tions latines difficiles à interpréter, ce sont 
les abréviations. Pour en faciliter l'étude, 
M. Champollion-Figeac a dressé un tableau 
succinct des principales abréviations que 
l'on trouve dans les inscriptions gallo-ro- 
maines. Ce petit tableau nous a semblé si 
utile que nous n'avons pas hésité aie placer 
ici. [Archéol. encyclop. portât, tom. II, pag. 
193 et suiv.) : 

A.,ager; annis; augustales; aiigustalis. 

A. A., apud agrum. 

AB. AC. SEN., ab actis senatus. 

M. CVR., œdilis curulis. 

A. FRVM., a fr ument o. 

A. H. D. M., amico hoc dédit monument um. 

A. K., ante kalendas. 

A. O. F. C, amico optimo faciendum ai- 
rain t. 

A. P., œdilitia potestate; amico posuit. 

A. S. L., animo solvit libens; a signis le- 
gionis. 

A. T. V., aram iestamento vovit. 

A. XX. H. EST., annorum viginli hic est. 

B. A., bixit (pro vixit) annis. 

B. DE. SE. M., bene de se merito, vel me- 
ritœ. 

B. M. D. S., bene merenti, vel bene merito 
de se. 

B. P. D., bono publico datum. 

B. Q., bene quiescat. 

B. V., bene vale. 

BX. ANOS. VIL ME. VI. DL XVII. , vixit 
annos septem, menses sex, dies septem et de- 
cem. 

7, centuria, centurio. 

C, centurio. 

C. B. M., conjugi bene merenti; et F., con- 
juqi bene merenti fecit. 

CENS. PERP. P. P., vc/CENS. PERP. p. r., 
vel CENS. P. P. P., censor perpctuus, pater 
patriœ. 

COH. I. AFR. C. R., cohors prima Africa- 
norum civium romanorum; FL. BF., flavia 
beneficiariorum. 

C. I. O.N. B. M. F., civium illius omnium 
no mine bene merenti fecit. 

C. K. L. C. S. L. F. C, conjugi carissimo 
loco concesso sibi libenter fieri CUravit. 



IR7 



CAL 



C. P. T., curavit poni titulum. 
C. R., civis romanus ; civium romanorum ; 
inravcrunt refici. 

C. S. H. S. T. T. L., commun! sumptu hœ- 
redum, sit tibi terni Itvis. 

D., âecimus; decwia; decurio; tkdicacit; 
tiédit; dévolus; dits; diis; divus; dominas; 
domo; domus; quinquaginta. 

D. C. D. P., decuriones coloniœ dcderunt 
publiée. 

I). I)., dédit, dedicavit. 

D. D. D. S., deereto dccurionum datum sibi; 
dono dédit de suo. 

D. K. OCT., dedicatum halcndis octobris. 

D. M. ET. M., diis manibus et memoriœ. 

D. N. M. E., dévolus numini majcstatis 
ejus. 

1). 0. S.,Deo optimo sacrum; diis omnibus 
sacrum. 

I). PP. D. D., de propria peeunia dedica- 
verunt; de peeunia publiai dono dédit. fc 

1) S. F. C. H. S. E., de suo faciendum cn- 
ravit, hic si tus est. 

D. T. S. P., dédit tumulum sumptu pro- 
prio. 

E. CVR., erigi curavit. 

EDV. P. D., edulium populo dédit. 

E. E., ex edicto ; ejus œlas. 

E. H. T. N. N. S., externum hœrcdem titu- 
lus noster non sequitur. 

E. I. M. C. V., ex jure manium cotiser tum 
voco. 

E. S. ET. LIB. M. E., et sibi et libertis mo- 
numentum erexit. 

E. T. F. I. S., ex testamenlo fieri jussit 
tibi. 

E. V.L. S., ei votum libens solvit. 
FAC. C, faciendum curavit. 

F. C, facere curavit; faciendum curavit; 
fecit conditorium; felix constans; fidei com- 
mission; fieri curavit. 

F. H. F., fieri hœrcs fecit; fieri hœredcs fe~ 
cerunt. 

F. F. D.P. S., fieri fecit de peeunia sua. 

F. M. D. D. D., fecit monumentum datum 
deereto dccurionum. 

F. P. D. D. L. M., fecit publiée deereto dc- 
curionum locum monumenti. 
F. Q., flamen quirinalis. 
F. T. C, fieri testamento curavit. 

F. V. F., fieri vivais fecit. 

G. L., genio loci. 
G. M., genio malo. 

G. P. EL, genio, seu gloriœ populi Romani. 
G. R. D., gratis datus, vel dedit. 
G. S., genio sacrum; genio senatus. 

G. V. S., genio urbis sacrum; gratis votum 
solvit. 

H., habet; hac; hastalus; hœrcs; hic; ho- 
mo; honesta; honor ; horis; hostis. 

H. B. M. F., hœrcs bene merenti fecit. F. C, 
faciendum curavit. 

H. C. CV., hic condi curavit; hoc cinera- 
rium constituit. 

H. 1). 1)., hœredcs dono dedere ; honori do- 
mus divinœ. 

HE. M. F. S. P., hœrcs monumentum fecit 
sua peeunia. 



CAL 138 

HIC. LOC. HER. N. S. vol HIC. LOC. 
HER. NON. SEQ., hic locus hœrcdem non $>>- 
(jiutur. 

H. L. H. N. T., hune locum hœrcs non tc- 
neal. 

H. M. AI). H. N. T. vol H. M. AD. H. N. 
IRAN., hoc monumentum ad hœredes non 

transit. 

H. N. S. N. L. S., hœres non sequitur nos- 
tram locum sepullurœ, vel hœrcdem lo- 
cus, etc. 

HOC. M. H. N. F. P., hoc monumentum 
hœredes nostri feccrunt poncre. 

H. P. C, hœrcs ponendum curavit; hic po- 
nendum curavit. L. D. D. D., hœrcs ponendum 
curavit loco dato deereto dccurionum. 

H. S. C. P. S., hic suum curavit poni sepul- 
crum; hoc sepulcrum condidit peeunia suu; 
hoc sibi condidit proprio sumptu. 

H. T. V. P., hœrcs titulum vivus posuit; 
hune titulum vivus posuit. 

I. AG., in agro. 

I. C.,judex cognitionum. 

I. D. M., inferis diis maledictis; Jovi dco 
ma g no. 

I. F. P. LAT., in fronte pedes latum. 
IL V. DD., duumviris dedicanlibus. 

II. Y. AYG., duumvir augustalis. 
II. V. COL., duumvir coloniœ. 

II. AIR. I. D., duumvir juri dieundo. 

IL VIR. QQ. Q. R. P. O. PEC. ALMENT., 
duumviro quinquennali quœstori reipublicœ 
operum pecuniœ alimentariœ. 

III. Y 111. AED. CER., triumvir œdilis ce- 
realis. 

IIII. VIR., quatuorviratus. 

IIII. V. A. P. F., quatuorviri argento pu- 
blico feriundo, vel aura, loco argento. 

IIII. yiREI. IOYR. DEIC, quatuorviri juri 
dieundo. 

IIIIII. VIR. QQ. I. D., sexvir quinquennalis 
juri dieundo. 

IN. AG. P. XV. IN. F. P. XXV., in agro 
pedes quindecim , in fronte pedes viginti 
quinque. 

I. O. M. D. D. SAC, Jovi optimo maximo* 
diis deabus sacrum. 

I.P., indulgcntissimo patrono ; innocentis- 
simo puero ; in pace ; jussit poni. 

I. S. \'. P., impensa sua vivus posuit ; vel 
vivi postière. 

K. B. M., carissima. vel carissimo bene 
merenti. 

K. CON. D., carissimœ conjugi defunclœ 

K. D., kalendis decanbris; capite diminu- 
tus. 

L., liberta ; Lucia. 

L. R. M. 1)., libens bene merito dicavil; lo- 
cum bene merenti dedit, vel libertœ, seu li- 
ber to. 

L. F. C, libens fieri curavit ; libertis facien- 
dum curavit; libertis fieri curavit, vel locum, 
mit lugens. 

LIB. ANLM. VOT.j libero anima votum. 
L. L. FA. Q. L., libertis, libertubus, fami- 
liisqm îibertorum. 

L. M. T. F. L, locum monumenti testa- 
menlo fieri jussit. 



I5U 



GAL 



G AL 



iOO 



LOC. D. EX. ]). D , locus datai ex décret o 
decurionum. 

L. P. C. D. D. D., locus publier coneessus, 
datur decreto decurionum. 

L. Q. ET. LIB., libertisque et liber tabus. 

L. XX. N. P., sestertiis viginti numinum 
pendit. 

MAN. 1HAT. H., mânes iraios habeat. 

M. B., mcmoriœbonœ ; merenti baie; millier 
bona. 

M. D. M. SACR., magnœ deum matri sa- 
crum. 

MIL. K. PR M milites cohords prœtoriœ. 

M. P. V., millia passuum i/uinf/ur; monu- 
mentum posait vivens, tel memoriam. 

NAT. ALEX., nutione Alcxiuulrinus. 

NB. G., nobili génère. 

N. D. F. E., ne de familia exeat. 

N. H. V. N. AVG., nuncupavit hoc votum 
numini auguste, 

N. N. AVGG. IMPP., nostri augusli impe- 
ratores. 

NON. TRAS. H. L., non transilias hune 
locum. 

N. T. M., numini tutelari municipii. 

N. V. N. D. N. P. O., neque vendetur, ne- 
que donabitur, neque piqnori obligabitur. 

OB. HON. AVGVR., ob honorem augura- 
tus;... II. VIK., duutnviralus, 

O. C, ordo clarissimus. 

O. E. B. Q. C, ossa ejus bene quiescant 
condita. 

O. H. IN R. S. F., omnibus honoribus in 
republica sua funelus. 

O. LIB. LIB., omnibus libertis liber tabus. 

O. O., ordo optimus. 

OP. DOL., opus doliare, scu opus dolia- 
tum. 

P. B. M., patri bene merenti, vel patrono, 
seu posuit. 

P. C. ET. S. AS. D., ponendum curavit et 
sub ascia dedicavit. 

PED. Q. B1N., pedes quadrati bini. 

P. GAL., prafectus Galliarum , vel prœses. 

PI A. M. H. S. E. S. T. T. L., pia mater 
hic sita est ; sit tibi terra levis. 

P. M., pas sus mille; patronus municipii', 
pedes mille; plus minus ; pontifex maximus . 
post mortem; posuit merenti; posuit mœrens; 
posuit monumentum. 

P. P., pater patriœ; pater patratus; pater 
patrum; patrono posuit; pecunia publica; 
perpetuus populus ; posuit prœfectus ; prœ- 
tori propositus ; propria pecunia; pro por- 
tione; proprœtor ; pfovincia Pannoniœ; pu- 
bliée posuit ; publiée proposition ; Publii duo. 

P. Q. E., vel P. ()• EOR., poster isque eo- 
rum. 

P. S. D. N., pro sainte domini nostri. 

P. V. S. T. L. M., posuit, voto suscepto, 
titulum libens merito. 

Q. K., quœstor candidatus. 

Q. PR. vel Q. PROV., quœstor provinciœ. 

Q. R. vel Q. R. P., quœstor reipublicœ. 

Q.V.A.I., qui vel quœvixit annum unum; 
A. III. M. IL, annos très inenses duos ; A. L. 
M. IIII. D. Y., aunos quinquaginta, menscs 
quatuor, dies quinque ; A. P. M., qui vixit... 
annos plus minus. 



R. C, Romana civitas ; Romani cives. 

R. N. LONG. P. X., rétro non longe pedes 
decem. 

ROM. ET. AVG. COM. ASL, Romœ et Au- 
guste communitates Asiœ. 

R. P. G., reipublicœ causa; reipublicœ con- 
servator; reipublicœ constituendœ ; rétro pe- 
des centum. 

R. R. PROX. CIPP. P. CLXX1I1L, rejectis 
ruderibus proxime cippum pedes centum sep- 
tuaginta quatuor. 

B. S. P.,requielorium sibi posuit. 

S., sacellum; sacrum; scriptus ; semis; sé- 
nat us ; sepulcrum ; sequitur; servit; sibi; sin- 
guli ; situs; solvit; slipendium. 

S., uncia 

S., cenluria. 

S., semuncia. 

SB., sibi; sub. 

S. D. D., simul dederunt, vel dedicaverunt. 

S. ET. L. L. P. E., sibi et libertis libcrta- 
bus posteris ejus. 

S. F. S., sine fraude sua. 

SGN., signum. 

S. M. P. L, sibi monumentum poni jussit. 

SOL. PVB. S. P. D. D. D., solo publico sibi 
posuit, dato decreto decurionum. 

S. P.C., sua pecunia constituât; sumptu 
proprio curavit. 

S. T. T. L., sit tibi terra levis. 

S. V. L. D., sibi vivais locum dédit. 

TABYL. P. H. C., tabularius provinciœ 
Hispan iœ citerioris. 

T. G., testamento constituit, vel curavit. 

T. T. F. Y . , titulum testamentum fieri voluit . 

V. C. P. V., vir clarissimus prœfectus urbi. 

V. D. P. S., vivens dédit proprio sumplu; 
vivais de pecunia sua. 

V. E. D. N. M. Q. E., vir egregius devotus 
numini majestatique ejus. 

VI. ID. SEP., sexto idus septembris. 
ATI. VIR. EPVL., septemvir epulonum. 
V. L. A. S., votum libens animo solvit. 
VO. DE., vota décennal ia. 

V. S. A. L. P., voto suscepto animo libens 
posuit. 

y. S. L. M., votum solvit libens merito. 

V. y. C. G., viri clarissimi. 

VX. B. M. F. H. S. E. S. T. T. L., uxor 
bene merenti fecit, hic situs est : sit tibi terra 
levis. 

X., mille. 

X. ANNALIB., decennalibus 

X. IIII. K. F., decimo quarto kalcndas fe- 
bruarii. 

X. VIR. AGR. DAND. ADTR. IVD., de- 
cemvir agris dandis attribuendis judicandis. 

XV T . VIR. SAC. FAC., guindecanvir sacris 
faciendis. 

XXX. P. IN. F., triginta pedes in fronle. 

XXX. S. S., trigesimo stipendio sepultus. 

Telles sont les principales abréviations 
usitées dans les inscriptions gallo-romaines; 
on a pu voir que souvent une même lettre 
était l'initiale de plusieurs mots différents; 
dans ce. cas, c'est le sens général de l'ins- 
cription qui indiquera le mut véritable 
quelle représente. Avec un peu d'habitude 
et de sagacité, il est facile de distinguer les 



m 



GAN 



CAR 



IOâ 



noms propres des antres substantifs. Pour 
les familles romaines, le nom de la tribu à 
laquelle elles appartenaient se trouve ex- 
primé, mais le mot tribu esl toujours sous- 
entendu. Pour les dates, elles sont déduites 
de l'indication que fournit l'année du règne 
de l'empereur sous lequel le monument a 
été élevé, ou (lu nombre des tribunitics de 
l'empereur, qui correspond toujours au 
nombre des années qu'il a passées sur le 
trône. Les consulats ne donnent pas un ren- 
seignement toujours précis, car un empe- 
reur pouvait n'avoir été consul que quel- 
quefois seulement pendant un long espace 
de temps. Enfin, nous ferons une dernière 
remarque : c'est que les titres des empe- 
reurs sont très-nombreux, et qu'il était 
d'usage qu'on appliquât a chacun de ces 
princes, après sa mort, l'épithètè de divus. 
On trouve dans les traités de Diplomatique, 
dans V Art <lc vérifier les dates, dans les chro- 
nologies, l'indication des années auxquelles 
correspondent les tribunats et les consulat» . 
que fourniront les suscriptions. 

GALONS. — Il n'y a aucune différence 
caractéristique entre les galons et les bande- 
lettes. Voij. Bandelette. Les galons sont or- 
dinairement ornés de perles, et comme les 
bandelettes ils forment des entrelacs très- 
élégants. 

GANTS. Les gants portés, dans les céré- 
monies de l'Eglise, par les évoques et les 
autres dignitaires ecclésiastiques, étaient au- 
trefois brodés en or et en argent, avec beau- 
coup de magnificence. Nous ne parlons ici 
que des temps passés, car nous ne quittons 
jamais le point de vue archéologique pour 
tous les objets à l'usage de l'Eglise et consa- 
crés par la liturgie. On en voit de beaux: et 
curieux spécimens aux mains des statues 
couchées sur des tombeaux. Il en est de 
même pour les vitraux peints, les pierres 
tombales, les cuivres funéraires et les ma- 
nuscrits à miniatures. Les gants du vénéra- 
ble évoque Wykeham, de soie rouge, avec 
le monogramme de Dieu en or, sont gardés 
à New -Collège, Oxford. 

Catalani, dans ses Explications du Pontifi- 
cal romain, dit que primitivement les gants 
n'étaient pas portés seulement par les évo- 
ques, mais encore par les prêtres. 11 est dif- 
ficile de savoir, selon Le même auteur, de 
quelle matière étaient dans le principe les 
gants portés par les évoques. Bruno, évêque 
de Segni, dit qu'ds étaient en lin et blancs, 
pour marquer la pureté et l'innocence. Bzo- 
vius rapporte que les gants avec lesquels 
Boniface VI11 fut enterré , étaient blancs, 
élégamment travaillés à l'aiguille, avec une 
riche bordure garnie (fis perles. Durand, évê- 
que de Mende, écrivait, dans son Bationale 
âivinorum officiorum, que les gants devaient 
être blancs, et il ajoute la remarque sui- 
vante : « Pcr ipsasvero chirotecas albas, cas.- 
titas et munditia denotatur, ut manus, id 
esl operationes sint mundœ, et ab omni 
solde inmiuncs. » Le Monasticon Anglica- 
num nous apprend que les gants étaient fré 
quemment garnis de pierrôs précieuses. 



Cette signification symbolique des gants e^t 
confirmée par plusieurs passages des an- 
ciens livres liturgiques. Dans un missel dîl- 
lyrie, que l'on croit être du xr siècle, on 
voit qui; l'évoque, en prenant ses gants avant 
la messe, doit réciter la prière suivante: 
Creator loti us créatures a ignare me indi- 
gnum famulum tuum indumentis justitiœ et lœ- 
tiliœ induere, ut puris manibus ante conspee- 
tum tuum assislere merear. L'Ordo ro)nanus, 
en parlant de la consécration d'un évêque, 
dit que le nouvel évêque, au moment où il 
prend les gants, doit réciter la prière qui 
suit : lmmensam clcmentiam tuam rogamus, 
omnipotens et piissime Dcus, ut matins istius 
fumuli lui palris nostri, sicut exlerius obilu- 
cuntur manicis istis, sic interius purgenlur 
lore tuœ benedictionis. Dans un autre mis- 
sel on lit cette prière : Digna manus nostras 
Christi cuslodia servit, ut tractare queant 
nostrœ monuments salulis. 

Dans l'inventaire de l'ancienne cathédrale 
de Saint-Paul, à Londres, il est fait mention 
de gants ornés de pierreries, et il est ques- 
tion, en particulier, d'une paire de gants en- 
richis de plaques d'argent doré et'du pierres 
précieuses. Nous trouvons les mêmes ren- 
seignements dans l'inventaire de la cathé- 
drale de Cantorbéry : Cirotccœ H. de Win- 
chclcse cum perlis et gemmis in plata quu- 
drata. — Item, par unum cum lasselis argeu- 
tels et parvis lapidibus. — Item, quatuor pa- 
ria cum lasselis argenleis. — Item, par unum 
de lino, cum tassciis et perlis. (llist. de la 
cath. de Cantorbéry, parDart, append. X1I1.) 

Cl. do Vert dit, dans son ouvrage sur les 
cérémonies, que le grand chantre de Saint- 
Gatien de Tours a coutume de porter des 
gants semblables à ceux des évêques, afin 
de tenir le bâton cantoral. La coutume men- 
tionnée par dom Cl. de Vert subsiste do 
nos jours. 

GARGOUILLES. — Dans les dispositions 
architecturales imprimées chez nous aux 
grandes constructions, à partir surtout du 
xiii c siècle, la dimension et l'escarpement 
des combles nécessitaient de larges déver- 
soirs, combinés de telle sorte que la projec- 
tion des eaux pluviales n'altérât pas les fon- 
dations et n'atteignit pas les passants habi- 
tués, en temps de pluie, à côtoyer les de- 
vantures en surplomb et les avant-soliers 
qui constituaient les façades en pignon de 
nos anciennes villes. La recherche du goût 
de ce temps exigeait aussi que chaque mem- 
bre d'architecture eût un caractère ouvragé 
qui rompit l'uniformité des lignes, comme 
faisaient, pour ces combles mêmes, les crê- 
tes, les lucarnes dentelées et à tympans, et 
les balustrades formant galerie. Les ouvriers 
d'entailleure ou ^ïcs menues œuvres, que ces 
travaux secondaires concernaient, trouvè- 
rent naturel de .lonner à ces dégorgeoirs en 
saillie, lancés par milliers dans l'espace, la 
forme de dragons-volants ou autres animaux 
chimériques, variés suivant l'inspiration à 
laquelle leur ciseau obéissait toujours. De là 
les noms de gargouilles, de tarasques, tirés 
des légendes de Rouen et de Tarascon, et 



tuô 



CAR 



CFA 



m 



conservés h tous les animaux Fantastiques ou 
non, faisant fonction de gouttières , même 
aux figures humaines. 

Le nom de gargouille n'était pas spécial 
au dragon de Rouen, et s'appliquait gênéri- 
quement et par corruption au (iranouilli de 
Metz, à. la Kraula de Reims, a la Grandyueule 
de Poitiers, etc. On Ta môme trouvé employé 
dans les vieux rituels de Provins, pour dési- 
gner la carcasse du dragon a gueule enflam- 
mée, qui, dans les processions des Rogations, 
figurait l'hérésie dont l'Eglise triomphe. 

II. 

Le savant jésuite, Ch. Cahier, dans le 
I" vol. des Mélanges d'archéologie, d'histoire 
et de littérature, donne de curieux détails 
sur les figures grimaçantes qui terminent les 
gargouilles et qui se trouvent en si grande 
quantité aux combles de nos grandes égli- 
ses. Il cherche à montrer que le mot magot, 
appliqué à ces figures monstrueuses, a une 
étymologie biblique et vient de magog. Join- 
ville, l'historien du roi saint Louis, parle 
des peuples de Got et Magot, gui dévoient ve- 
nir en la fin du monde aveegues V Antéchrist, 
quand il viendra pour tout destruire. Cette 
seule phrase nous apprend plusieurs choses 
sur le mot en question : elle établit, ou're 
son ancien usage dans notre langue, son 
origine biblique très-reconnaissable. Il est 
évident que c'est là le Gog et le Magog de 
l'Ecriture sainte. La seule chose qui puisse 
se conclure bien certainement de l'ensemble 
des textes où ces mots mystérieux sont ré- 
pétés, c'est qu'ils désignent les auxiliaires 
de Satan contre Jésus-Christ. Ces auxiliaires 
sont-ils des peuples, et quels peuples? ou 
bien ne sont-ils que les ministres subalter- 
nes de Lucifer? Là les opinions se parta- 
gent ; et peu nous importe, quant à notre 
sujet actuel, puisqu'après tout ce sont les 
serviteurs quelconques du prince des ténè- 
bres. Ce qui nous importe un peu plus, c'est 
l'observation souvent faite au moyen âge par 
les commentateurs de l'Ecriture, savoir que, 
décomposé dans sa signification hébraïque, 
magog, signifie du toit. On peut citer à ce 
sujet les paroles d'un interprète qui appar- 
tient aux premières années du xn c siècle. 
Fer Gog et Magog quidam Gothos, quidam 
vero Getas et Managetas intelligere voluc- 
runt... Nos autem, secundum nominum inter- 
pretationcm, salva fide, ista exponamus : Gog 
en Un interpretatur tectum; Magog vero de 
tecto. Sed quid tecto M nisi peccatores , in 
quibus vitia et maligni spiritus teguntur et 
habitant? Quid vero de tecto, nisi eadem vi- 
tia spiritusque immundi? (Brun. Astens. in 
Apocal, xx.) Quelle que soit la valeur de 
cette décomposition grammaticale, elle se 
prêtait assez bien à l'idée qui occupait l'es- 
prit des architectes chrétiens, la représen- 
tation de l'Eglise chrétienne dans les formes 
du temple qui servait à réunir ses enfants; 
ou autrement : l'exacte traduction en lan- 
gage architectural du double sens (moral et 
matériel) que renferme le mot église poul- 
ies peuples chrétiens. Rapprochée d'un texte 



où saint Paul parle du démon sous le nom 
de prince de l'air [V.ph. u, 2) , cette accep- 
tion hébraïque de Magog conduisit à peupler 
de monstres fantastiques les cheneaux et les 
galeries aériennes des églises. Lh ces magots 
grimaçants du haut nés toits ou des cloche- 
tons figurèrent les légions de l'ennemi du 
salut qui planent sur la tète du fidèle pour 
] l'écarter du droit chemin, et contre lesquel- 
les il n'est de vrai refuge ou de remède que 
dans l'Eglise. Ainsi s'explique en môme 
temps pourquoi la statue de saint Michel, 
ou d'un ange quelconque, se voyait fréquem- 
ment soit sur le chevet, soit sur quelque 
pignon principal des églises. Il était làcomme 
pour contenir les légions infernales, et ras- 
surer le fidèle contre l'appareil de cetle ar- 
mée ennemie qui ne peut nuire au chrétien 
s'il ne donne lui-même les mains à sa ruine. 

M. César Daly, l'habile directeur de la 
Revue d'architecture, avait déjà indiqué briè- 
vement, mais très-justement, la significa- 
tion symbolique des gargouilles. « Dans 
les édifices du moyen âge, dit-il, {Revue, 
tom. VII, pag. 56 ) les gargouilles devien- 
nent d'horribles monstres. Est-il à supposer 
que les artistes prédicateurs du moyen Age 
aient créé ces formes repoussantes sans y 
attacher aucune signification? » 

Que la laideur ait été prise par les temps 
chrétiens comme symbole de la dégradation 
morale, et qu'à ce titre les démons aient 
constamment été figurés avec des formes re- 
poussantes, c'est ce que tout le monde sait, 
c'est ce que l'étude de l'âme humaine nous 
montre comme un sentiment profond de no- 
tre nature : aussi les langues classiques 
confondaient-elles sous un seul mot, comme 
nous, l'expression de la difformité et celle 
du vice. C'est de la sorte que Magog ayant 
été pris comme indication des suppôts de 
l'enfer, magot a bientôt signifié un être dif- 
forme et plus ou moins repoussant. 

III. 

Dans l'architecture ogivale, la gargouille 
ramenée à sa forme élémentaire n'est pas 
autre chose qu'une gouttière de pierre ou 
de métal, droite, ou décrivant une courbe 
horizontale, formant une saillie assez consi- 
dérable, sous la figure d'un animal fantasti- 
que, d'un démon, d'un homme faisant des 
contorsions, etc. Le but de cette saillie est 
de déverser les eaux à une grande distance 
du pied des murailles. Afin de conduire ai- 
sément les eaux du grand comble par-dessus 
les toitures des nefs collatérales, on a éta- 
bli des caniveaux sur l'extrados des arcs- 
boutants. Ces caniveaux sont garnis en 
plomb, pour que l'humidité ne dégrade pas 
les joints des pierres. 

Il arrive quelquefois, cependant, que les 
gargouilles ont été ajoutées aux corniches 
seulement dans un but d'ornement. 

GAUDRON. — Voy. Godron. 

GÉANTS (Pavé et Palais des).— On ap- 
pelle pavé des géants les pierres posées. 
Voy. Alignements. Les palais des géants ne 



1G5 



CF.M 



1GC 



sont autre chose que les Dolmens et les 

(jROTTftS AUX ki':i:s. Voy. ces [BOtS. 

GÉMATIUE.. — La gématrie est la science 
des sombres appliquée au symbolisme et 
à des sciences occultes, dont l'arithméti- 
que donnait la clef à ceux qui riaient ini- 
tiés. 11 y avait deux espèces de gématrie. La 
premier* consistait à prendre la valeur nu- 
mérique de chaque lettre dans un mot, ou 
dans une phrase, et h donner à ce mot, ou à 
celte phrase la signification d'un autre mot 
ou d'une autre phrase, dont les lettres prises 
de môme pour des chiffres, font le même 
nombre. On sait que «liez les Hébreux , 
comme chez les Crées, il n'y a point d'au- 
tres chiffres que les lettres de l'alphabet, qui 
marquent aussi le nombre. 

La seconde espèce de gématrie s'occupe à 
chercher les significations cachées dans les 
mesures des édifices, eu divisant, multi- 
pliant, etc., ces grandeurs les unes par les 
autres. 

La gématrie, prise dans Fumet l'autre sens, 
a été traitée de science frivole par des hom- 
mes graves et instruits. Elle a été louée 
outre mesure par d'autres, qui prétendaient 
y trouver l'explication d'une grande quantité 
de dispositions architecturales et la plef di's 
mystères des vieux monuments. La vérité 
n'est pas, sans doute, dans l'un ou l'autre 
de ces deux sentiments, qui sont trop abso- 
lus. Nous pansons qu'il no faut pas attacher 
trop d'importance à ceite prétendue science 
des nombres et à ses applications aux édifices 
chrétiens du moyeu âge. D'autres ont une 
opinion contraire, et même parmi des écri- 
vains qui sont loin d'être sans autorité dans 
la science archéologique. Un de ceux qui 
ont le plus travaillé sur cette matière ingrate 
est M. l'abbé Devoucoux, d'Autun. Il est lu 
premier assurément qui ait traité de celte 
question avec clarté, méthode et dans une 
étendue assez considérable. Il a développé 
ses idées dans l'introduction à l'Histoire 
d'Autun par le chanoine Thomas, publiée, 
il y a quelques années, par la Société 
éduenne d'archéologie. Le travail de M. De- 
voucoux est fort ingénieux; et si l'auteur 
n'a pas réussi à nous convaincre de Ja réalité 
de la science gérnatrique et de celle de ses 
appréciations archéologiques, il a réussi à 
nous intéiesser très-vivement. Il a été suivi 
dans la même voie, mais avec certaines 
restrictions, par M. l'abbé Crosnier, vicaire 
général de Nevers. Dans son Iconographie 
chrétienne, M. l'abbé Crosnier consacre un 
chapitre entier au symbolisme des nombres. 
Les explications de M. Crosnier ne sont pas 
moins intéressantes que celles de son con- 
frère d'Autun. Aussi nous avons cru utile 
de mettre ici de longs extraits de ce curieux 
chapitre. 

Que tous les peuples de l'antiquité, dit 
M. L'abbé Crosnier, aient eu pour certains 
nombres qu'ils regardaient connue sacrés, 
une vénération toute particulière , qu'ils 
aient attribué aux combinaisons dos nombres 
une vertu secrète dont ils ne pouvaient sou- 
vent se rendre compte, parce que le temps 



COI 

en avait altéré ou détruit les motifs, qu'ils 
aient établi certains rapports entre 1rs 
idées dominantes et les nombres ; c'est ce 
que doit reconnaître tout homme qui s'est 
adonné à l'étude de l'histoire. On dirait que 
le inonde entier avait entendu cette parole 
de nos saintes Ecritures : « Dieu a tout dis- 
posé avec mesure, nombre et poids. » Oinniu 
in tncn.sura cl numéro et pondère disposuisti 
(Sap. xi, 21). 

On a donc cherché à se rendre compte des 
nombres le pins souvent répétés, et avec 
leurs caractères on a établi une espèce d'al- 
phabet hiéroglyphique. 

Les Egyptiens trouvaient dans le nom du 
Nil, écrit en caractères grecs, la période so- 
laire de 363. 



— oO 

— 5 

— 10 

— 30 

— 70 
—200 



Les Mithriaques retrouvaient le même 
nombre dans le nom de Mithras. 

M — 40 

F. — 5 
I — 10 

e—9 
P —100 
A — 1 

s —200 
3G5 

Pythagore faisait du carré le svmboîe de 
la terre, dont il voyait les quatre points 
cardinaux dans les quatre angles ; et le cer- 
cle, dont tous les points correspondent au 
centre par Jes rayons, était à ses yeux l'image 
du ciel qui environne notre globe. 

Les Juifs surtout ne pouvaient méconnaî- 
tre, dans certaines mesures et dans certains 
nombres, un dessein marqué de la Provi- 
dence; c'étaient pour eux des monuments 
commémoratifsou des prophéties mathéma- 
tiques. Ils professaient pour ces nombres un 
respect d'autant plus 51 and que le sens leur 
en était plus caché; il ne devait, en effet, 
être dévoilé que par l'accomplissement des 
promesses. C'était seulement en rapprochant 
la ligure de la réalité qu'on pouvait en dé- 
couvrir les rapports. 

Les mesures que Dieu lui-même avait in- 
diquées pour la confection du tabernacle et 
du temple, les ornements qui devaient 
être employés à leur décoration, le nombre 
de ces ornements variés, tout était pour les 
Juifs autant de mystères. Les chrétiens seuls 
purent en donner l'explication; c'est ce que 
l'ait Eusèbc, en nous ex; osant le plan d'une 
église bâtie par Constantin, et dans laquelle 
ce prince avait cherché à reproduire les dif- 
férentes dispositions du t mple de Jérusa- 
lem. (Euseb. llist. eccles., lib. x, cap. k.) 

La science des nombres dut donc faire de 
nouveaux progrès à mesure que les chré- 
tiens méditèrent les saintes Ecriture» et en 



JG7 



GHM 



f.FAI 



!fi8 



découvrirent le sens caché. Ils trouvaient 
dans ÏTEvangile un motif qui les portait à 
cette étude; Jésus-Christ, en rapprochant les 

nombres de la loi nouvelle de ceux de la loi 
ancienne, semblait indiquer aux fidèles que 
tout était figure chez les Juifs. De même que 
Jonas fui trois jours et trois nuits dans le 
rentre de la baleine, de même aussi le Fils de 
l'homme restera (rois jours et trois nuits dans 
le sein de la terre (Mutth. xu, iO). Nous ne 
devons pas être étonnés de l'importance que 
les Pères attachèrent à l'élude et au déve- 
loppement de cette science. Tertullien, saint 
Cyprien , Origène , emploient souvent la 
raison des nombres. Saint Augustin surtout 
et saint Ambroise font voir, à chaque page 
de leurs oeuvres, les rapports qui existent 
entre les nombres consacrés par la loi nou- 
velle et ceux de la loi ancienne; et saint 
Bernard établit en partie sur les nombres la 
division de ses sermons et de ses explica- 
tions ascétiques. 

« Nous ne saurions douter, dit saint Au- 
gustin, et notre conviction est basée sur des 
fondements solides, que l'Ecriture contient 
des nombres sacrés et pleins de mystères; 
nous pouvons nous en convaincre par ceux 
dont nous avons déjà, découvert le sens. » 
In Scripturis esse sacratissimos et mysterio- 
rum plcnissimos ut quibusdam quos inde 
nossepoluimus dignissime credimus. (S. Aug. 
in Gènes. , lib. i, queest. 152.) 

Avant saint Augustin, Tertullien avait re- 
connu la même vérité : selon lui, les douze 
sources et les soixante-dix palmiers que les 
Israélites rencontrèrent à Elim, dans le dé- 
sert, étaient la figure des douze apôtres et 
des soixante-dix disciples ; il trouve la 
même figure reproduite par les douze pier- 
res précieuses que portait le grand prêtre 
sur sa poitrine, et par les douze pierres que 
Josué retiraduJourdain, pour dresser sonau- 
tel commémoratif. (Adv. Marcionem* lib. iv.) 
Saint Ambroise, expliquant, comme Ter- 
tullien, les sources d'LTim, ajoute que le 
double symbole de l'eau et des palmiers 
convient bien à la vie des apôtres. 

Saint Augustin et saint Ambroise, en 
donnant des explications sur les nombres 
dans la plupart de leurs ouvrages, semblent 
parler une langue familière à leur siècle ; 
et en attribuant à un nombre une idée, ils 
paraissent n'être que les échos de ceux qui 
les ont précédés ; cependant le saint évêque 
d'Hippoie se plaint de ce que la scienci des 
nombres n'est pas plus connue. 

« Nous rencontrons, dit-il, des hommes 
qui méprisent les nombres, tout en estimant 
la sagesse ; c'est qu'il est plus facile de 
compter que de suivre les leçons que nous 
donne la sagesse... Ne les voit-on pas préfé- 
rer l'or à la lumière ? Le mendiant, en effet, 
peut se procurer la lumière, tandis que l'or 
ne se trouve qu'entre les mains du plus 
petit nombre. Qu'on ne pense pas que je 
veuille placer ici la sagesse au-dessus du 
nombre, car ces deux choses se confondent 
et n'en font qu'une. » (De lib. Arbit., lb. \i. 
cap. 2, n° 2.) 



« La vérité des nombres est éternelle; je 
ne sais pas jusqu'à quand le ciel et la terre 
subsisteront, mais je sais que toujours 3 et 
7 ont produit 10, et que jamais nulle part 
ce résultat ne changera. » (S. Aug. ibid. , 
cap. 8, n° 2.) 

« Regardez le ciel, la terre, la n.er et tout 
ce qu'ils renferment; leur beauté vient des 
nombres qui les composent; retranchez ces 
nombres et ils retombent dans le néant, 
leur existence dépend de celui qui est le 
principe des nombres. Tous les arts que les 
hommes exercent consistent dans la disposi- 
tion des nombres ; l'artiste imprime à son 
œuvre les nombres qu'il a combinés dans sa 
pensée, et ce sont encore les nombres qui 
mettent en mouvement ses membres pour 
exécuter ce qu'il a conçu dans son esprit. 
C'est le nombre qui plaît dans la danse ; la 
beauté des formes n'est qu'une heureuse 
combinaison des nombres; la beauté des 
mouvements est produite par la cadence 
régulière des nombres. »( S. Aug., ibid. , 
cap. 16, n° 2.) 

Ecoutons maintenant ce grand docteur 
nous développer la théorie et la raison des 
nombres. 

1. « L'unité principe ne peut se rencontrer 
dans les corps, car ceux-ci étant composés 
de parties et par conséquent divisibles, ne 
sauraient nous donner l'idée de cette unité; 
nous pouvons cependant, à l'aide même des 
corps, parvenir à la connaissance de cette 
unité, parce que nous savons pourquoi les 
corps ne la possèdent pas. 

« L'unilé est donc le principe, le nombre 
générateur; en partant de cette unité, nous 
arrivons à dix, pour revenir à l'unité et 
compter jusqu'à cent par diza nés, en suivant 
les mêmes nombres, et à mille par centaines, 
et jusqu'à l'infini, toujours guidés par les 
mêmes règles 

2. « Tout nombre, pour être parfait, doit 
être composé de trois termes : le principe, 
le moyen et la fin. Deux ne sauraient possé- 
der ces trois termes ; c'est l'unité répétée, il 
faut donc qu'il soit principe comme l'unité 
qui le complète. 

3. « Trois est un nombre parfait ; car les 
trois termes de la perfection s'y rencon- 
trent, et si on veut l'analyser, on voit qu'on 
ne peut le diviser en deux parties égales, on 
est réduit à constater son principe qui est 
l'unité, son moyen qui est l'unité , et sa tin 
qui est l'unité, et on trouve toujours unité 
parfaite. 

« Le second principe est engendré par 
l'unité génératrice. Le premier engendre 
tous les autres par le moyen du second, et le 
troisième est l'union de deux unités; c'est 
un uni à deux. 

« Ces trois nombres n'ont pas besoin des 
autres; ils sont indépendants, tandis que les 
autres sont produits par eux : on ne peut 
concevoir quatre sans ajouter un à trois, 
cinq sans ajouter deux à trois. 

« Trois est donc le nombre divin, mais il 
est aussi le nombre de l'âme créée à l'image 
de Dieu. Aussi l'homme 'doit-il être uni à 



409 



r.F.M 



f.r,M 



170 



son créateur d'une triple manière, eu l'a i— 

raant de toute, son Ame, de lout son esprit, 
de toutes ses forces. » 

h. «Quatre est le nombre terrestre. Toutce 
qui regarde la créature matérielle reproduit 
ce nombre; les quatre points cardinaux, le 
Nord, le Midi, l'Orient et l'Occident; les 
quatre vents; les quatre saisons; les quatre 
qualités principales des corps, le sec, l'hu- 
mide, le froid, le chaud ; les quatre élé- 
ments, le feu, l'air, la terre et l'eau. » (Saint 
Augustin, saint Cyprien, saint Ambroise, 
saisi Basile, etc.) 

« Adam, dit saint Cyprien, fut formé de la 
terre prise aux quatre extrémités du globe.» 
Le saint docteur s'appuie sur ces paroles de 
l,i Genèse : J'ai formé l'homme de lout le li- 
mon de la terre (la Vulgate ne dit pas omni 
iimo, comme on le trouve dans saint Cy- 
prien). » Aussi, ajout e-t-il, dans le nom d'A- 
dam, Dieu semble perpétuer le souvenir de 
cette origine; il plaça une étoile à chacun 
des quatre points cardinaux; à l'Orient, 
celle qui est appelée Anatole, Dusis à l'Occi- 
dent, Arctos au Nord, et Mesembris au Midi. 
En réunissant les premières lettres de ces 
quatre étoiles, on trouve le nom d'Adam, et 
m on leur donne leur valeur numérique, on 
aura le nombre 46. 

A 1 
* 4 
A 1 
M 40 



46 



« Or dans 46, on trouve le nombre de la 
pénitence et de l'expiation, 40, auquel est 
joint 6, nombre de la perfection. » (Sanct. 
Cyprian., de Mont. Sion et Sina.)Ce nombre 
devait être prophétique, car Jésus-Christ 
seul pouvait unir la perfection à Vexpiution. 

« Quatre n'est pas seulement le nombre 
terrestre, il devient par le nouvel Adam le 
nombre évangélique. C'est le nombre des 
tleuves du paradis terrestre, figures mysté- 
rieuses de ces quatre sources divines qui 
devaient répandre dans le monde les eaux 
salutaires de la grâce. La grande nappe liée 
par les quatre coins que saint Pierre aper- 
çut en vision, annonçait que l'Evangile de- 
vait être prêché dans toutes les parties ou 
monde, et que tous les hommes étaient ap- 
pelés à être régénérés par le baptême au 
nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. 
C'est pour cela, ajoute saint Cyprien, que 
cette nappe s'abaissa à trois fois différentes. 
Les quatre colonnes, placées à l'entrée du 
tabernacle, désignaient aussi la loi évangé- 
lique. » 

5. a Cinq, d'après la tradition, serait le 
nombre judaïque, le caractère de la Syna- 
gogue. Il rappelle les cinq livres de Moïse, 
les cinq portiques qui contenaient les ma- 
lades, les cinq pains distribués aux cinq 
mille hommes dans le désert. Le Sauveur 
n'a pas choisi sans raison dix, nombre de 
ia loi, dans la parabole des vierges, pour 
diviser ensuite ce nombre; les cinq vierges 

Diction n. d'Archéologie saches. IL 



sages ont pratiqué la continence en exerrani 
la vigilance sur les cinq sens, et ont mérité 
par là d'être admises en présence de l'E- 
poux; les cinq vierges folles, au contraire, 
comme la synagogue , ont été repoussées 
par suite de leur imprévoyance. » (Saint Au- 
gustin.) 

6. «Six est le nombre de la perfection et de 
la création; c'est Dieu se manifestant par 
les œuvres , trois reproduit. Ce fut à la 
sixième heure du jour que Jésus-Christ 
commença le sacritice d'expiation qui devait 
réparer le mal que le péché avait fait au 
monde en détruisant la perfection. 

7. «Sept est le nombre du repos, du pardon, 
de la charité et de la grâce. Que ce nombre 
soit simple, dit saint Cyprien, ou qu'il soit 
multiple, il fait naître dans l'esprit des idées 
sans lesquelles il est difficile d'expliquer les 
saintes Ecritures. C'est Dieu lui-même qui 
l'a consacré. 11 est composé de quatre, 
nombre de la créature, et de trois, nombre 
du Créateur; c'est le nombre du Saint-Esprit 
qui procède du Père et du Fils, et. qui vient 
sanctifier la créature en l'unissant au Créa- 
teur par les liens de l'amour. » (S. Cyprian. 
Opéra Christ, de Spiritu sanct o.) 

8. « Huit est le nombre de la résurrection : 
c'est la reproduction de quatre. C'est le jour 
du repos des chrétiens, qui leur rappelle le 
jour du véritable repos, comme la Circonci- 
sion figurait les moyens nécessaires pour y 
parvenir. Les huit personnes sauvées du 
déluge, et échappant à la mort qui frappait 
le reste des hommes, étaient une figure de 
la résurrection : l'arche fut comme leur 
tombeau, et elles en sortirent pleines de 
vie. » (S. August. , Ad Jnquisit. Januarii , 
lib. n, epist. 55.) 

9. « Neuf, nombre angélique, carré de trois, 
nombre générateur. Les anges sont conti- 
nuellement en union avec Dieu, et par la 
prière l'homme se rapproche de l'ange et se 
met aussi en union avec Dieu. Le centurion 
Corneille était en prière à la neuvième 
heure, dit saint Cyprien, lorsque l'ange se 
tint à ses côtés. Pierre et Jean montèrent 
au temple à l'heure delà prière, c'est-à-dire 
à neuf heures. Ce fut à celte heure que 
Jésus-Christ sur la croix nous unit à Dieu 
par son sang, c'est pourquoi les Pères ap- 
pellent aussi ce nombre, le nombre de la 
prière. » (S. Cyprian., de Oratione Dominiea.) 

10. «Dix, nombre de la loi de crainte, source 
de la perfection et de la justice. C'est un se- 
cond générateur qui doit entrer dans la com- 
binaison de tous les autres nombres qui le 
suivent. » (S. Aug., in Psalm. cl.) 

C'est avec ces dix termes de la science 
des nombres que les Pères de l'Eglise com- 
posèrent des phrases, toujours en prenant 
les saintes Ecritures pour guide. La combi- 
naison de ces nombres leur dévoilait à 
chaque instant de nouveaux secrets; bientôt, 
s'aidant de la valeur numérique des lettres 
de l'alphabet, nos artistes du moyen âge, 
dit M. Crosnier, dans les dimensions qu'ils 
donnèrent à nos basiliques , inscrivirent, 
avec leur règle géométrique, des noms sa- 

6 



171 



C.FM 



cm 



173 



crés, des expressions de foi, d'espérance, 
de repentir et d'amour. 

M. l'abbé Devoucoux, dans un travail des 
plus remarquables sur la cathédrale d'Aulun, 
fait voir que toutes les dimensions de cette 
église sont établies d'après ces principes. 

Ainsi, le nom de Dieu, EL, est indiqué 
par la largeur qui se trouve entre les arcs 
doubleaux de la coupole ; la largeur totale 
de l'église exprime celui (TAdonaï, et la lar- 
geur de la grande nef, celui de Jéhova. Le 
savant archéologue autunois a l'ait les 
mêmes observations dans un grand nombre 
d'autres églises. 

En visitant les principales églises du midi 
de la France, dit encore M. Crosnier, nous 
avons trouvé aussi des inscriptions mysté- 
rieuses dans leurs dimensions. L'église de 
Saint-Sernin, dont la 

longueur est de 321 pieds, 
et la largeur de 169 pieds. 

490 

nous a rappelé le nombre des sacrifices, les 
70 semaines d'années do Daniel , les 490 
ans après lesquels le Christ devait être mis 
à mort. 

12. Douze, nombre apostolique. Jésus- 
Christ voulant retracer l'image de Dieu dans 
le cœur des hommes, choisit 12 apôtres 
pour remplir cette mission : Allez, leur a-t-il 
dit, enseignez toutes les nations, et baptisez- 
les au nom (lu Père, du Fils et du Saint-Es- 
prit. 12 produit de 3, nombre du Créateur, 
indique le règne de Dieu sur la terre. 11 est 
impossible de ne pas reconnaître les 12 apô- 
tres, dans les 12 colonnes, les 12 fondements, 
les 12 portes dont il est parlé dans l'Apoca- 
lypse. Saint Cyprien, commentant ce pas- 
sage, dit : « J'ai vu la nouvelle Jérusalem 
descendant da ciel; la ville est carrée et in- 
dique les quatre Evangiles ; elle a 12 fonde- 
ments, -c'est-à-dire les prophètes, et 12 co- 
lonnes qui sont les apôtres. » (S. Cypr. de 
Montions Sion et Sina.) 

ik. Saint Grégoire appelle quatorze le 
nombre de la perfection : la loi ancie/ine 10, 
unie à la loi nouvelle 4. 11 ajoute : si l'on 
multiplie 14 par 10, on arrive au comble de 
la perfection 140, qui est la vie de l'Eglise. 

300. Trois cents est le nombre de la ré- 
demption ; c'est la valeur numérique de la 
lettre T, figure de la croix. Ce nombre est le 
résultat de 50, nombre de la résurrection et 
de la béatitude, multiplié par G, nombre de 
la perfection. C'est encore le nombre de la 
plénitude de la loi, 100, multiplié par 3, 
nombre divin. 

Ce nombre 300, étant contenu dans la 
lettre T, figure de la croix, dit saint Gré- 
goire, rappelle les 300 hommes cjui suivirent 
Géïiépn et qui représentaient ceux: dont il 
est dit dans l'Evangile : Si quelqu'un veut 
venir aprîs moi, quil se renonce lui-même et 
quil porte sa croix. Ce caractère T, qui 
marquait les soldats de Gédôon, signifiait 
que c'est avec la croix de Jésus-Christ que 
nous pouvons briser les armes des ennemis 



de Dieu. (S. Grog. Moral, lib. xxx, cap. 17,) 
Saint Augustin ajoute à ces explications : 
Ce n'est pas sur le nombre des combattants 
que nous devons compter pour vaincre nos 
ennemis, mais sur la croix de Jésus-Christ 
(S. Aug., serm.38). Le Seigneur, dans Kzé- 
chiel, ordonne d'imprimer le T sur le front 
de ceux qui gémissent et qui sont dans la 
douleur, et il veut qu'ils soient ainsi à 
l'abri de la mort qui doit frapper tous les 
autres (Ezech. ix, vers. 4 et G). Ne sem- 
ble-t-il pas indiquer par là que la croix, 
après avoir été notre consolation et notre 
espérance, doit être pour nous un gage de 
salut et de bonheur. 

888. Ce chilfre présente la valeur numéri- 
que des lettres qui entrent dans le nom du 
Sauveur : 

I 10 
H 
1 200 

70 
T 400 

1 200 

888 

GÉMINÉ. — Le mot géminé signifie dou- 
ble, et s'emploie assez fréquemment dans 
la description des monuments. Ainsi l'on 
dit des baies, des fenêtres, des arcades gé- 
minées. C'est au xu e siècle principalement 
que l'on voit apparaître les fenêtres gémi- 
nées, c'est-à-dire formées de deux ouvertu- 
res égales, placées à côté l'une de l'autre. 
On appelle colonnes géminées deux colonnes 
voisines l'une de l'autre et ayant un chapi- 
teau commun, ou bien ayant chacune un 
chapiteau avec un tailloir commun. 

GÉOGRAPHIE des styles d'architecture 

AU MOYEN AGE. Voy. SYNCHRONISME. 

GÉOMÉTRAL ou Géométrique. — On ap- 
pelle quelquefois moulures géométrales et 
ornements géométriques les moulures et les 
ornements qui peuvent se dessiner à la rè- 
gle et au compas. 

GIROUETTE. — Les girouettes étaient 
autrefois des marques de noblesse sur les 
maisons ; quand elles avaient des armoiries 
peintes ou évidées à jour, on les appelait 
panonceaux. Ces girouettes étaient en pointe 
comme les pennons, pour les simples che- 
valiers, et carrées comme les bannières, poui 
les chevaliers bannerets. [Mémoire sur l an- 
cienne chevalerie, par La Curne de Sainte- 
Palaye, Paris, 1826, tom. I, pag. 2G.) 

Suivant Renauldont, il y a deux sortes de 
girouettes, de simples et de carrées. Les 
nobles et les propriétaires d'un fief peuvent 
mettre de simples girouettes à leurs maisons, 
à leurs colombiers ; mais il croit que le te- 
nancier en roture n'a point cette faculté, 
parce que c'est une marque de la noblesse 
de la personne ou de l'héritage. 

A l'égard des girouettes carrées , comme 
elles sont des marques seigneuriales , le 
seigneur peut empêcher le vassal et le te- 
nancier d'en faire mettre , comme il a été 



173 



niR 



(Ai) 



i: 



jugé par arrêt du parlement de Bordeaux, 
rapporté par Lapeyrêre. (Dictiomn, des fiefs 
et des droits seigneuriaux, etc., par Renaul- 
dont, 17V5, 1 vol. in-V°, au mot Girouette.) 

Nous citerons, pour expliquer ce qui pré- 
cède, le portail d'entrée de l'ancienne Char- 
treuse du Val-Dieu, prés de Mortagne (dé- 
partement de l'Orne), portail construit au 
xvm* siècle. On y voit deux girouettes car- 
rées, portant les armoiries découpées des 
Ilolrou, ses premiers fondateurs. Ces ar- 
moiries et le couronnement sont découpés 
dans le fer. (Antiquités et chroniques perche- 
ronnes, par l'abbé Fret, in -8% tom. 111, 

pag. VO-2.,! 

Il doit rester aujourd bui fort peu de ces 
girouettes qui aient conservé leur caractère 
primitif du moyen Age. C'est à peine si l'on 
pourrait en signaler quelques exemples 
dans chacune des grandes provinces de l'an- 
cienne France. 

« Sur les tours des châteaux méridionaux, 
dit Marchangy (Gaule poétique, tom. 111, 
pag. 99 et 100), on voyait des coqs en forme 
de girouettes. Ce simulacre de la vigilance, 
qu'on place encore de nos jours sur les llè- 
ches des clochers villageois, a, parmi nous, 
l'origine la plus ancienne. 

« Le coq était le symbole de quelques tri- 
bus gauloises et des Visigoths établis dans 
notre Occitanie. 

« Le droit de placer des girouettes sur un 
cbAteau, continue le même auteur, n'appar- 
tint, dans l'origine , qu'à ceux qui les pre- 
miers étaient montés à l'assaut, et qui 
avaient arboré leur bannière sur le rem- 
part ennemi. Aussi donnait -on à ces gi- 
rouettes la figure d'un drapeau, et l'on y 
peignait les armoiries du maître du lieu. )> 

Dans son Rat tonale divinoram officiorum, 
Guillaume Durand nous explique d'une ma- 
nière très-curieuse le symbolisme de la gi- 
rouette et du coq qui surmontent le clocher 
des églises. « Le coq, dit-il, qui est placé 
au sommet de l'église, est l'emblème des 
prédicateurs; car le coq, toujours vigilant, 
même au milieu de la nuit, annonce les 
heures, réveille ceux qui sont endormis, 
prédit l'approche du jour, s'excite d'abord 
lui-même à chanter en battant des ailes. 11 
y a un sens mystérieux dans toutes ces 
particularités. La nuit, c'est ce monde; ceux 
qui donnent sont les enfants de ce monde 
qui s'assoupissent dans leurs pécbés. Le 
coq , c'est le prédicateur qui prêche avec 
hardiesse et excite les endormis à se dé- 
faire des œuvres des ténèbres en s'écriant : 
Malheur à ceux qui dorment ! Réveillez- 
vous, vous qui dormez! (Cantique des can- 
tiques, iv, k.) Ils annoncent encore l'ap- 
proche du jour lorsqu'ils parlent du jour 
du jugement et de la gloiro qui sera ré- 
vélée. 

« Semblables à des messagers prudents, 
ils commencent par s'arracher eux-mêmes 
au sommeil du péché par la mortification de 
leur corps, avant d'avertir et de réveiller 
les autres. Aussi I l'Apôtre dit : Je châtie 
mon corps et je le réduis en servitude (I Cor. 



ix, 27.) De même que la girouette fait face 

au vent, ces prédicateurs vont courageuse- 
ment à la rencontre des Ames rebelles, ar- 
més de menaces et d'arguments, de peur 
qu'on ne leur reproche d'avoir abandonne 
les brebis et de s'être enfuis lorsque le loup 
arrive (Joan. x, 12). 

GLAND. — Beaucoup d'ornements de 
forme ovoïde ont pris leur origine de l'i- 
mitation plus ou moins complète du fruit du 
chêne, c'est-à-dire du gland. C'est au point 
que l'on nomme glands des houppes et d'au- 
tres objets qui ont subi des modifications 
telles qu'ils ne ressemblent plus au glan ! du 
chêne. Dans l'ornementation du moyen 
Age, on voit fréquemment des branches de 
chêne chargées de glands. 

GLOIRE. — Dans son grand travail sur 
Y Iconographie chrétienne, M. Didron a établi 
avec beaucoup de justesse la dilférence qui 
existe entre le nimbe, Y auréole et la gloire. 
La distinction qu'il a faite entre ces divers 
signes de la sainteté et du triomphe dans le 
ciel, a été généralement admise par les an- 
tiquaires , par ceux surtout qui s'occupent 
de l'iconographie et du symbolisme. Nous 
allons donner ici l'analyse de son article sur 
la gloire. 

Par gloire, il faut entendre la réunion du 
nimbe et de l'auréole. Dans le langage po- 
pulaire , le mot gloire sert à désigner ces 
grands soleils qu'on étale à l'orient des 
églises, c'est-à-dire ces rayonnements en 
bois doré, dont on décore quelquefois le 
fond du sanctuaire : on en voit un exemple 
bien connu à la cathédrale d'Amiens et à 
l'église Saint-Uoch, à Paris. D'ailleurs, les 
livres saints prononcent souvent le mot de 
gloire, et l'appliquent à des rayonnements 
qui s'échappent de la forme visible sous la- 
quelle Dieu apparut aux hommes, ou à des 
nuages qui l'environnent lorsqu'il descend 
sur la terre. Ainsi le prophète Èzéchiel dit : 
«Je vis comme une figure de feu; depuis les 
reins jusqu'en bas, c'était du feu ; depuis les 
reins jusqu'en haut, c'était comme de la 
ilamme et de l'airain mêlé d'or (Ezech. vm, 
2 et 3). Là était la gloire du Dieu d'Israël. » 
— « La gloire du Dieu d'Israël s'éleva de 
dessus le chérubin où elle était (Ezech. ix, 
3). L ; i gloire du Seigneur s'éleva de dessus 
les chérubins jusqu'à l'entrée de la maison ; 
et la nuée couvrit la maison, et le parvis fut 
rempli par l'éclat de la gloire de Dieu (Ibid. 
cap x, vers. k). » Et elevata est gloria Do- 
mini desuper cherub ad limen domus ; et re- 
pleta est aomus nube, et atrium replet ti m est 
splendore gloriœ Domini. 

Ainsi David, dans ses psaumes, dit que 
Dieu se montre dans sa gloire, et l'Exode 
même déclare que la gloire de Dieu res- 
semble à la flamme (cap. xxiv, vers. 17) : 
Erat autem species gloriœ Domini quasi ignis 
ardens. 

Ainsi, dans une foule do textes sacrés, 
il est question de Jésus qui, à la lin du 
monde, descendra dans sa gloire et sa ma- 
jesté, pour juger les vivants et les morts. Or, 
toutes les fois que sur des sculptures, sur 



175 



CIA) 



CIA' 



17(i 



dos vitraux, sur des miniatures des ma- 
nuscrits, les scènes signalées dans ces textes 
sont exprimées par des personnages; toutes 
les fois que Ton représente Dieu ainsi 
rayonnant ou placé dans les nuages, ces 
rayonnements et ces nuages prennent pré- 
cisément la forme circulaire à laquelle nous 
donnons le nom de gloire. 

Que la nature du nimbe et de l'auréole, 
que l'élément qui les constitue l'un et l'au- 
tre soit le feu ou la flamme, il ne peut y avoir 
aucun doute sur cette proposition. On 
pourrait citer à ce sujet un grand nombre de 
textes. Mentionnons seulement la sphère de 
feu qui enveloppe l'Ame de Germain, évoque 
de Capoue, et l'âme de saint Eloi. Voici en- 
core un fait curieux tiré de la Vie de saint 
Antonin, abbé de Sorentino. 

« Sur la paroi du mur où reposent les 
restes sacrés de saint Antonin, un peintre 
avait tracé l'image du saint; il se préparait 
à placer autour de la tète de cette figure une 
couronne d'or, et creusait la muraille, com- 
me il était nécessaire. Mais voilà que par 
les fentes qu'il avait pratiquées éclate tout 
à coup une lumière ineffable et d'un prix 
infini. Elle vient frapper la figure du peintre 
qui travaillait, et qui, ne pouvant soutenir 
ces rayons intolérables qui se réfléchissaient 
dans ses yeux, était sur le point de tomber 
h terre. Cependant, soutenu par la dévotion, 
il put achever promptement son œuvre. » — 
7» latere mûri ubi sanctœ cjus (S. Antonini, 
abbatis Surrentini ) reliquiœ continentur, in 
imagine ipsius designata , cum piclor coro- 
nam inauralam capiti circumponere pararet, 
purietem , prout necesse fuit , cavabat. Et 
ecce per rimas facias lux inœslimabilis et 
inenarrabilis subito emicans vultum dolantis 
feriebat. Quam per intolerabiles radios oeulo- 
rum acic reverberata non sustinens, ruinant 
dure in terra minabatur ; sed lamen pro devo- 
tionis intentione confirmatus, opus festinan- 
ter consummavit. ( Acta SS. Ordin. S. Bene- 
dic'ti, tom. V. — Vie de S. Antonin écrite, 
vers 820, par un anonyme de Sorrento.) 

Puisque le nimbe et l'auréole, dit M. Di- 
dron, sont l'etflorescence lumineuse de la 
tète et du corps, la couleur qui les anime, 
dans les monuments figurés et peints, doit 
Hre celle de la lumière elle-même. On peut 
Jonc surprendre ce fait sur les mosaïques, 
les fresques, les vitraux, les miniatures des 
manuscrits et les tapisseries historiées. Mais 
la lumière est versicolore; comme l'eau, elle 
se teint de couleurs diverses , suivant les 
objets qui l'entourent et qu'elle reflète, et 
suivant sa propre intensité. Les étoiles, 
source de la plus vive lumière, scintillent 
bleues, violettes, rouges et blanches. D'ail- 
leurs la lumière se décompose dans le prisme 
en sept éléments principaux qui, en se com- 
binant, multiplient les nuances à l'infini. La 
gloire, jouissant des propriétés de la lu- 
mière, devait donc, comme elle, varier do 
couleur, depuis le bleu foncé jusqu'au blanc 
le plus vif. Aussi les auréoles et les nimbes 
sont tantôt bleus, tantôt violets, tantôt rou- 
ges, tantôt jaunes et tantôt blancs. Mais de 



tout temps, le jaune, la couleur de l'or, a été 
regardé comme la plus précieuse, la plus 
noble et souvent comme la plus éclatante 
des couleurs. 

La couleur donnée aux nimbes est quel- 
quefois symbolique , comme le prouve le 
nimbe noir , nimbe en deuil, attribué au 
traître Judas; mais souvent aussi elle est 
purement hiérarchique. Puisque le nimbe, 
par sa forme, était un ingénieux et puissant 
moyen de hiérarchie, la couleur devait venir 
en aide à cette forme. En voici un exemple : 
La bibliothèque publique de Strasbourg pos- 
sède un magnifique manuscrit que la tradi- 
tion rapporte avoir été écrit et peint par 
Herrade , abbesse du monastère de Sainte- 
Odile, en Alsace. C'est une encyclopédie de 
toutes les sciences connues et pratiquées au 
moyen Age, et qui fait pressentir l'admirable 
Miroir universel de Vincent de Beauvais. 
Vers la fin de ce manuscrit est peinte la 
cour céleste , tout le paradis. En haut est 
le Christ, nimbé en or et couronné de môme. 
Puis arrivent neuf ordres de saints, entre- 
mêlés d'anges, et ainsi disposés: les vier- 
ges, les apôtres, les martyrs, les confes- 
seurs, les prophètes, les patriarches, les 
continents, les mariés, les pénitents. Les 
quatre premiers ordres, les plus élevés de 
tous, portent le nimbe doré. Les prophètes 
et les patriarches , ces saints de l'ancienne 
loi, et qui n'ont connu la vérité qu'impar- 
faitement et à travers des métaphores, ont 
le nimbe en argent. Les continents sont 
nimbés en rouge. Les mariés portent le 
nimbe vert, et les pénitents jaunAlre et lé- 
gèrement nuancé. 

GLYPHE. — Ce mot est grec et signifie 
littéralement canal et rainure. C'est, en effet, 
une espèce de canal creusé en portion de 
cercle ou en angle. On l'emploie en archi- 
tecture pour orner un membre, pour tracer 
une inscription, pour graver une effigie et 
des ornements sur une pierre tumulaire. 
Voy. Triglyphe, Cannelure, Entablement. 

GLYPTIQUE. — I. La glyptique est l'art 
de graver des images sur des pierres dures 
à l'aide d'instruments particuliers. Les subs- 
tances propres à la glyptique sont animales, 
végétales ou minérales. Parmi les substances 
animales, on compte les coquilles, le corail 
et l'ivoire. Parmi les substances végétales, 
on employait différents bois, tels que le ci- 
tronnier, le buis et l'ébône. Les substances 
minérales sont les bitumes, les métaux et les 
pierres. Les pierres sont les substances que 
les artistes ont le plus souvent travaillées. 
Les anciens savaient imiter les pierres pré- 
cieuses avec des verres colorés. 

Les anciens ne nous ont laissé aucun dé- 
tail sur les procédés de la glyptique. On 
trouve seulement quelques traits décousus 
et épars dans leurs ouvrages. Certains au- 
teurs modernes les ont recueillis et inter- 
prétés. Nous citerons entre autres Mariette 
et Notter. 

Aujourd'hui, les instruments employés par 
le graveur sur pierres fines sont la poudre 
et la pointe de diamant : en effet, la poudre 



177 



CL Y 



CL\ 



178 



(!" diamant et la pointe peuvent attaquer, 
user et tailler les pierres les plus dures; une 
tspèee de tour, appelé tourel; la bouterolle, 
petit rond de cuivre ou de fer émoussé, pro- 
pre à user la pierre et a l'entamer. 

Les pierres gravées nous offrent une mul- 
titude de sujets , do signes et de symboles ; 
ce sont des monuments très- intéressants 
pour L'histoire des mœurs et des usages ci- 
vils, religieux et militaires des ditférents 
peuples. On y trouve les images des héros, 
des princes , des hommes célèbres , et ces 
portraits sont , en général, mieux conservés 
.pic sur les marbres et sur les médailles. 

On appelle cabochons les pierres convexes; 
scarabées, les ovales qui ont servi de base aux 
figures de cet insecte; Grylli , les tètes 
très-laides, du nom d'un Athénien connu par 
sa laideur ; conjuyées , les têtes représen- 
tées sur le même profil ; affrontées, celles qui 
se regardent; opposées, celles qui ne se re- 
gardent pas. 

Les pierres gravées s'appellent camées ; 
celles qui sont gravées en creux s'appellent 
intailles. 

Nous nous écarterions trop de notre sujet 
si nous traitions avec quelque étendue de la 
science attrayante des pierres gravées. Nous 
renvoyons aux traités spéciaux. Nous ajoute- 
rons seulement ici quelques détails emprun- 
tés au grand ouvrage de Sérouxd'Agincourt. 

IL 

On a dit avec raison que ce que la mi- 
niature est à la peinture, la gravure sur 
pierre l'est à la sculpture. Ses travaux ajou- 
tent à l'éclat rose et pourpre de l'améthiste, 
au vert doux et velouté de l'émeraude , un 
intérêt qui rend ces pierres infiniment plus 
précieuses. C'était de ces productions char- 
mantes de la nature et de l'art, que les da- 
mes romaines, au temps de Martial, ornaient 
leurs mains avec profusion : mais laissons à 
part l'abus que le luxe et la mode ont fait et 
font encore des ouvrages trop brillants de 
la gravure sur pierres fines , pour ne consi- 
dérer cet art qu'en lui-même, c'est-à-dire, 
que comme soumis , dans des proportions 
presque toujours fort petites , aux mêmes 
principes qui guident l'esprit et la main des 
sculpteurs dans la composition des statues 
et des bas-reliefs. 

L'art de graver les pierres a trouvé son 
origine, comme la sculpture en grand , dans 
les sentiments les plus chers au cœur hu- 
main , les plus universellement répandus 
parmi les hommes; le respect des dieux, 
l'attachement à la patrie et au souverain , 
toutes les affections qui résultent de l'état 
social. Ajoutons à cela , un emploi particu- 
lier dans une foule d'actes de l'autorité pu- 
blique et de la vie civile, emploi d'où résul- 
tait l'authenticité des lois , la foi dans les 
eonventions, le secret et la confiance dans 
les communications; et nous ne serons plus 
surpris des innombrables productions d'un 
art qui servait à des usages si variés et à 
des besoins si fréquents: sans doute l'abon- 
dance des travaux et la multiplicité des ar- 
tistes durent contribuer à l'avancement ra- 



pide de co genre de gravure; mais peut-être 
contribuèrent-ils aussi à sa décadence. 

Pour fixer l'époque de sa plus grande per- 
fection, rappelons-nous les noms d'Apollo- 
nide, de Pyrgothèle , de Solon , de Diosco- 
ride. Voyons ces habiles artistes, tantôt gra- 
ver à traits profonds sur une cornaline la 
majesté sombre d'une tète de Jupiter, la fu- 
reur impie d'une tête d'Ajax ; tantôt, par un 
travail plus léger, mais non moins précieux, 
tracer sur une pierre d'une pâte plus fine les 
contours purs et coulants du corps d'Apol- 
lon, les formes mollement arrondies de ce- 
lui de Vénus. Voyons-les encore, employant 
pour un camée lès deux lits de couleur dif- 
férente qu'offre une agate , laisser l'un à 
découvert pour servir de champ, et modeler 
sur l'autre une tête de face d'Hercule ou 
d'Auguste, avec un relief qui approche de 
la ronde-bosse; voyons-les enfin, loin d'ê- 
tre effrayés de la variété des couleurs et des 
nuances d'une sardoino onyx , en profiter 
dans leur travail avec une telle adresse , 
qu'on croirait que la nature , d'intelligence 
avec l'art, les leur avait préparées pour pein- 
dre les chairs et les draperies d'une manière 
victorieuse du temps. 

On ne peut guère douter qu'un grand nom- 
bre de pierres gravées antiques, et même les 
plus belles , n'aient été des imitations des 
statues et des bas-reliefs exécutés par les 
plus habiles sculpteurs, comme les peintu- 
res étonnantes des vases grecs dits étrusques 
furent probablement inspirées par les ou- 
vrages des peintres les plus célèbres. L'es- 
pèce de vénération qu'excitaient ces admira- 
bles produits des grands genres de l'art , 
devait naturellement conduire à les imiter de 
toutes les manières. 11 est probable aussi 
que le travail mécanique de la gravure sur 
pierres imita dans son caractère et suivit 
dans ses progrès celui de la sculpture en 
grand. Ainsi les deux arts, liés entre eux par 
de nombreux rapports, éprouvèrent néces- 
sairement les mêmes vicissitudes; et ils ne 
nous présentent, en quelque sorte, dans des 
monuments si différents par leurs dimen- 
sions, qu'une même histoire. 

III. 

Dans les premiers temps de l'établisse- 
ment du christianisme, et surtout depuis qu'il 
fut devenu la religion dominante dans l'em- 
pire romain, on occupa fréquemment les ar- 
tistes à graver, sur des pierres fines , desti- 
nées aux usages civils et religieux, des su- 
jets de l'Ancien et du Nouveau Testament. 
Les auteurs agiographes en font connaître , 
et nous en possédons un grand nombre. Si 
elles ne multiplient que trop les preuves de 
la détérioration de l'art, elles ont du moins 
l'utilité de servir à l'histoire des institutions, 
des arts et des mœurs. Il s'en est trouvé 
beaucoup dans les Catacombes. Il y en a une 
(n° 78, Séroux) qui représente Jonas rejeté 
par le monstre marin. Le style de la gravuro 
n'est pas mauvais, et le lieu dans lequel la 
pierre a été trouvée fait présumer qu'elle est 
des premiers temps. 

Des considérations analogues, et l'inscrip- 



179 



go.n 



COT 



ISO 



tion grecque portant le nom de l'empereur 

Nicéphore Botoniale, autorisent à penser que 
l'image de la Vierge (n° 79, Séroux) gravée 
sur une pierre de jaspe, est du xr siècle. On 
peut rapporter à la môme date le buste de 
saint Basile (n° 80, ibid.) , gravé sur un ca- 
inée dont le relief est d'un rouge obscur sur 
un fond blanc. 

Ce sont les mêmes idées pieuses qui dans 
te xv c siècle dirigèrent encore en grande 
partie les travaux des artistes auxquels nous 
devons Je renouvellement de la gravure sur 
pierre. 

Une belle pierre est un portrait de Savo- 
narola. Ses traits et sa physionomie sont 
rendus avec une simplicité qui semble ga- 
rantir la ressemblance, et la gravure est 
d'une exécution moelleuse qui prouve l'ha- 
bileté de l'artiste. C'est une des belles pro- 
ductions d'un Florentin qui dut, en partie, 
ses talents aux soins que Laurent de Médi- 
cis, surnommé le Magnifique , fit donner à 
son éducation, et qui, véritable restaurateur 
de son art, mérita par un grand nombre de 
beaux ouvrages le surnom de Jean des Cor- 
nalines. 

Un talent égal , et qui se fit connaître à 
peu près à la même époque , valut aussi à 
un artiste milanais le surnom de Dominique 
des Camées. 

Le xvi* siècle, celui de Raphaël et de Mi- 
chel-Ange , compte au rang des meilleurs 
graveurs sur pierre Michelino et Maria da 
Pescia. 

GODRON. — Les godrons forment un or- 
nement consistant en une suite de renfle- 
ments , et offrant ainsi l'aspect d'une réu- 
nion de tores juxtaposés. Les godrons sont 
exactement le contraire des cannelures. Voy. 
Fut et la fig. à la fin du vol. 

On appelle aussi godrons une autre espèce 
d'ornement que l'on a comparé à la moitié 
d'une amande. Ce genre de godrons peut 
exister en creux, et alors les godrons sont 
bordés d'un filet et renferment quelquefois 
un fleuron. Quelquefois aussi les godrons 
sont séparés par un dard ou langue de ser- 
pent, comme les oves. 

Dans les monuments de la période roma- 
no-byzantine, on voit parfois les chapiteaux 
ornés de godrons. 

GODRONNÉ. — Les fûts de colonnes du 
xn e siècle, garnis de godrons , sont dits go- 
dronnés; il en est de même des chapiteaux 
où l'on rencontre cette espèce d'ornement. 

GOLA. — Expression adoptée par les ar- 
chitectes italiens pour désigner la moulure 
communément désignée sous le nom de Cy- 
maise ( Voy. ce mot). Ils disent encore gula. 

GONFANON.— Celte expression n'est plus 
guère usitée à présent que dans le langage 
héraldique. On trouve quelquefois, dans les 
anciens auteurs, g on far on, g ont fer on, ou g on- 
falon. Le gonfanon est une espèce de ban- 
nière d'église à trois ou quatre fanons, ou 
pièces pendantes et aboutissantes, non pas 
en carré, comme les bannières, mais en poin- 
tes ou en lobes, dont les plus usitées sont 
à trois pendants. Le gonfanon était la ban- 



nière de l'armée chrétienne prise par Bau- 
douin, comte de Boulogne et d'Auvergne, 
frère de Geoffroy ou Godefroy de Bouillon, 
auquel elle avait été envoyée par le pape , 
comme au vrai défenseur de l'Eglise contre 
les infidèles. 

Le gonfanon do l'église de Saint-Pierre, à 
Rome , est de gueules à deux clefs d'argent 
passées en sautoir. Le pape et d'autres pré- 
lats ont donné jadis des gonfanons à des sé- 
culiers, en leur accordant le titre d'avoués, 
de défenseurs des églises et des abbayes. Au- 
trefois l'église do Lyon avait un gonfanon 
rouge chargé d'un lion d'argent, qu'elle fai- 
sait porter aux processions. 

Le gonfanon était considéré comme la 
marque et le privilège des églises patriar- 
cales. 

Autrefois on appelait les comtes d'Anjou 
gonfaloniers de l'église Saint - Martin de 
Tours : l'origine de ce titre était fort hono- 
rable pour eux. Ce titre leur avait été ac- 
cordé depuis que, par les soins du comte In- 
gelger, le corps de saint Martin avait été 
rapporté d'Auxerre à Tours , au x e siècle. 
Les anciens comtes du Vexin avaient le ti- 
tre de gonfaloniers de Saint-Denis en France, 
parce qu'ils portaient la fameuse bannière 
connue sous le nom d'oriflamme. 

GORGE. — Moulure géométrique et creuse, 
dont le profil est un demi-cercle. 

GORGEKIN. — Membre cylindrique du 
chapiteau dorique, entre l'astragale et les fi- 
lets. Il est quelquefois orné de fleurons, ou 
même de cannelures , quand même le fut 
n'en porterait pas. 

GOTHIQUE. — En lisant l'histoire de l'ar- 
chitecture dans les auteurs italiens de la Re- 
naissance , nous voyons que les artistes , 
tels que Palladio, appellent l'architecture à 
ogives gothique, gottica et tedesca. Cette der- 
nière expression de tudesque , ne veut pas 
dire qu'ils attribuaient cette architecture aux 
Allemands, pas plus que la première ne si- 
gnifie qu'ils en faisaient honneur aux Golhs. 
Dans la pensée de ces écrivains et de ces ar- 
tistes, ces deux expressions étaient syno- 
nymes et peuvent se traduire par celle de 
barbare. Les monuments en style ogival 
étaient, h. leurs yeux , gothiques ou le pro- 
duit de la barbarie dans les arts. Plus tard 
le mot gothique fut pris à la lettre , et on 
supposa, par ignorance ou par inadvertance, 
que l'architecture du moyen âge venait des 
Goths. Comment donc des peuples qui do- 
minèrent au v e siècle auraient-ils pu exercer 
leur action sur une forme architecturale 
qui a pris naissance seulement à la fin du 
xii e siècle? 

'< Le mot gothique, dit un auteur moderne, 
dans le sens où on l'emploie généralement, 
est parfaitement impropre, mais parfaitement 
consacré. » Malgré cette espèce de consécra- 
tion qu'il a reçue de l'usage, ce mot ne peut 
que faire naître de fausses idées : il vaut 
mieux employer celui de style ogival, qui est 
propre et significatif. 

Les artistes français, comme ceux d'Italie, 
ont contribué à jeter et à entretenir la dé fa- 



«SI 



COT 



CUT 



IX: 



vcnr qui a pesé si longtemps sur les édifices 
chrétiens du moyen Age. Tous les esprits , 
durant un temps beaucoup trop considéra- 
ble, ont été imbus des plus aveugles préju- 
gés à ce sujet. Nous devons avouer que 
même les plus tiers génies, les plus belles 
intelligences, n'ont pas pu se soustraire aux 
fausses opinions et a l'influence de ces pré- 
jugés. Fénelon, dans son Dialogue sur Vélo- 
quence, compare) les faux ornements du style 
à ces ornements capricieux dont les monu- 
ments gothiques sont parés , et qui annon- 
cent un mauvais goût. Grâce à Dieu , un 
heureux changement s'est opéré dans les 
idées, et les monuments du style ogival ont 
été mieux appréciés et n'ont pas tardé à ôtre 
entièrement réhabilités. 

Nous conviendrons sans difficulté que le 
style ogival avait été fort mal défendu contre 
les attaques des architectes de la Renaissan- 
ce par les premiers admirateurs. Ceux-ci, 
en etfet , pour le mieux faire apprécier de 
leurs adversaires , avaient prétendu en faire 
un sixième ordre d'architecture. Mais comme 
ils n'en connaissaient pas assez les princi- 
pes , les ressources et les règles, ils se trou- 
vèrent dans l'impossibilité d'en formuler les 
caractères avec précision. Grand succès pour 
leurs adversaires, qui s'imaginaient que l'art 
ogival n'existait pas, parce qu'il n'avait pas 
son Yitruve et son Vignole 1 

N'insistons pas trop longuement sur un 
passé qui est aujourd'hui enseveli dans l'ou- 
bli. L'injustice a été réparée. Nos monu- 
ments chrétiens sont admirés comme ils mé- 
ritent de l'être! Voy. Ogive, Ogival, ROMA- 
Pi O-HYZANTIN, RyZAÏSTIN, ARCHEOLOGIE, ARCHI- 
TECTURE. 

GOTHS (Architecture des). — Nos pères, 
gaulois ou francs, avaient deux manières de 
bâtir, l'une qu'ils appelaient ancienne, l'au- 
tre qu'ils appelaient nouvelle. L'ancienne con- 
sistait à placer l'une auprès de l'autre, de- 
bout ou presque debout, des pièces de bois 
liées par le bas, formant avec le sol un trian- 
gle et enchâssées par le haut dans une pièce 
transversale. Les intervalles étaient remplis 
avec des pierres. L&nouvelle était totalement 
en pierres. On les arrangeait en forme de 
murailles en dedans et en dehors. 

L'une des deux manières venait des Gau- 
lois, l'autre avait été apportée de Rome. Pour 
découvrir l'origine de la première, il faudrait 
remonter aux druides, dont le culte se prati- 
quait dans les forêts. Il faudrait même aller 
jusqu'aux Germnns qui , n'ayant point de 
temples, exécutaient leurs cérémonies dans 
les bois. (Tacite , Descript. German. cap. 16 
et 30.) 

La même manière de bâtir avait plusieurs 
dénominations. On appelait la première no- 
tre coutume, la coutume des Gaulois (mos nos- 
ter gallicanus) ; celte dernière était la plus 
ordinaire; elle était vulgaire, générale. De là 
la promptitude avec laquelle une église était 
élevée, la rapidité à la démolir, la multipli- 
cité des incendies et les ravages qu'ils opé- 
raient. On appelait la seconde manière no- 
vum œdificandi ijenus ; la coutume nouvelle, 



recens rilus. On disait qu'une église était bâ- 
tie avec des pierres taillées, avec des pierres 
grandes et carrées (dedolatis lapidibus, magnis 
(juailrisf/ur saxis). 

Saint Grégoire de Tours, Sulpice-Sévère , 
saint Fortunat citent un grand nombre de 
temples bâlis suivant l'ancienne manière. 
Adrien Levalois joint son témoignage à celui 
de ces auteurs. 

Tandis que l'on construisait un grand nom- 
bre d'édifices en bois, comme nous l'appren- 
nent les auteurs que nous venons de nom- 
mer, d'autres édifices se bâtissaient en pierre 
avec toute la solidité et toute la magnificence 
que Rome mettait dans ses ouvrages. 

Namatius, huitième évoque de Clermont, 
construisit a la manière des Romains l'église 
de Saint-Julien. Il lui donna 150 pieds de 
long, 60 pieds de large et 50 pieds de haut 
sous le plafond, une abside arrondie, 70 co- 
lonnes, 8 portes et 42 fenêtres ornées de 
vitraux, qui produisaient, dit l'auteur, une 
grande clarté et une crainte de Dieu suffi- 
sante: Terror namque ibidem Dei, et claritas 
magna conspicilur (Greg. Toron., Hist. lit», n, 
cap. 16). Namatius en fut lui-même archi- 
tecte, suo studio fabricavit (Ib<d.). 

Saint Didier, évêque de Cahors, construi- 
sit, en 630, une église « non sans doute sui- 
vant notre style gaulois, » non quidem noslro 
gallicano more. 

Cette manière de bâtir s'étendait de con- 
trée en contrée. 

Vers l'an 674-, Wilfrid, évêque d'York, 
voulant s'y conformer dans la construction 
de la cathédrale et de deux autres églises, 
appela des artistes de la France et de l'Ita- 
lie, pour exécuter ces grands ouvrages d'un 
genre nouveau dans sa patrie : De Roma quo- 
quect Italia et Francia, et de aliis terris ubi- 
cunque invenire poterat cœmentarios et quos- 
libet alios industrios artifices secum ret inno- 
vât, et ad opéra sua facienda secum in An- 
gliam adduxerat. (Apud Script. Hist. angl., 
script, x, tom. I, col. 295.) 

En 675 , Riscops , abbé de Weremouth , 
vint pareillement d'Angleterre en France, 
chercher des constructeurs propres à lui 
bâtir une église en pierres, à la manière des 
Romains, manière, dit son biographe, qu'il 
aimait beaucoup. Il en trouva en effet : 
Gallias petens cœmentarios qui lapideam sibi 
ecclesiam, juxta llomanorum, quem semprr 
amabat morem, facerent , postulavit , accepit, 
attulit (Ven. Reda, Yita abbat. Wcrcmuten- 
sium, éd. 166i, pag. 27). C'est pour la même 
église que Biscops fit ensuite demander en 
Fiance des vitriers, sorte d'ouvriers encore 
inconnus à cette époque en Angleterre, et 
qui enseignèrent leur art aux Anglais : Fàc- 
t unique est ut venrrunt (vitri factures), nec 
solum postulatum opus compléter unt , sed et 
Anglorum ex co gentem hujusmodi artificium 
nosse ac discerc feccrunt (Ibid., pag. 28). 

Ce qu'il faut surtout remarquer dans l'in- 
tervalle écoulé depuis l'entrée des Goths en 
France jusqu'à leur sortie, c'est que ces 
peuples, regardés comme *\cs ignorants et 
des barbares, et uniquement propres à piller 



133 



GOT 



GOt] 



t-84 



et à détruire, étaient au contraire des bâtis* 
seurs d'édifices d'une grande richesse. 

Fastueux dans leur vie publique, amis 
des arts autant que pouvaient l'être des 
peuples dont l'éducation commençait, répu- 
tés les plus éclairés des barbares et presque 
semblables aux &recs, suivant l'expression 
de Jornandès, leur historien, notamment 
ariens zélés, à peine furent-ils établis dans 
le Languedoc et la Provence , qu'on les vit 
élever des églises et lutter sur ce point avec 
les catholiques. Les Goths étaient à peu près 
ce que sont encore les Lombards : maçons, 
architectes, gagnant leur vie à bâtir, quand 
il s'agissait de gagner leur vie. 

Les écrivains languedociens ne sont pas 
d'accord entre eux sur la question de savoir 
qui est l'auteur de la Daurade, église de la 
Vierge, désignée sous ce nom à cause de la 
mosaïque qui en couvrait l'abside. La Faille 
nie que ce soit un monument romain (La 
Faille, Annales de Toulouse, part, i, chap. 4, 
tom. I, pag. 9). Ils croient cependant les 
uns et les autres qu'elle a été bâtie ou par 
Théodoric II, prince goth, qui commença à 
régner en 452, ou par Enric, son frère, qui 
lui succéda en 466 (J. Chabanel, Antiquité de 
la Daurade, pag. 38, 39. — D. Vaissette, Hist. 
du Languedoc, tom. I, pag. 661. — Séries reg. 
goth., ap. D. Bouquet, tom. II, pag. 701, 704). 
Ce qui est certain, c'est qu'elle existait en 
584, puisqu'à cette époque la princesse Ri- 
gonthe, fdle de Chilpéric et de Frédégonde, 
menacée par une émeute, s'y réfugia (Greg. 
Turon., Hist. Franc, lib. vu, cap. 10). 

Cette mosaïque, qui subsistait encore en 
1793 (.Martenne et Durand, Voyage littéraire, 
part, ii , pag. 47) , représentait les douze 
apôtres; et la dévotion particulière que les 
ariens avaient pour ces saints pourrait 
prouver qu'ils étaient auteurs de cet embel- 
lissement. 

j Enric, un de leurs rois, de qui les Etats 
s'étendaient depuis la Loire jusqu'aux Pyré- 
nées, depuis l'Océan jusqu"à Arles, qui régna 
momentanément à Marseille, s'étant emparé 
de l'Auvergne, bâtit, ou -du moins commença, 
deux églises à Clermont, pendant un séjour 
de neuf années, l'une dédiée à saint Laurent 
et saint Germain, l'autre à saint Julien. 
Toutes deux furent construites à la manière 
des Romains, ornées de colonnes, et avec 
une grande magnificence (Greg. Turon. lib. 
n, cap. 20, mirifice construxit. — Chron. 
Moissiac, ap. D. Bouquet, tom. II, pag. 649). 

A la même époque, Lunebodes, seigneur 
goth, gouverneur de Toulouse, fit élever 
dans cette capitale l'église de Saint-Saturnin 
ou^Saint-Sernin , et Fortunat dit à ce sujet : 
« Ce ne sont point des artistes venus d'Ita- 
iie qui ont exécuté ce grand ouvrage; il est 
du à un homme de la race des barbares. » 
(Fortunat, lib. n, carm. 9.) 

Quod nidhis veniens romana génie fabrivil, 
. . . barbarica proie peregït opus. 

Enfin, vers l'an 657, Audoin, nommé aussi 
Dado ou saint Ouen, ancien référendaire de 
Dugobert, devenu archevêque de Rouen en 



640, vint fonder en pierres l'église de Saint- 
Pi erre-le-Vif. Clotaire III, encore enfant, ou 
plutôt la reine Bathilde, sa mère, concourt à 
cette grande entreprise. Cette église doit être 
« noblement construite : » A Lothario, rege 
Francorum, nobiliter constructa. On appelle 
des Goths; ils la bâtissent en pierres carrées, 
et cet admirable ouvrage est encore dû à des 
mains barbares : Miro opère, quadris lapidi- 
bus, manu gothica (Vita S. Audoeni, ap. Bol- 

I and., 24 aug., pag. 818, 819. — Gallia christ., 
tom. XI, col. 13, 44, 15). 

Ce fait a été cité plusieurs fois; mais les 
déductions qu'on en peut tirer n'ont pas été 
développées comme elles méritaient cte l'être. 

II prouve, en effet, que les Goths avaient 
adopté cette belle manière de bâtir, qu'on 
appelait alors manière romaine ou nouvelle, 
en grosses pierres carrées et taillées au 
marteau, quadris lapidibus... dedolatis lapi- 
dibus. L'armée des Goths était allée établir 
le centre de son gouvernement à Tolède, en 
l'an 542; mais tous les Goths, à beaucoup 
près, n'étaient pas partis. Il en restait encore 
un si grand nombre en France, et ils étaient 
tellement attachés à leurs lois, qu'en 759, 
les Sarrasins tenant la ville de Narbonne, et 
Pépin en faisant le siège, ceux qui étaient 
dans la ville firent dire à ce prince que, s'il 
voulait leur rendre leurs lois gothes, ils se 
chargeaient de tuer tous les Sarrasins et de 
lui ouvrir les portes. Ce prince promit tout, 
et ils tinrent leur parole (Chronic. Moissia- 
cens., ap. D. Bouquet, tom. V, p. 69). 

Nous voyons encore, dans l'exemple de 
Saint-Pierre-le-Vif, que cette manière de. 
bâtir, quoiqu'elle eût fait déjà des progrès 
dans l'opinion des prélats, n'était point gé- 
néralement adoptée; souvent on préférait la 
construction en bois. Une révolution s'opé- 
rait, et les Goths y avaient une grande part. 
Nous y voyons enfin que les Goths louaient 
leurs œuvres en qualité d'architectes et de 
maçons, manu gothica. Cette manière était 
réellement trop belle et trop préférable a la 
construction eu bois pour ne pas se répan- 
dre de jour en jour davantage. 

On peut consulter avec avantage un sa- 
vant mémoire sur ce sujet par M. Em. David 
(Bulletin monum., tom. V, pag. 382). L'au- 
teur y développe cette pensée, à savoir, que 
les Goths ont donné leur nom à la première 
manière de bâtir les églises en pierres appa- 
reillées. Ce serait le gothique ancien de cer- 
tains auteurs. L'élan étant donné, on conti- 
nua à construire les édifices religieux en 
pierres de grand appareil, et ainsi naquit, 
par une conséquence naturelle et presque 
nécessaire, le gothique moderne, qui fut plus 
tard appelé style ogival. Nous n'admettons 
pas entièrement cette opinion de M. Em. 
David. Elle est néanmoins établie dans son 
Mémoire de façon à intéresser par les faits 
qu'il cite à l'appui. 

GOUSSE. — Ornement employé dans Je 
chapiteau ionique; on en trouve aussi quel- 
ques exemples dans les monuments de la 
période romano-byzantine. 11 ressemble à 
des gousses végétales. 



13.i 



r.ru 



cri 



tSG 



GOUTTEREAU (Mm). — Quelques archi- 
tectes appellent le mur gouttereau d'une 
église celui dans lequel est percée la claire- 
voie. 

GOUTTES. — Petits cônes qui se détachent 
du soflïte du rnutule de la corniche dorique, 
ou qui pendent en petites pyramides au bas 
des teigiyphes de la frise, sur l'architrave. 

GOUTTIERE. — Canal creusé dans la 
pierre, et qui sert à conduire les eaux plu- 
viales provenant des toits, et à les jeter loin 
îles fondations au moyen des gargouilles. 
Voy. Gargouilles. 

GRADIN. — Les gradins sont des degrés 
placés sur l'autel et vers le fond, pour rece- 
voir les chandeliers. On en voit quelquefois 
deux et trois. Mais l'introduction des gra- 
dins d'autel est tout à fait moderne; on n'en 
rencontre jamais sur les anciens autels, ni 
dans la représentation des autels- qui existe 
dans les vitraux peints, dans les manuscrits 
à miniatures et dans les autres monuments 
de l'iconographie. Ce n'est guère qu'à partir 
du xv' siècle que l'usage des gradins s'intro- 
duisit dans nos églises. 

GRAPPE DE RAISIN. — Voy. Fruits. 

GRASSES (Feuilles). — Un grand nombre 
de chapiteaux de colonnes ont été formés 
ou ornés de feuilles grasses, durant la pé- 
riode romano-byzantine. Voy. Chapiteau, 
Feuilles. 

GRECQUE. — Ce mot signifie la même 
chose que Frette. Voy. ce dernier mot. 

GRENADE.— Voy. Fruits. 

GRIFFES. — La base attique est souvent 
imitée pour les colonnes de la période ro- 
mano-byzantine, au xir siècle. Cette base 
n'est pas toujours simple : elle est quelque- 
ibis décorée de figures, de feuillages et de 
moulures diverses. Les feuillages se replient 
souvent sur eux-mêmes aux quatre angles 
de la plinthe, et forment des espèces de 
pattes ou de griffes. Voy. Empattement, Ap- 
pendicule, Base. 

GRIFFON. — Le griffon est un animal fa- 
buleux, dont le corps est composé de mem- 
bres pris \ divers animaux. Il a joué de tout 
temps un grand rôle dans l'ornementation. 
Dans l'antiquité, comme au moyen Age et 
dans les temps modernes, on a reproduit en 
mille manières la tigure du grillon. 

GRILLE. — Une grille, au point de vue le 
plus général, est un assemblage de pièces de 
bois ou de métal, croisées ou entrelacées, 
de manière à former une enceinte autour 
d'un objet quelconque que l'on désire pro- 
téger contre les approches de la multitude. 
Il est inutile de dire que ces espèces de 
barrières sont nées de la nécessité, et, par 
conséquent, qu'on peut en trouver des 
exemples et des modèles dans tous les 
temps et chez tous les peuples. Les souter- 
rains sacrés des Catacombes romaines nous 
ont fourni, sous ce rapport, un modèle assez 
curieux, puisque l'on a observé des tom- 
beaux entourés de pièces de marbre formant 
barrière. Voy. Catacombes. 

Le transsept des basiliques était séparé 



des nefs par une barrière ou griNe de même 
genre. Il en était de même des autels ïes 
plus anciens. Nous en avons parlé longue- 
ment à l'article Autel (Voy, ce mot). 

Les tombeaux des saints étaient égale- 
ment entourés de grilles. Voy. Chancel ou 
Cancel. Le tombeau de saint Martin, à Tours, 
était entouré d'une grille précieuse. 

Quant aux grilles qui entouraient le 
chœur, ou qui se trouvaient à l'entrée des 
chapelles latérales des églises, elles remon- 
tent à une grande ancienneté. On en con- 
naît différents modèles remarquables, depuis 
les grilles romanes de l'ancienne abbaye de 
Conques (départ, de l'Aveyron ), jusqu'aux 
grilles élégantes de la Renaissance. Au 
xvn e et au xvm e siècle, on a fabriqué des 
grilles en fer avec enroulements, feuillages 
et ornements variés, qui ne manquent ni de 
richesse ni d'élégance. On a publié, dans les 
Annales archéologiques, deux curieux modè- 
les de grilles. Voy. tomes X et XL 

La portion de grille romano-byzantine de 
l'église de Conques, publiée dans le tome XI 
des Annales archéologiques, se compose d'i 
deux dormants latéraux, d'une frise supé- 
rieure et d'une porte. Les deux parties dor- 
mantes latérales sont formées de bandes 
horizontales, dont chacune est produite par 
une réunion d'éléments semblables par la 
forme , mais différents par les dimensions ; 
ils s'amoindrissent à mesure que la lon- 
gueur des bandes diminue par la saillie des 
bases des colonnes qui les limitent. L'élé- 
ment de ces panneaux se compose de quatre 
volutes affrontées deux à deux, partant d'un 
nœud saillant d'où sortent également des 
tiges de fer plus minces, se contournant en 
sens inverse à leur extrémité. La bande su- 
périeure du panneau de droite, plus étroite 
que les autres, fait seule exception; elle est 
composée de trois éléments, produits par 
deux volutes s'enroulant en sens contraire, 
de manière à former l'S. 

La frise, fixée sur une traverse en bois, se 
compose de douze éléments disposés hori- 
zontalement en deux modèles différents , 
placés sans égard à la symétrie, et séparés 
par des tiges verticales, que termine une 
pointe aiguë. De chacun de ces montants 
part, en se recourbant en avant, une tige 
terminée alternativement par une fleur de 
lis et une tète de dragon. De plus , avec 
chaque volute terminée par une tète de dra- 
gon, s'épanouissent, dans le plan du grillage, 
deux palmettes en fer forgé; ces pal mettes 
viennent se relier, en se recourbant, avec 
deux dards qui se détachent de la tige d'où 
part la fleur de lis. Ce couronnement, mal- 
heureusement un peu mutilé, est d'une 
grande richesse, à cause surtout des pal- 
mettes. 

La porte est formée de cinq bandes verti- 
cales, composées de huit éléments chacune; 
ces bandes sont fixées sur six montants, 
dont les extrémités se recourbent en volutes 
et viennent se marier à celles des éléments 
qui composent le fond ou le réseau de la 
porte. De plus, les deux montants extrêmes 



1S7 



CRO 



GUI 



ISS 



sont tordus en spirales. Ce système est fixé 
dans un cadre en fer qui s'ajuste dans un 
second encadrement servant de linteau et de 
chambranles à la porte (Alf. Darcel). 

(Voy. deux beaux modèles de grilles, aux 
figures placées à la fin de ce volume.) 

GRISAILLES. — Le mot de grisaille dési- 
gne une espèce de peinture faite avec une 
seule couleur noirAtre ou grise. Mais on 
l'emploie plus communément pour désigner 
certains vitraux d'églises formés de verres 
blancs sur lesquels le pinceau a tracé des 
dessins d'arabesques, ou des ornements va- 
riés. La couleur noire qui a servi h cette 
opération devient adhérente à la surface du 
verre en passant au fourneau de recuisson. 

Depuis le xiii' siècle jusqu'au xvi% o'i a placé 
aux fenêtres des églises une grande quantité 
de verrières en grisaille : quelquefois les 
grisailles occupent la superficie entière de la 
verrière, quelquefois elles en remplissent une 
partie seulement, et le reste est orné de ver- 
res de couleur. L'imagination des artistes a 
créé des motifs de décoration en grisaille, où 
le goût le plus épuré n'a rien à reprendre. Ce 
sont des fleurons, des rosaces d'ornementa- 
tion, des feuillages, des fleurs, etc., agencés 
et disposés avec beaucoup d*' élégance. On y 
remarque parfois des branches légères et fle- 
xibles, comme celles du chèvrefeuille, qai 
courent sur la surface de la fenêtre de la ma- 
nière la plus gracieuse; le plus souvent la 
grisaille est égayée parla couleur. Les bordu- 
res qui en forment l'encadrement sont formées 
de verres de couleur et sont semblables en 
tout à celles qui entourent les verrières à lé- 
gendes et à personnages. 

Dans le grand ouvrage du P. A. Martin, 
sur les vitraux de la cathédrale de Bourges, 
on trouve de charmants modèles de grisailles 
empruntés à diverses églises, comme Auxerre, 
Strasbourg, Fribourg en Brisgaw, et quelques 
églises d'Angleterre. 

GROTESQUE. — Voy. Figures grimaçan- 
tes, Fols, Gargouilles, AJodillons. 

GROTTE AUX FÉES.— C'est un monu- 
ment druidique que l'on connaît encore 
sous le nom lT allée couverte ou de coffre de 
pierres. Il est composé de deux lignes paral- 
lèles de pierres brutes, dressées verticale- 
ment et contiguës. Ces pierres supportent 
d'autres pierres horizontales qui forment un 
comble, ou bien qui simulent un toit en 
terrasse. Des quartiers de roche, placés à 
l'intérieur, servent de cloisons et divisent 
Je monument en plusieurs compartiments. 
Voy. Allée couverte. 

^ GROTTES. — Les premiers habitants de 
l'Egypte ont habité dans des grottes. Voy. 

IlCYPTIEX. 

GROTTES VATICANES. Voy. Catacom- 
bes. — On a quelquefois nommé grottes 



les principaux souterrains sacrés de Rome. 
Voy. Eovpte. 

GUEULE, synonyme de cymaise. — On 
dit gueule droite et gueule renversée. Voy. 
Cymaise et Gola. 

GUILLOCHIS. — Les guillochis doubles 
sont la môme chose que les grecques ou les 
frettes (Voy. ce dernier mot). C'est une 
espèce d'entrelacement de lignes se cou- 
pant à angle droit. Les guillochis peuvent 
être simples, mais alors ils n'offrent plus 
qu'une sorte de zigzag. 

GUIRLANDES. — Il y avait autrefois des 
guirlandes de quatre espèces usitées dans 
les églises. 1° Les guirlandes de fleurs sus- 
pendues au-dessus des autels et dans les 
églises, aux jours de solennité; 2* les guir- 
landes de roses ou d'autres fleurs placées 
entre les mainsouautourde latêtedesmem- 
bres du clergé et d'autres personnes dans 
certaines processions; 3° les guirlandes d'ar- 
gent et de pierres fines, placées sur des 
statues; 4° les guirlandes de fleurs artificiel- 
les employées aux funérailles des vierges. 

Dans les anciens inventaires il est souvent 
question de guirlandes de feuilles d'argent 
ou de vermeil, entremêlées de pierres pré- 
cieuses et de perles. On peut consulter à ce 
sujet le Monasticonda Dugdale. Cet ouvrage 
est une mine inépuisable en renseignements 
de ce genre. 

La coutume de se servir de guirlandes 
d'ornement aux funérailles des vierges est 
très-ancienne en Angleterre et fort remar- 
quable. On lit à ce sujet, dans le Répertoire 
d'antiquités (tom. IV, pag. 664) le passage 
suivant : « Outre ces couronnes, les anciens 
avaient encore les guirlandes funéraires, 
dont l'usage s'est conservé, en Angleterre, 
jusqu'à ces derniers temps, et persévère 
même encore dans quelques endr its. Ces 
guirlandes, aux funérailles des jeunes tilles 
décédées, étaient portées devant le cercueil 
par deux jeunes filles, et déposées ensuite 
en quelque lieu apparent de l'église. Ces 
guirlandes étaient faites de la manière sui- 
vante : le bord inférieur, ou le cercle, 
était un large cerceau de bois, auquel de 
chaque côté, étaient fixés des fragments de 
deux autres cerceaux, se croisant l'un l'autre 
au sommet, à angles droits. Ces cerceaux 
étaient entièrement couverts de fleurs arti- 
ficielles en papier, en corne raclée ou en 
feuilles d'argent, et plus ou moins belles 
suivant le rang de la personne dont on 
faisait la sépulture. On y voyait aussi des 
morceaux de papier blanc assez grands, où 
l'on inscrivait le nom, l'âge, etc., de la per- 
sonne défunte. Quelquefois encore on y en- 
tremêlait des rubans de diverses couleurs. » 

GUI VRÉ. — On appelle tore guivré, d'après 
3es Instructions du Comité historique des 
arts et monuments, plusieurs tores ou bou- 
dins juxtaposés et décrivant des zigzags. 



iso 



H.u: 



IFAC 



l'JO 



IIACHK.— I.On trouve fréquemment dans 
les auteurs profanes la formule suivante : Sub 
ascia dedicavit. Elle s'applique h un gran 1 

nombre de monuments, et nous pouvons 
ajouter de pins qu'elle se rapporte à une 

grande quantité de fails.Un sens mystérieux 
et sacré y était certainement attaché ; mais 
les antiquaires jusqu'à présent ont-ils réussi 
complètement à le découvrir ? 

Parmi les sarcophages gui sont encore 
dans les catacombes chrétiennes de Rome 
ou qui en proviennent, on en trouve quel- 
ques-uns qui portent gravé en creux ou en 
relief une espèce d'instrument qui ressemble 
quelquefois h une pioche, dont la forme est 
plus ou moins accusée. ( Voy. l'ouvrage 
d'Aringhi, Roma subterranea, planches des 
pag. 250, 326, 335.) Cette forme varie sur 
les divers monuments où elle se trouve re- 
présentée. C'est ce qu'on nomme Vascia, 
sorte de signe, qualifié même de formule 
funéraire, qui occupe depuis longtemps les 
antiquaires et les archéologues. 

Que penser de cette formule lorsqu'elle se 
trouve sur des tombes chrétiennes ? 

Le savant qui a essayé de répondre direc- 
tement à cette question, et cela tout récem- 
ment, est un membre de l'académie des 
sciences et belles-lettres de Dijon, M. Ros- 
signol. La présence de Vascia sur les sépul- 
tures chrétiennes est fort rare; mais on 
connaît des faits incontestables. Une tombe 
trouvée à Lyon en 1740, dans les ruines de 
l'ancienne église de Saint-Just, portait l'i- 
mage de la croix avec deux colombes et la 
double représentation de Vascia. Quelques 
sarcophages des catacombes o tirent aussi le 
signe de cette formule funéraire. Le célèbre 
abbé Lebœuf, d'Auxerre, a publié un monu- 
ment funèbre portant Vascia. Ce monument 
est celui de saint Andoche, à Saulieu; mais 
il a été détruit malheureusement pendant la 
révolution de 1789. 

Si les chrétiens se sont servis de Vascia, 
c'était sans doute, dit M. Rossignol, une 
manière de protester contre l'usage de brûler 
les corps, usité à une certaine époque de 
décadence. Ils semblaient en appeler aux 
Romains de la vieille république contre les 
Romains dégénérés de 1 empire, en s'atta- 
chant à la formule. Les chrétiens mettaient 
leurs dépouilles sous la protection des lois, 
mais pour prouver qu'ils repoussaient le 
but tout païen que se proposaient les Romains 
imbus d'idolâtrie, ils joignaient à Vascia 
profane une figure de la croix. C'était pour 
eux une espèce de prescription qu'ils invo- 
quaient contre la violation de leurs tombes. 
Quelquefois Vascia est accompagné de deux 
colombes, autre symbole éminemment chré- 
tien, comme chacun le sait. Jamais, comme 
le fait remarquer M. Rossignol, les chrétiens, 
en se servant de Vascia comme signe (Je 
protection de leurs tombeaux, n'y ont joint 
la formule consécratoire Diis manibus, qui 



faisait un dieu du mort et un temple de son 
tombeau. Pour les chrétiens Vascia est un 
simple signe de l'inhumation qui proteste 

contre l'usage païen de brûler le corps. 
Vascia est plutôt une pelle à manche qu'une 
pioche, et il a passé avec une forme tout à 
fait moderne dans la cérémonie des funé- 
railles chrétiennes, telles qu'elles se font 
journellement. Voy. le Dictionnaire icono- 
graphique de Rf . Guénebault, dans les Appen- 
dices, ouvrage qui fait partie de V Encyclo- 
pédie de M. 1 abbé Migne. 

IL 

Haches celtiques. — Ces haches forment 
un des objets les plus curieux des antiquités 
des peuples qui ont habité avant nous le 
pays que nous occupons actuellement. Elles 
avaient des formes variées et des usages de 
plus d'un genre. Nous avons écrit sur ces 
haches une notice, insérée au tome II des 
Annales de la société archéologique de Tou- 
raine. Nous reproduisons ici cette notice, où 
l'on trouvera énumérés des faits nombreux 
et qui nous ont paru dignes d'intérêt. 

Uaches celtiques. 11 existe peu de questions 
scientifiques plus débattues et plus obscures 
que celle des instruments en silex et en 
bronze, désignés généralement sous le nom 
de haches celtiques. Malheureusement, dans 
les dissertations archéologiques publiées 
déjà en. assez grand nombre sur cette inté- 
ressante matière, les auteurs n'ont pas tou- 
jours tenu un compte suffisamment rigoureux 
des faits; ils se sont lancés avec, trop de 
complaisance et de facilité dans le champ 
vague et nuageux des conjectures. Celle 
fausse voie devait conduire nécessairement 
à une déplorable confusion d'idées; il eu 
est résulté plusieurs opinions contradictoi- 
res, où la critique est fort embarrassée. On 
ne saurait trop répéter ce principe, à cause 
de son extrême importance, que, dans les 
sciences d'observation, il faut avoir à son 
service une immense série de faits, avant de 
chercher à systématiser les conséquences 
qui ressortent de leur examen et de leur 
comparaison. Les aperçus précipités, les 
théories uniquement basées sur des idées 
préconçues ou sur des observations incom- 
plètes, ne sont propres qu'à entraver la 
marche de la science. Ces réflexions nous 
viennent naturellement à l'esprit, au mo- 
ment où nous quittons la lecture des nom- 
breux travaux entrepris sur les antiquités 
gauloises. Elles peuvent recevoir leur appli- 
cation dans l'étude de la plupart des bran- 
ches de l'archéologie ; elles naissent du sujet 
spécial sur lequel nous nous proposons d'at- 
tirer votre attention. Ces considérations, 
que nous présentons aujourd'hui, étaient 
esquissées depuis longtemps ; nous avons 
cherché à les compléter par des observations 
nouvelles. 

Avant d'entrer dans l'exposé même des 



101 



UAC 



études que nous avons ébauchées sur cette 
partie des antiquités celtiques, nous devons 
avertir que nous avons été sobres d'expli- 
cations théoriques. Nous les avons évitées 
à dessein jusqu'à ce que la comparaison d'un 
certain nombre d'objets analogues nous ait 
donné le droit d'aborder ces questions tou- 
jours délicates. Nous allons donc d'abord 
faire passer sous les yeux les monuments 
eux-mêmes, comme les différentes pièces 
d'un procès, qui sont produites et discutées 
avant de prononcer un jugement sérieux et 
motivé. En plaçant à côté les unes des autres 
une grande quantité de pièces semblables, 
nous en verrons sortir des rapprochements 
naturels et peut-être inattendus : l'analogie 
et la déduction nous conduiront seules 
dans nos recherches, et nous osons espérer 
que cet'e méthode rationnelle produira 
d'heureux résultats. 

Los haches en pierre ont été nommées 
ccltœ par les antiquaires. La connaissance 
des endroits où on les trouve en plus grande 
abondance éclaircira la question d'origine, 
et aidera à déterminer à quelle race de peu- 
ples ces instruments servaient plus spécia- 
lement. La plupart des hachettes de silex 
ont été découvertes dans des fouilles au pied 
des monuments druidiques, tels que les 
tumulus, les dolmens et les menhirs. Souvent 
elles étaient enfouies à la base même du 
monument, sans qu'aucun indice pût mon- 
trer des précautions ou des intentions di- 
rectes. Souvent aussi elles ont été rencon- 
trées au milieu des débris, restes souillés des 
sacrifices sanglants. Elles se trouvaient mê- 
lées avec des ossements à demi brûlés 
d'hommes ou d'animaux, avec des matières 
végétales carbonisées et des fragments de 
diverse nature. Parfois ces haches ont été 
ramassées sur le sol même, autour des 
grands autels celtiques. Lorsqu'on a ouvert 
des tombelles et que les fouilles ont été 
boueuses, on a fréquemment observé des 
celtœ près des squelettes rangés dans leurs 
ehainbres sépulcrales ; elles étaient quelque- 
fois sous la tête même des guerriers, comme 
une arme qu'un soldat pose sur sa tête afin 
de s'endormir avec plus de sécurité; quel- 
quefois encore elles étaient placées à leurs 
pieds ou à leurs côtés comme des offrandes 
dernières. Enfin dans certaines localités on 
en a trouvé une quantité considérable, dont 
les unes étaient entièrement achevées et les 
autres à peine dégrossies. On a considéré 
ces lieux comme ayant été autrefois des 
centres de fabrication. Les haches parfaites, 
comme les haches à peine ébauchées, ont 
fourni danscette occasion matière à desobser- 
vations curieuses. On a surpris, pour ainsi 
dire, les procédés mécaniques de formation. 

M. Jouannet, dans un travail remarqua- 
ble sur le sujet qui nous occupe, donne des 
détails piquants. Un Gaulois voulait-il se 
fabriquer une hache, il choisissait d'abord 
quelque silex Je plus approchant de la forme 
désirée, puis s'armant d'un marteau, il frap- 
pait son silex, tantôt sur un côté, tantôt sur 
l'autre, enlevant par écailles, d'abord assez 



llAC 102 

grandes, toute la pierre inutile.. A mesure 
que l'ouvrage avançait, les difficultés aug- 
mentaient pour amener la pierre au point 
de pouvoir être soumise au poli : on se fait 
à peine une idée du nombre et de la peti- 
tesse des écailles qu'il fallait détacher sans 
otfenser les bords latéraux ni le tranchant. 
Quelquefois, au moment de terminer, la 
main s'égarait, un coup malheureux causait 
un dommage irréparable, et la pierre était 
jetée au rebut. J'en ai trouvé plusieurs dans 
cet état, j'en ai vu d'autres dont le tranchant, 
usé ou brisé après le poli, avait été refait. 
Dans quelles contrées a-t-on observé ces 
haches curieuses de silex ? Un fait bien re- 
marquable et qui mérite toute attention, 
c'est que la plupart de ces instruments sin- 
guliers ont été trouvés dans l'Europe cen- 
trale et septentrionale. A partir du Dane- 
mark jusqu à la Garonne, on en trouve fré- 
quemment, et il n'y a guère de collections 
d'antiques qui n'en présentent une série plus 
ou moins nombreuse. Nous devons ajouter 
que c'est principalement dans le pays com- 
pris entre la Seine et la Garonne qu'on a 
trouvé les dépôts les plus considérables et 
les formes les plus variées. Sur les bords du 
Rhin, on a mis à découvert, dans des fouil- 
les pratiquées sur les points du sol les plus 
anciennement occupés, des instruments de 
cette espèce d'une conservation admirable, 
avec toutes les modifications possibles de 
forme et de dimension. En Angleterre, dans 
les lieux où les dolmens sont plus fréquents, 
dans le voisinage des kromlechs et des tom- 
belles, les haches se sont montrées aussi 
grandes et aussi belles que sur le continent. 
En France, certaines provinces, telles que la 
Picardie, laNormandie, la Bretagne, l'Anjou, 
le Périgord, etc., en ont offert aux recherches 
de l'antiquaire des échantillons magnifiques, 
où toutes les nuances dans la matière, la 
forme, la taille, la coupe générale s'offrent 
à l'examen : en Touraine nous en avons vu 
quelques-unes fort curieuses. Si nous vou- 
lions citer les localités où les celtœ ont été 
recueillies jusqu'à présent, nous nous enga- 
gerions dans un interminable catalogue de 
noms propres, dont l'aridité ne serait com- 
pensée par aucun autreavantage.il n'est pas 
de publication scientifique , dans laquelle 
l'archéologie ne trouve Sa place, où l'on n'ait 
mentionné une grande quantité de décou- 
vertes de cette nature. Ces observations par- 
tielles ne sont pas sans importance dans 
l'histoire locale, mais elles ont été si fré- 
quemment répétées, et c'est une chose telle- 
ment connue de toutes les personnes qui 
s'occupent d'études archéologiques, qu'il 
nous suffitde les mentionneren passant, sans 
nous y arrêter davantage. La présence des 
haches de silex a été constatée dans les pro- 
vinces méridionales de la France; mais le 
nombre de ces objets est si restreint, qu'on 
est naturellement porté à penser que c'est 
du dehors qu'ils sont venus, et que c'est 
uniquement par importation que les habi- 
tants les ont possédés. Les peuplades noma- 
des des anciens Gaulois ont dû nécessaire- 



195 



IIAf. 



IIAC 



IU 



nient semer partout sur leur passage les us- 
tensiles qui étaient à leur usage. Soit que 
ees hachettes servissent aux besoins domes- 
tiques, soit que leur destination fût mili- 
taire, comme nous l'examinerons plus bas, 
on conçoit qu'elles aient pu être laissées 
dans les contrées méridionales de l'Europe, 
où les populations celtiques firent de fré- 
quentes incursions. C'est ainsi que dans l'I- 
talie septentrionale, dans l'Etrurie et dans 
les campagnes romaines, on a de temps en 
temps fait la rencontre des haches attribuées 
aux nations galliques. Ces objets singuliers, 
peu communs dans la péninsule italique, 
sciaient donc comme d>'S médailles antiques, 
témoins irrécusables des migrations et des 
luttes sanglantes des peuples gaulois dans 
les champs de l'Italie. 

Quelques antiquaires Italiens , adonnés 
surtout aux études d'archéologie étrusque, 
ont prétendu que ces objets pouvaient 
aussi bien appartenir aux populations primi- 
tives de l'Etrurie qu'aux habitants des Gau- 
les. Les arts ont de si frappantes analogies 
dans les œuvres qui sont sorties de leurs es- 
sais en tout genre, qu'il ne serait pas surpre- 
nant, suivant eux, que les Etrusques et les 
Gaulois eussent pratiqué en même temps 
des travaux semblables. Ils apportent en- 
core, pour soutenir leur opinion, des consi- 
dérations d'une valeur tout à fait secondaire. 
Il est évident, pour quiconque voudra se 
donner la peine d'apprécier l'autorité de 
leurs raisonnements, que leur système s'ap- 
puie sur des principes contredits par toute 
la puissance de la critique monumentale. 
Nous n'invoquerons pas ici les arguments 
de l'analogie et de la déduction qui militent 
très-fort en notre faveur. En montrant plus 
tard comment certains peuples de l'Asie 
centrale, et même de l'Amérique, ont pos- 
sédé des haches semblables aux celtœ, nous 
ferons voir comment on peut se livrer à des 
considérations philosophiques, et comment 
certains auteurs on t cherché par cette voie à ré- 
soudrede hauts problèmes ethnographiques. 
Avant de passer à d'autres observations, 
disons encore que quelques haches de silex 
et de bronze ont été vues dans les campa- 
gnes de la Grèce. Nous voulons ici simple- 
ment constater un fait, sans en vouloir laire 
pressentir les conséquences. Ces objets sont 
très-rares dans cette contrée, et ont été re- 
trouvés à d'assez grandes profondeurs. Ne 
seraient-ce pas des reliques de ces vieux 
Gaulois qui, sous la conduite de leur brenn, 
traversèrent le pays tout entier, et s'avan- 
cèrent jusqu'au temple de Delphes ? De tou- 
tes ces observations nous pouvons légitime- 
ment conclure que les haches de silex ont 
été façonnées et employées par des races 
d'origine commune. Puisqu'on les retrouve 
principalement dans les régions habitées 
par les tribus celto-germaines, nous trou- 
vons dans ce fait la solution la plus plausi- 
ble de la question d'origine. Les déductions 
sont ici parfaitement logiques, et nous som- 
mes appuyés, dans notre manière de raison- 
ner, par les données philologiques autant que 



par les sources historiques les plus reculées. 
Les monuments, même les plus minimes, 
font entendre un langage significatif, qu'il 
est aisé de contredire avec l'esprit de sys- 
tème, mais qu'il n'est pas aussi facile de faire 
taire. Il suffit souvent de remettre les choses 
dans leur état naturel pour leur conserver 
toute leur force historique et scientifique. 
Quelles sont les formes principales affec- 
tées aux celtœ ? Après avoir comparé ensem- 
ble un grand nombre d'instruments de ce 
genre, nous croyons pouvoir rapporter ces 
formes à cinq types généraux. Le premier 
type reproduit la forme la plus généralement 
usitée et en même temps la plus élégante. 
Le bord tranchant est taillé régulièrement. 
La ligne arrondie qui le circonscrit s'incline 
doucement vers les ilancs, également arron- 
dis, pour se terminer en une pointe plus ou 
moins aiguë. Le plus souvent les côtes en 
sont taillées à une vive arête. En comparant 
cette hachette à une belle feuille lancéolée, 
on en donnera une idée très-juste. Si l'on 
veut employer dans cette description des 
termes d'une plus rigoureuse exactitude, on 
dira que les haches de silex de ce type res- 
semblent à des coins de forme pyramidale, 
terminés d'un côté par une pointe mousse, 
et de l'autre par un tranchant acéré, dont le 
fil décrirait une portion d'ellipse. L'abaisse- 
ment de la ligne moyenne vers le tranchant 
commence ordinairement vers le tiers de la 
longueur totale, ce qui contribue particuliè- 
rement à donner à l'instrument des propor- 
tions agréables. On a trouvé dans ce type 
des objets de dimension assez considérable, 
depuis vingt-cinq centimètres jusqu'aux di- 
mensions les plus réduites, de cinq à six 
centimètres. Ce type est le plus commun, et 
dans les collections on le rencontre le plus 
fréquemment. 

Le second type diffère du précédent par 
laterminaison.de ses deux extrémités. L:t 
partie supérieure offre un tranchant bien 
aiguisé, mais peu étendu. La ligne circulaire 
qui le borne est très-fortement abaissée. La 
partie inférieure, au lieu de se terminer en 
pointe, présente une simple diminution do 
celle qui lui correspond- Ce serait presque 
un second tranchant, si la ligne était un peu 
plus aiguë. Les ilancs sont arrondis ou tail- 
lés à arête. Cette forme est beaucoup moins 
gracieuse que la première etbeaueoup moins 
usitée. Elle montre un allongement qui n'est 
pas en rapport avec les autres dimensions. 
Le troisième type ne semble au premier 
abord qu'une dégénérescence des deux pre- 
miers. Dans une série bien établie, il serait 
possible de passer par tous les intermédiai- 
res entre les deux formes extrêmes. Cepen- 
dant comme la modification est trop profondo 
pour qu'on puisse les rapporter à un type 
identique sans violer les analogies naturel- 
les, nous avons cru devoir admettre ce nou- 
veau type, qui peut être caractérisé de la 
manière suivante: Le sommet supérieur of- 
fre un tranchant semi-circulaire, mais d'un 
diamètre très-court. Les Ilancs sont travail- 
lés de la même façon que ch'.z les types 



195 ItAC 

déjà indiqués, et la partie inférieure se pro- 
longe en pointe mousse. L'aspect de ce type 
est bien différent des deux autres, la foi nie 
en est maigre et peu harmonieuse. Les ha- 
chettes ainsi façonnées sont rares. 

Le quatrième type nous donne en exten- 
sion ce que le troisième possède en dimi- 
nution sur le type premier. Le tranchant 
est large, acéré, fortement courbé. La pointe 
en est plus obtuse encore que dans les au- 
tres : du reste, le dos et les flancs sont tail- 
lés de la même manière. Cette forme est 
presque aussi commune que celle du type 
premier. Quoique moins régulière et moins 
agréable à l'œil, elle est d'une exécution 
remarquable et d'un effet aussi savant. 

Enfin le type cinquième ne parait être 
qu'une exagération de celui qui précède im- 
médiatement. La partie tranchante est beau- 
coup plus développée et le corps moins 
considérable. La pointe est arrondie et pres- 
que coupante. Cette forme n'est pas trop 
rare; elle se montre dans des dimensions 
très-variables. 11 est à noter que ces types, 
quoique bien caractérisés, ne sont pas pro- 
pres à certaines régions limitées; on les 
trouve indistinctement dans les endroits où 
l'on a rencontré ces sortes d'antiquités. 

Après avoir fait connaître les cinq prin- 
cipaux modèles des hachettes celtiques de 
silex, nous pourrions indiquer à présent les 
transitions curieuses que l'on a remarquées 
d'une forme à une autre forme. Ces chan- 
gements, pour ainsi dire imperceptibles, né- 
cessités souvent par des conditions maté- 
rielles autant que par des intentions direc- 
tes , nous contraignent d'avouer qu'il ne 
faut pas attacher une trop grande impor- 
tance aux idées systématiques que l'on vou- 
drait faire découler de l'établissement de ces 
cinq types. Nous n'y attachons qu'une impor- 
tance d'ordre et de méthode, c'est-à-dire 
tout à fait extrinsèque. 

Les celtœ ne sont pas toutes de la môme 
matière. Il y en a qui sont d'une matière 

f)lus recherchée, plus brillante et plus so- 
ide; d'autres, au contraire, où l'on ne voit 
J>as de grandes précautions dans le choix de 
a matière et dans la perfection de l'exécu- 
tion. Généralement elles sont formées d'une 
roche siliceuse jaune, noire, rougeâtre ou 
blanchâtre. Ce sont des silex que l'on ren- 
contre fréquemment dans les productions 
minéralogiques de notre sol. Quelques ha- 
ches sont faites d'une roche amphibolique 
verdâtre, de granit, de marbre, de grès, de 
jiierre ollaire, de serpentine, de calcédoine, 
de jaspe, etc. Ces dernières sont des instru- 
ments de luxe : elles sont travaillées plus fi- 
nement et appartenaient sans doute aux per- 
sonnages éminents de la nation. 

Si nous abordons actuellement la question 
de destination de ces singuliers instruments, 
nous sommes arrêtés dès les premiers pas. 
11 y a une si grande distance de notre civili- 
sation à ces mœurs demi-barbares des tr.bus 
gilliques, que nous ne pouvons comprendre 
l'usage de plusieurs objets qui leur ont ap- 
partenu. Ces hacheltes de silex sont si com- 



IIAC 



I9( 



munes, qu'il est évident qu'elles étaient d'un 
service important et journalier. Plusieurs 
antiquaires ont vu dans ces instruments de 
véritables haches. J'ai vu au musée d'anti- 
quités d'Amiens une hache de silex emman- 
chée dans une corne de cerf. — C'est un fait 
à peu près unique, qui jette une certaine 
lumière sur cette question. Ainsi fixée , 
cette hache devient facile à mettre en œu- 
vre. Quand on a regardé cette disposition 
curieuse , on conçoit aisément 'qu'on 
puisse adapter ces instruments à des man- 
ches de bois et s'en servir commodément. 
D'autres ont dit que les celtœ se portaient à 
la main et que, dans le combat corps à corps 
elles servaient à porter de rudes coups à 
l'ennemi, lorsqu'on savait les lancer d'une 
main sûre et vigoureuse à la tête ou dans la 
poitrine de son adversaire. De là l'origine 
du nom de casse-têtes, qu'on a donné quel- 
quefois à ces instruments. 

On est porté à croire que ces hachettes 
ont servi dans les sacrifices , *et que l'arme 
terrible des batailles s'est ensanglantée dans 
la main des druides, lorsqu'ils offraient sur 
les dolmens des victimes humaines. C'est ce 
qui nous explique la présence de ces objets 
au milieu des restes des sacrifices enterrés 
au pied de l'autel druidique. Il est plus 
raisonnable de penser que ces haches avaient 
un usage multiple. Elle pouvaient rester 
armes de guerre, instruments de sacrifice , 
et cependant servir à tous les besoins de la 
vie domestique. D'ailleurs ces petites ha- 
chettes n'eussent offert qu'un moyen de 
défense très-insignifiant en temps de guerre, 
tandis qu'elles ont une destination naturelle 
dans les détails quotidiens de la vie inté- 
rieure; elles pouvaient alors servir à dépecer 
une proie, à couper des viandes, enfin à aider 
les mains dans mille nécessités du ménage. 

Un texte cité par M. de Caumont, et extrait 
de Guillaume de Poitiers, fournit encore sur 
ce sujet des indications qu'il ne faut pas 
négliger. Il résulterait de ce passage que 
l'emploi des armes de pierre n'a pas été 
abandonné aussitôt qu'on le présumerait 
généralement. Au xi c siècle les populations 
du Nord se seraient encore servies des instru- 
ments de silex. Guillaume de Poitiers rap- 
porte donc qu'à la bataille d'Hastings « les 
Anglais lançaient sur les Normands des 
épieux et des traits de diverse sorte , des 
haches terribles et des pierres appliquées à 
des morceauxdebois: »Jactant (Angli) cuspi- 
des ac diversorum generum tela , sœvissimus 
quasque secures et lignis imposita saxa. (GuiJ- 
lelm., Pictav., Hist. Guillelm. Vict.) Ce fait 
véritablement étonnant pourrait peut-être 
s'expliquer, en songeant que l'armée d'Harold 
se composait non-seulement d'Anglais, mais 
encore d'un grand nombre de Danois, peuple 
chez lequel les arts sont demeurés très- 
longtemps dans l'enfance, et qui paraît n'a- 
voir abandonné que fort tard l'usage des 
instruments de pierre. 

Avant de terminer ce que nous avions à 
dire sur les haches de silex, nous allons jeter 
un coup d'œil sur les monuments analogues 



«07 



ii.w: 



qu'on a observés dans plusieurs contrées , 
surtout en Asie et en Amérique. Lorsqu'on 
pousse ses études sur les antiquités celtiques 
jusqu'à une certaine limite, on est surpris à 
chaque instant des rapports étonnants qui 
relient ensemble les populations galliques 
et les populations les plus anciennes de l'Asie 
centrale. Des monuments plus considérables 
attestent une communauté de mœurs et de 
coutumes, des usages généraux et privés, et 
montrent des relations évidentes dans la vie 
publique comme dans l'organisation de la 
Famille. Nous avons émis déjà quelques idées 
sur ce sujet, dans un travail où nous com- 
parions les monuments celtiques aux monu- 
ments des principaux peuples de l'Asie. Si 
nous avons été frappés de la ressemblance 
du tumulus chez les tribus nomades de la 
Se \ Une et de la Mongolie, et chez les races 
celtiques , nuus le serons plus vivement 
encore en retrouvant dans ces régions loin- 
taines des instruments d'une importance 
secondaire. Plusieurs voyageurs célèbres, 
entre autres Pallas, donnent des détails tel- 
lement précis et tellement circonstanciés sur 
le résultat de leurs observations, qu'il est 
permis d';îsseoir sur leur témoignage des 
arguments difficiles à contester. En parlant 
des hachettes de bronze, nous constaterons 
encore leur présence chez des peuplades 
d'origine commune : nous les rencontrerons 
semées à profusion dans des pays où les 
Celtes ne semblent pas avoir porté leurs 
courses. 

Dans les parties les plus sauvages et les 
plus pittoresques de l'Amérique méridionale, 
au Mexique et surlesbordsdes grands fleuves, 
on a découvert des monticules semblables à 
nos tombelles druidiques, à côté de ces restes 
d'une civilisation plus avancée. Les ruines de 
Palenque sont encore bien énigmatiques, les 
tumulus seront-ils environnés des mêmes 
obscurités? Au pied de ces tertres funéraires, 
comme au sein de nos tertres druidiques , 
comme aux mains des sauvages de l'Amé- 
rique, la hachette de pierre se rencontre 
fréquemment. Les formes, malgré l'éloigné - 
meut des lieux, ne sont pas seulement ana- 
logues, elles sont véritablement identiques. 
Je possède une hachette de serpentine verte 
admirablement travaillée, polie avec le plus 
grand soin , qui vient d'une peuplade sau- 
vage de la Caroline du sud. En la plaçant 
à côté de nos hachettes gauloises les plus 
finement exécutées, elle offre une similitude 
complète; elle ressemble aux hachettes du 
type premier. D'autres hachettes en casse- 
tètes présentent des modiiications profondes 
et ne se rapportent qu'imparfaitement aux 
types que nous avons décrits. Mais le prin- 
cipe est toujours subsistant, quoique divers 
dans ses applications. C'est toujours la môme 
idée exprimée en termes différents. 

Nous ne répéterons point ici les idées que 
nous avons exposées ailleurs au sujet des 
déductions que ces faits intéressants amè- 
nent à l'homme studieux qui cherche à 
féconder ses travaux par la philosophie. 
Nous avons marché sur lus traces des hommes 



HAC i Kl 

las plus graves et les plus érudits, en indi- 
quant ces recherches sur des objets antiques 
comme pouvant converger vers les hautes 
questions de l'ethnologie. Quelque minimes 
que puissent paraître les données fournies 
par des monuments secondaires, il ne faut 
cependant jamais oublier que les faits ont 
une importance immense, parce qu'ils ap- 
portent toujours des témoignages authenti- 
ques et irrécusables. Nous passons mainte- 
nant à l'étude d'instruments de bronze, dont 
l'histoire n'est pas moins problématique 
que celle des instruments de silex que nous 
avons examinés. On leur a donné le plus 
souvent le nom de haches, à cause de leur 
configuration générale et de leur ressem- 
blance avec les celtœ; quelquefois on les a 
désignés sous le nom de coins, à cause do 
leur forme allongée et tranchante. 

Depuis les premières recherches sur les 
antiquités celtiques, jusqu'à nos jours, on 
a publié, dans une foule de journaux scien- 
tifiques et même dans un grand nombre 
d'ouvrages assez volumineux , des travaux 
fort remarquables sur les haches de bronze. 
Depuis les articles de Caylus, de Montfau- 
con, jusqu'au mémoire de M. Jouannet et 
la monographie historico-archéologique de 
M. Heinrich-Schreiber, professeur à l'uni- 
versité de Fribourg en Brisgaw, on a im- 
primé une grande quantité de notes déta- 
chées, d'aperçus isolés, d'opinions plus ou 
moins solidement établies sur les questions 
ardues qui se rattachent à ce chapitre inté- 
ressant. Malgré la défaveur qu'on a cherché 
à jeter, dans ces derniers temps, sur l'ar- 
chéologie celtique et sur les systèmes de 
plusieurs honorables ssvants, nous avons lu 
avec le plus grand plaisir un article fort 
curieux de M. Mangon de la Lande, inséré 
dans les Bulletins de la Société des antiquaires 
de V Ouest, et surtout un compte rendu de 
M. Ulrichs, professeur-adjoint à l'Université 
de Bonn, au sujet du livre de M. Schreibrr, 
où la question est envisagée sous un point 
de vue plus large que dans les publications 
précédentes. Dans cet essai sur les haches- 
celtiques de bronze , nous avons eu pour 
but principal de résumer les connaissances 
acquises aujourd'hui sur ce point, et, par 
des considérations plus méthodiques , de 
compléter des idées éparses dans une multi- 
tude de traités peu connus et mal appréciés. 

En disant que les haches de bronze se 
retrouvent dans les mêmes contrées que les 
haches de silex, nous aurons peu à ajouter 
pour faire connaître le gisement de ces sin- 
guliers débris. On les découvre donc en 
grand nombre dans les régions du Nord , 
dans la Grande-Bretagne, dans les provinces 
occidentales de la France, dans la Germanie 
Rhénane : on a rencontré quelques échan- 
tillons de ces instruments jusque dans les 
parties occidentales de la Russie. Cette seule 
considération des localités suffit déjà pour 
éclairer la question d'origine. Ces haches 
n'ont pas appartenu, comme on a voulu le 
soutenir, aux territoires proprement grecs 
ou romains. Quant à ce qui regarde l\is 



ffl<> 



I1AC 



HAC 



*»o0 



quelques échantillons d'Hereulanum, décrits 
parCavIus (Recueil d'antiq., tom. Il, p. 333;, 
et dont M. Sehreiber sanctionne et l'origine 
et l'identité, nous nous rangeons à l'avis de 
M. Ringt, en les regardant comme très-sus- 
pects, attendu que les riches collections de 
Naples n'otfmit nul analogue. Le sol de 
l'Italie supérieure, où des races gauloises 
constituèrent longtemps la masse prépon- 
dérante de la population, en est, au contraire, 
abondamment pourvu. On ne saurai tadmetlre 
que le commerce les prit au Sud pour les 
importer dans le Nord par les Alpes ou la 
mer du Nord; car, dans toutes les contrées 
précédemment désignées , les fouilles ont 
mis à la lumière des formes et des creusets 
marquant l'emplacement des fonderies. Nous 
parlerons plus bas de ces moules de bronze 
ou d'argile, dont la découverte est très-cu- 
rieuse. Les antiquaires n'ont pas générale- 
ment attacbé assez d'importance à ces formes, 
grossières, au point de vue de l'art , mais 
instructives au point de vue de la pratique 
matérielle. Leur présence, d'ailleurs, té- 
moigne en faveur de la nationalité des haches 
de bronze. Les haches ou coins de bronze 
trouvées en France étaient enfouies en terre 
sans précaution. Ordinairement on les a 
rencontrées en plus grand nombre dans des 
vases de poterie très-grossière. M. de Ger- 
ville, un de nos plus habiles antiquaires, en 
a fréquemment observé dans le Cotentin, et 
précisément dans les endroits où des signes 
d'un autre genre indiquaient des habitations 
anciennes. Le même savant ajoute encore : 
«. Enlin, c'est principalement dans le voisi- 
nage des pierres consacrées au culte des 
druides qu on en trouve.» Sans vouloir gros- 
sir inutilement l'éuumération des lieux où 
l'on a déterré ces haches de bronze, qu'il me 
soit permis de citer la ïouraine, le Quercy, 
le Périgord, le Poitou et l'Anjou, commeayaht 
otfert jusqu'à présent une mine abondante 
de ce genre d'antiquités. La vieille terre de 
l'Armorique est plus fertile en objets de 
cette nature, comme en toute espèce de mo- 
numents d'origine gauloise, que tous les 
autres pays de l'Europe. 

Mais quelle ancienneté, quelle nationalité, 
peuvent revendiquer les haches, ainsi que 
plusieurs ornements découverts en même 
temps dans les tombes? Nous exposerons 
d'abord le système de M. Sehreiber à ce su- 
jet. Il ne donne pas une solution inattaqua- 
ble d'un problème excessivement difficile, 
attendu l'absence de témoignages et d'ins- 
criptions; mais il a l'avantage de s'autoriser 
d'une consciencieuse exploration et de pro- 
duire une explication plausible et satisfai- 
sante. 

Le point de départ du savant professeur 
de Fribourg, sa pierre de touche, c'est Je 
métal môme dont se compose la presque to- 
talité des haches. Celles de fer, bien moins 
nombreuses, sont évidemment plus récentes, 
l'espèce prédominante, c'est la hache de 
bronze offrant, d'après l'analyse chimique, 
d<-ux spécialités: 1° mélange de cuivre et 
u'étain, avec ou sans addition de plomb ; 



•1" mélange de cuivre et de zinc, tantôt avec 
addition, tantôt sans addition de plomb et 
d'étain. 

Au premier compositum appartiennent, 
sans exception, tous les alliages grecs; au 
second les alliages romains, lesquels, dans 
la période primitive, s'opéraient par le mé- 
lange du minerai de cuivre et du minerai de 
zinc. Les haches et les ornements de bronze 
comprennent cuivre et zinc. 

La conséquence c'est qu'elles n'apparte- 
naient pas aux populations soumises à la do- 
mination romaine; et de deux choses l'une: 
ou elles proviennent de l'ère romaine la plus 
reculée, dont l'influence ne dépassait pas 
certainement l'Apennin, ou elles se récla- 
ment d'une autre nation. Que les Grecs en- 
tretinssent d'aussi actifs rapports avec le 
Nord, c'est une hypothèse inadmissible, par 
cela seul que nous ne pouvons supposer une 
exportation de leurs produits fabriqués, telle 
qu'il n'en restât échantillon dans leur pro- 
pre pays. Insiste-t-on sur le fait de l'impor- 
tation étrangère, nous ne voyons plus que 
les Phéniciens qui tiraient leur étain ûqs 
Gassitérides. 

Mais, sans parler de la haute ancienneté à 
laquelle ces bronzes se trouveraient rame- 
nés, il devient difficile de s'expliquer com- 
ment ces hardis navigateurs, important par 
quantités aussi considérables dans les ports 
*des mers du Nord et d'Orient, en auraient, 
en quelque sorte, inondé les contrées de 
l'intérieur, qu'il ne leur était pas donné d'at- 
teindre. 

Les fonderies indigènes accusent une fa- 
brication indigène. Les haches ne sauraient 
être germaines, car les Germains se servaient 
d'armes de fer; la framée décrite par Tacite 
(Germqn- vi). affecte une autre forme ; l'art 
d'exploiter les mines éta»it inconnu aux Ger- 
mains au temps de ce même annidiste (Ger- 
man. v). Enfin, les contrées préservées du 
flot germanique, telles que l'Irlande, sont 
précisément celles qui abondent le plus en 
ce genre d'antiquités. Encore moins pour- 
rait-on en faire honneur aux Slaves, dont 
les tombes contiennent une masse d'objets 
de fer, et à l'exception de quelques menus 
ornements : nul bronze. 

Force sera donc d'attribuer les bronzes, 
les haches, les cylindres en spirale, les an- 
neaux, aux plus anciens habitants des con- 
trées du Nord, aux Celtes (Khnris , Gallois 
ou Galls), versés dans la connaissance des 
mines (César, Bell, gall., m, 21 ; vu, 22), 
dont les établissements d'exploitation étaient 
les plus importants de la Gaule (Pline, Hist. 
nat. xxxiv, 2), dont les armées, chargées de 
bronze et d'or, frappaient de stupeur les 
phalanges romaines. 

Ces considérations extraites textuellement 
du rapport de M. le docteur Urlichs, nous 
font apercevoir la question des origines sous 
un point de vue entièrement neuf. Jusqu à 
présent personne ne s'était engagé dans 
cette voie ingénieuse qui a conduit M. Sehrei- 
ber à des résultats si curieux. Sans doute 
cette méthode n'est pas a l'abri de toute ob- 



201 



II AC 



MAC 



Î1J2 



jeclion, cependant elle fait honneur h la sa- 
gacité du savant professeur de Fribourg. 
Elle fournit h la complète solution d'un pro- 
blème difficile des ternies qui, jusqu'à ce 
moment, étaient demeurés inconnus. M. de 
Caumonl (Antiq. mon., tom. I rr , pag. 232), 
li tordant d'une manière trop abrégée la 
question d'origine, émet certains faits, que 
i ous n'avons nulle intention de contester, 
dont il tire des conséquences peut-être trop 
générales. 11 a trouvé plusieurs haches de 
bronze au milieu de débris de poterie ou 
autres objets de fabrique romaine. Il en con- 
clut que ces instruments pourraient, en par- 
tie, être classés parmi les antiquités gallo- 
romaines. Celte conclusion n'est pas suffi- 
samment en rapport avec les prémisses. Il 
y a bien loin de l'usage des haches de bronze, 
conservé jusque sous la conquête, à l'ad- 
mission de l'opinion qui tend à les rattacher 
aux antiquités gallo-romaines. Suivant les 
conséquences appuyées sur ce que la scienee 
a pu formuler de plus précis sur cette ma- 
tière, il faut admettre que les haches ou 
coins de bronze sont de provenance celti- 
que. Quelle que soit la limite du temps, 
plus ou moins rapprochée de nous, où ces 
instruments sont tombés en désuétude, la 
question d'origine reste toujours la même. 

Je ne dois pas ici passer sous silence un 
fait très-curieux. Il est mentionné par 
M. Jassens, directeur du musée de Leyden. 
Il y a quelques années, on découvrit à Ni- 
mègue (à la porte dite Heczer-Thor), où jus- 
que-là on n'avait rencontré que des antiqui- 
tés romaines, une fort belle hache, portant 
sur l'une des surfaces planes, en Iriplicata, 
la lettre H, évidemment l'initiale d'une ins- 
cription. M. Jassens avait d'abord émis l'o- 
pinion que celte inscription était plus ré- 
cente que la hache, se fondant, entre autres 
raisons, sur ce que le caractère paraissait 
celtique, et sur l'absence de rouille précisé- 
ment à l'endroit de l'inscription. M. Jassens 
continue ses observations en ces termes : 
« Mais, tout considéré, le déficit de l'inscrip- 
tion me semble militer pour une ancienneté 
reculée, contemporaine de la fonte de l'arme ; 
de môme l'absence de la rouille, résultat 
probable du frottement, de l'usage; de même 
encore le caractère paléographique de la let- 
tre, puisque le punclum diacriticum en par- 
tagera hauteur. Ce qui me confirme dans ma 
nouvelle manière de voir et me fait attribuer 
à cette hache une origine antico-italienne, 
ce sont les cinq haches d'Herculanum pos- 
sédées par de Caylus; ce sont les douze ha- 
ches que conserve le musée de Leyde, pro- 
venant de la collection du prince Corazzi, à 
Crotone, laquelle ne comprenait que des ob- 
jets étrusques et romains.» Ce nouveau sen- 
timent de M. Jassens, joint à celui du sa- 
vant professeur Schreiber, nous fait connaî- 
tre, d'une manière assez juste, à quel degré 
en est arrivée sur ce point l'érudition ger- 
manique. Il est impossible d'attacher une 
grande importance à l'opinion de M. Jassens, 
parce que les éléments sur lesquels elle s'ap- 
puie sont trop isolés et trop peu authenti- 
Dictionn. d'Archéologie sachée. II. 



ques. Lui-même, d'ailleurs, ne paraît pas 
regarder son interprétation comme décisive, 
puisque, à la fin de sa note, il ajoute les pa - 
rôles suivantes: « J'incline de plus en plus 
vers le système de M. Schreiber, mais je n'o- 
serais mettre en doute que ces haches ne so 
rencontrent dans la basse et moyenne Italie. 
A la vérité, ni moi, ni feu mon ami le doc- 
teur Abeken, n'avons réussi à en découvrir 
dans ce territoire; mais le docteur Rrown 
afiirme en avoir vu à Home. En tous cas, 
elles y sont fort rares. Mais ici se présente 
une explication plausible, elles auront été 
perdues par ces hordes gauloises sillonnant 
l'Italie, à diverses reprises, de part en part.» 
Ces dernières phrases de M. Jassens ramè- 
nent la question aux principes savamment 
soutenus par le docte professeur de Frie- 
burg. A l'exception de quelques faits exces- 
sivement rares, tels que la nache de Nimè- 
gue, il ne saurait y avoir maintenant de dif- 
ficulté sérieuse sur l'origine des haches de 
bronze; ce sont des instruments celtiques. 
Nous serons heureux si, du rapprorhement 
des opinions des principaux archéologues, 
nous sommes arrivés à jeter des lumières 
suffisantes sur ce fait intéressant. La ques- 
tion d'origine, dans les matières de cette 
nature, est toujours de première importance ; 
quand on est parvenu à la résoudre, les au- 
tres questions viennent aisément se grouper 
tout autour. 

Avant d'aborder l'exposé des principaux 
sentiments émis sur la destination des ha- 
ches ou coins en bronze, nous indiquerons 
les types les plus remarquables sous les- 
quels se présentent à notre examen ces ins- 
truments antiques. Nous en distinguons trois, 
mieux caractérisés, auxquels des variétés 
nombreuses viennent se rapporter. 

Le premier type nous montre un grand 
nombre d'instruments dont le corps, plus ou 
moins allongé, est prismatique et terminé 
par un tranchant arrondi. La ligue qui li- 
mite le coupant est souvent elliptique, quel- 
quefois elle est semi-circulaire. 11 y a ici de 
telles variétés, que l'on passe, par une série 
d'intermédiaires, de la forme de la hache à 
celle de la lame et du ciseau. Ces instru- 
ments sont creux intérieurement et présen- 
tent une tige centrale diversement façonnée. 

La tige est d'abord arrondie à l'extrémité 
supérieure , puis elle devient hexagone à 
partir du crochet latéral. Ce qui constitue le 
caractère distinctif du premier type des ha- 
chettes de bronze, c'est la présence d'un 
anneau ou anse, servant sans doute à sus- 
pendre l'instrument, ou à le fixer solidement 
a une hampe. 

Le second type offre encore une tige creu- 
sée intérieurement, mais la boucle latérale, 
manque constamment. Cette forme, moins 
répandue que la précédente, présente dans 
sa fabrication des précautions non moins 
grandes. Les flancs coupés à angles, et s'en 
allant en décroissant jusqu'à la ligne du 
tranchant, sont à vivo arête et symétrique- 
ment taillés. Si le corps n'était pas creusé à 
l'intérieur, nous comparerions volontiers 



in 



Ï\KC 



IIAC 



20i 



cette variété de haches à an de ces ciseaux 
de fer dont se servent aujourd'hui les sculp- 
teurs pour dégrossir la pierre ouïe marbre. 
Le troisième type, dont nous esquisserons 
aisément la forme, mais dont la bizarrerie n 
i mgtemps exercé la patience des antiquaires 
r t l'exercera longtemps encore, sans doute, 
53 montre plus fréquemment que les deux 
premiers. La tige centrale est solide, et les 
bords en sont relevés d'un bourrelet qui 
commence au milieu et descend en mou- 
rant vers les deux extrémités. Ce bourrelet 
Offre parfois une saillie considérable , et 
quelques suppositions que l'on établisse, il 
u est pas facile d'en déterminer l'usage. On 
voit des haches de cette dernière espèce se 
terminer par deux tranchants de même lar- 
geur; la plupart cependant ont une extrémité 
plus étroite que l'autre. 

Rappelons maintenant îes diverses opi- 
nions émises sur la destination de ces sortes 
d'instruments, et les objections qui ont été 
opposées aux usages présumés par les anti- 
quaires. L'Encyclopédie a résumé parfaite- 
ment les recherches faites à ce sujet, et Mon- 
gez, l'auteur de l'article, a proposé une nou- 
velle solution que nous indiquerons, mais 
qui n'est pas plus décisive que celles qui 
l'ont précédée et qui l'ont suivie. 

Quelques auteurs ont prétendu que ces 
instruments devaient être regardés comme 
des pointes de flèche, ou comme des fers de 
lance; ils n'en ont cependant nullement la 
forme, et leur emploi eût été, de cette façon, 
difficile, pour ne pas dire impossible. D'au- 
tres y ont vu des têtes de catapultes ; mais, à 
bien considérer nos bronzes celtiques, on 
comprendra aisément que de semblables tè- 
tes eussent ét5 par trop inoffensives. D'au- 
tres ont avancéque c'étaient des instruments 
de sacrifice chez les Romains, sans faire at- 
tention que nous connaissons assez exacte- 
ment, par les monuments figurés, les ins- 
truments de cette nature chez les Romains 
et chez les Grecs; jamais on n'a remarqué 
entre les uns et les autres le moindre trait 
de ressemblance. 

On a dit encore que c'étaient des ciseaux 
ou des coins, servant à tailler et à polir 
les pierres dont on construisait les murs 
d'un camp. Qui croira que les soldats en pré- 
sence de l'ennemi, cherchant un abri passa- 
ger contre des attaques imprévues, se seront 
amusés à taille:- et à polir des pierres? Quel- 
les opinions n'ont pas été avancées dans 
cette matière? Les uns ont voulu y recon- 
naître des haches d'armes, des coins, qui, 
enfoncés entre les joints des pierres d'un 
rempart, aidaient à l'escalader; des dents de 
roue pour bander les balistes. D'autres, et 
parmi eux M. deGe:isane,dans son Traité de 
la fonte des mines, pensent qu'ils servaient 
ii fixer le travail des mineurs, et qu'on les 
enfonçait à ce dessein dans le toit ou dans 
les parois des filons. 

Après les opinions militaires et indus- 
trielles sont arrivées les explications agro- 
nomiques. Si quelques personnes ont re- 
connu là des outils de menuiserie ou de 



charronnage, d'autres, en bien plus grand 
nombre, ont regardé ces instruments commo 
des dents de herse, comme une sorte de 
bêche ayant servi à enlever les terres qui 
s'attachent au soc de la charrue en labou- 
rant. Quelles suppositions n'a-t-on pas ima- 
ginées? Ce sont des armes de guerre, et 
uniquement des armes offensives, a-t-on crié 
bien haut. Ce sont des instruments de cui- 
sine et uniquement affectés aux besoins do- 
mestiques, ont répondu les autres avec la 
même chaleur. Vous avez tort, tous sans ex- 
ception, ont dit les auteurs de l'Encyclopé- 
die; écoutez: Les soldats portaient un cer- 
tain nombre de ces coins de bronze pendus 
à leur ceinture par l'anse ou l'anneau que 
l'on voit à tous; ils y enfonçaient les piquets 
de bois destinés à retenir les cordes des ten- 
tes ; ces coins de métal n'étaient ajoutés aux 
piquets de bois que pour faciliter leur en- 
trée dans les terrains durs et pierreux. 

M. Mangon de la Lande, dans un mémoire 
publié dans les Annales de la Société' des an- 
tiquaires de l'Ouest, est l'auteur d'une nou- 
velle théorie. Il suppose ces coins de bronze 
adaptés à un long manche de bois, et les fait 
agir, tantôt comme marteau, tantôt comme 
hache, pour couper et travailler le bois. 11 y 
voit surtout un usage avantageux pour les 
soldats qui, dans les continuelles vicissitu- 
des de l'emplacement des camps, trouvaient 
commodément à faire des provisions de bois 
dans les forêts voisines. 

Nous avons exposé toutes ces opinions, 
quelque singulières, quelque contradictoi- 
res qu'elles soient, pour faire sentir com- 
bien un pareil sujet est rempli d'incertitu- 
des. On se persuade sans peine, dans cette 
question comme dans toutes les questions 
philosophiques soumises à notre examen, 
que l'inconnu peut recevoir mille interpré- 
tations contradictoires, et que l'imagination, 
à défaut de la science, est fertile en expé- 
dients. Nous ne chercherons pas à grossir 
davantage cet exposé, déjà trop long; encore 
moins tenterons-nous les hasards d'une ex- 
plication nouvelle. Nous sommes convaincus 
que, pour les haches de métal, il faut agir 
comme pour les haches de silex, c'est-à-dire 
qu'il faut admette une destination multi- 
ple. Plusieurs opinions des auteurs touchent 
peut-être à la vérité; elles sont fausses en 
ce qu'elles sont trop exclusives. Il ne répu- 
gne nullement d'admettre que ces instru- 
ments remarquables se changeassent en ar- 
mes terribles dans les mains du soldat, ser- 
vissent au sacrifice entre les doigts des 
druides, et fussent employés à ces usages 
sans cesse renaissants de la vie privée entre 
des mains moins nobles. 

Nous allons clore cette dissertation sur les 
haches celtiques par une indication rapide 
qui la complétera. On a trouvé dans plu- 
sieurs localités des moules d'argile, dans les- 
quels ont été fondus ces instruments. Ce fait 
est digne d'attention, parce qu'il éclaircit 
grandement la question d'origine. La plu- 
part des moules étaient eux-mêmes de bronze 
et composés de deux pièces faciles à sépa- 



2or, 



IIAC 



rer, semblables â ces moules assez grossiers 
dont on se sert vulgairement pour couler 
des instruments de cuisine. On a trouvé de 
ces sortes de moules en Angleterre, en Al- 
•magne, sur les bords du Rhin et en France. 
Dans certaines localités, on amis à décou- 
vert des scories, des fourneaux, îles débris 
de creusets, des portions de bronze et de 
cuivre, en un mot tous les instruments usi- 
tés dans les manipulations de cette nature. 
Nous citerons un seul l'ait; il suffira pour 
montrer les résultats, qui sont aujourd'hui 
nombreux, dans celte partie du domaine de 
la science des antiquités celtiques. Une fon- 
derie a été trouvée, en 1821, dans le dépar- 
tement de la Manche, par un cultivateur 
d'Anneville-en-Saire. M. de Gerville s'em- 
pressa de visiter les lieux; il vit, parmi plu- 
sieurs objets de différentes formes, une 
cuiller de fer contenant un culot de bronze 
du poids d'un kilogramme. Ce métal avait 
été mis en fusion, et avait pris la forme de 
la cuiller; le tout était entouré de cendres et 
de charbon. Ces restes, intéressants pour 
l'archéologie qui surprenait, pour ainsi dire, 
le secret delà fabrication sur le fait, étaient 
accompagnés d'autres fragments qui confir- 
maient dans la pensée que ce lieu avait été 
un centre d'opération. 

HACHÉES (Moulures). — Les dents de scie, 
ornement fort commun dans les édifices du 
xu' siècle, sont quelquefois désignées sous 
le nom de moulures hachées. Les antiquaires 
anglais les appellentainsi : Hatched-moulding. 

HACHURES. — On appelle hachures des 
lignes parallèles ou croisées, tracées sur un 
dessin ou sur une peinture, pour marquer 
les ombres, ou môme quelquefois pour ren- 
dre un fond uni et transparent. Les peintres 
sur verre ont ordinairement procédé par 
hachures au xm* et au xiv e siècle; il en est 
de même des peintres à fresque. Dans les 
tableaux les plus anciens qui forment la dé- 
coration de nos églises, on voit que les ar- 
tistes marquaient toujours les ombres de 
cette manière, et indiquaient ainsi les parties 
les moins claires, de sorte que ces mômes 
parties ne perdaient pas leur translucidité 
et leur légèreté. Cette méthode a été aban- 
donnée au xv e siècle, et depuis on y a eu 
recours fort rarement. C'est donc un bon 
caractère, qui peut nous aider à reconnaître 
certains tableaux d'une époque douteuse et 
servir à les rapporter à l'âge auquel ils ap- 
partiennent en réalité. 

Nous devons dire ici quelques mots des 
hachures qui ont été imaginées au siècle 
dernier, pour désigner les couleurs héraldi- 
ques du blason. Ces hachures sont des lignes 
parallèles, légèrement creusées, et auxquelles 
on attribue, par convention, une significa- 
tion héraldique, bien connue de tous ceux 
<iui s'occupent du blason et de la connais- 
sauce des armoiries. La présence des ha- 
chures sur les écussons indique une époque 
moderne. C'est un signe qui ne trompera 
pas sur l'âge que l'on doit attribuer à cer- 
taines armoiries qui se trouvent placées dans 



II AU 206 

des chapelles ou dans des églises. Cette re- 
marque peut être également utile à ceux qui 
travaillent à la restauration des monuments 
religieux. Quand ils auront à réparer ou à 
restituer des écussons armoriés, ils auront 
soin de n'y point représenter les couleurs 
par des hachures, lorsqu'ils voudront faire 
sculpter des écussons dans le style des xiv c , 
xv c et xvi e siècles. Voici la manière dont les 
hachures sont disposées pour figurer les 
couleurs. Horizontales, elles signifient bleu 
azur ; verticales, rouge ou gueules ; croise'es 
carrément, noir ou sable; diagonales de 
droite a gauchede l'écusson, vert ou sinoplc; 
diagonales de gauche à droite, violet ou 
pourpre. 

HADRIANÉES. — Lorsque l'empereur Ha- 
drien se montra plus favorable à la religion 
chrétienne, on construisit des édifices à l'usage 
du culte nouveau, et qui furent connus sous 
le nom d'Hadrianécs. 

Les antiquaires romains ont appelé Ha- 
driayiœum, ou tombeau de l'empereur Ha- 
drien , l'un des monuments les plus re- 
marquables dont ce prince ait embelli la 
ville de Rome. Dans les temps modernes on 
en a fait une forteresse, connue aujourd'hui 
sous le nom de Chûteau-Saint-Ange. 

HAGIOSIDÈRE. — Chez les Grecs qui 
sont sous la domination des Turcs, l'usage 
des cloches étant défendu, on se sert d'un fer 
avec lequel on fait du bruit pour assembler 
les fidèles à l'église, et ce fer s'appelle Hagio- 
sidère, de deux mots grecs qui signifient 
fer sacré. Magi donne la description d'un 
hagiosidère qu'il a vu : il dit que c'est une 
lame de fer large de quatre doigts et longue 
de seize, attachée par le milieu à une corde 
qui la tient suspendue ; on frappe sur la 
lame avec un marteau de fer pour faire du 
bruit. Lorsqu'on porte le saint sacrement 
aux malades, celui qui marche devant le prê- 
tre porte un hagiosidère, sur lequel il frappe 
trois fuis de temps en temps. 

HARMONIE. — L'harmonie en architec- 
ture est l'accord parfait qui règne entre les 
différentes parties d'un édifice. Les monu- 
ments des anciens sont généralement fort 
remarquables sous le rapport des propor- 
tions et de l'harmonie. Les édifices sacrés 
du moyen âge offrent communément beau- 
coup d'harmonie entre les divers membres 
qui en constituent le corps. L'ensemble et 
les détails sont établis dans de justes dimen- 
sions, de manière à satisfaire à la fois l'œil et 
la raison. Voij. Accord, Ensemble, Détails. 
La Sainte-Chapelle, à Paris, est un modèlesous 
le rapport de l'harmonie et de la grâce des pro- 
portions. Ce qui manque à plusieurs des édi- 
fices modernes, c'est précisément lajustesse 
dans les proportions et l'accord entre les 
parties principales. Nous n'exceptons pas. 
sous ce rapport, certaines conslructions 011 
l'on a essayé de faire revivre le styleogival. 
Ces dernières sont plus irréprochables dans 
l'exécution des détails que dans la distribu- 
tion des parties essentielles. 

HARPES. — Les harpes, amorces ou pierrei 



207 



HAU 



HEB 



208 



d'attente, sont ides pierres taillées en saillie 
à l'extrémité d'un mur pour servir de liaison 
au mur qui doit suivre. On donne le môme 
nom aux pierres qui, dans une chaîne, dé- 
passent alternativement les autres sur la 
longueur. 

HAUBERT. — Le haubert était une ar- 
mure défensive fort usitée au moyen âge, et 
composée déchaînons ou de mailles de 1er : 
c'est pourquoi on le désignait aussi sous le 
nom de cotte de mailles.il était fait de ma- 
nière à couvrir le corps entièrement, à rex- 
eeplion du visage. On en voit des modèles 
fréquemment dans les monuments sculptés 
ou peints. Les chevaliers y sont tigurés vê- 
tus du haubert. Cette armure était, à l'épreuve 
de l'épée ; mais elle ne l'était pas de la lance. 
Pour se garantir contre celte arme dange- 
reuse, on portait une espèce de cuirasse 
sous le haubert. Les chevaliers seuls por- 
tèrent le haubert jusque vers la fin du xm e 
siècle. A partir de cette époque, on l'aban- 
donna pour prendre une armure defer plein. 
Sa pesanteur la fit également abandonner. Il 
n'est pas rare de rencontrer, dans nos monu- 
ments religieux, des statues et des images 
vêtues de cette armure de chevalier en fer 
plein. La statue de saint Michel est ordinai- 
rement vêtue de cette manière. 11 en est de 
même des statues en pierre ou en marbre 
couchées sur des tombeaux. 

HAUT-APPAREIL. — C'est la même chose 
que grand appareil (Voy. Appareil). Ce mot 
vient de ce que l'appareil est désigné d'après 
la hauteur des pierres. 

HAUTE-LICE. — Espèce de tapisserie de 
soie et laine, qui représente de grands et de 
petits personnages, ou des paysages avec 
toutes sortes d'animaux. Elle est ainsi nom- 
mée de la disposition de la chaîne, qui est 
tendue perpendiculairement de haut en bas ; 
ce qui la dislingue de la basse-lice, dont la 
chaîne est mise sur un métier placé horizon- 
talement. Voy. Tapisserie, Tissu, Étoffe. 

HAUTEUR.— (Moyen de calculer facilement 
la hauteur d'une église. Calculer la hauteur 
des voûtes d'une église, au moyen des oscil- 
lations des lampes suspendues à ses voûtes. 
— La solution de ce problème est basée sur 
les propriétés du pendule. Or, il est constaté 
par l'observation, qu'en France la durée des 
oscillations d'un pendule qui a environ un 
mètre de long, est d'une seconde de temps, 
et par le calcul on démontre que les durées 
des oscillations de pendules divers sont 
entre elles comme les racines carrées des 
longueurs de ces pendules. Si, par exemple, 
on a deux pendules A et B, que la durée des 
oscillations du premier soit d'une seconde 
et sa longueur d'un mètre ou 100 centi- 
mètres, et que l'on veuille calculer la lon- 
gueur du pendule B,dont les oscillations ont 
trois secondes de durée chacune, on fera ce 
raisonnement : — La racine carrée de 100, 
longueur du pendule A, est 10, la racine 
carrée de la longueur de B, dont les oscilla- 
tions sont trois fois plus lentes, est donc de 
3 fois 10 ou 30, dont le carré est 900. Ce der- 



nier nombre 900 centimètres ou 9 mètres, 
exprime la longueur du pendule B. 

Supposons maintenant qu'étant muni d'une, 
montre on observe que la lampe suspendue 
a la voûte d'une église fait 15 oscillations 
en une minute, ou une oscillation en quatre 
secondes. 

Raisonnant comme ci-dessus, on dira : 10 
centimètres étant la racine carrée de la lon- 
gueur d'un pendule à secondes, 4 fois 10 ou 
40 centimètres sera la racine carrée de la 
longueur du pendule dont les oscillations 
sont Mois plus lentes ; le carré de 40 est 1600 
cent, ou 16 mètres (48 pieds); telle sera 
l'expression de la hauteur delà voûte de l'é- 
glise, après qu'on y aura ajouté celle de la 
lampe même au dessus du pavé. 

Règle générale, — Multipliez par 10 centim. 
le nombre des secondes pendant lesquelles 
la lampe fait une oscillation ; faites le carré 
du produit, et le résultat exprimera en cen- 
timètres la hauteur cherchée de la voûte, 
en y ajoutant la hauteur de la lampe au- 
dessus du pavé. 

HEAUME. — Le heaume est une ancienne 
arme défensive que les chevaliers portaient 
sur la tête, tant à la guerre que dans les 
tournois : on l'a employé comme ornement 
ou timbre sur les écus des armoiries. Sous 
François I er , on l'appelait armet. Le heaumo 
couvrait le visage, et il n'y avait qu'une ou- 
verture à l'endroit des yeux , garnie de grilles 
et de treillis, qui servait de visière. Dans les 
tournois, on donnait le heaume pour prix à 
celui qui avait le mieux fait du côté des te- 
nants, parce que c'est la première des armes 
défensives; tandis que l'on donnait une épée 
à celuiquiavaitvaincu du côté des assaillants, 
parce que l'épée est la première des armes 
offensives. Beaucoup de ligures , dans nos 
églises du moyen âge, ont la tête couverte du 
heaume. 

hébraïque ( l'art). — En plusieurs 

endroits de ce Dictionnaire d'archéologie sa- 
crée, nous avons traité, en passant, de l'art 
chez les Hébreux. Voy. Arche, Architec- 
ture , Temple. Nous devons en traiter ici 
dans son ensemble. Sans admettre Je sen- 
timent de certains écrivains qui ont con- 
sidéré l'art hébraïque comme ayant eu la 
plus grande influence sur la naissance et les 
premiers développements de l'art chrétien, 
nous lie saurions nous refuser à croire que 
le premier n'ait exercé une action quelcon- 
que sur le second. 11 suffirait d'ailleurs, pour 
s'en convaincre, de se rappeler des faits his- 
toriques, comme celui de Justinien, qui s'é- 
criait, après avoir bâti le temple de Sainte- 
Sophie de Constantinople. « O Salomonlje 
t'ai vaincu ; » parole qui montre que l'on 
se préoccupait toujours de la magnificence 
déployée par Salomon dans le temple de Jé- 
rusalem. Ce n'est pas sans restriction que 
l'on peut admettre la belle image de Cha- 
teaubriand sur les deux mondes historiques 
séparés par la croix, sur le déclin qui s'arrête 
au Christ, et sur le progrès qui commence avec 
lui, quand il s'agit des beaux-arts et des 
œuvres d'architecture en particulier. 



2W 



IILD 



IIEB 



210 



Winckelmann, clans son Histoire de l'art, 
convient que « les notions que l'Ecriture 
>ainte nous donne des images sculptées et 
tondues sont fort antérieures à tout ce que 
nous savons des Grecs sur cet objet, et que 
les figures ordinairement taillées en bois, et 
les statues jetées en bronze ont toutes leur 
dénomination dans la langue hébraïque. » 
Mais, au lieu d'en tirer une déduction en fa- 
veur de l'antiquité et du progrès de l'art 
chez les Hébreux, il passe légèrement sur 
ces considérations et consacre ï peine quel- 
ques lignes à l'art des Hébreux. Il termine 
même par une conclusion qui ne saurait être 
acceptée : « Tout ce que nous savons de l'art 
des Hébreux, c'est nue, dans les temps les 
plus florissants de leur monarchie, ils fai- 
saient venir des artistes de Tyr et de Sidon 
pour exécuter leurs grands ouvrages : d'où 
l'on pourrait tirer l'induction quelesbeaux- 
arls, considérés comme superflus à la vie 
humaine, « n'étaient pas exercés par ce 
peuple. » 

Dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem 
(tom. II, pag. 3V7 et suiv.) , Chateaubriand 
constate qu'il ne reste rien de l'architecture 
primitive des Juifs à Jérusalem, si ce n'est 
« la piscine probatique, desséchée et à demi- 
comblée , nommée par Josèphe stagnum Sa- 
lomonis, réservoir long de 150 pieds et large 
de i0, servant à la purification des brebis 
destinées aux sacrifices, et aux bords de la- 
quelle Jésus-Christ dit au paralytique : Le- 
vez-vous, et emportez votre lit. » Or, cette 
construction à ras de terre, pourrait tout au 
plus donner l'idée de l'appareil employé par 
les Hébreux. Les autres monuments dont les 
traces subsistent encore appartiennent , se- 
lon le même écrivain, aux ères grecque ou 
romaine, sous le paganisme ou sous le chris- 
tianisme. 

Quoi qu'en dise AVinckelmann dans son 
Histoire de Vart (tom. I", pag. k), les Hé- 
breux cultivaient les arts dès la plus haute 
antiquité. Mais ce fut surtout sous le règne 
des tils de David que l'art brilla du plus 
grand lustre chez eux. Nous trouvons, en effet, 
au livre des Rois une longue nomenclature 
des objets en bronze et en or qui furent 
exécutés pour le temple, par l'ordre de Sa- 
loinon. La conception seule du temple et des 
dépendances de ce Yaste monument indique 
déjà des idées fort avancées et une culture 
remarquable des beaux-arts. Est-il possible 
de former le plan d'un édifice aussi complexe 
et aussi étendu, sans avoir préalablement des 
connaissances approfondies dans le grand et 
difficile art de bâtir? Ne faut-il pas égale- 
ment d'habiles ouvriers en métaux pour exé- 
cuter l'autel et la table d'or pour les pains, 
les dix chandeliers de fin or, au-dessus des- 
quels il y avait des fleurs de lis, et des lam- 
pes d'or, les pincettes d'or, les vases à 
mettre de l'eau, les fourchettes, les coupes, 
les mortiers et les encensoirs d'un or très- 
pur, jusqu'aux gonds d'or des portes de la 
maison intérieure du Saint des saints, et de 
la maison du temple ? 

Les ornements qui enflèrent dans la déco- 



ration des palais de Salomon annoncent en- 
core des progrès considérables dans la pra- 
tique des arts. Ne peut-on tirer la même 
conséquence de l'exécution du fameux trône 
de Salomon en or et en ivoire ? 

Les Hébreux ont dû continuer à cultiver 
les arts dans leurs différentes branches , 
sous les successeurs de Salomon, puisque 
nous voyons dans leur histoire que les peu- 
pies voisins pillèrent souvent les richesses 
de Jérusalem, et que les objets consacrés au 
culte furent toujours renouvelés par des ar- 
tistes indigènes. 

Les versets 9 et 11 du chapitre xxvin du 
l'Exode nous montrent que les Juifs con- 
naissaient l'art de la gravure en pierres fines. 
Vous prendrez, y est-il dit, deux pierres 
d'onyx, où vous graverez les noms des enfants 
d'Israël; vous y emploierez l'art du sculpteur 
et du lapidaire ; vous enchâsserez les pierres 
dans l'or. Au verset 28 du chapitre xxxvm 
de l'Ecclésiaste, attribué à Salomon, on lit: 
Celui gui grave les cachets diversifie ses figu- 
res par un long travail. 

De nombreux commentateurs de la sainle 
Ecriture ont pensé, avec beaucoup de vrai- 
semblance, que le Seigneur avait interdit aux 
Juifs l'exercice de la sculpture et de la pein- 
ture, seulement dans la configuration des 
idoles. Cette interprétation s'appuie sur d'as- 
sez nombreux passages de la Bible. Nous 
conviendrons cependant que les livres saints, 
en général, se montrent peu favorables à 
l'exercice de la sculpture et de la peinture. 

Quant au travail de l'ivoire, qui embrasse 
à la fois la sculpture et la confection des lits, 
meubles, etc., en ivoire, et surtout la mar- 
queterie , genre de travail où les orientaux 
excellaient et excellent encore, on trouve- 
rait dans la Bible, comme [dus tard chez les 
Grecs et chez les Romains, d'innombrables 
témoignages de l'emploi, en Palestine, de ces 
dents d'éléphant que les flottes de Salomon 
lui rapportaient de Tharsis. Nous citerons 
seulement le trône de Salomon, la maison 
ornée d ivoire qu'Achab fit faire (m lieg. xin, 
39), les maisons d'ivoire, a domibus ebur- 
nris, citées dans les psaumes, les cordon^ 
de (in lin passé dans des anneaux d'ivoire. 
(Esthcr, i, 6), les lits d'ivoire dont le prophète 
Amos, qui vivait 800 ans avant l'ère vul- 
gaire, reprochait l'usage à ceux qui vivaient 
à Sion , dans l'abondance de toutes choses 
(Amos, vi, 1 et k), etc. , etc. 

Le commerce de cette matière est encore 
constaté par le verset 15 du chapitre xxvin 
d'EzéchieJ : Les enfants de Dedan ont trafiqué 
avec vous ; ils vous ont donné en échange du 
V09 marchandises des dents d'ivoire et de Vi- 
bène. 

Les monuments de la Judée , les orne- 
ments de Jérusalem, devinrent la proie des 
Babyloniens. La population juive fut trans- 
plantée, en partie, dans la Chaldée. La ville 
de David fut détruite : Sion quasi ager ara- 
batur, dit Jérémie. 

Une nouvelle ère de prospérité s'ouvrit 
puni- le peuple de Dieu, lorsque Cyrus brisa 
les liens delà captivité. Les Juifs, sous la 



211 



HEN 



I1ER 



212 



conduite de Zorobabcl, relevèrent le temple 
du vrai Dieu et rétablirent les murs de Jé- 
rusalem. Le temple bâti par Zorobabel, après 
la captivité, quoique situé sur un emplace- 
ment autre que celui de Salomon , fut élevé 
sur le même plan et avec des dispositions 
architecturales et d'ornementation sembla- 
bles en tous points à celles de l'ancien édi- 
fice, qu'il s'agissait avant tout de reproduire, 
et non d'améliorer. L'impatience de jouir de 
ce sanctuaire fut telle chez les Juifs rendus à 
leur indépendance, que les travaux identi- 
ques à ceux auxquels Salomon, malgré l'im- 
mensité de ses ressources, consacra sept an- 
nées, furent terminés en quatre ans. 

Tous ces faits , que nous avons simple- 
ment énumérés, sans entrer dans aucun dé- 
tail de discussion, prouvent évidemment la 
fausseté de l'opinion soutenue par Winckel- 
mann, à savoir que les beaux-arts ri étaient pas 
exercés par le peuple hébreu. (Hist. de iart. , 
tom. I er , pag. 201.) 

HÉLICE. —Ce mot vient du grec et si- 
gnifie circonvolution ou spirale. Dans l'ar- 
chitecture antique, on appelle hélices les pe- 
tites volutes qui se joignent au milieu de 
chacun des pans du chapiteau corinthien, 
sous le tailloir ou abaque. Dans les monu- 
ments du xvi e siècle et de la Renaissance, 
on voit quelquefois des espèces de meneaux 
ou d'encadrements d'arcatures tracés en hé- 
lices sur les piliers ou les colonnes. On en 
voit un curieux exemple dans les ruines ad- 
mirables de l'église collégiale des Roches- 
Tranche-Lion, au diocèse de Tours. 

Quelques colonnes de la période romano- 
bvzantine ont des cannelures en hélice. Cette 
singularité se retrouve assez souvent aux co- 
lonnettes dont le fût est très-orné. 

HÉMICYCLE.— C'est une construction ou 
une partie de construction dont le plan dé- 
crit un demi-cercle. Voy. Abside, Chevet, 

ROND-POINT. 

On se sert encore de celte expression en 
parlant des arcs, des voûtes en berceau, des 
( mires qui les forment , quand les voûtes 
ont leur plein cintre et font un parfait demi- 
eerclc. 

HENNIN. — Le hennin est une espèce de 
bonnet à deux cornes très-élevées, dont se 
servaient les femmes au xnr el au xiv 1 ' siècle, 
pour se couvrir et s'orner la tète. Il y en a de 
magnifiques exemples aux vitraux de la ca- 
thédrale de Tours, dans la galerie du transsept 
septentrional. Quelques auteurs pensent 
que cette coiffure est moins ancienne et 
qu'elle a été mise à la mode en France par 
Isabeau de Ravière , femme de Charles VI. 
Les prédicateurs parlèrent fortement du haut 
de la chaire contre cette mode ridicule et 
extravagante. Ils réussirent seulement à faire 
déserter leurs sermons. Un religieux carme 
prêchait avec plus de vivacité que les autres: 
il ne fut pas plus heureux. « Après son dé- 
part, dit Paradin, les femmes relevèrent leurs 
cornes, et firent comme les limaçons, les- 
quels, quand ils entendent quelque bruit, 
retirent et resserrent tout bellement leurs 



cornes ; ensuite, le bruit passé, ils les relè- 
vent plus grandes que devant : ainsi firent 
les dames ; car les hennins ne furent jamais 
plus grands, plus pompeux et plus superbes 
qu'après le départ du carme. » 

HÉRALDIQUE (A ht ou Science). — La 
science héraldique traite du blason et des 
anciens tournois des chevaliers. Voy. Rlason. 
V. surtout le Dictionnaire d'Héraldique publié 
par M. l'abbé Migne dans son Encyclopédie. 
HERSE. — Espèce de charpente ou de 
construction en bois fort compliquée, hé- 
rissée de pointes très-nombreuses , desti- 
nées à supporter des cierges, des armoiries 
et des chiffres ou monogrammes. La herse 
servait à recouvrir le cercueil ou le cénota- 
phe dans les cérémonies funèbres. Au nom- 
bre des cérémonies les plus touchantes qui 
se pratiquaient autrefois à la sépulture des 
morts, il n'y en avait pas de plus touchante 
que celle que l'on désignait sous le nom d'o- 
bit solennel. Les prières étaient chantées au 
chœur avec beaucoup de lenteur et de gra- 
vité. Le corps du défunt était placé sous une 
immense herse , ornée de devises héraldi- 
ques , d'armoiries, et chargée de lumières 
ardentes : c'était à la fois un emblème de la 
résurrection glorieuse et une marque de la 
haute dignité du personnage dont on faisait 
les funérailles. Quoique la coutume d'allu- 
mer des cierges autour du cercueil des morts 
suit très - ancienne , il n'est pas probable 
qu'on ait fait usage de ces herses pompeu- 
sement ornées et chargées de mille lumiè- 
res avant la fin du xiv e siècle. Jusqu'à pré- 
sent on n'en connaît pas de vestiges qui in- 
diquent une époque plus reculée; mais, en 
compensation , nous possédons un grand 
nombre de descriptions et même de dessins, 
relatifs aux herses usitées au xv e siècle. Dans 
plusieurs livres d'église renfermant l'office 
des morts, on trouve la figure de herses plus 
ou moins considérables et décorées. 

Montfaucon, dans son grand ouvrage in- 
titulé Monuments de la monarchie française, 
a donné une longue description de l'enter- 
rement de la reine Anne deRretagne, morte 
en 1514. La planche i r ' représente le corps 
de la reine, revêtu de ses habits royaux et 
couché sur un lit d'apparat , à côté duquel 
sont des flambeaux allumés; aux cierges 
sont attachés des écussons armoriés. A la 
tète , il y a également un écusson , tandis 
qu'aux pieds du lit, il y a une banquette, 
avec une croix et un bénitier. La planche n e 
représente le corps de la reine mis dans le 
cercueil. La planche m e représente le lit 
d'apparat, avec le cercueil couvert d'un 
ample drap mortuaire, sur lequel est tracée 
une grande croix ; on voit sur cette croix la 
couronne et le sceptre; autour du lit , il y a 
toujours les mêmes chandeliers et les mêmes 
écussons que nous avons déjà mentionnés , 
mais la frange du couronnement est ornée 
également d'écussons armoriés. La iv e plan- 
che représente la herse ou la chapelle ar- 
dente , dressée dans l'église de Saint-Sau- 
veur de Rlois. La herse, appuyée sur quatre 



213 



IIKR 



Util 



2!i 



piliers, était couverte de velours noir et sur- 
montée de quatre doubles croix. Chaque 
rroix (.Hait accompagnée de cina cierges, et 
le nombre entier des cierges allumés était 
au moins de deux mille. Le cercueil, placé 
juste au centre , était recouvert d'un drap 
funéraire orné d'une croix, et on avait mis 
dessus un crucifix , une couronne et deux 
sceptres. Plusieurs chandeliers isolés étaient 
encore placés autour de la herse , avec di- 
vers écussons. La planche v< représente le 
cercueil porté en procession. On y aperçoit 
le portrait de la reine , surmonté d'un dais 
d'apparat. La planche vi e représente la herse 
«devée dans l'église de Notre-Dame de Pa- 
ris. Cette herse était encore plus splendide 
que celle de Blois. La partie supérieure ou 
plafond était surmontée de pinacles ou de 
croix disposées en forme pyramidale , et 
soutenant environ 3000 cierges. Le plan 
de la herse était en forme de croix , avec 
quatre pignons et douze clochetons. L'effi- 
gie de la reine était figurée sur le cercueil. 
Dans toutes ces planches on remarque un 
grand nombre de moines et de religieux de 
tout ordre, à genoux autour du catafalque 
et priant. La planche vu' représente la 
herse élevée dans l'église abbatiale de 
Saint-Denis , où la reine fut inhumée. Elle 
est entièrement semblable à celle de Notre- 
Dame. La planche vm« représente une herse 
élevée dans l'église de Nantes , où le cœur 
de la reine fut transporté solennellement 
pour y être déposé auprès du tombeau de 
son père et de sa mère. Il y a quelques 
particularités dignes d'être remarquées à 
cette dernière herse : chaque croix est ter- 
minée par une bannière , surmontée d'une 
couronne royale. Sur le tympan de chacun 
des grands pignons , on voit une hermine , 
emblème delà reine Anne de Bretagne, avec 
cette inscription : a ma vie; celte devise si- 
gnifie que l'hermine est si pure, qu'elle aime 
mieux mourir que de se souiller. On con- 
naît cette autre légende, qui exprime plus 
clairement encore la même pensée : Potius 
raori quant fœdari. Le cœur de la reine, dé- 
posé dans un vase d'argent , était placé au 
milieu de la herse , recouvert d'un voile 
blanc, avec cinq chandeliers isolés, portant 
des écussons armoriés. 

La richesse des herses funéraires était tel- 
lement en rapport avec la position des per- 
sonnes et la dignité des personnages, que 
les antiques coutumes d'Angleterre, sous ce 
rapport, survécurent aux changements opé- 
rés sous les règnes d'Edouard VI et de la 
reine Elisabeth. Ces usages remarquables , 
fondés sur les pratiques et les croyances ca- 
tholiques , sont même en vigueur encore 
de nos jours pour la sépulture des grands 
personnages. 

11 existe aussi des herses fixées à demeure 
sur la tombe de certains personnages. Elles 
sont disposées de manière h recevoir le drap 
mortuaire et plusieurs cierges tout autour. 
M. Pugin dit, dans son Glossaire des orne- 
ments ecclésiastiques , en avoir trouvé deux 
seulement, qui subsistent présentement. Le 



plus connu de ces vieux monuments est la 
herse dans la chapelle de Bcauchamp (War- 
wick), qui est formée de tiges rondes de fer, 
avec le sommet des tiges émaillé; l'autre est 
en fer travaillé, sur le tombeau des Mar- 
mion, dans l'église de Tanfield , près de Hi- 
pon, dans le comté d'York. M. Bloxam en a 
signalé d'autres dans son Glossaire, notam- 
ment dans l'église de Bedell , dans le même 
comté d'York. 

HEBSE. — On trouve encore le mot de 
herse, hercia , dans les anciens inventaires 
du mobilier des églises et dans les vieux li- 
vres liturgiques, pour indiquer une espèce 
de chandelier garni de pointes nombreuses , 
en usage dans les églises , non-seulement 
pour les cérémonies funéraires, mais encore 
en beaucoup d'autres cérémonies religieu- 
ses , notamment pour l'office des ténèbres, 
durant la semaine sainte. On peut consulter, 
à ce sujet, le Glossaire de Du Cange, au mot 
Hercia et Herchia. On lit dans les Consti- 
tutions de Lanfranc le passage suivant : Fe- 
rla quint a tôt candelœ accendantur ante altari 
quoi anliphonas et quot responsoria cantare 
oportet. Finitis tribus orationibus , sedentes 
psallunt singuli silenter quindecint psalmos 
ubsque Gloria Patri, cum capitulis et collectif 
consuetis. Ad Pater noster, prosternant se su- 
per formas , et abbate signwn faciente, sur- 
gant. Jnter psallendum et ante Nocturnum 
pulsentur signa sicut in duodecim lectionibus. 
Pulsatis omnibus signis , inchoet hebdomada- 
rius antiphonam Zelus domus tuœ : cum in- 
cipiunt psalmum, pétant veniam super formas, 
et ad Malutinas et Laudes similiter per sin- 
guias antiphonas, et singula responsoria ex- 
stinguantur singulœ candelœ. Lectioncs sine 
Jubé, Domine, vel Tu autem, legantur. Primat 
très de Lamcntalionibus Jercmiœ sine canlu, 
et alphabet is jjrœscriptis. In secundo Noc- 
turno de expositione psalmi : Exoudi, Deus, 
orationem cum deprecor. In tertio de Epis- 
tola Pauli Convcniintibus vobis , antipho- 
nœ omnes et versiculi absque finis melodia. 
In matutinis laudibus cum incipiunt psal- 
mum Laudate Dominum de cœiis , vadani 
magistri inter infantes , qui et versi sint ad 
j)riores, sicut et ipsi infantes. Juvcnes vero 
qui in custodiasunt, mixlim sitil in ordine se- 
nior uni. Candelœ exslinguanturintoto monas- 
terio prœter unam, quœ in choro ardeal , quœ 
etipsacantore incipiente antiphonam'ïvi\dil>v 
aulcmexstinguatur.Finitaantiphona,curven- 
tur super formas sub silentio dicenles, Kyrie 
eleison, Pater nosler : preces Ego, dixi Domi- 
ne; psalmum Miserere mei, Deus, solum, sine 
Gloria Patri; collectam Respice, quaesumus, 
Domine; signoque facto ab abbate vel priore, 
surgentes inclinent sicut soient, ante et rétro, , 
et stet unusquisque in loco suo usqucquo ni'i- 
gister infantum Internas accensas in choruvi 
déferai, et ipsis infantibus tribual ; secrétariat 
quoque accendat lumen ante alture unde jau- 
nes lalernas suas accendant. (Voy. Chande- 
lier). 

11EHSE. — Dans les constructions mili- 
taires et les châteaux fortifiés, la herse était 
une sorte de grille , glissant dans des rai- 



2i5 



I1IE 



IIIE 



216 



nures verticales , et que l'on pouvait faire 
tomber brusquement en interceptant ainsi 
tout à coup le passage au travers de la porte 
où die se trouvait alors placée. Les herses 
étaient connues des Romains sous le nom 
de cataractœ 

HEXASTYLE. — Cette expression s'appli- 
que aux monuments d'architecture antique 
qui ont six colonnes de front. Les temples 
de l'Honneur et de la Vertu, à Rome, étaient 
hexastyles. 

HIÉRATIQUE. — L'art hiératique ou sacré 
est celui qui porte fortement empreinte l'in- 
fluence des caractères primitifs que l'on peut 
considérer comme ses caractères essentiels. 
Les artistes qui ont contribué à l'exécution 
des œuvres de cette nature ont été sous l'in- 
fluence de certaines conditions , qui font 
qu'elles portent toutes un cachet propre à 
les distinguer. L'originalité n'est pas le pro- 
pre des œuvres hiératiques : on y retrouve 
plutôt la forte direction générale qui appa- 
raît dans toutes, sans exception. Les tradi- 
tions religieuses y ont trouvé une sorte de 
consécration , et les types religieux s'y re- 
produisent avec les mêmes données. Les 
formes principales y sont pour ainsi dire im- 
muables : c'est le thème auquel l'artiste ne 
peut faire subir que de légères variations. 

Les arts ont tous eu leur époque hiéra- 
tique, et les ouvrages de cette époque sont 
plus ou moins remarquables : ils sont tou- 
jours fort précieux, au point de vue histori- 
que et archéologique 

Les compositions hiératiques sont tou- 
jours naïves ; on n'y voit aucun apprêt , et 
la nature y est rendue avec la plus grande 
simplicité, et quelquefois avec une ignorance 
des ressources techniques qui n'est pas sans 
charme. Ces œuvres sont donc plus impor- 
tantes au point de vue scientifique qu'au 
point de vue artistique proprement dit. 

Les peintures des catacombes chrétiennes 
offrent un immense intérêt aux antiquaires, 
comme œuvres hiératiques. C'est une source 
inépuisable d'observations de tout genre. Il 
en est de même, quoique d'une époque bien 
plus rapprochée de nous, des verrières pein- 
tes du xir siècle et du commencement du 
xnr siècle. Ces verrières sont pleines d'at- 
trait et de poésie. Ce qui en fait le charme, 
c'est la naïveté et le caractère hiératique. 
Vouloir aujourd'hui reproduire dans nos vi- 
traux modernes cette naïvelé, c'est tenter 
l'impassible; Respectons et étudions les œu- 
vres hiératiques de l'art chrétien ; inspirons- 
nous de ce qu'elles ont de beau et d'admira- 
ble : nous ne réussirons jamais à les faire 
revivre dans nos modernes tableaux, parce 
que la naïveté ne saurait appartenir aux épo- 
ques artistiques aussi avancées que celle à 
laquelle nous appartenons. 

Les vrais amis de l'archéologie chrétienne 
apprécient justement le mérite des restes de 
nos vieux monuments hiératiques. On peut 
même dire qu'il n'y a que les antiquaires 
éclairés qui sachent les apprécier convena- 
blement et à leur valeur, Les archéologues, 



comme il y en a tant aujourd'hui malheu- 
reusement, qui sont à peine initiés à la con- 
naissance de nos antiquités ecclésiastiques, 
et qui en raisonnent avec une hardiesse qui 
est chez eux toujours delà témérité, ne sont 
pas assez instruits pour en comprendre lu 
mérite. 

HIÉROGLYPHES. — L'écriture hiérogly- 
phique des anciens Egyptiens a longtemps 
été indéchiffrable, Malgré les nombreu- 
ses tentatives faites à ce sujet à diverses 
époques , surtout dans le cours du siècle 
dernier, elle était demeurée muette : c'était 
une énigme, et l'Œdipe du P. Kircker n'a- 
vait pu la deviner. On pressentait néanmoins 
que sous ces caractères mystérieux étaient 
cachés des renseignements précieux , et 
que chaque monument égyptien couvert 
d'hiéroglyphes était un livré écrit où l'on 
pouvait retrouver de magnifiques documents 
historiques. Il était réservé à notre siècle de 
découvrir le sens caché derrière les signes 
hiéroglyphiques , et c'est à un savant fran- 
çais, M. Champollion le Jeune , qu'est due 
cette découverte. Nous devons ajouter que 
la religion a été vengée des attaques de l'im- 
piété moderne, à l'aide des résultats obtenus 
par la science des hiéroglyphes dès ses pre- 
miers débuts; de prétendus philosophes, tels 
que Dupuis, dans ses écrits astronomiques, 
avaient osé avancer que le récit de Moïse, 
dans les premiers chapitres de la Genèse, 
recevait un complet démenti de la part des 
monuments les plus anciens de l'Egypte. 
N'était-ce pas, en etl'et, une bonne fortune 
pour ces esprits forts que de pouvoir met- 
tre en avant, dans leurs théories irréligieu- 
ses, des monuments mystérieux qu'ils re- 
portaient à une antiquité fabuleuse , et qui 
appuyaient, disaient-ils, leurs théories jus- 
qu'à la plus évidente démonstration? Mais 
la Providence se rit des tentatives de ces 
pseudo-philosophes ; au moment où ils avaient 
cru triompher, on lisait les inscriptions sé- 
culaires gravées sur cesantiques monuments, 
et bien loin d'y trouver des preuves contre 
le récit de la Rible, on y rencontra , à cha- 
que ligne, de nouvelles confirmations de sa 
vérité et de son authenticité. 

Les écrivains romains prétendaient que , 
déjà de leur temps , les prêtres égyptiens 
ignoraient le mécanisme de la langue des 
hiéroglyphes, et le sens des signes symboli- 
ques qui recouvrent leurs monuments. Clé- 
ment d'Alexandrie était l'écrivain qui avait 
le mieux compris les combinaisons du sys- 
tème épigraphique des Egyptiens, et les Sti'o- 
mates de cet écrivain ecclésiastique devaient 
servir de point de départ à toutes les inves- 
tigations des érudits modernes ; aussi certain 
passage de son livre fut-il souvent commenté 
sans être jamais bien compris. 

Ce qui a empêché les savants des deux 
derniers siècles de chercher avec succès l'in- 
terprétation des hiéroglyphes ," c'est qu'ils 
pensaient que cette écriture ne se compo- 
sait que de caractères dont chacun repré- 
sentait une idée tout entière. Or, celte don- 
née était tout à fait fausse : on ne put, en 



217 MF. 

conséquence, que faire des hypothèses. Ou 
peut voir, dans VOEdipus Jigyptianus du P. 
Kircker, tout ce que 1 imagination humaine 
peut faire de suppositions ingénieuses pour 
interpréter des signes énigmatiques, Avec 
ces singularités, qui nous paraissent présen- 
tement extravagantes, mais qui excitèrent ja- 
dis l'étonnement et l'admiration, le P. Kir- 
cker réussit à fonder une école. Warburton, 
«'appuyant sur les ouvrages des auteurs an- 
ciens, "et discutant, analysant leurs textes, 
approcha beaucoup plus de la vérité ; mais 
(•('[tendant il resta dans les idées généra- 
les et ne résolut aucune difficulté. L'abbé 
Pluche,doué d'une imagination riche et créa- 
trice, ne titque des rêves ingénieux, comme 
le P. Kircker. 

Il semblait que les savants fussent con- 
damnés à ne pas sortir de la sphère des hy- 
pothèses et des conjectures les plus vagues 
quand une découverte ouvrit tout à coup 
un champ vaste et fécond à leur érudition. 
J)es ouvriers français étaient occupés à creu- 
ser les fondements du fort Saint-Julien, à 
Rosette , en Egypte. Ils trouvèrent une 
pierre qui portait, gravées en creux, trois 
inscriptions, en trois caractères différents. 
Les Anglais s'emparèrent de cette pierre et 
la déposèrent à Londres, au Bristish Muséum. 
Bientùt on vit qu'elle était de la plus haute 
importance. Une des inscriptions était en 
grec, et apprenait que sur ce bloc était gravé 
un décret en caractères sacrés ou hiérogly- 
phiques, en caractères enchoriaques ou po- 
pulaires, et en caractères grecs. Alors on 
put commencer une série de travaux qui ont 
amené les résultats extraordinaires et ines- 
pérés que l'on connaît. Pearson et Heine 
complétèrent et traduisirent le texte de l'in- 
scription grecque, dont M. Ch. Lenormand 
a donné une nouvelle traduction dans ces 
derniers temps. M. Sylvestre de Sacy décou- 
vrit, dans le texte tnchoriaque ou démo ti- 
que, les groupes de caractères qui désignaient 
trois noms propres, ceux d'Alexandre, d'A- 
lexandrie et de Plolémée. Un diploma e 
suédois, fil. Akerblad, démontra que la dé- 
couverte de M. de Sacy était fondée. 11 
essaya de former un alphabet, mais il échoua 
dans son entreprise, | arce qu'il crut que le 
texte de l'inscription était simplement alpha- 
bétique, et qu'il pensait trouver le même 
nombre de voyelles que dans la langue copte 
■ actuelle, langue que MM. Etienne Quatre- 
; mère et JabloDski avaient [trouvé être iden- 
tique à celle qui fut parlée dans l'ancienne 
Egypte. Ei 183i, M. Thomas Young essaya 
uii!' traduction conjecturale de la pierre de 
Kosette , et la publia dans VArchcologia 
Britannica; une seconde version, plus com- 
plète, parut ensuite dans le Musœum criti- 
cum de Cambridge. Mais avec toutes ces 
données il n'était pas possible encore de dé- 
brouiller le chaos des inscriptions égyptien- 
nes: il lestait une grave difficulté a sur- 
monter; il s'agissait de savoir si chaque 
signe phonétique était l'image d'un objet 
physique, dont le nom, dans la langue vul- 
gaire, commençait par le sou que ce signe 



IIOR 



!lg 



lui-même est appelé à représenter. Cette loi 
épigraphique,qui a été la cause de toutes les 
découvertes relatives à l'Egypte, c'est Cham- 
pollion qui l'a trouvée et qui l'a démontrée : 
c'est à lui qu'en revient la gloire. Cepen- 
dant une grande partie de cette gloire appar- 
tient aussi au docteur Th. Young. Avant 
Champollion, il avait annoncé que les ca- 
ractères phonétiques avaient été emplovés 
dans les inscriptions hiéroglyphiques, mais 
seulement pour exprimer les mots étrangers , 
tout en soutenant que les systèmes d'écriture 
des anciens Egyptiens étaient purement 
idéographiques. Cette dernière partie de la 
proposition était une erreur fondamentale. 
L'ouvrage de Champollion, qui a opéré uno 
révolution dans la science, est le Précis du 
système hiéroglyphique des anciens Egyptiens. 
C'est dans ce livre que se résument tous ses 
travaux et toutes ses découvertes ; et c'est ce 
travail qui a servi de base et de [joint de d i- 
part à toutes les recherches, à toutes h-s in- 
vestigations subséquentes. La publication de 
la Grammaire égyptienne vint mettre le com- 
ble à la réputation de Champollion, qu'une 
mort prématurée a enlevé trop toi h laseien e 
qu'il avait, pour ainsi dire, fondée. 

Aujourd'hui, il est généralement admis 
dans la science que Je système d'écriture 
égyptienne se compose de la manière qui 
suit : on distingue Yécriture hiéroglyphique, 
qui représente directement les objets, ou 
les idées métaphoriques des objets; l'écri- 
ture hiératique, qui semble être une abré- 
viation, une simplification des signes hiéro- 
glyphiques ; et enfin l'écriture démotique , 
qui se rapproche de l'hiératique, mais qui 
est encore plus simple et plus alphabétique. 

C'est en partant de ces principes que Jes 
travaux sur l'antiquité égyptienne sont con- 
tinués avec succès. Nous devons mention- 
ner ici, avant de Unir, les grands travaux de 
Rosellini. 11 y a dans son ouvrage de curieux 
aperçus des monuments égyptiens et des 
inscriptions hiéroglyphiques dans leurs rap- 
ports avec la Bible. 

H1RONDE (Queue©*). — On dit aussi 
Queue d'aronàe. C'est un tenon d'assemblage 
de deux pièces de charpente ou autres, taillé 
en s'élargissant. Yoy. Aiionde, appareil. 

HISTORIÉ. — L'épithète d'historié con- 
vient à tous les membres d'architecture 
sur lesquels on a tracé, au moyen de la 
sculpture et de la peinture, des personnages 
ou des sujets tirés de l'histoire sainte, de 
l'histoire profane, de la légende, du symbo- 
lisme, ou de l'allégorie. C'est ainsi qu'on 
a appliqué celte expression aux chapiteaux, 
aux colonnes, aux vitraux, aux stalles, etc. 
Nous n'avons point à décrire chacun de ces 
objets au point de vue spécial de leur orne- 
mentalion Historique ou historiée. Yoy. 
Chapiteaux, etc. 

HORLOGE. — Pierre de Chalus, abbé do 
Cluny, vers le milieu du xiv siècle, intro- 
duisit dans son église une grande quantité 
d'embellissements. Il porta la magnilicence 
jusqu'à l'aire placer, dans l'église abbatiale. 



210 



HOR 



iior 



220 



une horloge mécanique, merveille de" ces 
temps-là, dit M. Lorain, et telle qu'on en vit 
une plus tard a la cathédrale de Lyon. « On 
voyait à la fois, dans cette vaste machine, un 
calendrier perpétuel qui marquait l'année, le 
mois, la semaine, le jour et les minutes , et 
un calendrier ecclésiastique qui désignait les 
fètos et offices de chaque jour, les positions, 
oppositions et conjonctions des astres, pha- 
ses de la lune, mouvements du soleil. On 
voyait, parla complication du mécanisme, 
représentés tour à tour dans une niche, aux 
divers jours de la semaine, le mystère de la 
résurrection, la Mort, saint Hugues, saint 
Odilon, la fête duSaint-Sacrement,laPassion, 
la sainte Vierge. A minuit chaque repré- 
sentation cédait. la place à une autre. Toutes 
les heures étaient annoncées par un coq qui 
battait de l'aile et chantait à deux reprises. 
En même temps un ange ouvrait une porte 
et saluait la sainte Vierge ; le Saint-Esprit 
descendait sur sa tète en forme de colombe, 
le Père-Eternel la bénissait, et, au milieu 
d'un carillon harmonique de petites clochet- 
tes et des bizarres mouvements d'animaux 
fantastiques, qui agitaient à la fois leur lan- 
gue et leurs yeux, l'heure sonnait, et toutes 
les figures rentraient dans l'intérieur de 
l'horloge. » Ce mécanisme aurait sans doute 
quelque analogie avec celui de ï'korohgium 
ex aurichalco arte mechanica confection, dont 
parlent les Annales Francorum, anno 807, 
comme envoyé par Aaron-al-Raschid à Char- 
lemagne, en ajoutant : In quo 12 horarum 
cursus ad clepsydram vertebatur, cum totidem 
œreis pilulis, quœ ad completionem horarum 
decidebant, et casu suo subjectum sibi cijmba- 
lum tinnire faciebant, additis in codem ejus- 
dem numeri equitibus, qui per 12 fenestras 
completis horis exibant, et impulsa egressio- 
nis suœ totidem fenestras, quœ prius erant 
apertœ, claudebant. 

Peut-être, dans les traditions sur l'horloge 
de Cluny, y a-t-il quelques détails ampliliés 
par l'imagination. Des horloges du xiv e siè- 
cle, dont parlent les historiens, et notam- 
ment Falconuet, dans son mémoire inséré 
dans le Recueil de l'Académie des Inscrip- 
tions, il n'y aurait que celle de Jacques de 
Dondis, ne à Padoue, qui aurait accompli 
quelques-unes des évolutions de celle-ci, 
en marquant, outre les heures, le cours an- 
nuel du soleil, suivant les douze signes du 
zodiaque, avec le cours des planètes; mais 
ce chef-d'œuvre, signalé comme ayant excité 
l'émulation des ouvriers de toute l'Europe, 
et engendré les horloges à roue, à contre- 
poids et à sonneries, qui se produisirent 
bientôt en France, telles que le Jacquemart 
de Courir ay, que le duc de Bourgogne Phi- 
lippe le HanJi fit démonter en 1382, empor- 
ter et remonter à Dijon, celle de Henri de 
Vie et de Jean Jouvence, placées en 1370 
et en 1380 sur la tour du Palais, à Paris, 
et au château de Montargis. 

Les horloges à sonnerie et à carillon se 
trouvent ordinairement placées danslesclo- 
chers, auxquels elles servent souvent d'or- 
uement. Sous un certain rapport, elles appar- 



tiennent à l'architecture. Plusieurs sont d> s 
monuments curieux du moyen Age. On voyait 
sur le pont Saint-Pierre, à Caen, une horloge 
faite par un certain Beaumont, en 131k, com- 
me l'indiquait l'inscription gravée sur le tim- 
bre. L'horloge de Courtray a été très-cé- 
lèbre dans son temps. Nous venons de dire 
que Philippe le Hardi l'avait amenée de cette 
dernière ville à Dijon, où elle est encore. 
Dans le procès de Robert d'Artois, en 1335, il 
est question d'un Gérard do Juvigny, hor- 
logcur, demeurant au Louvre et gagé par le 
roi. Il y avait autrefois, dans presque toutes 
les églises importantes, des horloges sem- 
blables à celles dont nous avons indiqué ci- 
dessus le mécanisme compliqué. 11 est inu- 
tile de donner, à ce sujet, de longs détails : 
ou en trouve dans toutes les histoires loca- 
les. Aujourd'hui on n'estime, dans ces ins- 
truments, que la justesse et la précision. 
Pourquoi ne pas y ajouter cependant quel- 
ques-uns de ces mouvements ingénieux dans 
le genre de ceux qui ont conservé une si 
grande réputation populaire? Ce genre de 
beauté pittoresque ne saurait déparer un 
bel instrument, et l'œil de la multitude aime 
à suivre les mouvements capricieux de ces 
figures animées par la mécanique qui vien- 
nent en procession se promener autour de 
l'horloge, pour marquer et sonner les heures. 

HOSTIE. — Il n'est personne qui ne sache 
avec quel respect on s'appliquait autrefois à 
la préparation de la farine et du pain qui 
devait servir à l'oblation de la messe. Des 
religieux et des religieuses choisissaient les 
grains de froment, en récitant des prières, 
les broyaient et en séparaient la farine tou- 
jours en priant. Sainte Radégonde, à Poi- 
tiers, aimait à passer une grande partie de 
son temps à préparer les pains d'oblation. 
On conserve encore l'instrument avec lequel 
elle imprimait dessus le signe de la croix. 
On s'est servi ordinairement et on se sert 
encore aujourd'hui d'un fer disposé dans ce 
but pour imprimer la croix et quelques let- 
tres sur les pains qui doivent être consacrés. 
Il en existe encore un grand nombre du xv" 
siècle, et dans nos églises rurales on en ren- 
contre fréquemment. Nous citerons, en par- 
ticulier, pour le diocèse de Tours, les égli- 
ses paroissiales de Sainte-Catherine de Ficr- 
Bois, de Courçay, de Crouzilies et do Savi- 
gny-en- Verrou. 

HOTEL-DIEU. — Les anciens ignorèrent 
absolument l'une des plus admirables insti- 
tutions du christianisme, c'est-à-dire ces 
asiles où la maladie et l'indigence trouvaient 
des secours et des soins alfectueux, les 
hôtels-Dieu, ou hôpitaux. C'est qu'Us igno- 
raient la charité, cette fleur des vertus chré- 
tiennes. Jésus-Christ voulut que les pauvres 
représentassent sa personne sacrée, et il 
nous a enseigné que tout ce que l'on faisait 
en faveur des pauvres, c'était à lui-même 

3u'on le faisait. En construisant les maisons 
'asile où la souffrance et la pauvreté de- 
vaient trouver quelque rafraîchissement et 
quelque soulagement, on leur donna le nom 



221 IIOT 

û'hôlcls-Dieu. C'étaient donc les maisons de 
Dieu ou des pauvres, ce qui est la môme 
chose pour les chrétiens. Quellebellc idéeel 
comme elle est féconde en vertus de dévoue- 
ment et d'abnégation ! L'institution des 
hôtels-Dieu, bien comprise, sera toujours le 
chef-d'œuvre de la charité chrétienne. L'ins- 
titution des hôpitaux modernes n'en est 
que la contre-façon : c'est le chef-d'œuvre 
de la philanthropie. La première est compa- 
tissante, pleine d'attention,, de soins, de 
consolations; la seconde est une œuvre 
administrative, et c'est tout dire. 

Dans le voisinage de la plupart des cathé- 
orales, on construisit un hôtel-Dieu, au 
moyen Age. Tout le monde connaît l'hôtel- 
Dieu qui s'élève auprès de l'église de Notre- 
Dame de Paris. 11 y en avait un semblable 
à Orléans, h Tours, etc., etc. 

Le premier établissement chrétien, dans 
le genre des hôtels-Dieu, remonte vers l'an- 
née 380. Saint Jérôme nous apprend que 
Fabiola, dame romaine distinguée par sa 
piété, construisit pour la première fois une 
maison destinée a recevoir des infirmes et 
des malades. 

11 y a peu d'hôtels-Dieu bâtis au moyen 
Age qui soient arrivés jusqu'à nous dans 
un état de conservation propre à nous faire 
connaître le style d'architecture employé à 
leur construction. Celui d'Orléans était in- 
contestablement un des plus curieux de ce 
genre : mais il a été presque entièrement dé- 
moli dans ces dernières années ; il portait 
les caractères de l'architecture romano-by- 
zantine de la transition. Aucun édifice de 
celle nature n'était comparable au magni- 
fique élab'issemcnt de Saint-Jean d'Angers. 

L'hôtel-Dieud'Angersfut bâti parHenrill, 
roi d'Angleterre et comte d'Anjou. Il créa 
cet établissement non-seulement pour les 
pauvres malades, mais aussi en faveur de 
ceux qui, en santé, étaient dénués de tout 
secours ou de moyens d'existence. Ego aut 
pietate. motus super inopia et necessitate tam 
sanorum et infirmorum. (Arcltiv. des hosp., 
liasseH. D.) On le construisit sur un terrain 
appartenant à la bienheureuse Marie-de-la- 
Charité, autrement du Uonceray, qui n'en 
céda la propriété que plusieurs années après 
les premiers fondements jetés, c'est-à-dire 
en 1188, à la requête d'Etienne, sénéchal 
d'Anjou, qui s'obligea, entre autres devoirs, 
à payer à l'abbesse 100 livres, monnaie 
d'Angers. 

Celte fondation commença en 1153 (Mé- 
nage, Sablé, pag. 1W>), date qui détruit la 
croyance que l'hôtel-Dieu fut érigé par 
Henri II, en vue d'expier le meurtre de 
J'illustre Thomas Becket, archevêque de Can- 
torbéry, car celui-ci fut assassiné en 1171, 
c'est à-dire vingt-un ans plus tard. Il ne se- 
rait pas impossible cependant (pue Henri eût, 
à cette intention, augmenté les bâtiments do 
quelques constructions importantes. L'hôtel- 



II Y P 



2-22 



Dieu d'Angers ne doit pas toutefois être en- 
tièrement attribué à Henri II ; on lit, en ef- 
fet, dans un titre du xn' siècle, qu'Etienne, 
sénéchal d'Anjou, fonda une certaine mai- 
son aumônière à l'usage des pauvres et des 
inlirmes, sur le terrain propre de l'église do 
delà bienheureuse Marie d'Angers (Le Uon- 
ceray) : Quod prœdictus Stephanus fundavit 
quamdam domum elemosynariam ad usumpau- 
prrum fit infirmorum in proprio fundo bea- 
t(C MariœAndcgavensis. (Archives de la ville 
d'Angers.) 

Henri et Etienne assignèrent des revenus 
pour l'entretien des malades. Le comte d'An- 
jou fit don notamment de l'île de Désert, si- 
tuée près de Uochefort. 

En bâtissant le grand édifice d'Angers, 
Henri parait avoir pris à tache d'ennoblir la 
pauvreté. C'est un palais qu'il a élevé à l'u- 
sage des pauvres, des malheureux et des in- 
firmes. Peu de salles en France peuvent être 
comparées à celle de l'hôpital d'Angers. Tous 
les voyageurs, tous les artistes, admirent la 
majesté de ces vingt-quatre voûtes ogivales, 
qui , gracieuses et légères , tombent sur 
deux rangs de colonnes, dont les fûts minces, 
et couronnés de chapiteaux 5 feuillages, di- 
visent la grande salle en trois nefs égales. 

Henri étendit cette magnificence à la cha- 
pelle, qui fut dédiée, en 118V, sous l'invo- 
cation de saint Jean l'Evangéliste. Les voû- 
tes hardies de cet oratoire reposent sur deux 
colonnes plus semblables à des pendentifs 
qu'à des points d'appui. 

La cave et les greniers à blé montrent en- 
core sa sollicitude pour l'indigence. Ils sont 
vastes à étonner l'œil. Le grenier surtout a 
la majesté d'une salle de conede; on doute- 
rait de sa désignation si l'histoire ne nous 
donnait certitude à ce sujet. Toutefois, le 
doute cesse en songeant à Henri, le prince 
le plus populaire du moyen Age, et possé- 
dant une parfaite intelligence de l'architec- 
ture. La salle, la chapelle et le grenier de 
l'hôtel-Dieu d'Angers sont de beaux types des 
monuments du xu e siècle. 

HOULETTE. — Bâton de berger recourbé 
par le sommet. Notre-Scigneur est repré- 
senté souvent, dans les peintures des Cata- 
combes de Home , tenant en main la hou- 
lette. Toutes les fois qu'il est figuré dans un 
tableau sous l'emblème du Bon Pasteur, il 
porte toujours en main le bâton pastoral, le 
pedum pastorale. Ce bâton pastoral est l'ori- 
gine de la crosse que portent les évoques. 

HYPÈTHKtf. — C'était chez les anciens 
une espèce de temple découvert et exposé à 
l'air. Selon Vitruve, c'est un édifice ou un 
portique à découvert, comme étaient ancien- 
nement quelques temples qui n'avaient point 
de toit. 

HYPOGÉE. — Les hypogées ou souter- 
rains étaient destinés, chez lis anciens, à la 
sépulture des morts. Les plus célèbres sont 
ceux d'Egvpte. Yoy, Catacombes. 



ICO 



ICO 



SÎ4 



I 



ICHNOGRAPHIE. — L'ichnographie d'un 
édifice n'est autre chose que le plan hori- 
zontal de cet édifice ; on dit aussi le plan 
par terre. 

ICONOCLASTE. — Les empereurs icono- 
clastes de Constantinople , en persécutant 
leurs sujets orthodoxes, nui rendaient aux 
images l'honneur que l'Eglise approuve 
qu'on leur rende, ont contribué, sans le sa- 
voir, à la diffusion de l'art byzantin dans les 
contrées occidentales de l'Europe. Les moi- 
nes et les artistes poursuivis furent bien ac- 
cueillis en Italie, en France et en Allema- 
Pne : et il n'y a pas de doute à élever sur 
influence que leur présence a exercée sur 
la pratique des arts, dans ces différents 
pays, dès le ix' siècle. Plus tard, d'autres 
artistes suivirent, pour d'autres raisons, les 
migrations occasionnées par la persécution, 
et ainsi s'expliquent aisément les réminis- 
cences et les imitations byzantines qui se 
montrent chez nous. Plus tard encore, les 
croisades nous procurèrent une espèce d'im- 
portation byzantine plus marquée encore. 

Les princes iconoclastes, en soutenant 
leur doctrine hérétique et en brisant les 
images, ont fait une guerre aussi injuste que 
déraisonnable à l'art chrétien, dans une de 
ses plus admirables manifestations. Le génie 
religieux, inspiré par la foi, a produit de 
tout temps des œuvres magnifiques. L'Eglise 
s'est toujours empressée de le seconder, et, 
de siècle en siècle, nous voyons des faits si- 
gnificatifs, qui montrent évidemment lu haut 
patronage exercé par elle. Depuis les Cata- 
combes jusqu'aux Loges du Vatican, les sou- 
verains pontifes ont favorisé constamment 
le développement des beaux-arts, dans leurs 
rapports avec le sentiment chrétien. Le beau 
n'est-il pas la splendeur du vrai? Le beau 
dans les arts n'est donc qu'une face de la 
vérité religieuse! N'est-ce pas à cause do son 
principe erroné que le protestantisme a com- 
mencé par proscrire les œuvres d'art ? Le 
faux n'a pas de splendeur; il ne saurait en- 
gendrer que des ténèbres. Et voilà comment 
toutes les erreurs marchent dans la môme 
voie, et comment les iconoclastes de la pré- 
tendue réformation donnent la main aux 
iconoclastes de Byzance. 

Nous ne sommes pas étonnés, en effet, que 
l'Eglise ait constamment protégé le culte 
des images et leur introduction dans les mo- 
numents religieux. Toutes ces images con- 
tribuaient à donner plus d'intérêt aux ins- 
tructions des pasteurs, car ces instructions 
n'étaient que le développement des sujets 
qui ornaient le temple saint ; la foi péné- 
trait donc dans les cœurs et par les yeux et 
parles oreilles. Saint Augustin fixe les re- 
gards de ses auditeurs sur les peintures qui 
représentaient saint Etienne lapidé, tandis 
que Saul gardait les vêtements des bour- 
reaux, et en même temps le saint docteur 
leur parle de la charité du martyr et des ad- 



mirables effets de la grâce de Dieu: «Comme 
ce double tableau, s'écrie-t-il, remplit l'âme 
de douces émotions; l'un était un tendre 
agneau, l'autre un loup ravissant : mainte- 
nant ce sont deux agneaux. » Dulcissima pic- 
tura est hœc ubi videtis sanctum Stephanum 
lapidari. Videtis Sautum lapidantium vesti- 
menta servanlem... llle tune agnus eral, ille 
autem lupus : modo autem ambo agni sunt. 
(Sermo 316, de Stephan. mart.) 

Nous ne devons plus être étonnés d'en- 
tendre le pape saint Grégoire blâmer sévè- 
rement Sérénus, évêque de Marseille, de ce 
qu'il avait privé son peuple de ce moyen 
d'instruction. Cet évêque, n'écoutant qu'un 
zèle peu éclairé, sous prétexte que les peu- 
ples rendaient aux images qui couvraient 
les murailles de son église un culte qui lui 
parut excessif, fit détruire ces images, « La 
peinture, lui écrit saint Grégoire, est le livre 
des ignorants; il ne faut pas leur enlever le 
moyen le plus efficace, peut-être, pour les 
amener à la connaissance de nos vérités. » 
Quod legentibus scriptura , hoc idiotis prœ- 
stat pictura cernentibus. (S. Gregor., lib. ix, 
Epist.y cap. 9.) 

Ecoutons saint Paulin, disciple de saint 
Ambroise ; il nous expliquera le but des 
images pieuses placées dans nos églises. 
« Partout, dit-il, on rencontre les différents 
traits rapportés dans les cinq livres de Moïse, 
et les actions de celui qui porta le nom du 
Sauveur (Josué).Si vous me demandez pour- 
quoi nous sommes dans l'habitude de cou- 
vrir de peintures nos temples saints, je vous 
répondrai : Vous savez la foule qu'attirent 
en ce lieu la gloire et les miracles de saint 
Félix; le plus grand nombre des personnes 
qui viennent est composé d'ignorants; ils ne 
savent point lire; mais, en fixant leurs re- 
gards sur ces représentations, ils se sentent 
portés à imiter les faits qui frappent leurs 
yeux. Ils considèrent les combats et les 
triomphes des martyrs de tout âge et de tout 
sexe ; ils sont témoins des épreuves de To- 
bie et des tentations de Job; et les faibles 
femmes elles-mêmes peuvent sentir leur 
cœur s'enflammer d'ardeur en contemplant 
le courage de Judith et la gloire de la pieuse 
Esther. » (Poem. de S. Felicc, 2i.) — « Que 
les peintres, dit saint Nil, s'appliquent à re- 
tracer sur les murailles de nos églises l'his- 
toire des deux alliances, qu'ils nous racon- 
tent les belles actions de ceux qui ont été 
fidèles à Dieu, afin que les ignorants de- 
viennent les imitateurs de ceux dont ils con- 
templeront les vertus. » (Lib. iv, epist. 61.) 
Voy. Images, Iconographie, Animaux symbo- 
liques, Emblèmes, Patrons, etc. 

ICONOGRAPHIE. —L'iconographie est la 
science des images. Elle peut être considé- 
rée sous un double rapport , 1° comme 
science pratique, 2° comme science théo- 
rique. 

Comme science pratique, l'iconographie 



■2-2.') 



ICO 



ico 



2-20 



est Fart exercé par les sculpteurs, les pein- 
tres et les imagiers de tous les siècles : tan- 
tôt elle représente des ligures ou des faits 
réels, tantôt elle se sert de symboles, d'emblè- 
mes et d'allégories, pour représenter par des 
formes sensibles des êtres abstraits et incor- 
porels. 

Comme science tbéoriquc, l'iconographie 
est la connaissance de ce langage naturel 
ou mystérieux que nos pères ont confié aux 
monuments, et que ces monuments nous 
transmettent. Cette science nous donne les 
notions à l'aide desquelles nous pouvons ex- 
pliquer les ligures qui ornent nos anciens 
édi lices. 

L'iconographie, dit M. l'abbé Crosnier, 
est la partie poétique de l'archéologie; de 
môme que le langage ordinaire est souvent 
impuissant pour rendre certains sentiments 
de l'âme, qui est alors obligée de recourir aux 
harmonieuses expressions de la poésie, de 
même aussi l'homme a besoin de la sculp- 
ture et de la peinture pour exprimer ce 
qu'aucune humaine langue ne saurait dire, 
ce que nombre d'individus ne sauraient com- 
prendre sans ce puissant secours. 11 y a long- 
temps qu'on a dit que l'iconographie et la 
poésie sont deux sœurs, habituées à suivre 
la même route, sachant l'une et l'autre écar- 
ter toute entrave : 

Pictoribus atque poetis 
Quidlibet audendi semper fuit œqua potestas. 
Horat. Art. poet. 

L'iconographie chrétienne a pris des dé- 
veloppements si considérables en ces der- 
niers temps, qu'elle est devenue une bran- 
che distincte de l'archéologie sacrée, comme 
la paléographie, la glyptique, la cérami- 
que, etc., étaient autrefois des branches sé- 
parées de l'archéologie générale. Nous ren- 
voyons donc aux traités spéciaux ceux qui 
voudraient avoir des notions étendues sur 
l'iconographie chrétienne. M. Guénebault a 
publié récemment un Dictionnaire iconogra- 
phique fort intéressant, faisant partie de YEn- 
cyclopédie théologique éditée par M. l'abbé 
Migne. Ce Dictionnaire forme un volume 
grand in-8° de plus de 1200 colonnes, où 
l'on peut puiser des renseignements nom- 
breux et sûrs, vu l'érudition de son auteur. 
M. Didron aîné a publié un beau volume 
in-4°, sorti des presses de l'Imprimerie na- 
tionale, sur Y Iconographie chrétienne. Ce vo- 
lume fait partie des Instructions du Comité 
historique des arts et monuments. M. l'abbé 
Crosnier, vicaire général de Mgr l'évêque 
de Nevers, a également publié, en 18i8, un 
volume plein de science, intitulé : Icono- 
graphie chrétienne, ou Elude des sculptu- 
res, peintures, etc., quon rencontre sur les 
monuments religieux du moyen âge, in-8°, à 
Paris, chez Derache, et à Caen, chez Hardel. 
Nous ne donnerons pas ici la Bibliographie de 
l'iconographie; nous avons tenu seulement 
à signaler ces ouvrages, qui sont les plus 
importants existants sur cette matière. 

Pour étudier l'iconographie chrétienne 
sur les monuments eux-mêmes, il faut con- 



sulter : 1° les peintures des Catacombes de 
Home, les sculptures des tombeaux qui en 
proviennent, et qui sont placées depuis long- 
temps dans le musée sacré du Vatican et 
dans divers musées de l'Europe. 

2" Les peintures et les sculptures des an- 
ciennes basiliques de Rome et des églises de 
l'Italie, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de 
la France, de l'Espagne, etc. 

3° Les mosaïques chrétiennes publiées 
parCiampini, Nicolas Alemanni et d'autres 
savants antiquaires. 

k" Les peintures murales des anciennes 
églises, des chapelles, des baptistères, des 
cryptes, qui offrent des figures et des ta- 
bleaux du plus grand intérêt. 

5° Les diptyques, les triptyques, les anciens 
calendriers avec miniatures, ou avec gravures 
en bois, les martyrologes de l'Eglise latine 
et de l'Eglise grecque, les ménologes, etc. 

6" Les Missels, Bréviaires, livres d'Heures, 
Antiphoniers, Graduels, Psautiers, et autres 
livres liturgiques ornés de miniatures. 

7° Les vitraux des églises, ceux des divers 
monuments religieux, tels que salles capi- 
tulâmes, cloîtres, bibliothèques, réfectoires, 
trésors des cathédrales; ceux môme des mo- 
numents civils, tels que hôtels de ville, hos- 
pices, tribunaux, châteaux, etc. 

8" Les sceaux des églises cathédrales, des 
abbayes, des églises collégiales et autres, 
des communes, des villes, des collèges, des 
universités, des corporations d'arts et mé- 
tiers; les monnaies des villes, des royaumes, 
des provinces, qui offrent un grand nombre 
d'images de saints patrons, protecteurs et 
fondateurs. 

9° Les œuvres des vieux maîtres, dont les 
gravures en bois sont toujours si recher- 
chées. 

10° Les Bibles, les Vies des saints, les lé- 
gendes ou fleurs des saints, etc. 

11° Les ouvrages d'orfèvrerie chrétienne, 
les ornements peints ou sculptés, les châs- 
ses, les vases sacrés, les reliquaires, les 
croix, les crosses, les couvertures de livres, 
ornées de sculptures en ivoire ou en mé- 
tal, les couvercles des fonts baptismaux, des 
bénitiers, les lustres, candélabres, osten- 
soirs, retables d'autels et autres objets d'a- 
meublement des églises. 

12' Les émaux sur or, sur argent ou sur 
cuivre ; il existe une grande quantité de piè- 
ces émaillées de toute époque, depuis les 
pièces de Limoges dites byzantines, les plus 
anciennes, jusqu'aux pièces du siècle der- 
nier. 

13° Les ornements en broderies des cha- 
pes, des mitres, des bannières, des éten- 
dards, des confréries religieuses, civiles ou 
militaires, les tapisseries, tentures et autres 
décorations des autels et des murailles. 

IV" Les sculptures des stalles, des orgues, 
desautels, des confessionnaux, des jubés, des 
portes, des clôtures, des murailles intérieu- 
res et extérieures des églises, des cloî- 
tres, etc. 

Yoy. Emblèmes. Nous avons fait précéder 



227 Wi 

cet article d'indications sur plusieurs ouvra- 
ges d'iconographie. 

1CONOLOGIE. — Quelques auteurs ont 
employé le mot iconologie comme synonyme 
<r iconographie. On a couiume cependant 
d'employer la dernière de ces expressions 
pour désigner lasciencedes images, et la pre- 
mière pour la connaissance des signes et des 
attributs de convenlion qui servent à carac- 
tériser les êtres fictifs ou surnaturels. Los 
signes iconologiques sont donc des espèces 
de signes hiéroglyphiques dont le sens ne 
peut être compris que de ceux qui en ont la 
clef. Yoy. Allégorie, Emblème. 

ICONOSTASE. — Le sanctuaire, dans les 
anciennes basiliques chrétiennes, élevé au- 
dessus du sol de toute la basilique, était 
fermé du côté de la nef par une balustrade, 
cancelli. Celle balustrade était surmontée de 
Viconostase, dans l'Eglise grecque. Cette ico- 
nostase ou cloison du sanctuaire, composée 
de colonnes, d'images peintes, etc., s'élève 
sur la balustrade proprement dite, et dérobe 
la vue du sanctuaire, où le regard ne peut 
pénétrer que par les portes. Elle semble 
avoir été remplacée autrefois, et communé- 
ment en Occident, par des tapisseries ou 
voiles suspendus, qui couvraient môme l'en- 
trée jusqu'à ce que les catéchumènes et les 
pénitents fussent congédiés. 

On peut consulter, sur Viconostase des 
Crées, les écrits de Goar, de Sarnelli, et quel- 
ques articles de M. Roberts, publiés dans l'U- 
niversité catholique , en 1839. Allatius en 
parle également, desolea, n 09 13, 14-. 

Plusieurs écrivains ont confondu mal à 
propos Viconostase avec le solea. Celui-ci 
était un large degré qui formait comme un 
lieu de pause, ou un seuil à l'entrée du sanc- 
tuaire. Les fidèles ne pouvaient pas aller au 
delà; c'était comme le terme des pèlerinages 
entrepris pour vénérer les reliques déposées 
sous l'autel. De là l'expression : Ad timina 
apostolorum ou martyrum proficisci, etc. 
Yoy. à ce sujet saint Grégoire de Tours, Mi- 
racul. S. Martini, lib. iv, cap. 14 : Ut basi- 
licœ S. Martini timina oscularetur... efflagi- 
tat...; ante pedes sancti forts sepulcrum, ji- 
lium dévolus exposuit (pater). 

IMAGES. — I. Les images forment une 
partie considérable de la décoration des 
monuments ecclésiastiques. Dès que la doc- 
trine sublime et mystérieuse de la croix eut 
triomphé du paganisme, et qu'il n'y eut 
plus aucun danger pour les nouveaux con- 
vertis de retourner aux superstitions de 
l'idolâtrie et de rendre aux idoles un hon- 
neur dû à Dieu seul, alors l'Eglise permit 
à l'art de la sculpture, jusqu'alors consacré 
au service de l'erreur, de s'exercer à l'hon- 
neur du vrai Dieu et des saints. C'était un 
excellent moyen pour augmenter la piété 
et contribuer à l'instruction des fidèles, en 
mettant sous les yeux la représentation des 
scènes et des mystères principaux de l'Evan- 
gile. Depuis les anciens iconoclastes qui 
brisèrent une grande quantité des sculptu- 
res exécutées dès la naissance de l'Eglise, 



l.MA 



228 



jusqu'aux iconoclastes modernes, inspirés 
par les doctrines de Calvin, qui ont détruit 
ou défiguré les plus curieuses productions 
de l'art, nos églises ont été cependant or- 
nées d'images de tout genre. Les plus gran- 
des églises delà chrétienté montrent encore 
aujourd'hui de magniliques spécimens de 
cet art qui a créé de si belles œuvres, sous 
l'inspiration de la foi, pour reproduire les 
traits les plus remarquables de la vie et de 
la passion de Notre-Seigneur. de la vie des 
saints et des gloires du royaume des cieux. 
Depuis la fin du xn e siècle jusqu'au xv e siè- 
cle, l'art de la sculpture fut très-florissant ; 
les immenses cathédrales catholiques, éle- 
vées durant cette période, furent couvertes 
ou remplies de chefs-d'œuvre et de pro- 
duits de l'art de l'imagier, en tout genre. 
Ces images étaient exécutées avec le plus 
grand soin et suivant les traditions de l'art 
ecclésiastique, pour l'instruction et l'édifi- 
cation des fidèles. A la fin du xv e siècle, un 
changement s'opéra dans la manière d'exé- 
cuter les images sacrées. On abandonna 
trop souvent les antiques traditions ecclé- 
siastiques, pour adopter les profanes nou- 
veautés et môme les réminiscences du pa- 
ganisme. Quelques années plus tard, les 
images n'étaient plus uniquement un moyen 
puissant de propager la vraie doctrine et 
d'encourager à la pratique des vertus, c'é- 
taient des échantillons du savoir des prati- 
ciens et des connaissances anatomiques des 
artistes. On y regrette l'inspiration chré- 
tienne, et la modestie qui convient aux œu- 
vres chastes de l'art catholique. Nous pou- 
vons convenir sans difficulté qu'un des 
grands défauts des artistes du moyen Age a 
été de négliger la connaissance de l'anato- 
mie et des proportions du corps humain ; 
il y a néanmoins quelques-unes de leurs 
œuvres où les plus harmonieuses propor- 
tions sont établies dans l'ensemble et dans 
les détails de la composition. Ce qui n'est 
pas moins remarquable, c'est que leurs ima- 
ges, avec leurs draperies larges, flottantes, 
parfois mal ajustées, avec certaines incor- 
rections de dessin, produisent cependant 
plus d'effet et sont d'une expression plus 
pieuse, que d'autres images plus correcte- 
ment dessinées et plus artistement grou- 
pées. Le but que se proposaient ces artistes 
était principalement de travailler au profit 
de l'avancement spirituel des peuples qui 
devaient regarder leurs œuvres ; ils s'atta- 
chaient spécialement à ce qui leur parais- 
sait plus propre à exciter la dévotion do 
la multitude. Ce serait toutefois s'abuser 
étrangement que de penser que les artistes 
chrétiens du moyen âge ont laissé subsister 
dans leurs œuvres l'incorrection de dessin 
que nous y remarquons, dans une inten- 
tion et dans un but convenu, d'avance. Non, 
ces artistes n'agissaient pas ainsi. 11 faut at- 
tribuer à l'impuissance de l'art et à l'en- 
fance des procédés ces incorrections, aux- 
quelles ils ne pouvaient échapper. N'est-co 
pas là, d'ailleurs, la marche naturelle et né- 
cessaire de l'art? Il y a une époque hiéra- 



220 IMV 

tique dans l'art de chaque grand peuple, et 
elle est caractérisée par un faire plus ou 
inoins barbare, qui montre le génie aux. 
prises avec des dillicultés qu'il est encore 
impuissant à surmonter. Dire que cette in- 
correction est plus favorable à l'expression 
mystique de notre art chrétien , c'est, selon 
nous, professer un trop grand respect pour 
ceux qui ont ouvert la voie à cet art et pour 
leurs œuvres qui sont les prémices de l'ins- 
piration artistique religieuse. La pureté du 
dessin n'est pas incompatible avec l'expres- 
sion religieuse, par une raison toute sim- 
ple, c'est que la beauté n'est que la splen- 
deur du vrai, et que le beau convient néces- 
sairement à toutes les œuvres artistiques 
de la religion catholique. Les compositions 
de nos artistes primitifs seront toujours ad- 
mirées des connaisseurs et des vrais amis 
des arts chrétiens, mais c'est à un autre 
point de vue que celui de la perfection. 
La conclusion à tirer de ces réflexions, c'est 
que les œuvres des artistes de la renais- 
sance sont moins religieuses que celles des 
artistes anciens, non parce qu'elles sont 
mieux dessinées, mais parce que ces artis- 
tes travaillaient sous l'influence d'idées qui 
n'étaient plus les mêmes. Nous sommes in- 
timement convaincus que si les artistes du 
mît siècle, par exemple, vivaient au 
xix c siècle, ils dessineraient autrement leurs 
compositions artistiques qu'ils ne l'ont fait, 
tout en leur laissant le caractère pieux et 
mystique qu'ils ont eu le soin de leur im- 
primer. 

Quant à l'usage des images sacrées, nous 
pouvons l'indiquer de la manière suivante. 
Les images religieuses sont utiles : 1° pour 
l'instruction des peuples ; 2 U pour aider la 
mémoire et fixer les souvenirs; 3° comme 
une confession de la vraie foi ; 4° comme 
une expression de notre amour envers Dieu 
et de notre charité envers le prochain ; 5° 
pour l'imitation des beaux exemples; 6° 
pour l'invocation des saints ; 7° à l'honneur 
du vrai Dieu ; 8° pour réfuter et réprimer 
l'hérésie; 9" pour exciter la dévotion dans 
les fidèles ; 10° pour nous représenter les 
gloires du royaume céleste. Tels sont les 
dix avantages que Sander nous présente 
dans son ouvrage intitulé : De honoraria 
imaginum adoratione, cap. 8. {Voy., à la lin 
de cet article, de l'usage des images sacrées. 

Quant à la proportion qu'il est convena- 
ble de donner aux images religieuses, il y a 
une règle générale qui nous apprend que 
leur dimension ne doit pas dépasser la gran- 
deur des proportions naturelles du corps 
humain. On peut en excepter seulement 
quelques statues qui sont placées dans les 
édifices de manière que la perspective et les 
circonstances de leur position les réduisent 
à l'œil aux proportions communes. Les ima- 
ges qui représentent le Père éternel ou 
Notre-Seigneur ont été quelquefois faites 
plus grandes que les proportions de la na- 
ture numaine, pour marquer symbolique- 
ment leur dignité et leur supériorité. Dans 
les plus anciens tableaux nous voyons quel- 



IMA 



230 



quefois que la dignité des personnages est 
indiquée par la grandeur de la taille. 

Quant à leur position, les images ou sta- 
tues peuvent être placées dans des niches 
ou sous un dais, soit à l'intérieur, en signo 
d honneur, soit à l'extérieur. En plaçant les 
images, il faut encore avoir égard à la di- 
gnité du lieu; c'est ainsi que le côté droit 
est plus digne que le côté gauche. Quand 
on met les images de Notre-Seigneur, de 
saint Pierre et de saint Paul, à un rétabli 
d'aulel, Notre-Seigneur doit être placé au 
centre, saint Pierre du côté de l'évangile, et 
saint Paul du côté de l'épître. Le même 
ordre doit être observé pour le placement 
des statues aux portails principaux des égli- 
ses. Dans la disposition des anges, il ne 
faut point oublier les règles de la hiérarchie 
céleste. 

On peut faire les statues en toute espèce 
de matière, mais surtout en celles dont les 
noms suivent : 1° en or et en argent : on 
trouve mentionnés plusieurs de ces mé- 
taux précieux dans les anciens inventaires ; 
elles étaient alors communément ornées de 
pierres précieuses et d'émaux ; 2° en cuivre 
doré ; 3 U en laiton ou en cuivre jaune ; k" 
en ivoire ; 5° en bois : ces images en bois 
étaient quelquefois recouvertes de vête- 
ments fort riches ; 6° en pierre ou en albâ- 
tre, ou en marbre. C'est ainsi qu'étaient 
faites souvent les statues placées à l'inté- 
rieur des monuments et qui étaient ornées 
de dorures et de peintures. Une image, di- 
saient les anciens, est destinée à représenter 
la réalité : elle doit par conséquent reproduire 
la couleur aussi bien que la forme. On re- 
marque, en effet, des restes de peinture sur 
les plus anciennes statues, et quelques spé- 
cimens sont fort remarquables sous le rep- 
ort de la conservation des couleurs et do 
a magnificence des ornements. Les détails 
de décoration sont communément exécutés 
avec un goût exquis, avec une grande pré- 
cision et un soin particulier pour en assurer 
la durée. Plusieurs des statues les plus an- 
ciennes, et spécialement celles de la sainte 
Vierge, d'après une vieille coutume, étaient 
revêtues, aux jours de grande solennité, de 
robes brodées et d'ajustements d'une ex- 
trême richesse, où le prix de la matière 
était souvent dépassé par la délicatesse et 
le choix des broderies. Ces robes étaient 
souvent admirables ; mais aussi elles tou- 
chaient parfois au ridicule : c'est ce qui a 
fait tomber complètement l'usage ancien. 
Nous avons vu il y a peu d'années, dans la 
belle église de Saint-Quentin, une statue 
admirable en pierre représentant la sainte 
Vierge et couverte de vêtements bizarres. 

H. 

Nous allons donner ici quelques extraits 
d'anciens inventaires concernant les statues. 

Inventaire de la cathédrale de Lincoln. — 
D'abord, une image de notre Sauveur, ar- 
gent et or, appuyée sur six lions, ayant un 
espace à la poitrine pour y placer l'eucha- 
ristie le jeudi saint ; la tête est couronnée 



l 



231 



IVA 



1M.\ 



2~* 



d'un diadème ; elle tient une crois à la 
main ; elle pèse 37 onces. — Item, une grande 
image de Notre-Dame assise dans une 
chaire, en argent et en or, avec quatre sail- 
lies, dont deux sont décorées d'armoiries; 
h statue a une couronne d'argent doré, avec 
des perles et des pierreries; elle tient un 
sceptre en main, surmonté d'Une fleur avec 
des pierres fines et des perles; l'enfant est 
assis sur les genoux de sa mère, avec une 
couronne en tète et un diadème orné de 
pierres et de perles ; il tient en main une 
croix, argent et or, et à ses pieds il y a un 
écusson d'armoiries ; ce don de M. Marston, 
chantre. 

Inventaire de la cathédrale (Y York. — Item, 
images de la sainte Vierge Marie : l'une de 
ces statues d'argent doré est assise dans une 
chaire, et pèse 19 livres ; une autre, en ar- 
gent doré, tenant l'enfant Jésus, avec un sa- 
phir dans sa main, que le semainier porte 
au grand autel quand il y doit célébrer la 
messe ; elle pèse 5 livres et 11 onces. — Item, 
une image de la sainte Vierge en or, pesant 
3 onces et demie, le don de M. Thomas 
Ehden, pour être placée sur l'extrémité 
orientale du tombeau de lord Richard 
Scrope, ancien archevêque d'York. — Item, 
l'image de la sainte Vierge Marie d'argent 
doré, avec l'enfant sur son bras droit et des 
lis dans sa main gauche. — Item, une image 
de saint Paul, avec un livre dans la main 
droite et une épée dans la main gauche.— 
Item, l'image de saint Pierre, argent et or, 
avec les clefs dans sa main droite et un li- 
vre dans sa main gauche. — Item, l'image de 
saint Jean-Baptiste avec l'agneau et la croix. 
— Item, l'Assomption de la bienheureuse 
Vierge Marie, avec des joyaux, placée sur 
quatre colonnes, avec les armoiries de 
Scrope. — Item, l'image de saint Gabriel, avec 
les armes de Scrope par derrière. — Item, l'i- 
mage de sainte Marguerite, argent et or, 
avec une croix dans sa main droite et un 
livre dans sa main gauche, marchant sur un 
dragon vert, qui rampe sur une montagne 
verte, avec un pied en argent doré et les 
armoiries de lord Thomas Rotheram, autre- 
lois archevêque d'York. Ses armoiries sont 
au-dessus du dragon. 

III. 

Les images des saints nous montrent tou- 
jours leur tète entourée du nimbe, parce 
qu'ils ont gagné une couronne incorruptible 
et glorieuse, dans le séjour de la vie et du 
bonheur, suivant la promesse faite par Dieu 
à ceux qui l'ont aimé et servi sur la terre. 
(/ Petr. v, k ; Jacobi i, 2 ; Apoc. n, 10.) 

Dans l'ouvrage intitulé : Historia SS ima- 
ginum par Jean Molanus ou Jean de Meu- 
ien, on trouve de bons renseignements sur 
les images. Cet ouvrage a été enrichi de 
notes. Il a été édité de nouveau par M. l'ab- 
bé Migne, Theologiœ Cursus completus, tom. 
XXV1L Nous allons en placer ici un seul 
extrait, sur le nombre des catholiques qui se 
sont distingués par leur zèle pour défendre 
le dogme orthodoxe relativement aux ima- 



ges et au culte qu'il est permis de leur ren- 
dre. 

« L'Eglise catholique romaine compte, 
parmi ses enfants, de nombreux défenseurs 
de la foi orthodoxe, qui se sont recomman- 
dés au souvenir de la postérité par de sa- 
vants travaux. On compte parmi eux Jean 
Manzur Damascène, ou Jean de Damas, qui 
vécut du temps du pape Grégoire III et écri- 
vit trois livres contre ceux qui, dans la 
Grèce, attaquaient et détruisaient les ima- 
ges : il habitait au milieu des Sarrasins et 
des barbares, dans une ville dépendante 
des Arabes. Ces livres furent traduits en 
latin par Godefroy Tillmann, en 1555. Dans 
un synode hérétique, on s'éleva fortement 
contre l'auteur orthodoxe de ces trois livres : 
« Anathème à Manzur, l'infâme, le saracé- 
nique ; anathème à Manzur, l'iconolâtre et 
ie menteur ; anathème à Manzur, le doc- 
teur d'impiété et l'interprète pervers de la 
sainte Ecriture. » Jean, patriarche de Jéru- 
salem, ajoute, dans la Vie de saint Jean 
Damascène, que l'empereur Léon l'Isaurien, 
irrité de la hardiesse de ce pieux écrivain, 
qui ne craignait pas d'attaquer ses doctrines 
impies, ayant en sa possession des lettres 
autographes de saint Jean, les fit imiter, 
quant à l'écriture parles notaires, et envoya 
à l'émir de Damas ces lettres supposées, 
dans lesquelles il était question de livrer la 
ville par trahison. En recevant ces lettres, 
le prince barbare, furieux, ordonna de couper 
la main droite de saint Jean, sans vouloir 
entendre aucune explication, ni aucune rai- 
son de défense. La main fut donc tranchée, 
cette main qui avait écrit de si admirables 
pages pour la défense des doctrines ortho- 
doxes : elle est couverte de sang, elle qui 
avait si vaillamment tenu la plume pour 
venger la foi catholique. Cette même main 
fut rattachée au poignet et la blessure gué- 
rie miraculeusement, grâce à l'intervention 
divine et a l'intercession de la sainte Vierge, 
à la grande surprise des Sarrasins. Le pro- 
dige s'opéra pendant que le courageux mar- 
tyr priait devant une image de la mère do 
Dieu, et, entre autres prières, prononçait les 
paroles suivantes : Très-sainte mère de Dieu, 
ma maîtresse et ma patronne, cette main a été 
coupée pour avoir défendu les sacrées images. 

« Le peuple italien manifesta fortement 
sa dévotion et son zèle envers les saintes 
images. « Toute l'armée de Ravenne et de 
Venise, dit Paul Diacre (lib. vi, cap. 14-) ré- 
sista unanimement aux ordres de Léon : et 
si le pontife ne s'y était opposé, ils auraient 
élu un autre empereur pour les comman- 
der. » « Jamais, dit Anastase, ils ne consen- 
tiraient à laisser leur pontife subir la mort ; 
ils étaient préparés à combattre vaillam- 
ment pour sa défense. » Quelques lignes 
plus bas, le même écrivain ajoute : « Con- 
naissant la méchanceté de l'empereur, toute 
l'Italie forma le projet d'élire un empereur 
et de le conduire à Constantinople ; mais le 
souverain pontife réussit à faire tomber 
cette résolution, espérant que l'empereur se 
convertirait à de meilleurs sentiments. » 



933 



1M.V 



IMA 



254 



h Pour connaître la piété des habitants do 

la f.aule envers les sacrées images* il suflit 

de consulter les écrits de Wilffïd Strabon, de 

Rébus ecclesiasticis, cap. 8. 

' « 11 serait trop long de nommer tous ceux 

3ui ont subi les horreurs du martyre, pour 
étendre les saintes images, sous tant de 
princes, ou plutôt sous tant «le tyrans cruels, 
qui ont attaqué le culte des images. Il suf- 
fira de consulter le 25 e chapitre du cin- 
quième dialogue d'Alain Copus, pour en 
v;>ir une longue et intéressante énurnéra- 
tion. » 

IV. 
Comme nous l'avons dit précédemment, 
à l'article Iconoclaste, l'Eglise catholique 
-a constamment recommandé le culte des 
saintes images, comme propre à nourrir la 
piété des fidèles. Elle a condamné à plu- 
sieurs reprises et sévèrement l'erreur des 
iconomaques. Nous ne saurions mieux ter- 
miner l'article présent, qu'en citant un pas- 
sage de Bosio relatif à l'usage antique des 
images et le passage du saint concile de 
Trente relatif à (a vénération des sacrées ima- 
ges. 

V. 

Dell' uso antico délie sacre imagini. 
Ora cominciando dall'uso délie imagini, 
certo è che il primo istitutore di esse fu 
l'onnipolente Iddio , quando comando a 
Mosè che facesse l'arca e il propiziatorio 
con due cherubini : e quando ordino al rae- 
desimo che formasse un serpente d'i bronzo, 
e lo ponesse sopra un legno;acciocchè quelli 
ch' erano morsicati da serpenti fossero sa- 
nati guardando a quel segno ed imagine, 
che figura va il Salvator nostro posto in 
croce; corne esso medesimo diehiarô in S. 
Giovanni, dicendo : Sicut Moyses exaltavit 
serpentera in deserto, ita exaltari oportet Fi- 
lium hominis, etc. 

È ben vero, che il re Ezechia con santo 
zeio toise via quel serpente, dopo esser 
conservato 600 anni in circa : perché in 
detto tempo, che vi furono lanti sacerdoti, 
giudici.ere santi ed insigni, il popolo go- 
vernato successivamente da quelli, se ne 
serviva per memoria del benetizio ricevulo; 
e solo per legno, e figura, corne era stato 
ordinato da Dio a Mosè con queste parole : 
« tac serpenlem œneum et ponc eum pro 
signo, etc. » Quando poi l'istesso popolo 
eomincio ad idolatrare, e non tenerlo più 
per segno, ma offerirgli incenso, corne a Dio, 
fu conveniente e necessario che fosse dissi- 
pato, e si togliesse l'occasione di tanto 
maie. Questo dicc S. Agostino nel suo libro 
de Civitatc, lib x, c. 8, e si raccoglie dal 
testo medesimo délia Scrittura; dove descri- 
vendosi il zelo di quel rc in distiugger l'idola- 
tria, si dice : Jpse dissipavit excelsa et con- 
trivil statuas, et succidit tucos, confregitque 
serpentent œneum, quem feccrat Moyses; si- 
quidem usque ad illud tempus (ilii Israël ado- 
libunt ei inemsum, etc. 

Saiomone ancora nel tempio da lui edi- 
hciito pose con particolar misterio moite 

Dir.TioNN. d'Archéologie sacrés. 11. 



imagini di cheiubini, palme, bovi ed altre, 
corne leggiamo nel libro dei Re e nel Parali- 
porneno. 

S. (iermano Constantinopolitano, il quale 
avendo saputo l'ordine di Leone Isaurico 
iconoclasta di abolire l'imagini sacre, lo 
ripresc , mostrandogli l'use antico dello 
dette imagini. 

S. Epifanio Sardicensc disse nel conciiio 
Niceno queste parole : Quod autem cum 
muftis aliis, quœ in Ecclesia observant ur sine. 
Scriptura, nohis imaginum veneratio tradita 
est. 

Non solo poi furono istituite e comandato 
da Dio le sacre imagini, rna gli apostoli me- 
desimi, nel principio délia predicazione 
loro, le ordinarono in un sinodo, che fecero 
in Antiochia, corne afferma Innocentio 1* 
(Innocent. I, epist. 8) nell'epistola che 
scrive ad Alcssandro vescovo : net quai si- 
nodo si legge questo canone : Ne decipian- 
lur salvati ob idola : sed pingant ex opposito 
divinam humanamque manufactam imper- 
mixtam effigicm Dei veri, ac Sahatoris Dnmini 
nostri Jesu Christi, ipsiusque servorum, con- 
tra idola et Judœos : neque errent in idolis, 
nec similes sint Judœis. Il medesimo canone 
si trova citato da Gregorio vescovo di Pessi- 
nunte nel secondo conciiio Niceno, e dell* 
istesso fantio rnenzione Turriano contro 
Magdeburgensi, e Baronio ne i suoi Annali 
( Baron, Ann. tom. I, ann. 57. j 

Negli atti ancora di S. Niceta confessore 
si legge che Eutimio vescovo Sardense , per 
provar il medesimo uso antico délie sacre 
imagini, disse a Leone Armeno, chesimiravi- 
gliava mollo, corne si trovasse persona tanto 
ardita ed arrogante, che volesse opporsi ail' 
adorazione délie sacre imagini, continuata 
nella chiesa dalla venuta del figliuolo di Dio 
in terra, per antica tradizione degli apos- 
toli, e de' martiri, e de'SS. Padri; fin a quel 
tempo, ch'erano scorsi più di ottocento anni. 
Queste sono le sue parole : Audiat impera- 
tor, ex quo tempore Chrislus in terram de- 
scendit usque ad hune diem, per octingentos 
annos et amplius, in ecclesiis, quœ ubicumque 
gentium sunt, Christus ipse depingitur^ et in 
imaginibus adoratur. Et quisnam tam arro- 
gans est, qui audeat tôt annorum traditionem 
a sanctis apostolis, martyribus, ac piis patri- 
bus profectam dissolvere, tel paululum mo~ 
vere t 

S. Giovanni Crisostomo nell' orazione cho 
fecepro Melctio, dice di se stesso,che quando 
leggevaoscriveva, teneva l'imagine di S. Paolo 
avanli di se. 

Àdriano papa nella sua epistola che sciï- 
veva a Carlo Magno (Epist. I) in materia 
délie imagini , afferma che S. Celestino (il 
quale fù nell' anno del Signore W») orno il 
suo cimiterio di figure sacre, dicendo : Iterum 
de sancto tertio conciiio sanctus Cœlcslinus 
papa proprium suum cimitrrium picturis de- 
coravit , etc., intendendo nel suo proprio 
cimiterio quelle di Priscil'a, corne fu detto. 

Conc. Nicacn. u , act. 6, tom I : Epipha*- 
nius ait : Utinam erubescant , cum in pnscos 
Cltristiunorum mores inspiciunt , qui nunc 

8 



&5 ISA 

dici voltttit hoc nomine : sane non damnarent 
picturarum apparat um qtiiab co tempore fuit, 
quo vrœdicctîum est Evangelium : nain ab eo 
lempore qno celebrata est sacrosuncta synodus 
usque au conciliabulum quo hic convenere 
qui contra imagines sanctas steterunt , non 
plusquam septuaqinta anni clapsi sunt. Omni- 
bus autem notum est , illis annis sanctorum 
picturas non fuisse contemptas; omnibus, in- 
guam, notum est. Yerum ab illis temporibus, 
imo, ut vertus loquar, ab apostolorum prœdi- 
cationc exstiterunt, quemadmodum omni loco 
ex earum inspectione in templis sacris doce- 
mttr : id quod et Patres sancti testificantur,et 
historiarum enarratorestradunt; quorum corn- 
vu n( aria ctiam in hune usque diem servant ur. 

VI. 

Conc. Trident., sess. 25, de Venerat. Man- 
dat sancta synodus omnibus episcopis, etc., 
ut juœta cutholicœ et apostolicœ Ecclesiœ 
usum a primœvis Christiance religionis tempo- 
ribus réception , sanctorumque Patrum con- 
sensionem , et sanctorum conciliorum décréta, 
in primis de sanctorum intercessione, invoca- 
lione, reliquiarum honore et legitimo imagi- 
nant usu, fidèles diligenter insiruanl...... 

Imagines porro Christ i , Deiparœ Virginis 
et aliorum sanctorum in templis prœsertim 
habendas et retinendas, eisque débit uni hono- 
rent tt venerationcm impertiendam; non quod 
credutur inesse aliqua in iis divinitas,vel vir- 
tus, propter quam sint colendœ, vel ab eis sit 
utiquid petendum; vel quod fiducia in imagi- 
nibus sit figenda, veluti olim fiebat a gentibus, 
qui in idolis spem suam collocabant ; sed quo- 
niam honor qui eis exhibe! ur refertur ad pro- 
totypa, quœ illœ rcprœsentant ; ita ut per ima- 
gines, quas osculamur, et coram quibus caput 
aperimus , et procumbimus , Christum adore- 
mus , et sanctos , quorum Ma similitudinem 
gerunl, veneremur ; id quod conciliorum, prœ- 
sertim vero secundœ Nicœnœ synodi decretis 
contra imaginum oppugnatores, est sancitum. 

S. Basilio (hom. 20, in xl Martyres) dice 
che i piltori con le figure fanno l'istesso che 
gli oratorï con le parole ; ed ambidue egual- 
mente servono a persuadere l'imitazione e 
muover alla virtù. Nam magnifica in bellis 
gesta et oratorcs sapientissime et pictores 
pulcherrime demonstrant : hi oratione , Mi 
tabulis describentes, atque ornantes, amboque 
plures ad fortitudinem imitandam inducentes. 
Quœ enim sermo historiée per inductionem, 
cadem et pictura tacens per imitationem os- 
lendit. 

S. Giovanni Damasceno (Orat. 1, de Ima- 
gin. ) , neir orazione che fa dell' imagini, 
afferma che le pitture fanno l'istesso etfetto 
che fanno i libri , dicendo cosi : Imagines 
iunt monimenta quœdam. Etenim Milteralis 
hominibus hoc sunt quod litteratis libri; et 
quod auribus oratio est, idem est oculis imago. 

IMAGIERS.— Les imagiers étaient occupés 
à sculpter ou à peindre les images. 

11 y avait deux corporations de faiseurs 
d'images de saints : la première, qui appa- 
remment était la plus distinguée, puisqu'elle 
déclare dans ses statuts qu'elle ne travaille 



ÏM1 



2S6 



que pour l'Eglise, les prin</>=, les chevaliers 
el les hommes riches, sculptait en ivoire, eu 
or et en bois. Outre les ligures des saints, 
elle s'occupait aussi à tailler des manches 
de couteaux et sans doute à les orner de fi- 
gures. Dans la suite , on leur enleva cetW 1 ! 
occupation mondaine pour qu'ils ne fissent 
que des ouvrages sacrés. La seconde corpo- 
ration des faiseurs d'images travaillait plus 
en relief qu'en statuaire; elle dorait, argen- 
tait , ou recouvrait de peinture les objets 
sculptés. Celle-ci fut conservée dans les siè- 
cles suivants, l'autre disparut. 

IMBRICATIONS. — Les imbrication* sont 
des ornements disposés les uns sur les au- 
tres, comme les écailles d'un poisson, il y a 
des imbrications de plusieurs espèces et la 
dénomination en est tirée de la forme des 
ornements, qui sont arrondis, aigus, en ogive, 
en trilobé, etc. 

Au xii 1 siècle, les imbrications sont com- 
munes dans la décoration des monuments 
religieux. Au xin' et au xiv € siècle , on ne 
les rencontre que sur la flèche des clochers 
ou* la py-ramide qui couronne les contreforts. 

IMITATION. — Depuis que l'on travaille 
avec ardeur à la réhabilitation de l'architec- 
ture chrétienne, trop longtemps décriée, or 
a cherché en môme temps à faire revivre 
les anciens procédas de l'art de bAtir. Les 
rares édifices imités de ceux du moyen âge 
sont plus ou moins remarquables, et il est à 
noter qu'ils sont d'autant plus dignes de 
louanges, qu'ils offrent une imitation plus 
parfaite. Les innovations n'ont pas été heu- 
reuses ; et cela se conçoit aisément , lorsqu'on 
se rappelle qu'elles ont été tentées par des 
architectes qui n'éiaient pas entièrement 
débarrassés des préjugés de l'ancienne école 
et qui n'étaient pas suffisamment nourris de 
fortes études sur les monuments du moyen 
âge. Les premiers essais ont été tentés à 
Munich, sous l'impulsion du roi de Bavière. 
Ce sera un honneur pour ce prince et pour 
les artistes qu'il a employés, d'avoir travaillé 
à faire renaître dans notre siècle les styles 
de l'architecture antique , malgré les fautes, 
quelquefois assez lourdes, que la critique 
trouve à y reprendre. Nous commencerons 
notre critique des monuments modernes par 
ceux de la Bavière. Les lignes qui suivent 
soit empruntées à Piel , jeune artiste plein 
de foi et de dévouement , mort sous l'hab t 
des Frères Prêcheurs, d'une mort préma- 
turée. 

Critique des monuments religieux récemment 
construits à Munich. 

Arrêtons-nous en face de la Sainte-Cha- 
pelle; à Munich , on l'appelle la Chapelle 
Byzantine. Eu effet, si l'on vous avait imposé 
l'obligation de la classer sous une dénomi- 
nation quelconque , elle semblerait se rap- 
procher du style byzantin plus que de tout 
autre, bien qu'il n'ait de commun avec cette 
chapelle que la silhouette extérieure de la 
façade seulement: encore faudrait-il retran- 
cher les clochetons qui la décorent ; enfin, 
c'est la Sainte-Chapelle, et nous ne pet. 1 sous 



437 



IMl 



IMI 



ir.s 



pus que l'architecte ait \oulu construira un 
monument byzantin. Non. M. klentz, qui eu 
csl ('auteur, n'a voulu , connue nous le ver- 
rons tout a l'heure, tarifer complètement 
l'architecture d'aucune époque ; il a senti que 
l'architecte devait être créateur, et nous ver- 
rons s'il a réussi. 

Le plan est un parallélogramme allongé, 
divisé dans sa longueur en trois sections par 
des pieds-droits accouplés qui supportent la 
retombée des voûtes de plein cintre des bas- 
côtés, et les deux coupoles de la nef, où sont 
peintes sur un fond d'or, dans la manière des 
églises d'Italie, des scènes de l'Ancien et du 
Nouveau Testament. A l'extérieur, la croix 
qui domine le fronton n'est point le prolon- 
gement des lignes de celui-ci; elle est piquée 
dans des feuilles d'acanthe formant un chou 
d'un goût assez mauvais. Les lignes du fron- 
ton lui-môme forment à leur réunion un 
angle trop obtus pour se rapprocher des fron- 
tons byzantins , et qui lui donnent plutôt la 
proportion d'un fronton romain. Les arceaux 
en saillie au-dessous du profil du fronton, au 
lieu d'être profilés de l'un à l'autre, sont 
arrêtés sur de petits modillons largement 
cannelés; on en retrouve quelques exemples 
dans les constructions du ix c siècle, entre 
autres à l'église de Rosheim , à l'entrée des 
Vosges. Deux de ces modillons se confondent 
dans l'angle de la saillie du pilastre, contre 
lequel s'arrête le fronton; et son profil supé- 
rieur , ressauté , forme l'entablement de ce 
pilastre, qui descend jusqu'à la base de l'édi- 
fice, et dont le socle est ressauté par des li- 
gnes qui se profilent tout autour. Les fenê- 
tres sont de plein cintre; elles sont ornées 
d'unearchivolte en retrait, formée d'une dou- 
cine aplatie et palmée, d'un boudin, d'un 
espace très-large en bossage, d'un bandeau, 
puis d'un talon. Tout cela se profile sur un 
glacis de quarante-cinq degrés à peu près. 
L'archivolte des fenêtres supérieures s'arrête 
sur une architrave ou bandeau rehaussé, 
pour faire place au fronton de la porte d'en- 
trée; il est à peu près semblable au premier. 
La rosace est dans le style qui marque la 
transition du byzantin à l'architecture catho- 
lique. Pour établir la baie des fenêtres au 
milieu d'une partie lisse, l'architecte a placé 
dans la façade deux pilastres en saillie, dans 
lesquels deux colonnes sont engagées, et qui 
indiquent à l'extérieur la position de deux 
colonnes intérieures. Ils ne supportent rien, 
et les profils de leurs chapiteaux vont se 
perdre dans le lisse du mur. Ils sont surmon- 
tés, on ne sait pourquoi, de deux petits cônes 
engagés. Le chambranle de la baie de la 
porte, qui est carrée, est excessivement mai- 
gre et rentrant ; il est surmonté d'un plein 
cintre archivolte, comme les baies des fe- 
nêtres, et retombant sur un quart de colonne 
engagée d'un angle de pilastre, et d'une co- 
lonne engagée d'un quart dans l'angle du 
pilastre du côté de la baie , ce qui forme le 
raccord d'un retrait assez considérable. Les 
moulures de cette archivolte se profilent au- 
tour de deux petits stylobales qui sont à 
droit sur la colonne. Le plein cintre est de 



plus surmonté d'un fronton, garni au milieu 
d'une petite rosace à ronds de compas et 
d'une refoui Hure de fantaisie qui rappellent 
celles de la décadence catholiquo , mais qui 
n'ont jamais pu se rencontrer dans un édi- 
fice byzantin. Les clochetons qui surmontent 
les pilastres où vont s'arrêter les lignes du 
fronton et les lignes des versants des toits 
des has-côtés qui leur sont parallèles, ont 
été, nous l'avouons, quelque chose de nou- 
veau pour nous. Nous n'avons aucun sou- 
venir d'avoir rien rencontré de pareil nulle 
part. C'est une malheureuse innovation de 
l'architecte , dont il eût pu se dispenser, et 
qui ne fait qu'accroître la confusion qui rè- 
gne dans tout l'édifice. 

Résumons. La masse serait byzantine et 
des premières époques , si l'on supprimait 
les clochetons ; comme nous l'avons dit, ils 
sont une création de l'auteur , quant à leur 
ensemble, et une imitation dans les détails. 
Il y ades profils romains, grecs et byzantins, 
et quelques-uns même catholiques. Les ar- 
chivoltes des fenêtres sont de fantaisie; les 
chapiteaux de la porte attestent une légère 
prétention à imiter ceux des colonnes byzan- 
tines ; ceux des colonnes engagées dans les 
pilastres, au contraire, rappellent , par leurs 
tailloirs, leurs volutes et leurs feuillages, des 
compositions delà renaissance romaine. Les 
profils de la base, à leur tour, ressemblent à 
ceux d'un arc de triomphe construit en Es- 
pagne par les Romains. Pour servir de stylo- 
bate à la colonne engagée, les saillies de la 
base sont ressaulées en s'arrondissant, comme 
en agissaient les architectes du xv' siècle. 
Enfin, dans le petit fronton , les parties lais- 
sées lisses par la petite rose sont refouillées 
aussi comme on eût a^i à l'époque dont nous 
venons de parler. 

Maintenant l'œuvre de M. Klentz est-elle 
une création? est-elle l'imitation d'un des 
styles connus de l'architecture passée? est- 
elle la déduction logique d'une synthèse qui 
constitue en puissance une formule propre 
à chacune des exigences de la vie civile ou 
religieuse? Dans les siècles futurs, les archéo- 
logues, en retrouvant un pareil monument 
vide de tous les attributs dont les artistes 
vont l'enrichir, pourraient -ils poser uno 
hypothèse , véntiable par l'analyse des par- 
ties qui le composent, pour en retrouver la 
synthèse, comme on le fait aujourd'hui pour 
les sublimes créations des monuments du 
xui' siècle? Non; rien de tout cela. L'auteur 
a cherché, nous ne dirons pas le beau, l'é- 
cole de Munich n'en est plus là, mais ce qu'on 
nomme le caractère; il a puisé à toutes les 
sources , ramassé les débris de toutes les 
formes dont le christianisme, après son triom- 
phe, a respecté les ruines, afin que l'huma- 
nité pût compléter son histoire; il les a rap- 
prochées les unes des autres, et il a comblé 
les lacunes par des innovations malheureu- 
ses. Nous le répétons, il a agi en architec- 
ture comme d'autres l'ont fait en histoire et 
en philosophie; il a fait un éclectisme mons- 
trueux, nous allions dire un syncrétisme; 
car en architecture la science de la confusion 



239 



IMI 



nu 



2 Kl 



n'est pas faite encore, et, nous «lisons plus, 
elle ne se fera jamais. Toute période archi- 
tecturale qui aura pour point dp départ l'é- 
clectisme ne tardera pas à aboutir à la mons- 
truosité. 

Mais voyons comment M. le professeur 
Gernert a compris le mouvement que nous 
signalons , car enfin les travaux dont nous 
venons de faire l'analyse, et ce qui va suivre, 
prouvent que les professeurs de l'école de 
Munich ont ressenti l'impuissance d'une lan- 
gue païenne pour parler la foi de nos pères. 
Qu'ils y prennent garde! des mots pris dans 
toutes les langues passées n'ont pas plus de 
valeur. Nous ne pouvons savoir jusqu'à quel 
point celte école peut être sensible aux élo- 
ges de M. Saint-Marc Girardin, qui l'a louée 
eu disant : « Elle est éclectique comme nous 
le sommes tous d'un bout de l'Europe à l'au- 
tre. » Qu'elle ne l'oublie pas ; des louanges 
ainsi tournées dans la bouche d'un autre 
écrivain pourraient fort bien passer pour une 
critique spirituelle. 

Revenons à M. Gernert et à l'église Saint- 
Louis. Le roi de Bavière l'a fait bâtir pour 
recevoir le tableau du jugement dernier dont 
M.Cornélius a fait un carton à Rome. Elle 
•est située dans le quartier neuf, a deux pas 
de la Bibliothèque, vis-à-vis de l'établisse- 
ment des Sourds-Muets, deux édifices dont 
la direction est confiée au même architecte. 
Les dispositions de cette église sont plus 
vastes que celles de la Sainte-Chapelle. Le 
.plan n'en est .plus un parallélogramme; la 
croix s'y fait sentir; mais les saillies de la 
croisée sont légères. On peut s'en faire une 
•idée par les plans de quelques édifices reli- 
gieux de l'école florentine. On ne peut douter 
que M. Gernert n'ait cherché à imiter le style 
byzantin, cependant avec une liberté exces- 
sive: ainsi les arcs du porche retombent sur 
deux colonnes et deux pilastres à cinq pans; 
ainsi les fenêtres, en partie, sont garnies de 
meneaux et de nervures qui leur donnent 
•un aspect florentin, au point que l'architecte 
les a replacées presque sans changement 
dans la façade de sa bibliollièque , qui est 
une réminiscence oomplôte de certaines 
constructions de Florence , non-seulement 
par l'aspect extérieur des mâchecoulis, mais 
encore par la disposition intérieure des voû- 
tes et des colonnes qui les supportent. Puis 
vient une frise entaillée depalmettes et d'en- 
trelacs, qui, malgré quelques modifications, 
est inspirée certainement des ornements qui 
couvrent à profusion les murs de l'Alhambra. 
Une grande partie des profils sont une créa- 
tion de fauteur. Néanmoins , malgré l'éclec- 
tisme qui se fait remarquer encore dans celte 
conception, l'ensemble exprimera un carac- 
tère religieux que M. Klentz a vainement 
cherché dans la Sainte-Chapelle. Toute la 
partie postérieure de l'édifice est une bonne 
combinaison des formes chrétiennes ein- 
ployéesavantle xnr siècle. Les arcs-boutants 
des flancs et les piles formant contrefort.qui 
arrêtent leur poussée forment un jeu de li- 
gnes qui ne manque pas de grandeur. Aux 
deux extrémités extérieures de la croisée, 



faites quelques modifications aux détails des 
pilastres où s'arrêtent les lignes des frontons, 
retranchons les fenêtres dont nous avons 
déjà parlé, et vous aurez une imitation assez 
parfaite, de quelques constructions 'catholi- 
ques antérieures à la synthèse. Comme 
M. Klentz, le professeur Gernert a dédaigné 
l'emploi des proportions et des formes dont 
les architectes de l'antiquité revèlissaient 
leurs pensées sur le dogme et le mythe reli- 
gieux qu'ils avaient à exprimer : -plus que 
M. Klentz encore , il a préféré les combinai- 
sons romaines transformées par les artistes 
de la catholicité naissante : mais est-il entré 
dans la route que doit suivre un architecte 
chrétien aujourd'hui? Nous ne le croyons 
pas : en nous résumant, nous dirons les rai- 
sons qui nous font penser ainsi. 

Nous avons critiqué ces deux monuments 
dans l'ordre où leurs auteurs se placent dans 
la réaction qui se fait sentir à Munich contre 
l'architecture grecque et romaine. Gomme 
on l'a vu, M. Klentz n'a pas copié franche- 
ment l'école byzantine , tandis que M. Ger- 
nert a dédaigné complètement tout ce qui 
était antérieur à cette époque. C'est en sui- 
vant cet ordre que nous arrivons à M. Ohl- 
muller, qui, plus hardi que ces messieurs, a 
conçu et exécuté dans un faubourg une église 
dans un style catholique. Malgré lesqualités 
qui distinguent ce monument , il est 'facile 
pour un observateur de remarquer que 
M. Ohlmuller ignore la synthèse catholique, 
ou bien qu'il en dédaigne l'application^ car 
si la majeure partie des formes employées 
par lui sont empruntées aux époques où elle 
a été appliquée, nous sommes portés à croire 
que la nature des matériaux (la terre cuite) 
qu'il emploie ne lui ayant pas permis une 
grande variété de combinaisons , il a opté 
pour les plus simples et s'y est maintenu. 
En effet, les grands frais de moulage qui en 
seraient résultés eussent été incompatibles 
avec l'économie qui paraît lui avoir été im- 
posée. Ce qui le prouve, c'est qu'on évite les 
sculptures; on les remplace à l'intérieur par 
des pâtes aux chapiteaux des faisceaux de 
colonnes qui supportent la retombée des 
ogives des voûtes. Du reste, quand il a pu 
vaincre ces obstacles, il a rompu l'unité de 
style , comme il l'a fait dans les sculptures 
de différentes parties des portails latéraux 
dont quelques détails sont conçus tout à fait 
dans le goût de la décadence, comme il l'a 
fait encore au chevet dans les voûtes du 
pourtour de l'abside. Au lieu de réunir et 
de perdre les nervures des membres de ces 
voûtes sous la clef, il les a fait saillir au delà, 
et couper court à G pouces , comme nous 
l'avons remarqué dans le portail de Saint- 
Laurent de Strasbourg. M. Olilmuller, comme 
les autres, a fait une imitation d'abord et de 
l'éclectisme ensuite, restreint dans une pé- 
riode architecturale moins longue, il est vrai; 
encore a-t-il confondu. Ce n'est pas ignorance 
archéologique chez lui : il y a été poussé par 
la nécessité de Yà posteriori où il s'est placé 
en architecture. ( Piei. , Voyage en Allema- 
gne, 1836.) 



!il 



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21i 



IMPLUVIUM —Dans tes habitations des 
anciens Romains, on appelait impluvium la 
place au milieu (te la cour <]ui était à décou- 
vert, et par conséquent exposée à la pluie. 

IMPOSTE. — Le mot imposte vient d'un 
mot de la basse latinité, impostare , qui si- 
gnifie reposer sur. On désigne sous ce nom 
l'ensemble des moumres qui couronnent le 
pied-droit d'une arcade et lui servent, en 
quelque sorte, de chapiteau. On donne en- 
core ce nom au sommet dormant d'une fenê- 
tre, ou à une petite fenêtre pratiquée au- 
dessus d'une porte. 

Ce n'est que dans l'architecture a plein 
cintre qu'il existe des impostes proprement 
dites; elles sont ordinairement formées par 
la continuation du tailloir des chapiteaux 
appartenant aux colonnes engagées dans les 
pieds-droits. 

On appelle imposte cintrée celle qui cou- 
ronne un pied-droit , et retourne en archi- 
volte, suivant le contour de la douelle d'une 
arcade, ou qui couronne un mur circulaire, 
comme une niche, la tour d'un dôme, etc.; 
imposte coupée, celle qui est interrompue par 
des colonnes ou des pilastres, dont elle excède 
le nu. On appelle imposte mutilée, celle dont 
on a diminué la saillie. 

1ISCERTUM OPUS.— Vitruve désigne sous 
le nom dlncertum opus un appareil ou une 
manière de bâtir qui consistait dans l'emploi 
de petits moellons liés avec du mortier. 
Yoy. Appareil. 

INCRUSTATION, — On appelle incruste* 
tion toute sorte d'ouvrage d'architecture, de 
sculpture ou d'ornementation, en quelque 
matière que ce soit, qui consiste à introduire 
dans un corps quelconque, une autre subs- 
tance qui est fixée dans des inlailles prati- 
quées exprès. Voy. Damasqlinlre et Nielle. 
On connaît des exemples dlincrustations de 
divers genres dans les monuments du moyen 
âge. On a quelquefois incrusté des yeux 
è maillés ou simplement de verre coloré 
dans les yeux de statues en pierre. Par fois 
encore on.a incrusté des pierres de couleur 
ou. des pâtes propres à durcir à l'air dans les 
petits ornements-, tels que galons, brode- 
ries, etc., de ces mêmes statues. Les pierres 
tombales, gravées avec soin, ont souvent été 
incrustées de cuivre, de plomb, ou de mas- 
tics colorés. On y incrustait parfois , aux 
figures , les mains et le visage en marbre 
blanc. Ces incrustations n'ont pas toujours 
résisté au frottement des pieds, et beaucoup 
de pierres tombales , ainsi incrustées, sont 
actuellement fort dégradées. 

1NFULE. — On donnait autrefois le nom 
d' in fuies aux ornements des pontifes. Festus 
dit que les infuies étaient des filaments de 
bine, des franges de laine dont on ornait les 
prêtres et les. victimes, et même les temples. 
Plusieurs confondent les infuies avec Ift mi- 
tre, la tiare ou le bonnet orné que portaient 
les prêtres. 11 y avait cependant beaucoup de 
différence. ISinfule était proprement une 
bandelette , ou bande de laine blanche qui 
courrait la partie de la tète où il v a des che- 



veux jusqu'aux tempes, et de laquelle tom- 
baient de chaque coté deux cordons ,rittœ, 
pour la lier , ce qui fait que l'on confond 
souvent le mot vittœ, cordons , avec le mot 
infulœ. 

V infuie était aux prêtres ce qu'était le 
diadème aux rois, la marque de leur dignité 
et de leur autorité. La différence entre le 
diadème et l'infule est que le diadème était 
plat et large, et l'infule était entortillée et 
ronde. 

Dans les auteurs ecclésiastiques, en donne 
quelquefois le nom d'in fuies à l'habit des 
évêques et des prêtres qui se nomme pro- 
prement chasuble. On peut voir ce que 
Du Cange dit à ce sujet au mot inflla. 

INFUNDIBULIFORME. — Chapiteau en 
forme d'entonnoir. Voy. Chapiteau. 

INHUMATION. — Autrefois on fit beau- 
coup d'inhumations dans l'intérieur des égli- 
ses; les autres se faisaient autour de l'église, 
car les cimetières alors entouraient com- 
munément les édifices consacrés parle culte. 
Cette coutume était inspirée par les idées 
chrétiennes. Il était, en effet, conso.lant pour 
la foi de voir les restes de ses proches, de 
ses amis, de ceux que l'on-alfectionnait le 
plus vivement ici-bas ,. reposer dans un lieu 
béni par la religion , et protégé par tout ce 
que les hommes ont accoutumé de respecter 
sur la terre. De là, les pierres tombales, les 
dalles funéraires ,. les cuivres funèbres , les 
simples pierres avec des signes rustiques, 
les. tombeaux somptueux qui se trouvent 
encore en si grand nombre- dans nos vieilles 
églises , malgré des siècles de mutilations et 
de destruction. 

On a invoqué toute espèce de raisons con- 
tre l'usage d'inhumer les morts dans les 
églises ou dans le voisinage des églises. La 
philosophie-moderne, c'est-à-dire cette fausse 
sagesse du monde , qui s'est montrée cons- 
tamment l'ennemie de la religion, a prétendu 
que les lieux de sépulture inspiraient une 
horreur qui ne devait pas s'étendre sur une 
église , et que les inhumations ainsi prati- 
quées étaient nuisibles à la salubrité publi- 
que. Combien de déclamations ont été débi- 
tées à ce sujet et sur tous les tons 1 Quand 
la science moderne a été consultée sur cet 
objet , à l'occasion de certaines épidémies 
qui ont exercé leurs ravages dans nos cités 
les plus populeuses, sans que l'art de guérir 
ait pu en percer les mystérieuses influences, 
elle n'a pas osé soutenir les paradoxes si 
affirmât ils des prétendus, philanthropes du 
siècle dernier et des premières années do 
notre xix c siècle. 

Les inhumations à l'intérieur des églises, 
faites avec précaution et avec des conditions 
qui ont été constamment observées , même 
aux époques que notre orgueil a traitées de 
barbares, ne peuvent être la cause d'aucun 
accident, et elles sont la source de plusieurs 
avantages, au point de vue religieux. La va- 
nité des grands, auxquels on érigeait de su- 
perbes mausolées , a été aussi un thème 
sur lequel on a répété , en mille variations, 



Îi3 



1NS 



l.\ S 



244 



do sottes attaques contre l'Kgtise. Qu'est-ce 
que cela prouve? Rien, sinon que la jalousie 
et l<i basse envie trouveront toujours às'exer- 
cerdequelque manière queeesoit. Lesensei- 
gnemeits de la mort et la suprême égalité 
de la tombe en sont -ils moins éloquents 
parce que le marbre , au lieu d'une simple 
pierre , recouvre les cendres d'un homme? 
Non. 11 semble au contraire que la leçon soit 
plus frappante encore par la comparaisonque 
l'esprit lait naturellement entre la brièveté 
delà vie , le néant des choses d'ici-bas , la 
faiblesse de la puissance humaine , et les 
monuments qui semblent vouloir éterniser 
ces choses périssables , passagères, fugitives 1 
Voy. Tombeau, Pierres tombales, Enkeu. 

INSCRIPTIONS MURALES. — Une inscrip- 
tion est un récit succinct qui fait connaître 
un événement mémorable ou un personnage 
illustre, ou une action honorable digne de 
passer à la postérité, ou enfin un acte relatif 
a la fortune ou à l'intérêt d'un royaume, 
d'une province, d'une famille ou d'un éta- 
blissement. Certaines inscriptions ont eu 
quelquefois seulement pour but de faire 
naître de graves pensées dans l'Ame de ceux 
qui entraient dans les édifices consacrés à 
un culte religieux. Tous les peuples ont em- 
ployé les inscriptions dans cette louable 
intention; mais jamais on n'en fit un plus 
grand usage que dans plusieurs édifices du 
moyen âge. 

Les inscriptions vraiment monumentales 
furent ordinairement gravées sur le marbre, 
sur le bronze, ou sur une pierre d'une na- 
ture propre à résister aux injures de l'air et 
du temps. Primitivement on se contentait de 
placer les unes sur les autres de grosses 
pierres pour conserver la mémoire des évé- 
nements remarquables. Dans la Genèse, on 
trouve très-souvent mentionnés des pierres 
ou des monceaux de pierres de cette nature. 
On comprit bientôt que des pierres brutes 
n'étaient pas suffisantes, à l'aide de la tradi- 
tion, qui peut s'altérer ou s'elfacer quelque- 
fois, pour transmettre un fidèle souvenir des 
événements dont il importait de garder la 
mémoire. Les Egyptiens y tracèrent des si- 
gnes hiéroglyphiques ou des inscriptions 
dans une langue longtemps inconnue pour 
nous, mais ressuscitée, pour ainsi dire, par 
la Providence, dans ces derniers temps pour 
la défense de nos livres saints. Les Assyriens 

f»ratiquaient la même chose et couvraient 
eurs éditices d'inscriptions cunéiformes, que 
recouvre encore un mystère qui tend chaque 
jour à s'éclaircir , surtout depuis les éton- 
nantes découvertes de M. Botta et do M. La- 
yard. Les Grecs, les Latins, tous les peuples 
en un mot furent conduits par les mêmes 
raisons à adopter la même pratique. 

On comprend aisément de quelle impor- 
tance historique sont les inscriptions monu- 
mentales. Ce sont des documents propres à 
jeter la pi us vive lumière sur les graves évé- 
nements qui ont exercé tant d'influence sur 
le monde. Aussi a-t-on entrepris de grands 
travaux pour les recueillir fidèlement , les 
restituer, les traduire ou les interpréter. 



Il n'entre pas dans le plan de ce Diction- 
naire de rendre compte tles éludes faites par 
les érudits sur les inscriptions égyptiennes, 
phéniciennes, persépolitaines , assyriennes, 
grecques et latines, etc. Ce que nous ne de- 
vons pas omettre de dire, c'est que la con- 
naissance des inscriptions antiques a été 
féconde en renseignements de tout genre. 
La religion chrétienne y a gagné , quant à 
certains points de la Bible en rapport avec 
les antiquités de l'Egypte et de l'Asie , des 
éclaircissements qui l'ont vengée des attaques 
des prétendus philosophes modernes. 

Les inscriptions chrétiennes proprement 
dites commencent aux catacombes de Rome 
et se continuent a travers le moyen âge. 
Beaucoup de ces inscriptions primitives, 
gravées dans les cimetières souterrains de 
Rome par la main des premiers chrétiens ou 
de leurs successeurs immédiats, ont été re- 
levées avec le plus grand soin et publiées 
par les antiquaires romains, tels que Bosio, 
Arringhi, etc. Nous en avons parlé assez lon- 
guement à l'article Catacombes (Voy. ce mot). 
Un artiste et un antiquaire distingué, 
M. Perret , a recueilli récemment a Rome 
une immense quantité d'inscriptions inédites 
des premiers temps du christianisme, en 
môme temps qu'il a dessiné ou fait dessiner 
par M. Savinien Petit un grand nombre de 
monuments du plus haut intérêt pour l'his- 
toire de l'origine et des développements des 
arts chrétiens. Cette admirable collection 
sera publiée, sans doute , aux frais du gou- 
vernement français. Une allocation a été 
demandée à l'Assemblée Législative, à cette 
tin (mai 1851). par M. le ministre de l'inté- 
rieur. Nous placerons ici quelques extraits 
du Rapport présenté à l'Assemblée. Us don- 
neront une juste idée du beau travail de 
M. Perret, et eu môme temps ils feront bien 
apprécier à nos lecteurs l'importance des 
inscriptions , des peintures et autres objets 
antiques retrouvés dans les entrailles de la 
Rome souterraine. Nous sommes heureux 
de voir l'érudition et l'art , entre des mains 
f, ançaises , concourir si efticacement à la 
réhabilitation des arts chrétiens et à la glo- 
rification de l'Eglise. Faire connaître les œu- 
vres de l'Eglise , à quelque époque que ce 
soit, n'est-ce pas toujours faire l'apologie do 
l'Eglise et la venger des attaques du protes- 
tantisme? Les réformateurs du xvr siècle et 
leurs héritiers peuvent-ils regarder ces té- 
moins de nos croyances catholiques, toujours 
invariables, toujours les mômes, et persévérer 
dans leurs déclamations contre les prétendues 
innovations de l'Eglise catholique romaine? 
Bénissons de nouveau la divine Providence 
qui prend soin de mettre en évidence de 
pi us en plus la sainteté et la pureté de la 
doctrine de l'Eglise fondée; par Jésus-Christ, 
et la gardienne incorruptible des enseigne- 
ments divins et de la tradition apostolique. 
Voici les extraits du Rapport de M. le mi- 
nistre de l'intérieur : 

« Un artiste français, M. Perret, architecte 
et peintre de talent, s'est spécialement livré, 
en Italie, à l'étude des monuments des pre- 



tu 



INS 



miers siècles de l'ère chrétienne. Ceux de 
ces monuments. qui estaient dans les collec- 
tions romaines, et particulièrement dans le 
Musée du Vatican, et qui jusqu'alors avaient 
été seuls étudiés et reproduits, n'ont été que 
le point de départ des travaux do M. Perret. 
I! a voulu en quelque sorte remonter aux 
origines de cet art si longtemps négligé, et, 
pendant cinq années, confiné dans les cata- 
combes romaines, il a exploré dans tous les 
sens cette cité souterraine qui s'étend sous 
la ville antique : il en a copié les [teintures 
et les inscriptions, et partout il a signalé son 
passage par de nombreuses et importantes 
découvertes. 

« De retour en France, et après avoir mis 
en ordre ses précieux documents, M. Perret 
•'•prouve le désir légitime de livrera la pu- 
blicité les richesses qu'il a recueillies. Dans 
ce but, il a sollicité du ministère de l'inté- 
rieur une aide indispensable pour conduire 
à bonne tin son importante entreprise, et qui 
sans doute lui serait bien légitimement due; 
mais les matériaux réunis sont si nombreux 
que leur publication doit occasionner des 
Irais considérables , dépassant de beaucoup 
les ressources ordinaires du crédit des sous- 
criptions. 

« Le principal mérite de l'ouvrage de 
M. Perret consiste non-seulement dans la 
multiplicité, mais surtout dans la nouveauté 
des documents recueillis, et dans la lumière 
singulière qu'ils apportent sur les origines 
de l'art chrétien et sur l'authenticité d'un 
grand nombre de monuments dont la date 
est désormais certaine. 

« Ces monuments abondent dans les cata- 
combes romaines, dont ils composent, en 
quelques sorte, exclusivement la décoration. 
En etfet , ces vastes souterrains servirent, 
dans les premiers siècles du christianisme, 
de refuge aux fidèles persécutés, de lieu sa- 
cré pour la célébration des saints mystères, 
et de dépôt pour les sépultures des confes- 
seurs de la foi. Plus tard, quand la religion 
nouvelle eut triomphé , quand les chrétiens 
purent pratiquer leur culte en public , les 
catacombes restèrent des cimetières consa- 
crés, et la piété des papes et des fidèles se 
plut à les enrichir de monuments et de pein- 
tures où l'histoire de l'art chrétien se trouve 
comme reproduite, époque par époque, pen- 
dant une longue suite de siècles. 

& Jusqu'ici r les catacombes n'avaient été 
qu'imparfaitement étudiées. Quelques ou- 
vragesavaient donné des spécimens curieux, 
mais peu exacts, des monuments qu'elles 
renferment ; les lacunes que présentent ces 
publications , et leur système de traduction 
infidèle, s'expliquent par leur date. Le tra- 
vail de Jiottari e*>t de 1737, et les recueils de 
ttosio et de Arringhi datent de 1032 et 1051. 
Les seules planches moins imparfaitement 
représentées se trouvent dans l'ouvrage de 
Séroux d'Agincourt ; mais elles sont en petit 
nombre et de dimensions trop réduites pour 
donner une idée exacte des monuments 
qu'elles reproduisent. 



I.VS *l<i 

« C'est à la restitution de cette partie do 
l'histoire de l'art, si inexactement présentée 
jusqu'ici, qu'elle était pour ainsi dire incon- 
nue, que M. Perret a consacré cinq années 
de son existence. Dans la patiente et minu- 
tieuse exploration de plus de soixante cata- 
combes, (iui présentent un parcours de près 
de trois cents lieues, il a recueilli une foule 
de monuments, de dates certaines , qui lui 
ont permis de rattacher l'art antique à l'art mo- 
derne, et d'éclaircir même certains points de 
l'histoire du christianisme. Eu outre, et tou- 
jours à ce double point de vue de l'art et du 
culte, il a pu établir d'une manière plus sûre 
les origines des images traditionnelles du 
Christ , de la Vierge , des apôtres , et d'un 
grand nombre de saints personnages. 

« Ainsi, par exemple, dans les catacombes 
de Sainte-Calixte, sur la voie Appieune, il a 
découvert les plus anciennes peintures con- 
nues où soient figurées les images du Christ, 
et retraçant des sujets de l'Ancien et du 
Nouveau Testament. Ces peintures , qui re- 
montent aux r r et ir siècles , seront repro- 
duites par cinquante-huit planches de l'ou- 
vrage de M. Perret. Le paganisme expirant 
et la religion nouvelle s'y combinent singu- 
lièrement et indiquent aussi clairement que 
possible la transition. Ainsi les sujets sont 
Lien pris dans l'Ancien et le Nouveau Testa- 
ment, mais la distribution des groupes , les 
accessoires, et en général l'aspect et tout co 
qui tient au mode d'exécution , appartien- 
nent à l'art païen encore florissant. Le chris- 
tianisme fournit le fond , le paganisme la 
forme. De siècle en siècle, et à mesure que 
le christianisme gagne du terrain, cette forme 
se modifie; l'art nouveau cherche et trouve 
un nouveau mode de représentation. II ne 
se borne plus à penser, il exprime avec un 
langage qui lui est propre. 

« Les découvertes faites aux. catacombes de 
Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane, dont 
les peintures paraissent remonter aux 11 e et 
m* siècles, ne sont pas moins intéressantes. 
Au nombre des cinquante-sept sujets re- 
cueillis par M. Perret , on remarque Adam et 
Eve, Tobie et l'ange, Hérode et les Mages, 
le Paralytique. 

« Aux catacombes de Sainte-Cyriaque, sur 
la voie Tiburtine, M. Perret a découvert une 
curieuse image de la Vierge, et peut-être les 
plus anciens portraits que l'on connaisse de 
sainte Cécile, de sainte Cyriaque et de sainte 
Catherine. Ces peintures datent des m* et iv c 
siècles. A Sainte-Priscille , à Sainte-Sixte, à 
Sainte -Praxède et dans un grand nomtre 
d'autres catacombes, les recherches de M. Per- 
ret n'ont pas eu de moins heureux résultats; 
il y a retrouvé plus de quatre-vingt-trois 
sujets, la plupart relatifs aux origines du 
christianisme. 

« Mais les plus intéressantes de ces dé- 
couvertes sont celles que M. Perret a faites 
lors de l'ouverture, opérée sous sa direction, 
du célèbre puits de la Platonia, qui servit 
de tombeaU , pendant un certain temps, à 
saint Pierre et à saint Paul, que le pape Da- 



247 



INS 



1\S 



248 



mase fit orner de peintures à fresque en 305, 
et qui, depuis cette époque, était resté fermé. 
Ces fresques représentent Notre-Seigneur et 
les apôtres. 

« Quant aux nombreux modèles de vases 
et de larapes,»les peintures sur verre et les 
inscriptions recueillies en fac-similé, au nom- 
bre de cinq cents , par M. Perret, sont des 
quatre premiers siècles du christianisme. 

a Ce simple exposé doit vous convaincre, 
messieurs les représentants , de l'extrême 
importance de l'œuvre de M. Perret. Nous 
devons ajouter que ce travail acquiert un 
grand prix par la fidélité scrupuleuse que 
l'auteur a apportée dans la reproduction de 
ces œuvres naïves des premiers temps de l'art 
chrétien. Les peintures ont été calquées, les 
monuments mesurés, les inscriptions prises 
en fac-similé, elles portefeuillesde M. Perret, 
qui se composent aujourd'hui de 360 études 
in-folio, présentent 1 Sifresques, 65 morceaux 
divers, 20 peintures sur verre, 26 études de 
vases, lampes, ornements , etc. , et 95 plan- 
ches épigraphiques, olfrant plus de 400 ins- 
criptions. 

« Vous voyez, messieurs les représentants, 
de quelle importance serait pour l'art et pour 
l'archéologie la publication de Rome souter- 
raine de M. Perret. 

« La commission des monuments histori- 
ques, à laquelle cet artiste a soumis l'en- 
semble de son travail , en a reconnu sur-le- 
cbamp le singulier mérite, et elle a témoigné, 
à l'unanimité, qu'elle attacherait le plus vif 
intérêt à la publication d'une œuvre vraiment 
unique. » 

IL 

Les inscriptions de l'époque gallo-romaine 
intéressent spécialement notre histoire. Pour 
en faciliter l'intelligence, nous avons donné 
les abréviations qu'on y rencontre , avec 
leur interprétation, à l'article Gallo-Romain 
(Y ou. ce mot). 

m. 

Il serait difficile de faire connaître les di- 
verses variations de la paléographie murale 
au moyen âge sans entrer dans des détails 
qui appartiennent en propre à la diplomati- 
que. Nous renvoyons au Dictionnaire de Di- 
plomatique chrétienne, par M. Quantin, publié 
par M. l'abbé Migne. Nous ferons ici quel- 
ques observations seulement. De l'époque 
Romano-byzantine primordiale on possède 
un petit nombre d'inscriptions. Elles se trou- 
vent grevées sur marbre et sur pierre et sont 
déposées dans les Musées. Une des plus pré- 
cieuses , sans contredit , est l'inscription 
grecque trouvée à Autun par M. l'abbé Pitra, 
dans le cimetière des chrétiens. Elle a été 
publiée dans les Annales de Philosophie chré- 
tienne et a donné matière à d'intéressantes 
dissertations. M. de Caumont a publié dans 
le Bulletin monumental plusieurs inscriptions 
chrétiennes latines des Musées de Trêves et 
de Lyon. Voici une inscription curieuse, 



quoique d'une latinité barbare, qui se trouve 
dans le Musée de Lyon. Nous la reprodui- 
sons en caractères ordinaires , tout en cou- 
servant l'orthographe et les fautes de lan- 
gage. 

IN HOC TVMOLO 
REQYIISC1T RONAE 
MEMORIAL ROMANVS 
PHESRITEK QVI V1XIT 
IN PACE ANN1S LXIII 
OBI1T NONVM K. FEB 
RARIAS. 

A une certaine époque , chaque ligne est 
comprise entre deux raies horizontales tra- 
cées dans la pierre et dont l'écartement dé- 
termine la hauteur des caractères. Cet usage, 
remonte au moins au vu' siècle , d'après les 
Bénédictins; mais on ne saurait affirmer que 
tous les graveurs aient employé constam- 
ment ce moyen de se guider, ni qu'ils aient 
commencé en même temps à s'en servir. 

Notons que les caractères ou lettres em- 
ployés dans les inscriptions murales n'ont 
pas subi les mêmes changements et n'onl 
pas suivi les mêmes modifications que ceux 
employés dans l'écriture ordinaire sur vélin 
ou papier. Dans la paléographie monumen- 
tale, on s'est servi à peu près exclusivement 
de lettres capitales, tandis que dans l'écri- 
ture commune on s'est servi de minuscules 
et d'abréviations. Comme les capitales ont 
peu varié jusque vers le commencement du 
xm e siècle, on conçoit qu'il est quelquefois 
assez difficile de déterminer d'une manière 
positive lâge d'une inscription , d'après la 
forme seule des lettres. Il y a néanmoins 

3uelques indices qui peuvent guider les éru- 
its ; mais ces indices sont fugitifs, et il n'y 
a que ceux qui ont eu l'occasion de voir une 
grande quantité d'inscriptions murales qui 
puissent en user avec quelque sécurité. Beau- 
coup d'inscriptions murales du xi e siècle 
n'offrent rien qui les puisse distinguer d'une 
époque plus ancienne: elles sont générale- 
ment faciles à lire, malgré l'emploi des lettres 
liées et des abréviations. 

Au xir siècle, surtout durant la seconde 
moitié à mesure que l'on approche du xiu é 
siècle, quelques lettres se modifient, la formu 
générale des capitales éprouve des change- 
ments, elles se resserrent, s'allongent de bas 
en haut; on distingue le travail de transfor- 
mation qui s'opère dans l'écriture murale 
comme dans l'architecture elle-même. Ainsi, 
dans l'H et dans l'N, le second jambage s'é- 
tend au-dessous de la ligne et se termine par 
un crochet : l'U semble formé d'un I et d'un 
S. Le T prend la forme d'un C surmonté 
d'une barre horizontale. 

Au xm e siècle, plusieurs lettres subissent 
des modifications assez considérables. Il se- 
rait difficile de les indiquer. Nous placerons 
ici le fac-similé suivant d'une inscription de 
la fin du xiii e siècle: 



2J9 



LNS 



LNS 



£L0 



/DT]0 DOfflini 
©ILL6(SlQ}0-WGenCflS©0 
OQd06G>S[I©0 1)01)0 



Les capitales employées pour les sceaux 
ont absolument la même forme que celles 
♦les inscriptions murales. L'écriture cursive 
n'a été employée au xnr siècle , que pour 
les manuscrits , excepté dans les cas très- 
rares. 

Les inscriptions murales du xv' siècle 
sont assez difficiles à lire. On se sert de l'é- 
criture cursive très-souvent et les lettres sont 
fréquemment dénaturées et si allongées qu'on 
a peine à les reconnaître. Jl en est de même 
du xvi c siècle. C'est, peut-être . à cette der- 
nière époque que les inscriptions et les 
manuscrits sont les plus difficiles à dé- 
chiffrer. 

IV. 

Quant aux inscriptions elles-mêmes qui 
décoraient les édifices sacrés, elles étaient si 
nombreuses et si longues, dans certains cas, 
qu'il serait presque impossible de les rappor- 
ter. Nous renvoyons à l'article Eglise , où 
nous avons mis de curieux extraits des ou- 
vrages de saint Paulin de Noie. On y voit 
plusieurs inscriptions en vers latins qu'il 
avait composées lui-même pour être placées 
en différents endroits de la basilique qu'il 
avait fait bâtir en l'honneur de saint 
Félix. 

Nous rapporterons encore à ce sujet le trait 
suivant, avec une inscription antique tra- 
duite du latin en français, par un auteur du 
siècle dernier. 

Saint Paulin, écrivant à saint Sévère, se 
plaint de ce qu'il l'avait fait peindre dans le 
baptistère de sa nouvelle église, vis-à-vis 
du portrait de s.ùnt Martin. « Vous avez, 
lui dit-il, diminué et peut-être perdu entiè- 
rement le mérite de vos illustres travaux, et 
profané, ce semble, un lieu saint en y met- 
tant le portrait d'un grand pécheur. » Il 
ajoute néanmoins que cette conduite est 
prudente et judicieuse, en ce que les nou- 
veaux baptisés voyant son portrait, connaî- 
traient l'obligation qu'ils ont de faire péni- 
tence ; et quen jetant les yeux sur celui de 
saint Martin, ils verraient un modèle par- 
lait de sainteté qu'ils doivent copier. 11 lui 



marque ensuite qu'il lui a envoyé suivant 
ses ordres, des vers sur les deux figures 
qu'il avait fait peindre dans son baptistère, 
le laissant le maître de s'en servir s'il le ju- 
geait à propos. Voici les seconds : 

Riche des biens du ciel, el pauvre pour lui-même. 
Sévère a décoré ces saints fonls de baptême ; 
Où Thomme de la mort à la vie appelé, 
Au Seigneur par les eaux se voit renouvelé. 
11 a peint en ce lieu deux différants modèles, 
Qui peuvent tour à tour instruire les lidèles : 
L'un du grand saint Martin est l'auguste portrait, 
Et l'autre de Paulin a jusqu'au moindre irait. 
L'un saint el couronné des mains de la Victoire, 
Elève l'innocent au comble de la gloire ; 
L'autre enseigne aux pécheurs, en donnant ce qu'il euf, 
A ne rien estimer autant que son salut. 



Saint Sévère avait fait lui-même des vers 
pour mettre au-dessus de ces deux peintu- 
res ; et saint Paulin ne consent d'y voir les 
siens qu'à condition que ceux de saint Sé- 
vère y demeureraient, afin, dit-il, qu'ils pa- 
raissent comme des pierres précieuses en 
comparaison de ceux que j'ai faits. Il lui 
envoya en même temps d'autres vers pour 
l'ornementdesesdeux églises; et d'autres en- 
core en l'honneur de saint Clair, patron d'une 
des deux. Il y joignit ceux qu'il avait faits 
pour les églises de Noie et de Fomly. Voici 
comme il décrit la première de ces 
deux églises, qui était dédiée à la gloire 
de Dieu , sous le titre et l'invocation de 
saint Félix. 

La face n'en était point tournée comme le 
sont ordinairement celles des autres églises, 
du coté de l'orient; mais elle était tournée 
vers le tombeau de saint Félix. File "avait 
trois voûtes, une haute et deux basses. On 
préparait sous la basse, qui était à droite, 
les choses nécessaires au divin sacrifice ; et 
lorsqu'il était achevé, les ministres se reli- 
tiraient avec le prêtre sous celle qui était à 
gauche, pour y pendre leurs actions de gr.l- 
ces ety faire leurs prières; Comme l'autel était 
placé au milieu de ces trois voûtes, saint 
Paulin y lit placer les reliques non-seulp- 
ment de saint Félix, mais aussi celles des 
apôtres et des martyrs. Les voûtes et les 



2.M 



INS 



ISS 



2X2 



murailles étaient revêtues de marbre et his- 
toriées à fa mosaïque. Ces peintures repré- 
sentaient divers mystères, entre autres ce- 
lui (Je l'ineffable Trinité et de l'Incarnation. 
La nef de l'église et tout l'espace qui était 
distinguédu chœur, était accompagné de deux 
galeries, soutenues par une double rangée 
de colonnes, qui formaient de grandes arca- 
des ; et, dans chacune de ces galeries il y 
avait quatre oratoires , où ceux qui dési- 
raient méditer la lai de Dieu et le prier en 
secret pouvaient se retirer. Au-dessus de la 
porte d'entrée qui répondait à la rue, saint 
Paulin avait fait peindre une croix, et mis sur 
le frontispice des vers pour apprendre à ceux 
qui entraient ce qu'elle signifiait. Il en mit 
aussi au-dessus de la porte de chaque ora- 
toire, et dans tous les endroits de l'église 
«m ii les crut nécessaires pour l'édification 
des fidèles. Les croix étaient peintes en 
rouge ; elles étaient surmontées de deux 
colombes, pour montrer que la simplicité 
conduit à l'immortalité. Le signe de la croix 
peint à l'entrée de l'église enseignait aux 
fidèles qui venaient y faire leurs prières 
qu'ils ne pouvaient espérer la couronne de 
l'immortalité qu'en portant la croix. 

INSTRUMENTA CHRISTf. — I. Sous ce 
titre, m -us réunissons les objets suivants : 
l a la croix ; 2° les clous ; 3° la couronne d'é- 
pines ; 4° le titre ou l'inscription placée sur 
la croix. 

Nous avons déjà donné d'amples détails 
sur la croix, les clous et la couronne d'épi- 
nes à l'article Autel (Accessoires des autels). 
Voyez encore Croix. Nous compléterons ici 
ce que nous avons à dire sur ce sujet. 

Plusieurs auteurs, entre autres saint Tho- 
mas, ont pensé que la croix de Notre-Sei- 
gneur était faite de manière à ce qu'il n'y 
eût pas de branche de croix au-dessus de 
la traverse et qu'elle figurât la lettre T. Di- 
vers passages de Tertullien et même de Lu- 
cien semblent favoriser cette opinion. Nico- 
las Kigault, l'éditeur érudit des œuvres de 
plusieurs saints Pères, ajoute à ce sujet : 
« Nos ancêtres paraissent avoir suivi cette 
tradition dans les Missels antiques. Sur la 
lettre T, qui commence la première phrase 
du canon Teigitur, clément issime Pater, ils 
représentent la figure du Christ en croix. 
On a mis, de nos jours, h la place, un cruci- 
fix à la page qui précède le commencement 
du canon. » Il esta remarquer que la lettre 
T reproduit le Tau des Grecs, celui des Sa- 
maritains et le Tau primitif de l'alphabet 
hébreu. Cela est expliqué par saint Jérôme 
dans le passage suivant : In antiquis He- 
brœorum litleris, quibus usque hodie utuntur 
Samarilani, extrema Tau Uttera crucis habel 
similitudinem, quœ in Christianorum fronti- 
bus pingitur, et fréquent i manus inscriptione 
signatur. Saint Jérôme cherche à expliquer 
un texte fort obscur du prophète Ezéchiel, 
cap. ix, vers. 4, 5 et 6. Nous proposerons à ce 
sujet l'interprétation donnée par le savant 
Huet, évèque d'Avranches ( Demonstrat. 
eiangel., prop. îx) : Crucis Chrisli non rudem 



aliqutim cl obscuram infonnationem, sed ex- 
pressam effigiem dédit Ezechirl (Tau Sama- 
ritanutn <7-«.-jçcu%i; , Ezechieli memoratum , 
crucis Chrisli sgmbolum), seu potius apud 
Ezechielem Deus ipse cum piorum hominum 
frontes signari jussii Uttera Tau : interfici 
vero eos qui ea notati non essent. lllo tem- 
pore, priscis démentis samariticis Hebrcri 
ntebantur ; Samaritœ vero lifteras singulas 
mulliplici forma depingebant. Et Tau qui- 
dem , quœ postrema erat, prœter alias 
formas, crucis speciem oblinebat , non ejus 
duntaxat in qua lignum transversum sus- 
tinct slipes arrectarius , sed allerius ctiam 
quœ XntSô; ( similis litterœ X ) est , sire 
decussata. Utramque crucis formant habet Ut- 
tera Tau in velustis Hebrœorum siclis qui ser- 
vantur in cruditorum loculis et in illorum 
libris pingunlur. Unde a Scaligeri animadver- 
sione defenditur Origenes, qui hoc Ezechielis 
testimonium exponens, accepisse se scribit ab 
Hebrœo quodam Christi doctrinam amplexo, 
in antiquis démentis Hebrœorum Tau formam 
crucis habere. Antiqua elcmenta vocat àp/jïx 
vroiyjta., Samariticas litteras; quasab Ilebrai- 
cis recentioribus, seu potius Babylonicis qui- 
bus post Babylonicam captivitatem uti cœpe- 
runt Judœi, accurate distinguit his verbis 
quœ e veteri Catena in psalmos excerpsimus : 
« Et in accuratioribus exemplaribus scriptum 
est vetustis litteris Hebraicis, non hodiernis. 
Narrant enim Esdram post captivitatem aliis 
esse usum. » 

Un autre homme rempli d'érudition , trai- 
tant du même sujet, s'exprime d'une ma- 
nière non moins remarquable, dans la Biblio- 
thèque critique publiée par Richard Simon en 
1708, sous le nom de M. de Sainjore, tom. II, 
pag. 415417 : « Avant que de finir ma disser- 
tation , j'ajouterai deux mots sur l'ancien 
Tau des Hébreux, lequel a la figure d'une 
croix, au moins de ce qu'on appelle croix, de 
Saint-André. Scaliger, qui en jugeait par l'al- 
phabet samaritain tel qu'il a été imprimé 
par Guillaume Poste], et qui se trouve dans 
les livres des Samaritains tel que nous les 
avons présentement, se récrie contre Ori- 
gène et contre saint Jérôme comme s'ils 
avaient avancé une fausseté manifeste. S'il 
avait consulté l'a.phabet samaritain que II. 
Azarias a fait imprimer au chap. 56 de son 
Imrc-bina (Verba intclligcntiœ), il n'aurait pas 
été si décisif, car il y aurait vu deux figu- 
res de cette lettre, et une de ces figures a la 
forme d'une croix de Saint-André, X. Jérôme 
Aléander envoya au P. Morin deux sicles où. 
le Tau avait la figure de croix. Ce savant 
cherchant la raison pourquoi elle n'avait 
point cette figure dans les livres des Samari- 
tains, il juge <jue ce changement vient de ce 
que les Samaritains, peur écrire plus vite, 
ont formé cette lettre d'un seul trait de 
plume, ce qui paraît assez vraisemblable. » 
D'autres écrivains pensent que la lettre 
Tau n'a pas une entière ressemblance avec 
la croix. Tel est le sentiment de saint Ire- 
née et de saint Augustin. Saint Irénée dit 5 
ce sujet, lib. ni, cap. 42 : lp*c habitus cru- 
cis fines et summilalcs habet quinque ; duos in 



253 



INS 



1NS 



2M 



longitudinc, et duos in tatitudtnc, rt unum 
in mcdio, ubi requiescit qui clavis affigitur. 
Saint Augustin parle non -seulement des 
quatre extrémités de la croix, mais encore il 
en explique la signification symbolique. 
Après avoir cité ces paroles de saint Paul 
(Eph.es. m , 18) : Ut possitis comprehendere 
cum omnibus sanctis quœ sit longitudo et la- 
titudo, et sublimitas et profundum, il s'ex- 
prime de la sorte , en écrivant à Pauline 
(Epist. 112, cap. 13) : Ego hœc verba apos- 
tat* Fauli sic ùitcl/igcre soleo : in latitudine 
bonu opéra charitatis ; in longitudine perse- 
verantiam in bonis usque in finem ; in altitu- 
dinr, spem cœlestium prœmiorutn : in pro- 
fundo , inscrutabilia judicia Dei, unde îsta 
gralia Dei in homincs vrnit ; et hune intellcc- 
tum coaptare ctiam sacramento crucis. 

Pour rapporter encore quelques extraits 
des écrits des saints Pères, nous citerons, 
parmi les plus curieux, les passages sui- 
vants. Saint Grégoire de Nysse (Orat. in re- 
surrect. Domini) s'exprime ainsi : Partes if- 
lius (crucis) singulas propriis nominibus ap- 
pcllavit Apostoïus. Eam enim quœ a mtdio 
deorsum vergit , profundum vocat ; quœ au- 
tan sursum, altitudinem; latitudinem vero et 
longitudinem, illas quœ utrinque transversœ 
protendunlur, ut quœ hinc amedio produci- 
tur f latitudo ; quœ auleyn illinc, longitudo 
nominetur. Saint Augustin, outre les passa- 
ges déjà mentionnés, parle ainsi [Tract. 18 
in Joan., § 5) : Lata (crux) est in transverso 
ligno quo extenduntur pendentismanus ; longa 
est a transverso ligno usque ad terram, ubi 
dorsum pedesque figuntur ; alta est in cacu- 
mine quo transversum lignum sursum versus 
exceditur. Le même docteur ajoute (In psal. 
cm) : Erat latitudo in qua porrectœ sunt ma- 
nus, longitudo a terra surgens in qua erat 
corpus infixum , altitudo ab illo divexo ligno 
sursum quod eminet, profundum ubi fixa crut 
crux, et ibi omnis spes vitœ nostrœ. 

Le poëte Sédulius écrit les ve.s qui 
suivent : 

Neve quis iqnoret speciem crucis esse colendnm, 
Quœ Dominum portant, ovans ratione potcuti, 
Qunltuor inde plaqua qnudrati colliqit orbh ; 
Splendidus aucloris de vertice fulqel Eous, 
Occiduo sacrœ lambuntur sidere plantœ, 
Arcton dextra tenet : médium Leva crigil uxem. 

Saint Isidore de Séville, écrivant sur le 
chap. v du livre des Juges, dit : lstc trecen- 
torum ((iedeonis iuilitum) numerus in T lit*- 
tera conlinetur, quœ crucis speciem tenet, cui 
si super transversum lineam id quod in cruce 
eminet addetur, non jam crucis species, sed 
ipsa crux esset. 

Saint Jean Damascène (De fide orthodoxa, 
lih. iv, cap. 11), dit la même chose : Quatuor 
extremœ crucis partes p?r médium ccnlrum 
inter se cohœrenl et constringuntur. 

IL 
Quant aux clous qui ont servi h attacher 
Notre-Seigneur à la croix , étaient-ils au 
nombre de trois ou de quatre ? Saint Gré- 
goire de Tours, et plusieurs des écrivains 
ycclésiasliques les plus anciens , pensent 



qu'ils étaient au nombre de quatre : Unum 
ex quatuor clavis, dit saint Grégoire de 
Tours (Ilelena), deponi jubet in pclago (Ds 
Gloria martyr., cap. vi). « Les quatre clous, 
dit Innocent III, sont les quatre vertus prin- 
cipales. » Raban Maur, archevêque do 
Mayenne admit aussi le nombre de quatre 
clous. Ces auteurs ont-ifs été guidés, dans 
leur opinion, par l'histoire, ou par les cru- 
cifix qu'ils avaient sous les yeux ? c'est ce 
qu'il nous serait impossible actuellement 
de savoir. Mais ce que nous pouvons affir- 
mer, c'est que les plus anciennes images du 
crucifix ont toujours quatre clous. 

Les crucifix avec trois clous sont aujour- 
d'hui fort communs, et l'on en trouve dans 
toutes nos églises. Mais cette manière de 
représenter le Christ eu croix, paraît beau- 
coup plus moderne que l'autre. On peut con- 
sulter à ce sujet le chap. 6 du hv. iv De sa- 
cris imaginibus, auctore Joanne Molano, et 
les Annales archéologiques dirigées par M. Di- 
dron. 

m. 

Relativement à la couronne d'épines, nous 
n'avons rien à ajouter à ce que nous avons 
dit à l'article Autel (Accessoires des autels). 
Voy. encore lib. iv, cap. 7, du Traité des- 
saintes images de Molanus^ 

IV\ 

Pour le titre de la croix ou l'inscription 
qui la surmontait, on peut consulter un ou- 
vrage qui en traite ex professo et qui a pour 
titre : Titulus sanctœ crucis, seu historia et 
mysterium tituli sanctœ crucis Domini nostri 
Jesu Chrisli , libri duo ; auctore Honorato 
Nicqueto e societate Jesu. Ce livre a été pu- 
blié pour la première fois en 16V7. On en 
trouve une courte analyse dans le Traité des 
saintes images par Molanus, dans Y Auxiliaire 
catholique, tom. I rr . Il a été publié une dis- 
sertation curieuse sur ce sujet par les Réné- 
dictins de l'abbaye de Solesmes. 

INSTRUMENTS de supplice des martyrs 
chrétiens. — Nous donnerons, sans aucun 
détail, l'inventaire des principaux instru- 
ments de torture et des divers genres de 
supplices employés contre les martyrs, sur- 
tout pendant les trois siècles de persécution 
nommés I'Ere des martyrs, d'après l'ou- 
vrage intitulé : De cruciatibus martgrum. par 
Gallonius ; celui intitulé : Sacrœ Chrisli ima- 
gines înartyrum una cum instrwncntis ; ou 
encore: Ecclesiœ militantis triumphi ; celui 
intitulé : Demonstratio historiœ ecclcsiasticuj 
eomprobata monumentis, par les deux Rian- 
chiiii. 

Ce simple catalogue suffira pour éclaircir 
plusieurs passages des historiens sacrés et 
des historiens profanes. On a trouvé dans 
les tombeaux des catacombes plusieurs de 
ers instruments de martyre. Nous signale- 
rons en particulier les tenailles aiguës trou- 
vées en creusant les fondations de la basili- 
que actuelle de Saint-Pierre de Rome, et qui 
ont été gravées dans la Rmna Sntteranea de 
flosio. Plusieurs de ces instruments sont 



2.^ 



INT 



1NV 



?'>6 



connus par d'autres monuments. L'inven- 
taire que nous plaçons ici a doue une iui- 

Cypbonismus. 

Dccapilaiio. 

Kq ii u le us. 

F a socs. 

Fidicuhr. 

Flagella plumbala. 

Flagra. 

Forcipes. 

Fernaces. 

Fuinus ait sutïoean- 

(Iiiiii. 
Faualia. 
Forcée. 
F listes. 
Galca igmta. 
Ignis. 

Laminai ardentes. 
Lampades ardentes. 
Lapides. 
Lebetes, sive vasa 

senea. 
Lectus ferreus. 



A lapa:. 

A pi ces 

Arbores alligat;e. 

ArlbremboLe. 

IlaUiei. 

Halteus. 

Reslise. 

Rractea. 

C.alami aculi. 

t lajl viva. 

lianes. 

C.arceres. 

Catapulta. 

f.alasla. 

T.laves. 

Cochlea. 

Crepidse ferrese igni- 

tlC. 

Cruces varii gene- 

ris. 
Ourifragia. 
Cuspides ferrei. 



porlance 
gïque-. 

Leones. 

Lora. 

Mallei plumhati. 

Manicu). 

Met ad ungenda cor- 

pora martyruiiu. 
Melalla. 

Muscaj et apices» 
Mures. 
Nervi. 
Numell:e , gémis 

vinculi lignei. 
Obeliscus ferreus. 
Olla. 

Orhicularia. 
Pâli aculi. 
Pectines ferrei. 
Phi m baise. 
Plumbum. 
Pondéra. 
Rotse. 
Sagitlse. 



à la fois historique et arehéelo- 



On trouvera également des détails pleins 
d'érudition sur cette matière dans l'ouvrage 
intitulé : De inclyto agone martyr wn, par le 
P. Ildefonse de Flores. 

Le eavanl Baronius, dans ses Notes au Mar- 
tyrologe romain, donne des renseignements 
sur plusieurs genres de supplices et plu- 
sieurs instruments de torture employés con- 
tre les chrétiens. 

On peut voir encore quelques bons ren- 
seignements sur le même sujet dans l'ou- 
vrage de Montfaucon , intitulé ; V Antiquité 
expliquée par les monuments, tom. V, part. 
iii, chap. 2, 3, k. 

INTAILLE. — Gravure en creux. On ap- 
pelle intailles, d'un nom général, les pierres 
Unes gravées en creux; les camées sont les 
pierres fines gravées en relief. 

INTERSECTION. — Dans les monuments 
de la période Romano-byzantine, surtout au 
xn* siècle, on voit des cintres entre-coupés 
par d'autres cintres, de manière à former 
des ogives par intersection. Les ogives sont 
seulement indiquées par les archivoltes des 
arcades, et rarement elles sont percées et 
ouvertes. C'est sur la formation de l'ogive 
par cet entre-coupement des cintres que le 
savant docteur Millier, évêque catholique 
d'Angleterre, auteur de plusieurs ouvrages 

I'ustement estimés, fonda son système, que 
lentham avait déjà entrevu .Ce système, qui 
n'a aucune base solide et qui a été aban- 
donné complètement, consiste à soutenir 
qu'on est redevable de l'invention de l'arc- 
ogive et de l'architecture ogivale à l'obser- 
vation des ogives dues à l'intersection des ar- 
cades à plein-cintre. Voy. Ogive. 

INTRADOS. — Surface intérieure et con- 
cave d'un arc, d'une voûte, ou seulement 
sa courbe interne. 

L'intrados des arcs concentriques d'une 
grande archivolte Romano-byzantine est 
parfois décoré comme la l'ace même de la 
bande. 

Le petit arc ogival est souvent orné ou 
divisé par un trètle tronqué, arrondi ou aigu. 



Sal. 

Sarmenta ad' com- 
hiircndum. 

Sarlago. 

Scapbse. 

Scorpions. 

Sella ferrea ignila. 

Secures. 

Serpentes. 

Serra ferrea. 

Stimulus. 

Stipites. 

Sireblsead luxandos 
arlus. 

Slyli ferrei. 

Siibul'se ferrea^ 

Sutfocatioperaquas, 
lu nui m , arena- 
rium, pulverein, 
plumbum, etc. 

Suspensiones variis 
modis. 



Taurus seneus. 

Tsedse. 

Tèrebra. 

Testacea.. 

Torcularia.. 

Torques ferreus 

ciun clavibusacu- 

(is. 
Tribuli aculi. 
TtocHIsk 
Truncatio pclum, 

manuum, digito- 

rum. 
Tuniea ferrea. 
Tympana. 
Verubse. 
Viperse. 

Virgse varii modi. 
Uncus ferreus. 
llhgulse ferrer, elc-. 

clc. 



A la fin du xui' siècle et au xi.v% on voit 
l'arc de plus grande dimension s'orner d'une 
sous-arcature dont les axes rayonnent. Au 
xv' siècle et au xvi% cette dentelle prend 
souvent la direction verticale. 

L'intrados est opposé à Vextrados (Voy. 
ce dernier mot, et Arcade). 

INVENTAIRE. — Nous avons eu souvent 
l'occasion de citer d'assez longs extraits des 
inventaires des anciennes cathédrales de 
France et d'Angleterre. On y trouve les meil- 
leurs renseignements sur le mobilier et la 
décoration des édifices religieux. Les indica- 
tions fournies par les inventaires, quelque 
courtes et incomplètes qu'elles soient, sont 
préférables aux descriptions des auteurs mo- 
dernes, quelque versés qu'on les suppose 
dans l'étude et la connaissance des antiquités 
chrétiennes. Il règne dans les premiers une 
simplicité qui ne saurait induire en erreur. 
Tandis que dans les seconds, l'interpréta- 
tion est quelquefois trop hardie, pour ne 
pas dire un peu arbitraire. 

Nous conseillons donc fortement aux ar- 
chéologues et aux amis de nos arts chrétiens 
du moyen âge, d'aller puiser fréquemment 
leurs renseignements à la source des inven- 
taires dressés à une époque déjà éloignée de 
nous. On a publié dans les Annales archéolo- 
giques plusieurs inventaires ou extraits d'in- 
ventaires très-curieux. C'est un excellent 
exemple que doivent suivre tous ceux qui 
s'appliquent sérieusement à connaître les 
nombreux objets meubles qui remplissaient 
autrefois nos églises. Les guerres de religion 
ont privé nos monuments religieux de la 
plupart de ces objets. Quand le calme com- 
mença à renaître, on dressa des inventaires 
des objets qui avaient disparu. C'est aujour- 
d'hui une mine inépuisable de renseigne- 
ments de tous genres. Nous plaçons ici l'in- 
ventaire de Saint-Martin de Tours. 
Inventaire des vases d'or et d'argent, perles, 
pierreries, ornements d'autels, habits sacer- 
dotaux et bijoux, qui étaient dans le trésor 



î:i in y 

de l'ét/lisc dv Saint-Martin de j'ours, lors- 
(fK'flle fut piilt'e par les hérétiques hugiie- 
uots,au mois de mai de Vannée 1562, fidèle- 
ment extrait de deux autres inventaires gui 
en furent faits en présence des officiers de 
iustice, l'un en l'année 1493 en vertu des 
lettres totaux accordées par le roi Charles 
Vlll ; l'autre en Vannée 1562 par ordre de, 
M. le prince de Condé. 

I. La coupole et le dùme d'argent, dont lo 
Lambeau de saint Martin était couvert, pe- 
sant 333 marcs 4 onces, 

II. La grande châsse, où reposait le corps 
de saint Martin, dont le frontispice et les bas 
côtés étaient d'or, et le reste de vermeil, le 
tout pesant ensemble 174 marcs 5 onces. 
Elle était enrichie d'agates, de topazes, de 
saphirs , d'émeraudes, de perles, et autres 
pierres précieuses, dont le prix était pres- 
que inestimable. 

III. Le chef d'or de saint Martin, avec sa 
initie et son collier, du poids de 51 marcs 
10 onces, enrichi de 42 pierres précieuses, 
et de plusieurs perles, avec son soubaste- 
ment de vermeil doré, pesant 38 marcs 2 
onces. 

IV. Trois châsses d'or, dans l'une des- 
quelles était une partie de la tunique de 
Notre-Seigneur et de la vraie croix, pesant 
12 marcs 3 onces, enfermée dans une autre 
châsse de vermeil. La seconde avait la figure 
d'un château. Le roi Louis XI la donna à 
Saint-Martin en action de grâces de la prise 
de la ville de la Guierche. Elle pesait 52 
marcs 2 onces. La troisième était le profil 
en relief du château du Plessis-lez-Tours, en- 
richi de pierreries, du poids de 21 marcs 6 
onces donné par le même roi. 

V. Trois châsses de vermeil, Tune du 
poids de 48 marcs 4 onces enrichies de 60 
pierres précieuses, où était le corps d'un 
des saints Innocents; l'autre de 47 marcs, où 
étaient des reliques de saintMaurice et de ses 
compagnons, et la troisième de 18 marcs 5 
onces, où on conservait de la terra de la 
fosse où saint Martin avait été inhumé la 
première fois. 

VI. Dix châsses de vermeil, la plupart en- 
richies do pierreries, où étaient renfermés 
les corps des saints évèques de Tours, Brice, 
Ensloche, IVrpète, Eufrone et Grégoire, 
ceux de saint Epaïn, martyr, et des bienheu- 
ieux Alchuin, abbé de l'église de Saint- 
Mai tin, et précepteur de Charlemagne, avec 
partie de plusieurs corps saints. Les chefs de 
saint Brice, saint Grégoire de Tours, de 
sainte Cécile et de sainte Kadégonde, partie 
d'or, partie de vermeil, où était un os du 
bras de saint Sévère Sulpice qui a écrit le 
premier la Vie de sa-inl Martin. 

VIL Un reliquaire d'or pesant 16 marcs 
2 onces, enrichi de pierreries. Lu autre de 
12 marcs 3 onces. Lu autre de 33 marcs 5 
onces. 

MIL Un reliquaire de vermeil fait en 
forme de château, à la porte duquel était un 
ange tenant un vase d'or, où iJ y avait des 
reliques de saint Etienne, premier martyr, 
et au-dessus une liguro de .Notre-Dame, 



INV 



2:,8 



avec deux anges a ses côtés, du poids de 12 
marcs 5 onces. Un reliquaire de vermeil, où 
était un os de l'épaule de saint Perpète, pe- 
sant 6 marcs 5 onces. 

IX. Deux figures de vermeil représentant 
deux anges pesant 46 marcs 2 onces. Une 
image de Notre-Dame dans une niche, accom- 
jiagnéc de deux anges, le tout de vermeil, 
et du poids de 76 marcs 7 onces. Deux figu- 
res de saint Martin à cheval avec son pauvre, 
pesant 8 à 9 marcs. Deux autres ligures du 
même saint en habit d'évêque, aussi de ver- 
meil pesant chacune 12 à 13 marcs. Huit li- 
gures de plusieurs autres saints et saintes, 
environ de même poids. Deux autres figu- 
res de Notre-Dame tenant son enfant entre 
ses bras aussi de vermeil, l'une pesant 32 
marcs 4 onces l'autre 12 marcs 2 onces. 
Quinze autres ligures de saints de moindre 
grandeur. Un grand tableau et plusieurs au- 
tres images [dates de vermeil enrichies de 
saphirs. Un grand ange d'argent, tenant un 
chandelier à branches. Un homme armé, 
tenant en sa main un chandelier de vermeil 
pesant 9 marcs. 

X. Deux grandes figures, l'une d'agate et 
l'autre de sardoine, représentant Mars et 
Vénus. 

XL La figure au naturel du roi Louis XI a 
genoux avec son coussin, ses ornements 
royaux et son bonnet enrichi de pierreries, 
le tout d'argent et du poids de 126 marcs 

2 onces. 

XII. Une grande croix d'or à trois croi- 
sons, appelée communément la croix pa- 
triarcale de saint Martin, enrichie de 63 
pierres précieuses, d'un collier de perles 
d'un très-grand prix, de pendants de perles 
et de pierreries à chacune des extrémités 
des croisons. Elle pesait 33 marcs 2 on- 
ces. 

XIII. Trois autres grandes croix d'or pour 
les processions, dont l'une pesait 33 marcs et 
5 onces, l'autre 18 marcs, et la troisième 16 
marcs 2 onces, un camaïeu de grand prix 
était attaché à chacune, et Ja dernière avait 
encore outre le camaïeu un onyx des plus 
beaux. Une grande croix de vermeil à deux 
croisons pour la procession. La grande 
croix avec le crucifix de la nef, tout 
d'argent enrichi de plusieurs pierres pré- 
cieuses. 

XIV. Deux croix d'or pour l'autel, pesant 
chacune 5 marcs, dans Tune desquelles était 
une épine de la couronne de notre Notre- 
Seigneur, et de la vraie croix, et dans l'autre 
de la vraie croix seulement. Deux autres 
croix de vermeil, à peu près de même poids. 

XV. Une grande paix d'or pesant 8 marcs 
5 onces. Une autre paix d'or pesant 1 marc 

3 onces, enrichie de pierreries. Cinq paix 
de vermeil. 

XVL Un calice d'or à l'antique avec son 
couvercle. Trois autres calices d'or enrichis 
de pierreries avec leurs patènes. Sept grands 
calices de vermeil avec leurs patènes, dont 
l'un était marqué aux armes des rois de 
Sicile. Un grand calice de vermeil, avec sou 
bassin el ses burettes. Un calice d'argent de 



2*.-» 



1NV 



ION 



200 



pareille grandeur. Huit calices de vermeil de 
moindre grandeur. Un ciboire de vermeil 
d'un pied et demi de hauteur. Deux custodes 
d'or pour porter le saint sacrement pesant 
chacune 7 mares. Deux autres custodes de 
vermeil pour conserver la sainte eucharistie 
dans l'église, pesant chacune 8 marcs 3 
onces. Du bassin et deux burettes de cristal 
de roche, ayant une bordure d'or. 

XVII. Un grand va^e d'or à deux anses 
avec son couvercle, enrichi de perles et de 
pierreries, appelé la coupe de Charlemagne, 
pesant 27 marcs 5 onces quelques gros. Une 
autre grande coupe de vermeil. Un coffret 
d'argent pour garder les saintes huiles. Un 
drageoir d'agate avec une bordure d'or. Deux 
grands flacons d'agate garnis de même. Un 
grand gobelet d'or. Un grand vase d'agate, 
dont la bordure d'or pesait 3 marcs 10 onces. 
Un coffret de vermeil. Une grande écuelle de 
vermeil. Un friquetd'or. Un bénitier de ver- 
meil avec son goupillon, du poids de 18 
marcs 2 onces. Un autre bénitier de moyenne 
grandeur. Trois clefs de vermeil et quatre 
d'argent, avec leurs chaînes, dites les clefs 
du trésorier de l'église de Saint-Martin, une 
écritoire d'argent, dite celle du maître école 
de la même église. 

XVIII. Quatre grands chandeliers de ver- 
meil enrichis de pierres précieuses, semés de 
fleurs de lis d'or, marqués aux armes de 
France, pesant chacun 51 marcs 8 onces. 
Cinq autres chandeliers d'argent pesant cha- 
cun 17 marcs. Huit chandeliers de vermeil 
de moindre grandeur. Six chandeliers d'ar- 
gent de même grandeur. 

XIX. Six petites lampes d'argent de diffé- 
rents poids et figures, pesant toutes ensemble 
35 marcs. Une autre lampe en forme de vais- 
seau pesant 39 marcs 7 onces. Deux autres 
en forme de château flanqué de trois tours, 
pesant chacune W marcs. Une autre en 
forme d'une grosse tour pesant kk marcs 3 
onces. Une autre en forme de vaisseau à trois 
ponts, pesant 39 marcs. Une autre représen- 
tant un cerf, pesant 5 marcs 6 onces. Cinq 
autres lampes de moyenne grandeur, de dif- 
férents poids et figures. Une grande lampe 
ronde à cinq mèches pesant 300 marcs. 

XX. Quatre grands plats d'argent avec 
leurs chaînes pour suspendre des cierges. 

XXI. Deux encensoirs de vermeil avec 
leurs navettes. Six encensoirs d'argent avec 
leurs navettes. 

XXII. Une crosse de vermeil semée de 
fleurs de lis, du poids de 31 marcs 5 ouces. 
Une autre crosse de vermeil plus légère. 

XX1H. Une mitre d'or, dite communé- 
ment la mitre de saint Martin, du poids de 
15 marcs 7 onces. Une autre mitre de ver- 
meil. Quatre mitres de drap d'or, enrichies 
de perles et de pierreries. Plusieurs autres 
mitres communes. 

XXIV. Deux anneaux d'or, où étaient en- 
châssés plusieurs pierres précieuses. Un 
autre anneau d'or fort large, où était en- 
châssée une pierre de grand prix. 

XXV. Six bassins, partie de vermeil, par- 
tie d'argent. 



XXVI. Un grand bâton de chantée de ver- 
meil semé de fleurs de lis. Un autre bâton 
un peu moins grand. Deux petits bâtons 
d'argent pour les bâtonniers. Deux cuillers 
de jaspe garnies d'argent. Un orgue d& 
moyenne grandeur, dont les tuyaux étaient 
d'argent. 

XXVII. Le grand livre des Evangiles 
écrit sur du vélin en lettres d'or, ayant un 
couvercle d'or du poids de 38 marcs k onces, 
semé de perles et de pierreries. Le missel 
écrit de même, en avait un de vermeil du 
poids de 26 marcs ; et le grand psautier un 
autre du même poids. 

XXVIII. Le livre delà Vie de saint Martin 
d'un caractère fort antique était couvert de 
plaques d'ivoire et d'argent. Le livre des Evan- 
giles, dont on se servait plus souvent, avait 
un couvercle d'argent du poids de 33 marcs. 
Celui des Epîtres un semblable. Celui des 
collectes en avait un du poids de kQ marcs. 
Celui des capitules un de 19 marcs. Pres- 
que tous ces couvercles étaient fermés de 
perles et de pierreries. 

XXIX. Deux couvertures de custode de 
drap d'or relevées en broderies et enrichies 
de perles. 

XXX. Quatorze parements d'autel de drap 
d'or relevés en broderies, la plupart semés 
de perles. 

XXXI. Vingt-une chapes de drap d'or 
frisé. Trente chapes de velours à fond d'or 
et à ramages. Quatre-vingt-sept chapes de 
différentes couleurs, de satin et brocard à 
fleurs d'or, avec leurs orfrois et chaperons 
en broderie de fin or. 

XXXII. Treize ornements sacerdotauxeom- 
plets pour les messes solennelles, de drapd'or 
frisé, velours et satin à fond d'or, de même 
que les chapes relevées en broderie. Douze 
autres ornements sacerdotaux un peu moins 
riches tous complets. Chaque ornement était 
composé de vingt-une pièces, qui sont une 
chasuble, deux dalmatiques, et deux tuni- 
ques, quatorze tunicelles et deux chapes, 
pour les vingt-un ollieiers qui servent h 
1 autel aux jours des fêtes les plus solen- 
nelles. 

XXXIII. Une chasuble de drap d'or, se- 
mée de perles et de pierreries, avec son étole, 
manipule, parement d'autel, et d'amicts en- 
richis de même. 

XXXIV. Soixante-trois aubes parées de 
pièces de drap d'or relevées en broderie de 
même que les ornements. Cent cinq araicts 
parés de même que les aubes. 

Les aubes non parées, les nappes d'autel, 
les ornements plus communs dont on se ser- 
vait tous les jours, ceux qui étaient des- 
tinés pour les messes privées, et tous les 
autres meubles qui sont nécessaires à une 
grande église, dontcellede Saint-Martin était 
abondamment pourvue, qui furent aussi pil- 
lés par les huguenots, ne sont point compris 
dans cet inventaire, non plus que les pierre- 
ries, les perles, et les autres pierres pré- 
cieuses, dont le dénombrement ne pourrait 
être qu'ennuyeux au lecteur. 

IONIQUE. — Ordre d'architecture. Yoy. 



2Ci 



J\U 



jeu 



£«î 



Arcuitecti iu:; Ouduk; Ciivpjtkai ; Enta- 
blement; Colonne. 

ISODOMOS. — Yoy. Appakeil. 

IVOIRE. — L'ivoire avait été fort estimé 
de tout temps pour la confection d'ornements 
et surtout pour recevoir des sculptures et 
«les ciselures de la plus grande finesse. Afin 
de faciliter aux antiquaires et aux amateurs 
une appréciation motivée des œuvres d'art en 
ivoire., nous expliquerons quelques termes 
terlmiqnesqui s'y rapportent. L'ivoire d'une 
défense enlevée depuis peu de temps à un 
éléphant a une teinte verdatre : c'est ce qu'on 
appelle vulgairement de Yivoire vert. Lors- 
que l'ivoire est bien sec il est d'un blanc par- 
lait. L'ivoire jaune est celui qui est resté 
trop longtemps exposé à l'air, sans précau- 
tion. L'ivoire à fibres trop apparentes est Yi- 
voire yrenu. Les ouvriers en ivoire appellent 
fèves les taches occasionnées par la carie 
ou par d'autres accidents. Les fibres ne sont 
pas entre-croisées lorsque l'ivoire est coupé 
longiludinalement ; on ne voit pas alors les 
4n<iiîtfs. On préfère communément la coupe 
transversale. 

Le plus ancien monument d'ivoire men- 
tionné dans l'Ecriture sainte est le trône de 
Saîomon. L'ivoire néanmoins est mentionné 
dans les psaumes de David. Yoy. Hébraïque 
(Art). 

On savait sculpter l'ivoire dès les temps les 

f)lus reculés. Nous trouvons dans les anciens 
îistoriens que les sculpteurs s'en servirent 
de bonne heure pour décorer et même faire 
en partie les plus grandes siatues. 

On a trpuvé dans les Catacombes de Rome 
pi usieursfragments d'ivoire sculptés; malheu- 
reusement les échantillons antiques de cette 
substance se décomposent aisément. 

A l'époque de la Renaissance, on a beau- 
coup travaillé l'ivoire. On en possède de 
nombreux spécimens d'un travail aussi par- 
fait que soigné. 

Quant aux monuments du moyen âge pro- 
rement dit, ils sont assez nombreux encore. 

ous en avons parlé incidentellement en 
plusieurs endroits et notamment aux articles 



fi 



Djptyqi Eset Couvertures des livres ( Yoy. 
ces mots). 

ixnrx. — Les premiers chrétiens, dès le 
berceau de l'Eglise, avaient imaginé cer- 
tains signes qui pouvaient aider à se faire 
reconnaître entre eux, surtout pendant l'ère 
cruelle des persécutions. Ces signes res- 
tèrent secrets et ne furent jamais connus 
des ennemis du nom chrétien. Nous en 
trouvons un exemple fort remarquable dans 
les Actes de sainte Cécile. Quoique ces Actes 
ne soient pas authentiques, ils n'en donnent 
pas moins à ce sujet des renseignements 
que personne ne saurait contester. Dorn 
Guéranger, dans la vie de sainte Cécile, 
qu'il a publiée récemment, essaye de prou- 
ver l'authenticité de ces Actes; mais il est 
loin d'y avoir réussi : son argumentation est 
malheureusement au-dessous de la tâche 
qu'il s'était imposée. Le mot ixevc et le 
poisson, peuvent être regardés comme un si- 
gne et comme un symbole. C'est surtout à ce 
point de vue que l'on a coutume de les con- 
sidérer. Nous avons déjà eu l'occasion de 
parler de ce symbole intéressant à l'article 
Catacombes ( Yoy. ce mot ) . 11 était impos- 
sible de renfermer un sens [dus étendu sous 
un signe aussi restreint et avec un moindre 
nombre de lettres. Le mot grec qui signifie 
poisson renferme, en ell'et, les initiales d'une 
phrase entière qui signifie Jésus-Christ, Fils 
de Dieu, Sauveur. 

Sur l'usage où étaient les chrétiens de su 
servir du mot ixwvc, poisson, pour désigner 
le Christ, et sur le symbolisme de ce mot, 
on peut consulter : Clément d'Alexandrie, 
Pœdayog. lib.in, cap. 10, et lib. v, cap. 2; Ter- 
tullien, de baptismo, cap. 1 ; saint Jérôme, 
Epist. 43 ; Origène, in Leviticon, lib. vu, 
cap. 10; saintEucher, Forma spiritualis, cap. 
h; saint Ambroise, de Sacramentis, lib. ni, 
cap. 1; saint Optât, contra Parmen. lib. in; 
saînt Augustin, de Civitate Dei, lib. xvm, 
cap. 23; saint Prosper, de Prœdicatione, 
part, ii, cap. 19; Arringhi, Roma subterra- 
nea, lib. v, cap. 19 ; lib. vi, cap. 38; Eabretti, 
Inscriptiones antiyuœ , cap. 8, pag. 5G8, et 
cap. i, pag. '16-2; Du Cange, De inferioris œvi 
nuinisinatibus, n" 35 et ii'*. 



J 



JAMBAGE. — Le jambage et le pied-droit 
sont un même objet. On désigne ainsi le 
montant latéral d'une porte, d'une fenêtre, 
d'une cheminée. Le tinteaimst appuyé à ses 
extrémités, sur les jambages. Le jambage 
reçoit les moulures propres à l'ordre d'ar- 
chitecture auquel appartient la construction 
dont il dépend : il peut recevoir des orne- 
ments [dus ou moins nombreux. Dans beau- 
coup d'églises ogivales de diverses époques, 
les deux faces, extérieure et rentrante des 
jambages des portails sont couvertes de cais- 
sons ou cartels contenant des figures, ou 
même des sujets de petites dimensions. Du- 
rant la période romano -byzantine surtout, 



on y remarque souvent la représentation 

des figures du zodiaque. 

JÉRUSALEM CÉLESTE.— On donne quel- 
quefois ce nom à un système de décoration 
assez répandu à la tin du xn* siècle cl au 
commencement du xin', lequel se compose 
de la représentation d'une foule de petits 
monuments groupés en manière de couron- 
nement, au-dessus des dais des statues ou 
groupes de sculpture et même sur des cha- 
piteaux. 

Cette expression et l'objet qu'elle désigne 
ont eu pour origine la description de cette 
cité céleste, à laquelle de nombreux passa- 
ges de l'Ecriture sainte font allusion. Les 



„ 2Gr, 



JF.S 



JIB 



201 



versets 20 cl ùi du chapitre x\nr de la pro- 
phétie d'Isaïe sont ainsi conçus : « Consi- 
dérez Sioh, ccttû ville consacrée à vos fêtes 
solennelles, vos yeux verront Jérusalem 
comme une demeure comblée de richesses, 
comme une tente qui ne sera point trans- 
portée ailleurs; les pieux qui l'affermissent 
en lerre ne s'arracheronf jamais, et tous les 
cordages qui la tiennent ne se rompront 
point Le Seigneur ne fera voir si magnifi- 
cence que dans ce lieu-là; les eaux qui y 
couleront auront un canal très-long et très- 
spacieux, etc. -» mais c'est surtout dans 
l'Apocalypse de saint Jean que se trouvent 
les plus belles descriptions; elle nous mon- 
tre « cette ville d'un or très-pur, semblable 
à du verre très-clair, bâtie en carré de douze 
mille stades sur chaque face avec une mu- 
raille de liO coudées, bâtie de jaspe, et 
dont les fondements seront ornés de toutes 
les pierres précieuses, » etc. 

JESSÉ ( Tige de ) . — La généalogie de 
Notre-Seigneur fut un sujet souvent repro- 
duit par les anciens artistes chrétiens, dans 
les tableaux peints sur verre, dans les scul- 
ptures, les broderies et les autres peintures. 
L'idée de représenter la généalogie de No- 
tre-Seigneur sous la figure d'une vigne, na- 
quit probablement du passage d'Isaïe: Egre- 
dietur tirga de radice Jesse, et flos de radies 
ejus ascendet. Le patriarche est ordinaire- 
ment tiguré couché. La vigne mystique, em- 
blème de fécondité spirituelle, sort de ses 
tlancs et s'élève en feuillages abondants, du 
milieu desquels des branches s'épanouissent 
pour porter la figure de l'un des ancêtres de 
Notre-Seigneur. Ces personnages sont en 
costume royal et rangés selon l'indication du 
chapitre premier de l'Evangile suivant saint 
Matthieu. On distingue parmi eux la ligure 
de David et celle de Salomon. Le nom de 
chacun est ordinairement écrit sur une ban- 
deiolle qui s'enroule parmi les branches de 
la vigne. Au sommet de l'arbre mystérieux, 
on voit la sainte Vierge, au milieu d'une 
gloire, tenant le Sauveur entre ses bras. Il 
y a des exemples d'arbres généalogiques de 
ce genre terminés par une croix, avec un 
crucilix. Cette manière de représenter la 
généalogie de Notre-Seigneur, dont on trouve 
des exemples depuis le xn* siècle, est fort 
commune au moyen âge, depuis le xin' 
siècle jusqu'au xvr, et sur les vitraux peints, 
et dans les illustrations des manuscrits, et 
dans les sculptures en pierre et en bois, et 
enfin dans les broderies à l'aiguille. L'etfet 
de V Arbre de Jcssé est quelquefois admira- 
ble. Les branches de la vigne sont chargées 
de feuilles vertes et de grappes pourprées. 
Les personnages qui sont placés sur les 
branches sont revêtus de riches robes, la 
couronne en tête, le sceptre en main, avec 
de brillantes inscriptions auprès d'eux. Le 
couronnement de l'arbre est formé par la 
Vierge, tenant l'enfant Jésus dans ses bras 
ou sur ses genoux, avec une gloire qui 
layonne autour de la tète et du corps. Sou- 
vent, des anges sont tout autour en adora- 
tion ou en contemplation ; quelquefois ce 



sont des colombes, emblèmes des dons de 
l'Esprit-Saint. Iladix Jesse, gui slas in 
signum populorum, super quem continebunt 
reges os suum, quem génies deprecabuntur : 
veni ad liberandum nos, jam noli tardare. 
Voy. Arbre. 

JOINT. — Un joint, en terme de construc- 
tion, est l'espace qui existe entre deux pier- 
res posées et qui est ordinairement rempli 
par du mortier. Suivant les diverses parties 
où ils se trouvent, les joints ont différentes 
inclinaisons. Ainsi ils sont verticaux ou 
horizontaux dans les assises des murs or- 
dinaires, et obliques dans les arcs ou les 
voûtes. On appelle joints en coupe, ceux qui 
tendent à un centre, comme dans les arcs ; 
—joints dérobés, ceux qui, étant d'aplomb sur 
le parement extérieur, sont en coupe dans 
l'épaisseur de la maçonnerie. 

Dans les constructions du moyen âge, sur- 
tout au commencement du xi' siècle, ou à 
une époque qui précède immédiatement le 
xi' siècle, le mortier qui remplit les joints 
fait saillie à l'extérieur. Notons, en outre, 
que dans toutes les constructions monu- 
mentales du moyen âge, les joints sont lar- 
ges, et remplis d'une épaisse couche de 
mortier. C'est peut-être à la bonne disposi- 
tion de ces joints qu'il faut attribuer en par- 
tie la solidité à toute épreuve des murailles 
des grandes églises. 

JOURS. — On a donné le nom général de 
jours à l'ensemble des fenêtres d'un édifice. 
L'harmonie d'une construction consiste dans 
la distribution bien entendue des jours et des 
pleins. C'est par cette heureuse distribution 
que se distinguent la plupart de nos grands 
monuments religieux du moyen âge. Il est 
difficile, en effet, de rien voir de plus élé- 
gant, de plus hardi et de mieux ordonné que 
la disposition des jours dans les cathédra- 
les du xur siècle, comme Reims, Amiens, 
Beauvais, Tours, Chartres, Rouen, Bayeux, 
etc. Voy. Clerestory. 

On dit qu'un objet est à jour, quand il est 
découpé de manière à laisser passer la lu- 
mière entre ses différentes parties. 

JUBÉ. — Le jubé est une construction 
élevée et en même temps une espace de 
barrière, établie à l'entrée du chœur des 
grandes églises, quelquefois à la partie supé- 
rieure de la nef et aux premières travées, lors- 
que le chœur s'avance dans le transsept. Nous 
avons déjà donné des explications sur le 
jubé, sur son origine, sur sa destination, sur 
ses modifications successives. Voy. Ambon. 
Chaire, Claire-voie ou Screen et écran. 
Le nom du jubé a été donné à cette partie 
des édifices sacrés du premier mot que pro- 
nonce le diacre ou le lecteur en demandant 
la bénédiction à l'évêque ou au prêtre. 

Suivant l'auteur du livre intitulé ï'^lrc/it- 
tecte des monuments religieux, il paraît cer- 
tain que les hauts jubés ne sont pas anté- 
rieurs au xiv c siècle. On n'en trouve aucune 
trace dans les monuments pïus anciens. 

La plupart des jubés onl disparu de nos 
églises. Les antiquaires onl fait entendre è 



26., 



JIB 



JUlï 



SC6 



ce sujet de justes plaintes, en considérant 
les jubés en eux-mêmes ei la richesse de 
leur décoration. Nous regrettons aussi que 
ces élégantes clôtures aient disparu; niais 
nous pensons que leur établissement nuisait 
considérablement à l'ordonnance des édili- 
ces. L'œil était arrêté par cette haute bar- 
rière, et la richesse de sa structure n'empê- 
chait pas moins le regard de saisir les li- 
gnes essentielles de la construction et la 
perspective architecturale. 

« L'Angleterre, dit M. Smith, tout héréti- 
que qu'elle est devenue, a montré, sous ce 
rapport, un esprit plus conservateur que la 
France. Presque tousses anciens jubés sont 
encore debout, et, dans beaucoup d'églises, 
elle s'en est servie pour placer l'orgue. Il 
en est de môme dans quelques églises d'Al- 
lemagne. C'est une heureuse idée, dit en- 
core le même auteur, qui dispense d'en- 
combrer l'entrée du temple, de masquer, 
comme nous le faisons presque partout, 
l'intérieur du pignon occidental par une 
construction postiche sans aucun rapport 
avec l'architecture. » 

Nous ne sommes pas de l'avis de l'auteur 
dont nous venons de rapporter l'opinion. 
Nous avons vu en Belgique, en Allema- 
gne, etc., les orgues ainsi placées sur les 
jubés, et nous en avons trouvé l'effet très- 
disgracieux. Les orgues ne sont pas desti- 
nées à être mises dans les jubés, et il vaut 
mieux les laisser où on les a placées dans 
nos grandes cathédrales, c'est-à-dire, à l'ex- 
trémité de la nef principale ou de l'une des 
branches du transsept. 

Les jubés les plus célèbres en France sont 
ceux de la cathédrale d'Albi, de l'église de 
Sainte-Madeleine à Troyes, de Saint-Etienne 
du Mont, etc. 11 y en a un également à la 
cathédrale de Rodez qui n'est pas sans mé- 
rite, malgré l'état de mutilation dans lequel 
il se trouve présentement. Deux autres ne 
sont pas moins curieux, quoiqu'ils aient été 
déplacés, celui de la cathédrale de Limoges 
et celui de l'église de la Chaise-Dieu, en 
Auvergne. On voit un jubé moderne à la 
cathédrale de Bayeux, et un autre semblable 
à celle de Rouen. 

Le jubé de la cathédrale d'Albi est cons- 
truit en pierre ; sa largeur, sans y compren- 
dre la partie où se trouve le double esca- 
lier qui y conduit, est de 4 mètres 23 centi- 
mètres ; elle est , en y comprenant cet 
espace, de 7 mètres 15 centimètres. (Voir au 
loin. IV de ÏHist. gén. du Languedoc, le plan 
de l'église, planche v. ) Un riche péristyle 
précède la porte qui donne entrée dans le 
chœur. Kien n'est beau comme les clefs pen- 
dantes des voûtes et les culs-de-lampe dont 
il est orné. La façade du jubé présente, dans 
son ensemble, une magnifique décoration, 
plus admirable encore dans ses détails : l'œil 
ne peut se lasser de considérer ces pierres 
réduites en dentelles, d'admirer la légèreté 
et la tinesse de leurs rinceaux, la variété de 
leurs guillochis, de leurs ciselures, de leurs 
coupures, fruits merveilleux d'une imagi- 
nation libre et inépuisable. Les piliers sont 
Dic.TioNN. d'Archéologie sacrée. IL 



ornés de grillages et de clochetons d'une 
élégance parfaite. 

Ces admirables sculptures ont excité l'en- 
thousiasme des étrangers, des artistes et des 
savants. Dans un rapport adressé au minis- 
tre des cultes, en février 1832, Romagnési 
s'exprime, au sujet du jubé, de la manière 
suivante : 

« Tout ce que l'imagination peut se figurer 
de richesse n'approche pas de la vérité". J'ai 
vu tout ce qui existe en ce genre, tant en 
France qu'en Belgique et en Hollande, je 
n'ai rien vu d'aussi riche et d'un travail plus 
délicat. C'est le dernier gothique dans toute 
sa richesse. » 

« Au milieu du chœur , dit M. Mérimée 
(Notes d'un voyage dans le midi de la France, 
1 vol. in-8°) , un jubé magnifique reproduit 
les formes gracieuses de la plate-forme. La 
sculpture du xv' siècle y a épuisé tous ses 
délicieux caprices, toute sa patience, toute 
sa variété On passerait des heures entières 
à considérer ces détails gracieux et toujours 
nouveaux, à se demander, avec un étonneinent 
sans cesse renaissant, comment on a pu 
trouver tant de formes élégantes sans les ré- 
péter, comment on a pu faire, avec une 
pierre dure et cassante , ce que de nos jours 
on oserait à peine tenter avec du fer et du 
bronze. — Je n'aime pas les iubés, dit le 
même auteur, ils rapetissent les églises, 
ils me font l'effet d'un grand meuble dans 
une petite chambre; pourtant, celui de Sainte- 
Cécile est si élégant, si parfait de travail, que, 
tout entier à l'admiration, on repousse la 
critique. » Le jubé et le chœur de Sainte-Cé- 
cile furent construits sous Louis d'Amboise 
(Gall. Christian., tom. I er , pag. 34. — Hist. 
gén. du Languedoc, tom. V, pag. 99.) 

Un des accessoires les plus remarquables 
de la cathédrale de Limoges est le jubé que 
l'on doit à la munificence de l'évêque Jean 
de Langeac ou Langheac, le même qui avait 
entrepris la continuation des travaux de la 
nef majeure de sa cathédrale. — Il fut exé- 
cuté en 1533, comme on peut le voir par une 
inscription placée a la base d'un des pilas- 
tres, à droite de la porte principale, au de- 
vant de laquelle ce monument est actuelle- 
ment placé. Il offre tous les caractères réu- 
nis des constructions du xvi c siècle. La 
science de cette époque ne savait pas être sim- 
ple. Elle voulait se révéler par des formes 
tourmentées, fantastiques et très-variées. Si 
la profusion des ornements doit être con- 
sidérée comme une fausse ostentation de ri- 
chesse, la délicatesse des sculptures, le fini 
précieux des moindres détails sollicitent à bon 
droit l'admiration des connaisseurs. L'imagi- 
nation féconde des artistes de là dernière 
époque ogivale, qui précéda immédiatement 
la Renaissance, a déployé sur ce monument 
curieux toutes les formes poétiques et gra- 
cieuses qu'il était possible de créer. Ce bijou 
de sculpture gothique, avec sa végétation 
luxuriante, sa décoration aérienne, ses den- 
telles légères , pourrait èlre comparé à un au- 
tre chef-d'œuvre de môme nature dont s'en- 
orgueillit l'église de Sainte; - Madeleine de 

a 



thl 



LAI 



L.\B 



268 



Troyes, si quelques dégradations n'en avaient 
pas altéré la beauté. La partie du jubé qui 
. sert de tribune et qui forme une saillie en 
encorbellements, est soutenue par quatre co- 
lonnes d'un travail riche et original ; les in- 
tervalles en sont occupés par six. niches, dont 
les statues ont été enlevées ; on voyait à côté 
les armoiries de Langheac, effacées par la 
révolution. Le devant de la tribune offre six 
culs-de-lampe très-élégants, ornés de statues 
et surmontés de colonnettes d'une surpre- 
nante légèreté. Deux grandes colonnes por- 
tent, gravée sur un ruban , la légende sui- 
vante : marcescit in otio virtus, qui for- 
mait la devise de l'évèque Langheac. Autre- 
fois le jubé se trouvait à sa place naturelle, 
cest-à-dire entre le chœur et la nef. 11 fut 
déplacé en 1789 par M. d'Argentré , qui le 
lit transporter à l'endroit où nous le voyons 
maintenant. La translation en fut opérée 
avec négligence: elle se faisait dans un temps 



où Ton professait un mépris ridicule pour 
les chefs-d'œuvre du style ogival. Les statues 
représentant les vertus théologales et cardi- 
nales furent déplorablement mutilées ; elles 
le furent plus cruellement encore, quelques 
années plus tard, par les vandales de 1793 
Bertrand de Chalançon, évoque de Rodez, 
fit construire le jubé que l'on voit à l'entrée 
du chœur, et qui , malgré de nombreuses 
mutilations, étonne encore par l'adresse sur- 
prenante avec laquelle on a refouillé dans 
la masse une profusion de feuillages tour- 
mentés, d'une extraordinaire légèreté, et sus- 
pendus pour ainsi dire à de fragiles tenons 
de pierre. L'évèque François de Stains en- 
treprit d'achever l'isolement du chœur, par 
la construction d'une clôture qui devait se 
lier à ce jubé ; mais la mort le surprit au mi- 
lieu de ce travail immense, qui fut alors 
abandonné. 



LABARUM. — Le labarum était un éten- 
dard que l'on portait à la guerre devant les 
empereurs romains. C'était une longue lan- 
ce, traversée par le haut d'un bâton, duquel 
pendait un riche voile de couleur de pour- 
pre, orné de pierreries et d'une frange à ïen- 
tour. Jusqu'à l'empereur Constantin, il y 
avait une aigle peinte ou tissue d'or sur le 
voile. Ce fut Constantin qui y fit mettre une 
croix, avec un chiffre ou monogramme qui 
marquait le nom de Jésus-Christ, et qui 
était accompagné de ces deux lettres A et a, 
alpha et oméga. Quelquefois, au-dessus du 
voile s'élevait une couronne au milieu de 
laquelle était enfermé le monogramme sa- 
cré. De la traverse pendait un morceau d'é- 
toffe précieuse en carré, sur lequel étaient 
représentées les têtes de Constantin et de 
ses enfants. Constantin y fit mettre aussi sa 
figure en or, et celles de ses enfants. L'em- 
pereur choisit ensuite cinquante hommes 
des plus braves et des plus pieux de ses 
gardes, qui eurent la charge de porter le la- 
barum tour à tour. (Cfr. Suétone, dans la Vie 
d'Auguste, cap. 10; la Vie de Constantin, 
par Eusèbe, lib. i , cap. 27 et 28 ; lib. h, 
cap. 8; Prudence, lib. i contre S/mmaque, 
vers. 488.) 

Constantin, pour montrer qu'il attendait 
de Dieu la victoire, menait avec lui des évo- 
ques, et faisait porter à la tète de ses trou- 
pes l'enseigne orné de la croix , c'est-à-dire 
le labarum. On le gardait dans une tente sé- 
parée du camp ; et la veille des jours de 
combat, l'empereur s'y retirait pour prier 
avec peu de personnes, observant une pu- 
reté particulière et pratiquant le jeûne et la 
mortification. (Fleury, Hist. ecclés. liv. x, 
pag. 103; Zozime, liv. n, pag. 680.) 

Chacun connaît l'origine du labarum de 
Constantin, lorsque ce prince, en allant 
combattre Maxence, vit dans l'air une croix 
lumineuse avec ces mots grecs : «vtovtm vix«, 
In hoc signo vinecs. 



Saint Grégoire de Nazianze dit que le la- 
barum était ainsi nommé, parce qu'il finis- 
sait les travaux, comme si ce mot venait de 
labor. 

Les auteurs qui ont traité du labarum 
sont : Eusèbe, dans sa Vie de Constantin, 
lib. i, cap. 29, 30 et 31; Nicéphore, Hist. 
ecclesiast., lib. vu, cap. 29; Fullérus, Miscell., 
lib. h, cap. 1, et lib. iv, cap. 12; Giraldus, 
Dialog. xxv; Alciat, sur le xn e livre du 
Code, tit. de prœpos. laborum; Cujas, sur le 
même endroit ; J. Lipse, lib. m de Cruce, 
cap. 15, et Observ. lib. xi, cap. 20; Meur- 
sius, dans son Glossaire; Vossius, deVitiis, 
serm. lib. m, cap. 18, et dans son Etymolo- 
gicum; Pamélius, not. 24-4 et 245 sur le chap. 
xvi de l'Apologétique de Tertuilien; de Va- 
lois, dans ses Notes sur Eusèbe, à l'endroit 
cité; Suicer, au mot Aà6a.po-j ; Hoffmann, au 
mot Labarum; Du Cange, au mot Labarum t 
dans son Glossaire; Tillemont, Hist. des 
empereurs, tom. IV, pag. 125. 

LABRUM— Voy. Fontaine, Piscine. 

LABYRINTHE. —Le labyrinthe, dans les 
anciennes églises, était un compartiment de 
pavé, formé de plates-bandes rectilignes ou 
courbes, donnant lieu à des détours compli- 
qués. « Ces labyrinthes, autrefois très-com- 
muns dans les cathédrales, dit M. A. Potier 
(texte des Monuments français de Willemin), 
et qui aujourd'hui ont presque tous dis- 
paru, étaient un emblème pieux qui rappe- 
lait aux fidèles le pèlerinage de Jérusalem; 
des indulgences étaient attribuées à ceux 
qui parcouraient dévotement les détours de 
ces dédales qu'on appelait vulgairement la 
lieue, parce qu'on prétendait qu'ils n'avaient 
pas moins d'une lieue de développement. 
Le labyrinthe de Sens, qui a été détruit 
en 1768, avait à peu près mille pas de lon- 
gueur ; celui d'Amiens n'en avait guère 
moins, et celui de Chartres, qui subsiste en- 
core, a 768 pieds. » 

* Ces labyrinthes, dit M. de Caumont, 



209 



LAD 



I.AM 



270 



étaient considérés comme l'emblème du tem- 
ple de Jérusalem ; a l'époque des croisades, on 
y faisait des stations qui tenaient lieu du pè- 
lerinage de la terre sainte. Cela s'observait 
dans la cathédrale de Reims dès le xnr siè- 
cle, vers 12Î0. » (Abcce'd., ou lludim. d'ar- 
chéologie, pag. 249.) 

Le labyrinthe de Saint-Bertin, à Saint- 
Omer, est détruit, mais on en possède un 
dessin publié par M. Wallet. Nous avons 
reproduit ce dessin h la fin de ce volume. 
« Il était composé de carreaux blancs ou 
jaunes, et de carreaux noirs ou bleus, et 
était inscrit dans un carré; son chemin de 
parcours présentait, comme tous ceux que 
ïious connaissons, un guiliochis simple con- 
tinu; mais ce guiliochis était ici à angles 
droits. 

« Ce pavé était composé de 4.9 carreaux 
de chaque côté; par conséquent sa super- 
ficie présentait un nombre de 2,401 car- 
reaux. » 

11 se trouvait dans le franssept méridional 
de l'église. On le détruisit, dit-on, parce que 
les enfants et les étrangers qui le parcou- 
raient troublaient l'office divin. 

C'était le plus ordinairement dans la 
grande nef que ces pavés étaient placés, 
quoiqu'il y en eût quelques-uns, comme à 
Saint-Bertin, dans les transsepts, devant les 
principales portes latérales. 

On voyait, il y a peu d'années, au milieu 
de la nef de la cathédrale de Chartres, un 
labyrinthe circulaire exécuté en pierre 
bleue, que l'on appelait communément la 
lieue, parce que pour le parcourir à genoux 
on mettait une heure à faire le chemin. 11 
avait 668 pieds de développement depuis 
l'entrée jusqu'au centre. (Voy. la tig. à la fin 
du volume.) 

Le labyrinthe de la cathédrale de Sens 
avait beaucoup de ressemblance avec celui 
de Chartres. 11 était incrusté de plomb et 
avait 30 pieds de diamètre. Il fallait, dit-on, 
une heure pour en parcourir tous les cir- 
cuits, et on faisait 2,000 pas en les suivant 
exactement. 

Le labyrinthe de Saint-Quentin est octo- 
gonal. Il existe toujours; et celui de la ca- 
thédrale d'Amiens, qui n'existe plus depuis 
1825, était de la même forme. 

Le labyrinthe de la cathédrale d'Arras, 
détruit depuis la révolution, se voyait dans 
la nef, comme ceux des cathédrales précé- 
demment nommées. 11 était de forme octo- 
gone, composé de carreaux jaunes et bleus, 
et présentait les mêmes combinaisons que 
renv (l'Amiens et de Saint-Quentin. 

A Bayeux, dans la salle capilulaire an- 
nexée à la Cathédrale, on voit un labyrinthe 
circulaire d'une dimension peu considéra- 
ble, comparativement aux précédents. Il est 
formé de briques émaillées. Son diamètre 
n'est que de 3 mètres 78 centimètres. La 
voie du labyrinthe est composée de briques 
carrées à fond noir, chargées de divers or- 
nements de couleur jaune. D'autres briques 
d'une teinte noire et posées sur le champ 
forment des lignes de séparation, tandis que 



des briques jaunes indiquent le point de 
communication d'un cercle à un autre.— 
Chacun de ces cercles était composé de bri- 
ques du même échantillon. Les sujets qui y 
sont représentés sont des griffons, des ar- 
moiries, des rosaces, etc. 

LACRYMATOIKK. —On a donné le nom 
de lacrymatoires ou de vases lacrymatoires à 
des fioles ou petits vases de verre ou de 
terre, à long col, que l'on trouve fréquem- 
ment dans les tombeaux des anciens. On ;i 
dit que ces vases servaient à recueillir les 
larmes des parents ou des pleureuses gagées 
qui accompagnaient les restes mortels à la 
cérémonie des funérailles. Cette opinion a 
été soutenue et combattue avec une égale 
vivacité. On a trouvé des lacrymatoires dans 
les tombeaux chrétiens des catacombes. Dans 
toutes les collections d'antiques on voit de 
ces sortes de vases, qui affectent des formes 
très-variées. 

LACS. — On donne le nom de lacs à des 
bandes ou cordelettes sculptées en bas-re- 
lief ou peintes dans les vitraux, qui s'entre- 
croisent en divers sens et donnent lieu à 
des combinaisons quelquefois très-élégan- 
tes. On en voit parfois sous le porche de 
certaines églises, surtout en Angleterre, dans 
l'endroit où l'on célébrait les mariages, et 
les antiquaires anglais les ont désignées 
sous le nom de lacs d'amour. Celte expres- 
sion est bien connue pour désigner certains 
nœuds de l'époque de la Renaissance. On 
appelle souvent d'un môme nom les lacs et 
les entrelacs. 

LACUNAR. — Cette expression revient fré- 
quemment sous la plume des écrivains ec- 
clésiastiques , dans la description des égli- 
ses. Elle signifie plafond, et est opposée à 
caméra qui veut dire voûte. Les lacunaria, 
ainsi que les camerœ, recevaient différents 
ornements. Les lacunaria ou plafonds étaient 
disposés de manière que l'on pût y prati- 
quer des compartiments carrés et renfoncés, 
qui étaient souvent couverts d'or. Ce genre de 
magnificence fut appliqué non-seulement aux 
monuments publics, mais encore aux mai- 
sons des particuliers. Les plafonds étaient 
fréquemment décorés de peintures. 

LAMBRIS. — Le mot lambris serait la 
traduction naturelle en français du mot la- 
tin lacunar et lat/uear, si Ion n'avait pas 
ajouté plusieurs autres sens à sa signification 
primitive. On appelle lambris non-seule- 
ment les plafonds faits en menuiserie et or- 
nés de sculptures, de peintures et de do- 
rures, mais encore les assemblages de me- 
nuiserie dont on couvre les murs. Dans la 
description des monuments du moyen Age, 
on nomme lambris les voûtes en berceau 
composées de bardeaux ou de pièces de 
menuiserie unies les unes aux autres. On 
trouve des voûtes de ce genre dès le xin* 
siècle, et il y en a un très-curieux spécimen 
à Tours dans une vieille église des Jacobins, 
aujourd'hui profanée et abandonnée. Au 
xw" siècle, les voûtes en lambris étaient fort 
communes dans les églises paroissiales des 
campagnes. K'.les s'y sont conservées jus- 



271 



LAM 



LAM 



272 



qu'à nos jours, et généralement elles y pro- 
duisent un bon effet. On remarque quelques- 
unes de ces voûtes décorées de peintures et 
de dorures. (Voy. Bardeau). Il esta regretter 
que dans plusieurs églises on ait recouvert 
de plâtre ces vieux lambris en chêne. 

LAME. — Dans nos vieux auteurs fran- 
çais, comme dans le style des inscriptions, 
ce mot est synonyme de tombeau ou de 
pierre sépulcrale. C'est ainsi que Villon a 
dit : 

Mon père est mort, Dieu en ait l'âme : 
Quand est du corps, il gïstsoubs lame. 

LAMPADAIRE. — Un lampadaire est une 
espèce de candélabre dont l'usage est de 
porter des lampes. Quelques auteurs appel- 
lent lampadaire d'or, l'instrument du tem- 
ple de Salomon que l'on appelle commu- 
nément le chandelier d'or, conformément à 
la Vulgatc, qui le nomme candelabrum au- 
rcum. Le nom de lampadaire lui convien- 
drait mieux que celui de chandelier, puis- 
qu'il portait des lampes et non des chandel- 
les ou cierges. 

LAMPE. — I. Les anciens n'étaient éclairés 
que par des lampes. Il est impossible d'en 
connaître l'inventeur, car on en trouve chez 
tous les peuples dès la plus haute antiquité, 
et l'Ecriture sainte en parle comme étant en 
usage dès les temps primitifs. Il n'y a donc 
guère d'intérêt à discuter pour savoir chez 
quelle nation on en trouve les premiers 
vestiges. 

Les plus anciennes lampes étaient de 
terre cuite; on en fit ensuite de différents 
métaux et surtout de bronze. Pour éclairer 
leurs maisons d'une manière somptueuse, 
les Romains avaient emprunté aux Grecs 
l'usage des lychnuchi : c'étaient des instru- 
ments en métal poli, destinés à recevoir 
plusieurs lampes , dans lesquelles on brû- 
lait une huile épurée et quelquefois parfu- 
mée. Callimaque parle d'un lychnuchus à 
20 becs; la Bibliothèque Nationale, à Paris, 
en possède un à 12 becs. 

On distingue dans les lampes plusieurs 
parties que l'on désigne par différents noms, 
la cuve, le bec et l'anse. Le dessous de la 
cuve est toujours sans ornements ; il porte 
seulement quelquefois le nom de la fabrique 
ou celui du propriétaire. Le tour du disque 
supérieur, ou le disque entier, sont ordi- 
nairement décorés de figures en relief, sou- 
vent religieuses ou allégoriques, de méan- 
dres, de couronnes ou d'autres ornements. 
Le bec de la lampe où se plaçait la mèche 
était appelé myxa, mot qui signifie propre- 
ment narine; les Latins l'appelaient rostrum. 
Les lampes à un seul bec étaient particuliè- 
rement à l'usage des pauvres. Pour moucher 
la mèche, on employait de petites pinces, 
qui servaient en même temps à écarter les 
lils, afin qu'elle prit plus d'huile et qu'elle 
donnât plus de clarté. Selon l'Ecriture, Sa- 
lomon consacra, avec la table d'or, pour les 
pains de proposition, dix candélabres d'or 
avec des lampes et leurs pinces également 
d'or. On voit beaucoup de ces sortes de pin- 



ces en bronze dans les cabinets d'antiques: 
on en a trouvé dans presque toutes les 
chambres de Pompéi et d'Herculanum. Le 
Lévitique, en traitant du service des lévites, 
fait mention d'un autre instrument qui, dans 
la Vulgate, est appelé emunctorium. 

Les anciens se servaient des lampes dans 
une foule de cérémonies publiques et pri- 
vées. Aussi, ne doit-on pas être étonné d'en 
voir une si grande quantité qui montrent 
des formes riches et des ornements multi- 
pliés. Il était reçu, dans les usages de la vie, 
qu'on pouvait donner ces lampes en présent 
à ses amis. 

Dans les Catacombes de Rome, on trouve 
une prodigieuse quantité de lampes de toute 
espèce. On en trouve sur les parois des cu- 
bicula ou des salles de réunion pour la cé- 
lébration des mystères chrétiens , sur les 
tombeaux, dans les monumenta arcuata, 
dans les tombeaux eux-mêmes. Beaucoup 
de ces lampes portent des emblèmes chré- 
tiens, comme le monogramme de Jésus- 
Christ, la figure du Bon Pasteur, le navire, 
le chandelier à sept branches, le poisson, la 
colombe, etc. 

Toutes les lampes ne sont pas travaillées 
avec un soin égal. Il y en a de magnifiques, 
il y en a de très-simples. Les unes ont été 
faites par des artistes, les autres sont l'ou- 
vrage de potiers ordinaires. Passeri a cher- 
ché à établir une classification entre les 
lampes antiques; il a voulu les distinguer 
en quatre classes, d'après leur usage public 
ou particulier : en lampes publiques, lampes 
sacrées, lampes domestiques, lampes sépul- 
crales. Dom Montfaucon a observé , avec 
beaucoup de raison, que les caractères de 
ces lampes sont très-difficiles à assigner. 
Celles qui ont été trouvées en si grande 
quantité à Herculanum ne diffèrent en rien 
de celles que Bellori appelle lampes sépul- 
crales. Il paraît que l'on se servait indistinc- 
tement de toute espèce de lampes pour les 
usages religieux ou civils. 

Plusieurs auteurs nous ont laissé de longs 
détails sur les lampes inextinguibles des an- 
ciens. On dit que, sous le pontificat do 
Paul III, on ouvrit un tombeau, à Rome, où 
l'on trouva une lampe qui devait avoir brûlé 
pendant 1G00 ans, et qu'elle s'éteignit dès 
qu'on l'eut exposée à l'air. Jean-B. Casali. 
dans son livre de Veteribus Christianorum 
Ritibus, cap. k% où il traite de lucernis 
Christianorum et aliis luminibus, soutient ce 
sentiment, et pour preuve il rapporte que 
dans le cimetière de Calliate, on trouva dans 
un ancien tombeau une lampe encore allu- 
mée qui s'éteignit dès qu'elle prit l'air a 
l'ouverture du sépulcre. Ces faits n'ont pu 
soutenir le regard de la critique : ils ont été 
relégués parmi les fables, ainsi que l'huile 
d'amiante qui se mettait dans les lampes 
inextinguibles et qui ne se consumait pas 
plus que la mèche d'amiante. 

Cassiodore avait inventé une espèce de 
lampe qui brûlait pendant fort longtemps, 
et cette invention avait été faite p.;r lui a 
l'usage des moines du monastère qu'il avait 






273 LAM 

bâti près de Squillace on Calabre. [Voy. 
Cassiod. de Institutions divinarum littera- 
rum, cap. 30.) On peut consulter sur ces 
lampes Baromus, à l'an 5G2, n. 11, et Pom- 
pée. Sarnelli clans ses Lettres ecclésiastiques, 
tom. X, lclt. Gl. 

II. 

Onapubliédansles Annales archéologiques, 
tom. IV, pag. 148, la description d'une très- 
curieuse lampe du mi* siècle. Cette lampe 
appartient à M. de Saint-Mémin, conserva- 
teur du musée de Dijon, qui en a donné la 
description dans les termes suivants : 

« Elévation perspective d'une lampe à 
huit becs, en bronze coloré d'une patine na- 
turelle, vert-brunâtre foncé, ayant l'aspect 
d'un bronze antique. Un cône allongé, s'é- 
levantdu centre de la lampe et dont la base 
sert de point d'attache aux huit becs, est 
divisé horizontalement en six parties par 
des moulures, quatre desquelles sont com- 
posées d'un tore compris entre deux filets. 
Le compartiment inférieur, celui qui pose 
immédiatement sur le réservoir, est orné de 
feuillages. Les trois compartiments suivants 
contiennent chacun trois sujets tirés de 
l'Histoire sainte, séparés l'un de l'autre par 
des colonnettes supportant des arcs en plein 
cintre. Le cinquième compartiment est, 
comme le premier, orné de feuillages; sur 
celui-ci est une boule ovoïde, surmontée 
d'un anneau de suspension trilobé et dont 
la tige tourne librement dans l'extrémité su- 
périeure de la boule. — Sous le réservoir, 
au point de jonction des ventres des huit 
becs, est un culot, du centre duquel sort 
une tige descendante, relevée en crochet. 
Ce crochet servait, sans doute, à suspendre 
un bassin destiné à recevoir l'huile débor- 
dante. Je connais des lampes à huit becs, 
telles que celles dont les Israélites font 
usage dans leurs oratoires; elles sont mu- 
nies d'un semblable bassin, que termine in- 
térieurement un anneau servant à saisir la 
lampe suspendue à une poulie à contre- 
poids. Chaque bec est garni d'un porte-mè- 
che en fer étamé et d'un couvre-mèche à 
crochet de même matière, articulé à char- 
nière. » 

v< Après cette description matérielle de 
l'objet, disons quelques mots sur la partie 
artistique de son ornementation. Tout l'ou- 
vrage, feuillages et sujet, est a jour et d'un 
Style analogue à celui delà noie ou clochette 
décrite dans les « Annales archéologiques » 
(tom. I, pag. 262), (pic M. Didron pense de- 
voir dater du xi c ou du xn siècle. L'en- 
semble de la lampe est d'une coupe qui ne 
manque pas d'élégance; mais les personna- 
et autres ligures, formant les neuf reliefs 
qui la décorent, sont d'un dessin barhare, 
comparable à celui des ohjets sculptés sur 
les chapiteaux romans le plus défectueuse- 
ment taillés. Cependant les divers sujets 
sont assez clairement exprimés pour être 
[••connus sans trop de peine. 1" Saûl l'ait 
David son ('cuver; 2° lutte de l'ange et de 
Jacob; 3° David jouant de la harpe et un 



LAM 



27 fc 



ange soutenant l'instrument; k" le sacrifice 
d'Abraham ; 5* le déluge symbolisé par une 
barque dans laquelle sont Noé et sa femme; 
0° Samson, sans armes, se rendant maître 
du lion des vignes de Thamnatha qu'il va 
mettre en pièces : on reconnaît le person- 
nage a la longueur démesurée de sa cheve- 
lure; 7° David et le géant Goliath; 8° la ten- 
tation (?); 9° le jeune Tobie conduit par 
l'ange Raphaël, sous la figure d'Azarias. Ce 
sujet, comme le précédent, est douteux. On 
y pourrait voir l'expulsion du paradis ter- 
restre : l'attitude des deux personnages pa- 
raît triste et abattue. 

« Hauteur, du dessous du crochet au-des- 
sus de l'anneau de suspension, m 12 e o m ; 
diamètre, pris des extrémités de deux becs 
opposés, m 25°. » 

Il serait possible que cette lampe fût d'o- 
rigine judaïque et qu'elle eût pour destina- 
tion de servir dans une synagogue juive. 
Elle est fort curieuse et en elle-même et à 
cause de l'époque archéologique à laquelle 
elle appartient. {Voy. le dessin de cette 
lampe, tom. IV des Ann. archéol.) 

III. 

Dans les églises et devant l'autel où est 
déposé la sainte Eucharistie, il doit y avoir 
au moins une lampe allumée. Cette pres- 
cription remonte a la plus haute antiquité, 
et elle continue d'être en vigueur de nos 
jours dans tous les diocèses. Cette lampe est 
destinée à montrer à tous les yeux, d'une 
manière aussi apparente que possible, que 
Jésus-Christ est la lumière du monde. 

La lampe, en outre, a toujours été regar- 
dée comme une marque d'honneur. C'est 
ainsi que nous voyons, chez les Grecs, la 
coutume de faire porter deux lampes devant 
l'empereur, comme signe de distinction. Le 
pape Nicolas I er reprocha à l'empereur grec 
Michel de conserver cet usage, pour symbo- 
liser la douhle juridiction spirituelle et tem- 
porelle. Lipse, dans une dissertation sur les 
Annales de Tacite (lib. i), démontre que la 
lampe ligurait au nombre des insignes im- 
périaux. On portait anciennement une lampe 
devant un patriarche, pour marquer sa ju- 
ridiction spirituelle (Ciampini, ret. Montra. 
pag. ii, cap. 12). Quant aux lampes qui 
étaient suspendues devant les images des 
sa : nts, saint Fortunat, évoque de Poitiers, 
qui vivait à la fin du vi c siècle, parle d'une 
lampe qui brûlait devant le tombeau de 
saint Martin de Tours : 

llir paries retinel sancti sub imagine formant.... 
Sub pedibus Justi paries habel arda (enestram 
Lijcli'um adest, aijus oitrea natal igms in urna. 

Bos ; o, dans sa Roma sotterranea (lib. iv, 
cap. 50), dit que les lampes allumées sur 
les tombeaux des saints signifient la gloire 
dont ils jouissent dans le ciel. Dans l'église 
du âainte-Pudentienne, h Rome, sur l'archi- 
trave qui se trouve au-dessus de la porte, 
est une statue de cette sainte, avec une 
lampeantique a la main. Il en est de même 
dans une mosaïque de l'église de Sainte- 



27". 



LAM 



LAN 



276 



Marie au delà du Tibre, où l'on a représenté 
la parabole des dix vierges. Elles tiennent 
toutes à la main une lampe d'une forme 
semblable. Ces lampes sont Jes symboles de 
la virginité, et l'huile l'emblème des œuvres 
de miséricorde. 

Consultons les auteurs qui ont écrit sur 
les lampes d'église, surtout Georgius. 

Le mot cicindela, qui sert à désigner une 
espèce de lampe qui brûle dans nos églises, 
s'applique proprement à un insecte, le ver 
luisant. Dans la charta cornutiana, il est 
l'ait mention de six lampes d'argent, cicin- 
flelœ avec leurs chaînes. Saint tîrégoire de 
Tours (Hist. lib. iv, cap.3G) s'exprime ainsi: 
Xam de oleo cicindeli qui ad ipsum sepul- 
rrùm quotidie accenditur, cœcorum oculis 
lumen reddidit. Le mot candela, chandelle, 
dérive du mot cicindela (Du Cange). Les 
lain [ies d'églises, lampades ou lucernœ, étaient 
communément d'or ou d'argent. Dans le tré- 
sor du monastère de Saint-Riquier, il y avait 
« six lampes d'argent et douze de cuivre, 
avec des ornements d'or et d'argent. » (C/iron. 
centul. lib. n, cap. 10.) Saint Ansegise, au 
830, offrit au monastère de Fontenelle ou 
de Saint- Wandrille une lampe d'argent. Dans 
la Vie de saint Benoit d'Àniane, nous lisons 
que dans l'église do Saint-Sauveur, dans son 
monastère, il y avait sept lampes d'une ex- 
traordinaire beauté, travaillées avec une per- 
fection rare. (Voy. Autel, Accessoires des au- 
fels; nous y avons déjà parlé assez longue- 
ment des lampes.) 

Dans l'inventaire de l'ancienne cathédrale 
de Saint-Paul de Londres, on lit qu'il y avait 
dans la chapelle de Sainte-Radégonde unus 
circulas ferreus, florigeratus, appensus ante 
crueem, in quo pendet una lampas. (Dugdale, 
Hist. de Saint-Paul.) 

La fondation de lampes qui devaient brû- 
ler constamment devant certains autels ou 
certaines images, était une dévotion bien 
suivie, durant de longs siècles. Aussi voyons- 
nous, dans les vieux titres, une foule de 
pièces relatives à cet objet. 

IV. 

Pour prouver l'antiquité de l'usage des 
lampes dans les églises, nous rapporterons 
un trait historique. Eusèbe de Césarée ra- 
conte un miracle opéré par le saint évoque 
Narcisse, la veille de la fête de Pâques. 
Comme on ne trouvait pas d'huile pour al- 
lumer les lampes, ce saint pontife les fit rem- 
plir de l'eau d'un puits voisin, et ayant fait 
sa prière sur cette eau, il ordonna qu'on les 
,-illumât, et elles éclairèrent comme si l'huile 
tùt été leur aliment. 

Saint Paulin, évoque de Noie, nous repré- 
sente les autels éclairés d'une multitude de 
lampes, nuit et jour : 

Clara coronantur demis altaria lychnis. . . 
Nocte dieque micant. . . . 

On lit souvent dans les Vies des souve- 
rains pontifes et des princes, qu'ils ont fait 
don aux églises de lampes, ou phares d'or 
OU d'argent. Ces vases étaient de diverses 
formes. Les uns figuraient des dauphins, 



d'autres avaient pour dômes des couronnes 
auxquelles étaient fixées les chaînes de mé- 
tal qui tenaient la lampe suspendue. 

La cathédrale d'Angers avait un usage 
singulier, que rapporte le sieur de Moléon 
dans ses Voyages liturgiques. Aux fêtes so- 
lennelles, avant la messe, un petit chœur 
de musique donnait le signal pour allumer 
les lampes et flambeaux, en ces termes : 
Accendite faces lampadum; eia, psallite, pa- 
tres, hora est, cantate Dco; eia, eia, eia. 

LANCÉOLÉ, qui a la forme d'un fer de 
lance. — On dit un arc lancéolé; les divisions 
des roses gothiques sont quelquefois lan ■ 
céolées. 

LANCETTE (Style ogival a). — I. Comme 
nous avons eu l'occasion de le dire plusieurs 
lois déjà, notamment aux articles Classi- 
ficatiox , Age des monuments, Ogival 
[Style), etc., etc., le style d'architecture ca- 
ractérisé par la présence de l'ogive et qui 
succéda à l'architecture romano-byzantino 
vers la fin du xn- siècle, se divise en plu- 
sieurs variétés, que l'on a caractérisées par 
un ensemble de formes architectoniques, 
dont le plus saillant a été emprunté aux fe- 
nêtres. L'architecture à ogives comprend 
une longue période, divisée en trois épo- 
ques. La période ogivale s'étend depuis la 
lin du xn e siècle ou le commencement du 
xnr, jusque vers le milieu du xvr siècle. 
Les trois époques remarquables de cette 
période sont le style ogival primitif ou à lan- 
cette, le style ogival secondaire ou rayonnant, 
le style ogival tertiaire ou flamboyant. Voy. 
Ogive. 

Nous n'avons point à redire ici ce quo 
nous avons eu déjà l'occasion de développer 
dans les considérations générales sur l'ogive 
et le style ogival, sur la supériorité du style 
ogival à lancette, sur celui des siècles pos- 
térieurs. Tous les connaisseurs, sans excep- 
tion, la proclament ; ils se sont plu à moti- 
ver leur jugement par des raisons qui pa- 
raissent tellement solides, que personne n'a 
cherché à les réfuter ou même à les contre 
dire. Toutes les beautés architecturales, en 
effet, se rencontrent dans les monuments du 
xm e siècle : régularité , simplicité, gran- 
deur, harmonie, ornementation sobre et élé- 
gante. 

Nous allons indiquer ici les caractères gé- 
néraux de cette architecture. L'observation 
aidera à distinguer, parmi les édifices appar- 
tenant à ce beau style, ceux qui sont de la 
fin du xn e siècle d'avec ceux qui sont du mi- 
lieu du xui" siècle, ou de la fin du même siè- 
cle. Cette distinction ne s'appuie que sur des 
nuances. Or, l'œil de l'observateur attentif 
et instruit parvient à les saisir facilement et 
sûrement, tandis qu'il est difficile, pour no 
pas uire impossible, de les indiquer par une 
description, avec quelque précision; d'au- 
tant plus qu'en cette occasion la connais- 
sance du synchronisme des styles architec- 
toniques est indispensable. Voy. Synciiko- 
msme. 

Pour donner avec méthode les caractères 



27^ 



LAN 



LAN 



37 S 



qui se font remarquer dans le style ogival a 
lancette, nous suivrons l'ordre que nous 
avons adopté dans notre livre intitulé : Ar- 
chéologie chrétienne. 11 en résuUera plus de 
clarté, et le lecteur se rendra mieux compte 
des dispositions principales qui régnent dans 
les grands et nombreux éditices que le xm" 
siècle nous a légués. 

Voici cet ordre : 

1° Forinc et plan des églises ; 2" appareil 
de construction ; 3" colonnes et chapiteaux ; 
k° arcades; 5" entablements et galeries; G" fe- 
nêtres et roses; 7° portes, arcs-boutants et 
contreforts ; 8° voûtes ; 9° tours et clochers ; 
10° ornementation; 11° statuaire; 12° pa- 
vage des églises; 13° vitraux peints; 14-° pein- 
tures murales; 15° détails sur les moyens 
d'exécution; 16" liste des monuments les 
plus remarquables. 

II. 

1° Forme et plan des églises au xm* siècle. 
— Le plan général adopté dans la construc- 
tion des grandes églises au xn e siècle reçut 
seulement quelques changements au xm c . 
Les dispositions essentielles restent les mê- 
mes. Ainsi, le chœur prend des dimensions 
beaucoup plus considérables qu'au siècle pré- 
cèdent ; les nefs sont également plus spacieu- 
ses , et les collatéraux , formant déambula- 
.atoirc, tournent autour du sanctuaire. Dès 
le xi' siècle, on avait établi des chapelles 
secondaires autour de l'abside ; mais cette 
addition, qui n'avait pas été générale, fut 
faite dans tous les édifices de quelque im- 
portance , fut constamment pratiquée au 
3UH" siècle ; et ces chapelles , jusque-là peu 
nombreuses, furent alors multipliées, et at- 
teignirent quelquefois le nombre de quinze, 
comme a la cathédrale de Tours. Elles fu- 
rent placées uniquement autour du sanc- 
tuaire et du chœur ; ce ne fut qu'au xiv" siè- 
cle et au xv c qu'elles furent ajoutées aux nefs 
mineures qui accompagnent la nef princi- 
pale. Quand les chapelles accessoires se 
trouvent le long des flancs d'une église du 
xm" siècle , on peut être certain qu'elles 
n'appartiennent pas au plan primitif, et 
qu'elles y ont été ajoutées à une époque 
postérieure. C'est ainsi que les belles cathé- 
drales de Reims, de Chartres, etc. , bâties au 
xm" siècle, n'ont pas de chapelles latérales 
le long des bas-côtés de la grande nef; c'est 
ainsi encore que la cathédrale d'Amiens, la 
plus célèbre des cathédrales françaises, bâtie 
aussi au xm" siècle, offre des chapelles acces- 
soires le long des collatéraux de la nef ma- 
jeure, lesquelles ont été construites en bors- 
d'œuvre, aprèsque le monument fut achevé. 

Dans quelques grandes cathédrales, com- 
me à Paris, Bourges, Chartres, le Mans, 
Coulances, Troyes, etc., etc., les bas-côtés 
«'ni été doublés, et l'on a deux latéraux à la 
net majeure et autour du sanctuaire. Cette 
disposition n'est pas exclusivement propre 
au xm' siècle, car on l'a pratiquée posté- 
rieurement à relie dernière époque, i omme 
à la cathédrale d'Anvers, on Belgique. On 
peut voir, a ce Mijct, la description abrégée 



que nous avons donnée, au mot Cathédrale» 

des cathédrales de France, d'Angleterre, de 
Belgique, d'Allemagne, etc. 

On trouve au xm" siècle , surtout dans 
les campagnes, des églises terminées par 
une muraille plant;, sans abside proprement 
dite et sans chapelles absidales. La muraillo 
terminale est percée d'une ou de plusieurs 
fenêtres ogivales. On rencontre cette dispo- 
sition architecturale dans quelques grands 
monuments du xm' siècle, en France , a la 
cathédrale de Laon , a. Saint-Martin de Cla- 
mecy, dans le diocèse actuel de Nevers, et à 
l'ancienne abbatiale de Saint-Julien, à Tours, 
à la cathédrale de Poitiers , et à Saint-Serge 
d'Angers. 

La plupart des cathédrales anglaises sont 
terminées par une muraille droite et plane, 
du côté de l'orient : on y voit rarement une 
abside arrondie ou taillée à pans. L'ancienne 
cathédrale de Dol , en Bretagne , a été cons- 
truite sur un plan analogue. Voy. Anglais 
(Style). 

La chapelle de la Sainte-Vierge, au fond 
de l'abside, acquiert quelquefois de très- 
grandes dimensions au xiu c siècle, telle- 
ment qu'on dirait une petite église accolée 
à une autre église. Nous pouvons apporter 
en exemples les cathédrales du Mans, de 
Cou tances, de Ilouen, etc. 

Le culte de la sainte Vierge a reçu, dans 
ces chapelles , une de ses expressions les 
plus remarquables et les plus frappantes. 
Non-seulement un grand nombre de cathé- 
drales sont consacrées à Dieu , sous l'invo- 
cation de Notre-Dame ; mais encore dans 
chaque église il y a un sanctuaire particu- 
lièrement dédié à la Mère de Dieu, à celle que 
nous invoquons comme médiatrice auprès 
de Jésus-Christ, seul vrai Médiateur entre 
Dieu et les hommes. Les protestants aurai. t 
beau chercher à déprécier le culte que les 
catholiques rendent à la sainte Vierge , en 
nous attribuant des intentions idoldlriqurs, 
que nous repoussons avec horreur, il n'en 
subsistera pas moins, jusqu'à la fin di's siè- 
cles, d'imposants témoignages de l'esprit de 
l'Eglise catholique, à ce sujet, depuis les 
peintures monumentales des Catacombes jus- 
qu'aux cathédrales splendides qui se bâtis- 
saient encore ou se décoraient au moment 
où a commencé la prétendue réformation ! 

III. 

2° Appareil de construction. — Les édifices 
de la période ogivale, à commencer a la tin 
du \ir siècle , ont été bâtis avec des pierres 
de grand appareil. Le moyen appareil ne re- 
parail jamais, au moins de manière à pou- 
voir fournir des indications archéologiques 
cl des renseignements chronologiques : le 
petit appareil régulier, ou à losange, ou en 
arêtes de poisson, etc. , a complètement dis- 
paru. 

Les pierres à grand appareil qui entrent. 
dans la construction des monuments de style 
Ogival à lancette ne sont pas toujours pai - 

faiteraenl régulières : elles sont communé- 
menl pi us longues que hautes; mais elles 
sont bien posées, cl Les appareillcurs ont 



279 



LAS 



LAN 



280 



fait preuve de goût et d'habileté en élevant 
ces murailles solides qui ont bravé déjà bien 
des siècles et bien des tempêtes, et oui sem- 
blent destinées à durer autant que le mon- 
de. Une des causes de cette solidité pro- 
vient de l'emploi d'épaisses couches de mor- 
tier, de sorte que le roulement de l'édifice 
n'a aucun etl'et fâcheux, et que les assises, 
appuyées d'aplomb , n'éclatent jamais sur 
leurs angles. 

IV. 

3' Colonnes et chapiteaux. — En entrant 
dans une de nos modernes cathédrales, ce qui 
frappe et étonne d'abord , c'est la légèreté , 
l'élancement, la hardiesse, la prodigieuse 
élévation des colonnes et des colonnettes 
montant du pavé jusqu'aux voûtes, pour en 
soutenir les nervures. 

Les colonnes se groupent pittoresquement 
autour des piliers qui séparent chaque tra- 
vée, s'effilent capricieusement, et, trompant 
l'œil qui les suit avec surprise , font suppo- 
ser une élévation encore plus grande que 
celle qui existe dans la réalité. Les piliers 
principaux sont ordinairement cantonnés de 
quatre colonnes bien proportionnées et d'un 
elï'et admit able. Les colonnes ou colonnettes, 
groupées, forment des faisceaux d'une gran- 
de élégance. Partout où le style ogival a été 
en vigueur, les colonnettes sont nombreuses 
et très-habilement groupées. On peut dire 
cependant que c'est dans les monuments du 
nord de la France qu'elles sont groupées 
• l'une manière plus pittoresque. C'est dans 
cette partie de notre pays que les colonnes 
avaient commencé à s'unir en faisceaux dès 
le xi* et le xn e siècle ; il n'est donc pas sur- 
prenant qu'au xw siècle cette disposition ar- 
chitecturale y ait été mieux comprise et 
mieux formulée, peut-être, que partout ail- 
leurs. Communément, les colonnes et colon- 
nettes, au xiii" siècle , qu'elles soient grou- 
pées ou isolées, se détachent de manière 
que les trois quarts du fût cylindrique res- 
tent apparents et visibles. On voit des exem- 
ples où les colonnettes sont entièrement dé- 
tachées du pilier qu'elles accompagnent : il 
y a de heaux spécimens de cette modification 
a la cathédrale de Laon et dans plusieurs 
cathédrales de l'Angleterre, notamment h la 
cathédrale de Cantorbéry. Voy. Coloxne, Fut. 

Les colonnettes qui s'élèvent h une grande 
hauteur sont quelquefois garnies, à diverses 
hauteurs, d'ANNEAux ou Agnelets. (Voy. ces 
mois.) 

On connaît quelques rares exemples de co- 
lonne! tes torses au xui e siècle , comme à la 
cathédrale de Chartres. M. de Caumont cite 
encore , sous ce rapport , la cathédrale de 
Gênes. 

Jusqu'à présent, on ne connaît pas de pro- 
portions régulières aux colonnes et aux co- 
lonnettes du xin e siècle. Les proportions en 
hauteur et en diamètre varient suivant les 
édifices, et on peut même ajouter, selon les 
intentions particulières de chaque architecte. 
Il arrive fréquemment que les colonnes s'é- 
tagent régulièrement les unes au-dessus des 
autres ; dans ce cas , le tailloir des colonnes 



inférieures sert de base aux colonnes supé- 
rieures. On voit dans quelques églises le 
premier ordre de colonnes composé de pi- 
liers cylindriques , au-dessus duquel le se- 
cond ordre Se pose en encorbellement. Cette 
disposition ne produit pas toujours un heu- 
reux etl'et. Celle que nous avons mentionnée 
plus haut est bien préférable. 

Les chapiteaux des colonnes et colonnet- 
tes du xiu e siècle sont très-élégants : ils sont 
composés de feuilles variées , recourbées 
en volute à leur sommet. Quelquefois ces 
feuilles sont remplacées par des bouquets , 
des fleurs , et même des têtes d'hommes ou 
d'animaux , qui offrent de loin le même as- 
pect comme ensemble de masse ou de pro- 
fil. Nous avons donné d'amples détails sur 
les chapiteaux à l'article Chapiteau, auquel 
nous renvoyons. 

Le tailloir qui surmonte les chapiteaux du 
style ogival primitif est carré durant la pre- 
mière partie du xiii' siècle ; dans la seconde 
partie de ce même siècle, il devient polygo- 
nal, et ordinairement il affecte la forme oc- 
togone. Voy . Abaque. 

La base des colonnes de cette époque se 
compose d'un premier tore , ordinairement 
comme écrasé, et faisant saillie sur le pié- 
destal ou le socle. Ce tore est séparé de quel- 
ques petites moulures en baguettes, placées 
à la partie inférieure du fût , par une scotie 
profonde. Voy. Base. 

Il y a des bases très-simples; il y en a de 
très-riches : quelques-unes sont appendicu- 
lées. Voy. Appendice et Appendiculé. 

Ces bases sont parfois appuyées sur des 
piédestaux unis, carrés ou à plusieurs pans. 
A la cathédrale de Chartres, on voit des 
piédestaux sculptés sur chaque face. A la 
cathédrale du Mans , il y en a qui ont les 
pans évidés par une espèce de petite arcade. 
Parfois les piédestaux sont assez élevés ; ce 
qui produit un excellent elï'et, comme à 
Saint-Ouen de Rouen, et surtout à Saint-Ju- 
lien de Tours. Parfois ils sont peu dévelop- 
pés, et posent lourdement sur le sol. 
V. 

k° Arcades. — La forme des arcades est ca- 
ractéristique dans les monuments du xur 
siècle. L ogive règne à peu près exclusive- 
ment. Si l'on rencontre encore le plein cin- 
tre en quelques endroits, il apparaît entouré 
des moulures et des ornements du style ogi- 
val. La présence du plein cintre est alors 
une exception. C'est ainsi qu'à la nef prin- 
cipale de la cathédrale de Nevers, chaque 
travée de la nef est surmontée de fenêtres 
ogivales circonscrites dans un plein cintre. 
C'est ainsi encore qu'à Saint-Julien de Tours, 
église d'une pureté de style remarquable , 
quelques arcades des galeries du trifurium 
sont à plein cintre. 

L'ogive du xm e siècle est souvent suréle- 
vée. Elle pourrait s'encadrer dans un trian- 
gle équilatéral , et elle est formée de l'arc en 
tiers-point , proprement dit , c'est-à-dire de 
l'arc dont la corde sous-iendante serait divi- 
sée en trois parties égales. Pour tracer l'o- 
give en tiersTuoint, on appuierait l'extrémité 



281 



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2s.i 



«la compas sur les points marqués sur la 
corde, et non pas sur le point de naissance 
de l'arcade. Cette observation est importante. 
La plupart des arcades du xm e siècle sont 
en tiers-point, tandis que celles des époques 
postérieures sont ordinairement plus aiguës. 
Ce n'est pas à dire que jamais, dans les mo- 
numents du style ogival a lancette, on ne 
rencontrera d'ogives aiguës , dans le genre 
de celles qui ont été employées plus tard , 
mais ces ogives aiguës y sont moins com- 
munes, et leur présence est motivée par des 
raisons de solidité ou d'emplacement. 

Dans la région absidale , on voit fréquem- 
ment des arcades surélevées qui produi- 
sent l'effet le plus agréable. On peut citer 
celles de la cathédrale de Tours comme type 
d'élégance, sous ce rapport; celles de la ca- 
thédrale du Mans, au contraire, sont telle- 
ment pointues, précisément parce qu'on ne 
les a pas surélevées , que l'effet en est très- 
défavorable à la perspective. 

Les arcades ogivales forment, aux yeux du 
vulgaire, le seul caractère distinctif du style 
gothique. Elles doivent être considérées as- 
surément comme caractère de grande valeur; 
mais il ne faudrait pas y attacher une im- 
portance exclusive. Celui qui se laisserait 
uniquement guider par là tomberait parfois 
dans de lourdes erreurs, ou, au moins, ren- 
contrerait des faits qui , pour lui, demeure- 
raient inexplicables. 

VI. 

5° Entablement et galeries. — Il s'opéra, dès 
le commencement du wir siècle, une modi- 
fication remarquable dans l'entablement des 
grands édifices. Jusque-là les murs avaient 
été couronnés de corniches très-simples , 
composées de quelques moulures grossières, 
parfois même d'une pierre en saillie, à peine 
coupée en biseau à son angle inférieur. Ces 
corniches reposaient sur des corbeaux ou 
modifions variés, où l'on voyait des figures 
grimaçantes, des feuilles, des fruits, des ani- 
maux, des formes bizarres, etc. Au xn e siè- 
cle, ces modifions avaient été un peu modi- 
fiés. Les corbeaux à figures monstrueuses 
avaient été remplacés par des espèces de 
consoles, reliées les unes aux autres par des 
arcatures ou par des cintres recreusés en 
guise de petites voussures. Les consoles 
étaient ornées de figures ou de feuillages, 
ou restaient uniquement formées de moulu- 
res d'architecture : elles furent enfin rempla- 
cées par des dents de scie; ce qui s'observe 
aux édifices romano-byzantins de transition. 
Ces dents de scie continuèrent d'être em- 
ployées à l'entablement des monuments de 
l'époque ogivale primitive, surtout dans cer- 
taines régions de la France. Mais les feuilles 
entablées leur succédèrent promptemenl dans 
le centre de la France. Dans le Nivernais, 
les dents de scie et les feuilles entablées, du 
commencement du \nr siècle , sont repré- 
sentées par des modifions l'oit petits, réunis 
les uns aux autres par de petits arcs à sim- 
ple rond de compas, établis longitudinale- 
ment , et non pas dans un sens perpendicu- 
laire. 



Les feuilles entablées forment un orne- 
ment très-distingué au-dessous des moulu- 
res saillantes de la corniefie. Elles sont à 
crochets , au xm e siècle , comme la plupart 
des feuillages d'ornementation de la même 
époque. Entre les feuilles fortement recour- 
bées on voit d'autres feuilles élégamment 
découpées et disposées avec art. Yoy. Enta- 
blées [Feuilles). 

Le changement véritablement important 
qui s'introduisit , à la fin de la période ar- 
chitecturale de la transition, dans le couron- 
nement des grands édifices, consiste dans 
l'établissement des galeries et des balustra- 
des extérieures. On voit quelques rares ga- 
leries dès le xii' siècle; mais ce n'est encore 
qu'un accident dans la construction , tandis 
qu'à partir du xm e siècle , la présence des 
galeries est constante, et fait partie du sys- 
tème général de construction. Ainsi, les murs 
extérieurs des hauts combles , des combles 
moyens et des combles inférieurs, sont sur- 
montés communément de galeries et de ba- 
lustrades. L'effet extérieur en est plus com- 
plet ; mais les avantages, sous le rapport de 
la bonne construction, en furent inapprécia- 
bles. Les galeries, en appareil solide, taillées 
en pente légère, prêtèrent aux eaux pluviales 
un écoulement facile vers les chenaux des 
gargouilles. 

Les balustrades ou rampes des galeries 
consistaient ordinairement , au xnr siècle, 
en petites colonnettes à chapiteaux feuilla- 
ges, ou en pieds-droits à pans, supportant 
des arcades ogivales ou trilobées. 

Après avoir parlé du couronnement des 
murailles , ou de l'entablemeut extérieur , 
nous devons dire quelques mots des gale- 
ries intérieures et du triforium. Les églises 
bâties à la fin du xii" siècle et au commence- 
ment du xm e , comme Notre-Dame de Paris, 
Notre-Dame de Châlons-sur-Marne , Notre- 
Dame de Laon, Saint-Remi de Reims, Saint- 
Etienne de Caen , ont des galeries qui s'é- 
tendent sur toute la largeur du collatéral. 
Ces galeries sont la reproduction, au pre- 
mier étage, de ce qui existe au rez-de-chaus- 
sée; c'est la même disposition de colonnes, 
de voûtes, de fenêtres : les dimensions en 
hauteur seulement sont moindres. Voy. Ga- 
leries, Triforium. 

Ces larges galeries ne sont pas ordinaire- 
ment garnies de balustrades : celles qui en 
ont les ont reçues par addition à une époque 
postérieure. 11 faut ajouter que souvent les 
galeries intérieures, qui n'ont les dimen- 
sions que de simples couloirs de passage , 
dans les monuments du commencement du 
xiu e siècle, n'ont pas toujours de balustrade, 
comme à Saint-Julien «lu Mans et à Saint- 
Julien de Tours. D'autres galeries en sont 
garnies a la même époque, comme au fond 
de l'abside de la cathédrale de Tours. Yoy. 
Galeries. Parfois les galeries sont simulées, 
ei n'ont aucune profondeur. 
VII. 

G° Fenêtres et roses.— Dans les monuments 
du style ogival primitif, les fenêtres sont 
très-allongées, assez étroites et à abat-jour 



283 



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28 i 



ou ébrasements fortement prononcés. Elles 
ressemblent à un fer de lance ; ce qui fait 
quo les antiquaires anglais les ont appelées 
fenêtres à lancette, dénomination qui a été 
ensuite adoptée par les archéologues fran- 
çais. Cette forme a paru même, dans le prin- 
cipe , tellement caractéristique , qu'elle a 
servi à désigner le style ogival de la pre- 
jmière époque. Voy. Fenêtre; voy. aussi 
Classification. Les proportions des lancet- 
tes ne sont pas toujours ni partout les mô- 
mes ; elles varient notablement, même dans 
un seul édifice. Il y en a de très-longues ou 
de très-courtes dans le même monument, 
quoique les parties où elles se trouvent 
aient été bâties en même temps; ce qui fait 
qu'il serait difficile, pour ne pas dire impos- 
sible, de donner une forme type pour les lan- 
cettes du xiii' siècle. Les conditions d'em- 
placement exercent sur leur développement 
une influence décisive. 

11 y a des fenêtres «h lancette qui n'offrent 
point d'ornements, et dont l'ogive est à peine 
encadrée extérieurement d'une archivolte à 
moulures simples et peu nombreuses. D'au- 
tres sont entourées d'archivoltes très-riches, 
où l'on remarque de belles moulures et des 
fleurons ou des feuillages. A l'abside de 
beaucoup d'églises du xin* siècle , on voit 
les fenêtres à lancettes accompagnées d'ar- 
chivoltes élégantes retombant sur des figu- 
res, et ayant dans la moulure creuse du mi- 
lieu des feuilles à crochets, relevées dans le 
sens du mouvement circulaire de l'archi- 
volte. Citons comme exemples la cathédrale 
d'Evreux, celle de Tours, etc. Parfois les ar- 
chivoîtes portent sur des colonnettes à cha- 
piteaux, et les voussures ou ébrasements 
sont pour ainsi dire cannelés , tant les mou- 
lures toriques y sont multipliées. 

Les églises peu considérables, comme les 
églises paroissiales, à la campagne, certaines 
églises de prieurés, les chapelles, etc. , sont 
éclairées par des lancettes isolées. C'est dans 
ces édifices qu'elles montrent la plus grande 
simplicité ; ce qui contribue à leur laisser 
un caractère de pureté admirable, la simpli- 
cité étant toujours la condition première de 
toute belle et bonne architecture. Les églises 
d'une grande importance , comme les cathé- 
drales, les collégiales, les abbatiales, ont les 
lancettes souvent réunies deux à deux, et 
encadrées dans une ogive principale. Sur le 
sommet des deux lancettes s'appuie une ro- 
sace, ou un trèfle, ou un quatrefeuilles. Cette 
addition complète les belles fenêtres du 
xiii c siècle. D'abord la rosace seule est évi- 
dée dans le tympan de la fenêtre ; plus tard 
les angles eux-mêmes s'évident, de sorte 
uu'il y a des espaces vides triangulaires au- 
dessous de cette rosace , et de chaque coté. 
A la cathédrale de Beauvais, dans les cha- 
pelles absidales, les lancettes géminées sont 
surmontées d'une rosace assez considérable 
<'t très- habilement découpée. Le meneau 
central soutient une légère colonnette qui y 
est placée en application, et qui soutient 
une grosse moulure torique qui suit toutes 
les circonvolutions des têtes d'ogive et des 



divisions de la rosace. Dans d'autres monu- 
ments, cette colonnette et ces moulures to- 
riques n'existent pas; le meneau central, les 
têtes d'ogive sont simplement taillés en bi- 
seau sur leurs angles; les divisions de la ro- 
sace sont tracées à rond de compas. 

Vers le milieu du xm e siècle, et surtout 
sous le règne de saint Louis, roi de France, 
les fenêtres des édifices religieux s'élargis- 
sent, se multiplient, s'élancent à de plus 
grandes hauteurs , deviennent , en un mot, 
plus étendues qu'au commencement de ce 
même siècle. Le type le plus agréable et le 
plus parfait de cette modification se voit à la 
Sainte-Chapelle, à Paris. Les fenêtres ainsi 
transformées se remarquent dans toutes nos 
cathédrales, surtout aux fenêtres de clcres- 
tory, c'est-à-dire, aux fenêtres qui sont pla- 
cées au-dessus de la galerie du trifornem. 
Ces hautes fenêtres , d'une hardiesse prodi- 
g euse, sont ordinairement partagées en trois 
ou en quatre divisions , par deux ou trois 
meneaux. Ceux-ci sont toujours arrondis, et 
souvent en forme de colonnettes à chapi- 
teaux. Le réseau supérieur est formé de plu- 
sieurs trèfles ou quatre feuilles superposés. 
11 faut encore noter que toutes les moulu- 
res, sans aucune exception, qui entrent dans 
l'ornementation de ces hautes fenêtres, sont 
en boudin, jamais anguleuses ni prismati- 
ques. 

Aux façades des églises, on plaçait assez 
communément trois lancettes de dimension 
égale ou inégale : il y a des faits aussi nom- 
breux pour l'une que pour l'autre disposi- 
tion. C'est ce que les antiquaires appellent 
triplet, d'un nom adopté d'abord par les ar- 
chéologues anglais. Le trlplet, dont l'effet est 
fort agréable, a une signification symbolique 
facile à saisir : c'est l'emblème de la Trinité. 
Nous lisons, en effet, dans la légende de 
sainte Barbe, que cette sainte, étant renfer- 
mée par son père dans une chambre où il 
n'y avait que deux fenêtres, en lit ajouter une 
troisième pour représenter le mystère de la 
sainte Trinité. Voy. Triplex. 

On remarque, à la façade des églises de 
Chartres, de Saint-Denis, de Gournay, de 
Moi tain, etc., que la fenêtre centrale du lri~ 
plet ogival est beaucoup plus élevée que les 
deux autres. La même disposition existe 
aussi au chevet des églises qui n'ont pas 
d'absides et qui se terminent par un mur 
droit. 

Si des fenêtres nous passons aux roses, la 
merveille des églises gothiques, nous les 
admirons dès le commencement dans leurs 
heureuses proportions. Elles s'ouvrent, elles 
s'épanouissent, elles étalent leurs riches 
compartiments ciselés, comme de gracieux 
pétales. Quoi de plus ravissant que cette 
fleur immense, incrustée dans la muraille, 
brillant des mille couleurs des vitraux peints, 
portant au cœur l'image de Dieu, et, dans 
toutes les divisions qui s'en échappent en 
rayonnant, celle des anges, des patriarches 
et des saints! Admirable symbole ! le cercle, 
n'est f éternité au centre de laquelle Dieu se 
repose. Les esprits bienheureux, les pro- 



285 



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2St> 



phèlos, les martyrs, les saints, toute la créa- 
tion gravite, eo chantant des hymnes, vers ce 
majestueux centre de toutes choses. 

La plus belle rose peut-être qui existe, 
en France, dans nos monuments de la pé- 
riode ogivale, se trouve à l'église deSaint- 
Ouen de Rouen. 

Les compartiments des roses du xnr siè- 
cle sont communément en forme d'ogives 
trilobées, ou bien ce sont des trèfles, des 
quatrefeuilles et des rosaces entremêlés avec 
beaucoup d'art. Les roses les moins compli- 
quées se rapprochent des roses du xn c 
siècle ; celles, au contraire, qui ont des dé- 
Coupures multipliées se rapprochent di s 
roses justement célèbres de Saint-Ouen, de 
Nuire-Dame de Rouen, et de la cathédrale 
de Tours. Les meneaux des roses du xm e 
siècle, quelque complication qu'on leur sup- 
pose, ne présentent pas néanmoins les mê- 
mes combinaisons architecturales que celles 
des xiv' et xv' siècles. Voy. Roses, Rosace, 
Fenêtre. 

Dans les modestes églises rurales du style 
ogival primitif, les roses se voient spéciale- 
ment au chevet, et souvent elles y surmon- 
tent deux lancettes, reproduisant ainsi avec 
celles-ci le nombre trois, si habituel dans 
nos édifices religieux du xnr siècle. A la 
cathédrale de Laon, la région absidale, qui 
se termine par une muraille droite et plane, 
est éclairée par une large et somptueuse 
rose. 

VIII. 

7° Portes. — Les portes restèrent la par- 
tie privilégiée des sculptures, au xnr siècle, 
comme aux siècles précédents. Nous devons 
rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs 
avec quelques développements, à savoir que 
l'on doit considérer les portails de nos grands 
monuments chrétiens sous deux points de 
vue : d'abord, sous le rapport architectural, 
ensuite sous celui de la sculpture et de l'or- 
nementation. L'architecte établit un ensem- 
ble de lignes, avec la sévérité qui accompa- 
gné la véritable science de l'art de bâtir. 
C'est un cadre en rapport avec Jes masses 
du frontispice. Les détails appartiennent au 
sculpteur et au statuaire. Ces deux œuvres 
sont distinctes; celte distinction est néces- 
saire pour bien apprécier le mérite des fron- 
tispices de certaines cathédrales. Lorsque 
le travail de l'architecte domine, nous avons 
une' porte d'un effet simple et majestueux, 
comme à la cathédrale de Coutarices; lors- 
que le travail du sculpteur remporte, nous 
avons le splendide portail de la cathédrale 
de Reims. 

Les portes de certaines de nos cathédrales 
du xnr fiècle sont d'une beauté incompara- 
ble. Elle nous paraissent supérieures à celles 
des plus renommées parmi les cathédrales 
de l'Angleterre. Les pierres du linteau, du 
tympan et de la voussure disparaissent sous 
une profusion incroyable de ciselures fines 
et délicates. La pierre ne semblait opposer 
nucune résîstancc aux sculpteurs de cette 
é, •oqr.e, cl se façonnait dans leurs mains 



comme de la cire. Les grandes statues, les 
statuettes, les niches, les dais, les pinacles, 
les aiguilles, les dentelles, les feuilles, les 
fleurs, les guirlandes, les couronnes se [tres- 
sent, s'unissent de tous côtés. Autour du 
grand portail sont rangés, en longues files, 
suivant les lois de la hiérarchie, les archan- 
ges, les anges, les patriarches, les prophètes, 
les rois ancêtres de Jésus-Christ, les mar- 
tyrs et les confesseurs. 

Outre les grandes statues, on admire des 
bas -reliefs représentant des compositions 
historiques complètes, des scènes relatives 
soit au jugement dernier, soit au triomphe 
des justes, soit au supplice des méchants. 
Les détails sont souvent exprimés avec une 
justesse et un bonheur incroyables. Les 
ligures, malgré leur petite dimension, sem- 
blent respirer, tant elles traduisent tidèk'- 
ment les sentiments qu'on a voulu leur faire 
exprimer. Quelques-unes de ces scènes peu- 
vent, à juste titre, êtie regardées comme 
des chef-d'œuvre de goût et d'exécution. 

A partir du xm e siècle, l'ouverture de la 
porte principale fut partagée en deux par 
un pilier dont nous connaissons la destina- 
tion symbolique sur le tympan, au fond de 
cet*e suite d'arcs concentriques et décrois- 
sants, qui simulent une perspective fuyante : 
le jugement dernier se trouve représenté 
avec tout son appareil de majesté et de ter- 
reur. Le sculpteur chrétien a cherché à frap- 
per l'esprit par cette effrayante image, et 
pour produire une plus profonde impression 
sur la conscience, il a voulu que la porte 
présentât deux voies, l'une à droite, l'autre 
a gauche, l'une pour les bons, l'autre pour 
les méchants, suivant les paroles de la ter- 
rible sentence. Chacun, en franchissant le 
seuil du lieu saint, devait se rendre témoi- 
gnage de ses bonnes ou mauvaises œuvres, 
et choisir sa voie. C'était une imposante le- 
çon ! Le pilier symbolique fut conservé cons- 
tamment jusqu'à la Renaissance, au xvi e 
siècle, époque où l'on perdit toutes les tra- 
ditions de l'architecture catholique. 

Après avoir jeté un coup d'œil général 
sur les portes des grands édifices du xur 
siècle, nous allons maintenant en examiner 
et en analyser les diverses parties. 

Quelques portails sont précédés d'un 
porche plus ou moins saillant, surmonté de 
pignons triangulaires. Le moyen âge ne nous 
a rien laissé en ce genre qui puisse être 
comparé au porche qui précède le portail 
septentrional de la cathédrale de Chartres. 
Voy. Pobche. 

(.es péristyles sont élevés sur des perrons 
de plusieurs marches : ils présentent trois 
grandes arcades surmontées de pignons, 
correspondant aux trois entrées du fond, et 
soutenues sur des massifs, des pieds droits 
et des colonnes qui, ainsi que les voussures, 
sont décorés d'une quantité considérable de 
statues, de bas-reliefs et d'ornements aussi 
curieux parla manière donl ils sont travaillés 
que par la variété de leur composition. 

Le porche de la porte méridionale de la 
Cathédrale di Lauz< une est forl remarquable). 



287 



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Il était primitivement ouvert de trois cotés'. 
Les statues des apôtres occupent, trois par 
trois, les deux côtés de la porte et les deux an- 
gles du porche : elles sont d'une belle exécu- 
tion et comparables à celles de Chartres. Les 
arcades latérales ont été bouchées avant cette 
suppression, faite pour éviter le vent et la 
pluie; ce perche avait beaucoup de grâce et 
, de légèreté, mais il ne correspond qu'à une 
porte, et conséquemment il a bien moins 
d'importance que les porches de Chartres 
qui en abritent trois. 

Le porche ou vestibule de Notre-Dame de 
Dijon doit être également cité. Mais au lieu 
d'être détaché de l'église comme ceux que 
nous venons d'indiquer, il fait partie du 
corps du bâtiment et il a été pris sur la lon- 
gueur de la nef. Ce n'est donc pas un porche 
ordinaire, mais plutôt un pronaos ou vesti- 
bule, dans toute la rigueur de l'expression. 

Les églises moins importantes que celles 
que nous venons de signaler et qui ont des 
porches ne sont pas très-nombreuses. Les 
porches y sont simples, mais élégants- 

Passons maintenant à la description de la 
base de la porte. Dans les églises qui ne sont 
pas très-ornées, ou qui n'ont qu'une décora- 
tion architecturale, comme nous l'avons 
expliqué précédemment, les voussures des 
portes sont garnies seulement de tores et les 
parois latérales de colonnes, sans statues. 

Dans les grandes églises, les colonnes 
supportent des statues de grandeur d'homme, 
quelquefois même de grandeur plus qu'hu- 
maine. On voit de ces statues à Chartres, à 
Behns, à Amiens, au Mans, à Bourges, etc. 
Kl les ont un caractère fortement marqué. 
Ojielques-unes sont bien posées, bien drapées 
cl largement exécutées. Voy. Sculpture, Sta- 
tuaire. Ce fait est fort important dans l'his- 
toire de notre art national. Il montre jusqu'à 
l'évidence que l'architecture et la statuaire 
du xin c siècle avaient fait plus de progrès 
que la peinture. 

Les voussures sont garnies de statuettes et 
de bas-reliefs. Nous ne répéterons pas ici ce 
que nous avons dit ailleurs. Voy. Cathé- 
drale (Amiens, Reims, Bourges, etc.). Afin 
clé compléter ce sujet, nous placerons ici la 
description de la porte occidentale de la ca- 
thédrale d'Auxerre. A l'article Cathédrale, 
nous avons donné une indication très-courte 
sur cette église remarquable, privée aujour- 
d'hui de son titre de cathédrale. Nous pre- 
nons cet extrait dans un ouvrage que nous 
avons préparé depuis assez longtemps surles 
Anciennes Cathédrales, Abbatiales et Collégia- 
les de France. 

« Les trois portes de la façade occidentale 
de la cathédrale d'Auxerre appartiennent au 
xnr siècle. Les parois latérales, les tympans 
et les voussures, sont tapissés de statues et 
de bas-reliefs, depuis la base jusqu'au som- 
met. Quoique variéesdeforme, ces sculptures 
ne paraissent pas être postérieures au xm e 
siècle; mais le cordon de feuilles qui sépare 
horizontalement les porches d'avec le reste 
de l'éditice, en tranche nettement l'âge sans 
laisser îa moindre incertitude dans l'esprit 



288 



de l'archéologue : le xvr siècle peut reven- 
diquer toute Ta partie supérieure. 

« La porte centrale présente un système de 
décoration d'un beau caractère et des sujets 
sculptés d'une signification éminemment 
chrétienne et instructive. Au centre du tym- 
pan et présidant à toute la scène apparaît la 
figure de Jésus-Christ, entourée d'anges en 
adoration; à sa droite sont les élu's; à sa 
gauche, les réprouvés. Les premiers sont 
admirablement représentés par ces person- 
nages bénis de Dieu et des hommes, dont le 
nom et le culte sont dans le cœur et sur les 
lèvres de tous les chrétiens. On y distingue 
spécialement le patriarche Joseph, les vier- 
ges sages et une foule de bienheureux de 
tout âge et de tout sexe. Les autres sont fi- 
gurés par l'enfant prodigue, les vierges folles 
et la foule hideuse des démons. Malheureuse- 
ment, par suite de mutilations déplorables, 
ces curieuses sculptures sont gravement en- 
dommagées et sont à peine reconnaissables. 
Les amis de l'iconographie religieuse regret- 
tent aussi vivement que les artistes do 
voir cette grande composition si tristement 
altérée. 

« A la partie supérieure des latéraux du 
même portail, on aperçoit le chœur des 
apôtres. Ceux-ci sont, assis deux à deux dans 
chaque niche, et vêtus de larges robes for- 
mant draperie. Au-dessus de leur tête, un 
ange sort des feuillages et des ornements 
variés qui forment le couronnement du dais. 
Ces groupes sont animés d'une expression 
douce et tranquille, de même que les statues 
des vierges sages qui, debout, chastement 
vêtues, dans une attitude modeste et con- 
templative, attendent la venue de l'époux, 
tenant à la main une lampe allumée. Le con- 
traste entre elles et les vierges folles est ap- 
parent : celles-ci ont une pose fière et hardie, 
le regard fixe ; elles tiennent à la main leur 
lampe sans huile et renversée. Auprès de la 
tête des vierges sages se tient un ange au vi- 
sage souriant, qui s'apprête à les couronner; 
tandis que sur la tête des vierges folles est 
un messager divin armé d'un glaive redouta- 
ble et prêta frapper. Cette parabole est sou- 
vent représentée au frontispice de nos cathé- 
drales : elle y est placée précisément avec 
l'intention qui la fit prononcer par Notre-Sei- 
gneur dans l'Evangile. C'est un avertisse- 
ment donné aux fidèles de veiller sans cesse 
et de se tenir toujours prêts : nous ignorons 
quand la mort, figurée par un ange armé 
d'une épée, viendra rompre les liens de la 
vie terrestre, et nous jeter dans l'éternité. 
V r eillons et prions. 

« L'étroite surface du tympan n'a pas per- 
mis à l'artiste de développer dans des dimen- 
sions convenables les scènes diverses du ju- 
gement dernier; elles sont groupées aux 
pieds du souverain Juge. C'est d'abord la 
résurrection générale : les morts sortent de 
leurs tombeaux, et des anges les attendent 
pour les conduire auprès du tribunal suprê- 
me : ce sont, sans doute, les anges gardiens, 
fidèles à ceux qui leur furent confiés par la 
Providence et les accompagnant jusqu'à la 



289 



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•2!»» 



dernière extrémité. C'est ensuite ta sépara- 
tion <les bons et des méchants : des anges 
conduisent les saints vers les régions bien- 
heureuses du paradis, et d'autres poussent 
les damnés dans le gouffre de l'enfer, figuré 
par la gueule béante d'un monstre vomis- 
sant des flammes. 

« Les parois du porche de gauche prêtent 
leur champ à l'exposition des principaux 
chapitres de la Genèse, depuis la création 
jusqu'au déluge. Trois rangées de statuettes 
tapissent le fond de la voussure : ce sont 
des traits de la vie de la sainte Vierge ou 
quelques scènes empruntées h l'Histoire 
sainte. Mais le marteau des modernes van- 
dales a tellement déshonoré ces charmantes 
sculptures, qu'en beaucoupd'endroits il n'est 
plus possible d'y rien découvrir. Le tympan 
est rempli par la tigure de Notre-Seigneur 
qui, la tête ceinted'un riche diadème, dépose 
une couronne sur le front de sa sainte mère. 
Deux anges en adoration accompagnent ce 
tableau, admirable de simplicité et d'exécu- 
tion; tous les visages respirent l'émotion et 
sont calmes comme le bonheur du ciel. Une 
guirlande de branches de chêne entoure le 
tympan, après avoir pris naissance au des- 
sous de la première niche, de chaque coté 
de la voussure. 

« Les grandes statues du porche latéral 
«le droite, au nombre de huit, semblent être 
la personnification des sciences et des arts 
libéraux, autant qu'il est possible d'en juger 
dans l'état présentdcs lieux, car la vétusté ne 
permet pas de distinguer les personnages 
qui ont perdu leurs attributs. On aperçoit 
encore la lyre que tient à la main la Musi- 
que ou l'Harmonie, la troisième statue du 
côté gauche. La Médecine est désignée par 
le serpent qui l'enroule autour de sa taille. 
La Théologie est représentée sous la figure 
grave et recueillie d'un clerc en riche cos- 
tume. Les couronnes que ces statues por- 
tent en tête indiquent l'excellence des scien- 
ces dont elles sont les symboles. 

« Les nombreux bas-reliefs de ce porche 
ont pour motifs des traits de la Bible ou de 
l'Evangile. On a mis en regard les scènes 
, historiques qui se correspondent dans les 
deux Testaments. Ces rapprochements sont 
tout à fait dans l'esprit de l'Eglise, et les 
écrivains ecclésiastiques, dans tous les temps, 
se sont plu à mettre en parallèle les figures 
de l'Ancienne Loi avec les réalités de la 
Nouvelle. Les saints Pères nous ont laissé, 
sur ce sujet fécond, des pages pleines d'é- 
loquence; les commentateurs de la sainte 
Ecriture et les écrivains mystiques ont rem- 
pli de nombreux volumes de considérations 
élevées sur la même matière. Leurs ouvra- 
ges sont une mine abondante et précieuse, 
jusqu'à ce moment trop peu exploitée, où 
nous pouvons trouver la clef de la véritable 
interprétation a, donner à une foule de com- 
positions allégoriques du moyen âge : la 
théologie, l'exégèse biblique et l'art religieux 
se donnaient la main. » 

Cotte description peut donner une idée du 
système de décoration généralement suivi 



pour l'ornementation des portes des princi- 
pales églises. Nous emprunterons à M. de 
Caumont quelques passages où il cherche à 
faire connaître l'arrangement des figures qui 

ornent le tympan et les voussures des por- 
tails du xnr siècle. 

k A partir de la moitié du xnr siècle et 
lorsque le système ogival est complètement 
développé, il est rare de trouver, comme au 
xn c siècle, le Christ au milieu des symboles 
des quatre évangélistes. Quand le Christ pré- 
side au jugement dernier, on le voit, sur 
presque tous les portails du xnr siècle, les 
deux mains élevées, ayant a. ses côtés des 
anges, puis la sainte Vierge et saint Jean, 
l'un et l'autre à genoux et paraissant implo 
rer sa clémence. 

«Losanges tiennent ordinairement la croix, 
la couronne d'épines, les clous et la lance, 
instruments de la passion. 

« La résurrection des morts, l'examen des 
fautes et des bonnes œuvres symbolisé par 
le pèsement des âmes, puis la séparation des 
bons qui vont au ciel et des méchants li- 
vrés aux démons et précipités dans l'enfer, 
se développent tantôt sur une seule ligne, 
tantôt sur deux lignes, au-dessous du tribu- 
nal céleste. 

« Les voussures qui encadrent ces tableaux 
sculptés sur le tympan des grandes portes 
ogivales sont garnies de statuettes presque 
entièrement détachées, dans l'arrangement 
desquelles je crois avoir reconnu un système 
arrêté : ainsi, j'ai presque toujours remar- 
qué des anges sur les voussures les plus rap- 
prochées du Christ; puis successivement sur 
les autres, les apôtres, des martyrs et des 
personnages de l'Ancien Testament. 

« On pourrait décrire successivement un 
assez grand nombre de portails du xiii c siè- 
cle (Chartres, Bourges, Paris, la Couture, au 
Mans, Saint-Seurin de Bordeaux, Amiens, 
etc.), dans lesquels le tableau du jugement 
dernier est reproduit à peu près de la même 
manière. Les bienheureux, conduits par les 
anges, se dirigent vers la Jérusalem céleste 
figurée par une ville ceinte de murailles ou 
par une tour, à l'entrée de laquelle ils re- 
çoivent une couronne. » (Abécédaire ou Ru- 
aim. (Tarchéolog., pag. 213.) 

Le même auteur donne encore la descrip- 
tion et la gravure des tympans des deux por- 
tes principales de Notre-Dame de Trêves : 
cette église fut bâtie vers le milieu du 
xiu e siècle. 

« Sur l'un de ces tympans la sainte Vierge 
tient l'enfant Jésus sur ses genoux ; elle foule 
aux pieds un dragon, emblème du péché. A 
droite on distingue l'adoration des mages. 
Le roi le plus rapproché de la sainte Vierge 
a mis un genou en terre et s'est découvert 
la tête. Il porte la couronne de la main gau- 
che et présente son offrande de la main 
droite. Les deux autres rois sont debout, 
leur couronne sur la tête. L'étoile qui les a 
guidés est figurée dans la bordure qui enca- 
dre le tympan. 

« A gauche de la Vierge, on voit la Présen- 
tation de Jésus-Christ au temple. Derrière 



201 



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29£ 



la sainte Vierge, saint Joseph porte de la 
main gauche un panier h anse, dans "lequel 
sont deux colombes, offrande ordinaire des 
personnes du peuple. 

a Après ces groupes qui remplissent pres- 
que tout le tympan, on voit d'autres person- 
nages plus petits qui débordent sur la guir- 
lande de l'encadrement et l'interrompent : 
ce sont, du coté gauche, les bergers avertis 
par un ange de la naissance du Christ; du 
coté droit le massacre des innocents. 

« L'autre tympan représente le couronne- 
ment de la sainte Vierge : le Christ, recon- 
naissable à son nimbe croisé, pose la cou- 
ronne sur la tète de sa mère, aidé par un 
ange placé du côté opposé; puis viennent 
deux autres anges debout, tenant des cou- 
ronnes : l'espace qui reste de chaque côté 
est occupé par des arbres. 

« La voussure la plus rapprochée du tym- 
pan, et qui en forme la bordure, est remplie 
par huit anges, dont deux encensent la Vierge 
et six ont des couronnes à la main. Dans 
la seconde voussure on voit des anges 
portant des vases à parfums, des livres, des 
ciboires, etc. Le tout est garni de guirlandes 
de feuillages admirablement exécutés. » 
(Abécéd. ou Rudiin cTarchéol., pas. 216 et 
217.) 

IX. 

Contreforts et arcs-boutants. — Les clo- 
chetons, les contreforts couronnés de pyra- 
mides octogones, se dressent autour de la 
cathédrale comme une épaisse forêt. De tous 
les côtés on voit les courbes des arcs-bou- 
tants s'entre-couper en venant s'appuyer sur 
les contreforts. Ce système d'arcs-boutants si 
nombreux et si importants, employés à l'ex- 
térieur des édifices gothiques, passe aux yeux 
de quelques-uns pour une merveille de cons- 
truction et l'application d'une science avan- 
cée, tandis que d'autres le considèrent, au 
contraire, comme une imperfection, et ne 
voient dans ces immenses arcs en pierre que 
des étais, pour ainsi dire, dont on n'a pas 
osé dégager l'édifice. 

Jl est incontestable que ce système fut im- 
posé par la nécessité aux architectes des 
églises ogivales; ils ne pouvaient assurer 
la solidité des murailles, sans cesse poussées 
par la pesanteur des voûtes, sans les buter 
fortement par de nombreux et solides appuis. 
Nous ne pouvons cependant nous empêcher 
d'admirer le génie inventif des architectes 
chrétiens, qui parvint à faire de cette néces- 
sité un motif particulier de décoration. Les 
angles des contreforts furent ornés de colon- 
nettes, leurs faces chargées d'ornements ou 
coupées à jour pour servir de niches à de 
belles statues. La pointe pyramidale posée 
au sommet fut garnie sur ses bords de cros- 
ses végétales, et terminée par une touffe de 
feuilles épanouies. 

Comme les arcs-boutants al'aient soutenir 
le haut des murailles, on en fit des espèces 
d'aqueducs pour l'écoulement des eaux plu- 
viales du grand comble. Voy. Arc-boltant, 

CONTREFORt, GARGOUILLE. 



Les contreforts, soit qu'ils supportent des 
arcs-boutants ou qu'ils soient appliqués im- 
médiatement contre les murs, comme dans 
les fa<;ades et le long des églises qui n'ont 
point de collatéraux, présentent des pilas- 
tres de forme carrée; ils sont divisés en plu- 
sieurs étages par des corniches, et leur sail- 
lie, souvent très-considérable vers la base, 
diminue progressivement en approchant des 
étages supérieurs. 

X. 

8° Voûtes. — Le véritable triomphé" des 
architectes chrétiens au xiir* siècle est l'art 
admirable avec lequel ils ont su élever, à 
des hauteurs prodigieuses, des voûtes si lé- 
gères et si solides. Traversées par des ner- 
vures peu saillantes qui les soutiennent et 
les affermissent, elles bravent, après une 
durée de plusieurs siècles, les efforts du 
temps et les ravages des éléments. Des voû- 
tes exposées pendant plusieurs années à tou- 
tes les intempéries des saisons, par suite du 
fanatisme révolutionnaire, ont pu résister 
à ces actives causes de destruction, quoique 
leur épaisseur fût à peine de quinze à vingt 
centimètres. Jamais les voûtes des églises 
ogivales ne sont faites en pierres de grand 
appareil; elles sont construites en petites 
pierres mêlées avec beaucoup de mortier. Il 
est probable que les voûtes construites en 
pierres de grand appareil n'auraient pas été 
plus solides; et d'ailleurs, il n'aurait pas été 
possible, d'élever des voûtes de ce genre, à 
cause du poids énorme des matériaux et la 
légèreté des supports, à des hauteurs aussi 
considérables que les voûtes de nos églises 
ogivales. 

Les arceaux des voûtes en ogive sont croi- 
sés comme ceux des voûtes à plein cintre; 
quelques-uns sont parallèles entre eux, et 
traversent les nefs en ligne droite de ma- 
nière à séparer ces travées. Tous viennent 
se réunir et s'appuyer sur les massifs qui 
séparent les fenêtres; ce qui nous explique 
pourquoi les arcs-boutants viennent à l'exté- 
rieur soutenir ces mêmes massifs, sur les- 
quels s'exerce la poussée entière de la voûte. 
La retombée des arceaux intérieurs se fait 
ordinairement au niveau de l'entablement 
qui supporte les fenêtres du troisième étage. 
11 en résulte que, vues du portail de l'ouest, 
ces fenêtres se trouvent masquées en partie 
et séparées les unes des autres par les arê- 
tes de la voûte. 

Nous ne donnerons pas ici de plus amples 
détails sur les voûtes. Nous ne les considé- 
rerons ici qu'au point de vue des caractères 
du style ogival du xiu e siècle. Voy. Voûtes. 

XI. 

0° Tours et clochers. — C'est surtout au 
xin 1 siècle que les architectes réussirent à 
élever ces tours hardies et ces flèches 
qui s'élancent à une si prodigieuse hau- 
teur dans les airs et jusque dans la région 
des nuages. Les tours et les pyramides qui 
les surmontent communiquent un mouve- 
ment remarquable aux monuments de l'épo- 



295 



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-2'H 



que ogivale qui en ont été pour.vus. Mais 
ces tours et ces pyramides sont générale- 
ment des constructions si gigantesques , 
qu'elles ont lasse la patience et épuisé* les 
ressources des générations qui ont entrepris 
de les édifier. C'est pour cela qu'un si grand 
nombre de tours sont restées imparfaites et 
inachevées, ou du moins n'ont point été cou- 
ronnées de ces flèches aériennes qu'elles 
étaient destinées à supporter. Ces tours, tel- 
les que celles de Notre-Dame de Paris, de 
Notre-Dame de Reims, etc., s'arrêtent pré- 
cisément au point où Ja pyramide eût dû 
commencer. A Reims, on voit la naissance 
de la flèche. La plate-forme qui les surmonte, 
dans l'état actuel des lieux, est couverte d'un 
simple toit en charpente. 

Nous avons décrit tous les clochers remar- 
quables de la période ogivale. Voy. Aiguille, 
Clocher, Flèche. 

Au xm c siècle, on ne s'est pas toujours 
contenté d'établir deux tours sur les flancs 
du portail principal; on en a placé aux por- 
tails du nord et du midi, et jusque sur le 
centre des églises. A Reims et à Chartres, 
on commença la construction de ces tours, et 
on avait projeté d'en placer deux autres en- 
core de chaque côté du chœur, à peu près 
au point où se dessine la courbure du rond- 
point. Ces tours nombreuses, qui auraient 
produit un efl'et assurément extraordinaire, 
n'ont jamais été achevées. L'ancienne église 
de Saint-Martin de Tours avait cinq tours, 
dont deux à la façade occidentale, deux aux 
extrémités du transsept et la cinquième sur 
l'intertranssept. A la cathédrale de Coutan- 
ces, à Beauvais, à Lisieux, il y a, au centre de 
l'intertranssept une lanterne ou coupole ogi- 
vale, qui produit à l'extérieur l'effet d'une 
tour. La vue eu est pittoresque et imposante. 
Voy. Lanterne, Dôme, Coupole. 

Les clochetons offrent en petit l'image des 
tours percées sur chacune de leurs faces 
d'une ouverture en forme de lancette gémi- 
née. La plupart des clochetons se terminent 
par une flèche octogone ou par une pyramide 
quadrangulaire. 

XII. 

10° Ornementation. — Les ornements usi- 
tés pendant la première époque du style ogi- 
val furent si variés et si nombreux, qu'il nous 
serait dillicile de les indiquer tous en détail. 
(Voy. les divers articles de ce Dictionnaire 
relatifs à la décoration architecturale des édi- 
tices religieux.) Nous nous bornerons à ceux 
qui paraissent plus caractéristiques. 

Les trèfles et les quatrefeuillcs se mon- 
trent fréquemment dans toutes les parties de 
la construction ogivale du xnu siècle; géné- 
ralement leurs lobes sont arrondis, quel- 
quefois ils sont lancéolés. 

Les fleurons creusés dans la pierre pré- 
sentent toujours au moins cinq péiales épa- 
nouis autour d'un centre en saillie. 

Les rosaces sont plus étendues que les 
fleurons, et présentent un nombre indéter- 
miné de divisions. Le centre n'a pas de sail- 
iie, et se montre orné de ciselures Unes et 
variées. 



Parmi les ornements les plus riches ni les 
mieux exécutés, nous devons placer les guir- 
landes de feuillages. L'arl du moyen âge sem- 
ble y avoir épuisé toute sa patience et toute 
son habileté. Lesfeuillesdevigne, les feuilles 
de chône, sont traitées avec une délicatesse 
incroyable; ce sont vraiment de longs sar- 
ments chargés de pampres qui courent au- 
tour des chapiteaux, qui rampent sur l'en- 
tablement; ce sont bien des branches de 
chêne arrachées à nos forets et appliquées 
surles murailles. Nous avons décrit les feuil- 
les et les fleurs imitées dans la décoration 
monumentale des édifices de la période ogi- 
vale, à l'article Flore murale (Voy. cet ar- 
ticle). 

Les dais et les pinacles forment un accom- 
pagnement nécessaire aux belles statues qui 
tapissent les parois du grand portail. Quoi- 
que moins fréquents et moins considérables 
qu'au xiv c siècle, les pinacles, sous la forme 
de pyramides peu élevées, couvertes de bou- 
quets de feuilles, s'élèvent autour des gale- 
ries de la façade et souvent au-dessus des 
niches, légèrement posés sur le dais. Ce dais 
est une sorte de couronnement en saillie, 
fouillé sur toutes ses faces des ciselures les 
plus élégantes, et destiné, par son avance- 
ment, à abriter les statues des saints. 

11 faut ajouter à ces ornements caractéris- 
tiques quelques moulures et quelques orne- 
ments qui appartiennent à l'architecture ro- 
mano-byzantine, et qui ont persévéré durant 
la première époque ogivale. On peut nom- 
mer parmi ces derniers, les zigzags, les tè- 
tes plates, les tètes saillantes, les étoiles, les 
billettes, etc. etc. 

XIII. 

11° Statuaire. — Un des plus beaux titres 
de gloire des artistes de la période ogivale, 
c'est le perfectionnement qu'ils ont su ap- 
porter à l'art si noble de la statuaire. Les 
statues qui décorent les portes des églises 
romano-byzantines annoncent certainement 
une importante rénovation, même de grands 
progrès dans l'exécution matérielle; mais les 
bustes sont allongés, les poses gênées, les 
draperies lourdes, l'expression presque nulle. 
Dès le commencement du xni* siècle, un peu 
de vie vient déjà les animer; le sentiment se 
peint sur quelques visages. La sculpture 
était souvent rehaussée des plus belles cou- 
leurs et des plus riches dorures. Les artistes 
cherchaient à frapper l'imagination, à relever 
aux yeux des hommes les vertus et les saints 
qui les ont pratiquées, en couvrant leurs sta- 
tues de ce que l'on possédait de plus pré- 
cieux. Ce n'était pas seulement richesse de 
travail; c'était encore richesse de matière. 

Quelquefois les personnages sont taillés à 
même la pierre; mais lorsque le relie! est 
un peu fort, les parties les plus saillantes, 
telles que les bras, la tète, etc., ont été rap- 
portées et fixées au moyen de crampons 
de fer. 

L'iconographie du xm r siècle est très-ri- 
che en sujets et en observations de tout 
genre. Il faut un ouvrage entier pour ci 
donner une simple indication. Voyez à ce 



203 



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206 



sujet ce que nous avons dit à nos articles 
Iconographie, Statuaire ; consultez à ce su- 
jet l'Iconographie chrétienne de M. l'abbé 
Crosnier, vicaire général de Nevers. 

XIV. 

12° Pavage des églises. — Il y eut des égli- 
ses, au xm e siècle, pavées avec la plus grande 
simplicité; mais il y en eut quelques-unes, 
et surtout dans la partie du chœur et du 
sanctuaire, pavées avec une grande magni- 
ficence. Ces pavés splendides ne subsistent 
plus ; mais il en reste des débris en quan- 
tité suffisante pour que l'on puisse les res- 
tituer de manière à en avoir une idée com- 
plète. Ce fut à cette époque que commencè- 
rent à se multiplier les pierres tombales. 
Voy. Tombales [Pierres); Funéraires [Mo- 
numents). Les pavés proprement dits étaient 
formés de carreaux émaillés, en terre cuite. 
Ces carreaux reçurent des dessins variés, des 
armoiries, des ligures d'animaux, etc. En les 
ajustant ensemble, on en formait des compar- 
timents, des rosaces, ou une espèce de 
mosaïque dont les couleurs se mariaient 
agréablement avec celles des verreries pein- 
tes. Voy. Pavage des églises , Carreaux , 
Mosaïque. 

Après les pierres tombales et les carreaux 
émaillés, on peut citer les dalles historiées, 
telles que celles qui formaient anciennement 
le pavé des sanctuaires de l'église de Saint- 
Remi de Reims, et qui ont été dessinées et 
publiées par M. O. Tarbé; telles encore que 
celles de l'ancienne cathédrale de Saint - 
Orner. Voy. Labyrinthe. 

XV. 

13° Vitraux peints. — Nous avons fait 
l'histoire générale des vitraux de couleur à 
l'article Vitrail. Indiquons ici brièvement 
les caractères particuliers des verrières pein- 
tes du xm e siècle. Jusqu'au temps de saint 
Louis les vitraux peints sont composés de 
médaillons de différentes formes, circulai- 
res, elliptiques, quadrilobés, en losange, etc., 
disposés symétriquement sur un fond de 
mosaïque. Les bordures sont composées de 
feuillages très- artistement disposés. Les 
grands personnages ne furent guère repré- 
sentés qu'après le milieu du xm e siècle : non 
pas cependant qu'il n'y en ait nulle part ; 
mais ce genre de composition, assez rare au 
xiu e siècle, ne devint commun qu'au xiv e et 
au xv e siècle. Quant aux couleurs employées 
dans les vitraux, c'est le bleu, le rouge et le 
vert qui dominent. Ces trois couleurs sont 
artistement combinées et produisent un bel 
et riche effet. On a employé le jaune, le 
brun, le violet et quelques autres nuances 
avec une grande sobriété. 

On fabriqua aussi des vitraux en grisaille, 
au xui e siècle. Ces grisailles consistent en 
verres blancs, dépolis au feu du fourneau 
de recuisson, sur lesquels on a tracé au pin- 
ceau des dessins variés de feuillages, de fleu- 
rons, d'entrelacs, etc. Dans la composition 
«le la verrière on fait entrer une certaine 



quantité de verre coloré, afin de donner de 
la richesse et de l'éclat à l'ensemble ; la bor- 
dure est ordinairement faite de verres colo- 
rés, comme celle des vitraux à légendes. Voy. 
Vitraux. 

XVI. 

14° Peintures murales. — La peinture mu- 
rale, dit M. de Caumont, au xiu" siècio, a 
plusieurs fois reproduit les mêmes sujets 
que la sculpture, et a concouru avec elle ,\ 
décorer les églises. La peinture à fresque 
fut habituellement usitée au xm e siècle, et 
il n'y a guère d'églises qui n'en offre en- 
core quelques traces sous le badigeon qui la 
recouvre. Dans beaucoup de monuments on 
trouve souvent, comme motif de décoration, 
que les pierres d'appareil sont séparées les 
unes des autres par un trait rouge, et qu'il 
y a un fleuron au centre de la pierre. Ailleurs 
il y a des arcatures, et on voit une imi- 
tation de quelques détails architectoniques 
toujours peints en rouge d'ocre, en vert, en 
jaune et en bleu sur un fond blanchâtre. 

On retrouve communément les mêmes 
teintes que dans les peintures du xn e siècle; 
mais le travail a subi des changements ana- 
logues à ceux de l'architecture. Voy Peinturk 
murale, Fresque, Encaustique. 

XVII. 

15° Détails sur les moyens d'exécution. — 
Nous allons placer ici un extrait de la Notice 
sur la cathédrale de Chartres, que nous 
avons rédigée pour notre ouvrage intitulé : 
Les Cathédrales de France. 

Avant de commencer l'histoire des diver- 
ses constructions de la cathédrale de Char- 
tres, nous ne pouvons nous dispenser de 
faire connaître un fait très-intéressant, qui 
s'est renouvelé souvent plus tard, mais qui 
s'est accompli en premier lieu à Chartres. 
Nous y trouvons un exemple de ce zèle ar- 
dent qui animait les cœurs fidèles, quand il 
s'agissait de la construction d'un édifice 
chrétien. Ces détails sont empruntés à une 
lettre écrite, en 1145, aux religieux de l'ab- 
baye de Tuttebery, en Angleterre, par Ha*- 
môn, abbé de Saint-Pierre-sur-Dive, en Nor- 
mandie. Cette lettre curieuse a été insérée 
dans les Annales bénédictines, traduites, il y 
a quelques années, par M. Richome, et pu- 
bliée dans les Mémoires des antiquaires de 
Normandie. 

« C'est un prodige inouï, dit-il, que de voir 
des hommes puissants, fiers de leur nais- 
sance et de leurs richesses, accoutumés à 
une vie molle et voluptueuse, s'altacher à 
un char avec des traits, et voiturer les pier- 
res, la chaux, le bois et tous les matériaux 
nécessaires pour la construction de l'édifice 
sacré. Quelquefois mille personnes, hommes 
et femmes, sont attelées au même char, tant 
la charge est considérable, et cependant il 
règne un si grand silence, qu'on n'entend 
pas le moindre murmure. Quand on s'arrête 
dans les chemins, on parle, mais seulement 
de ses péchés, dont on fait confession avec 
des larmes et des prières ; alors les prêtres 
engagent à étouffer les haines, à remettre 



207 



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•93 



les dettes, etc., etc. S'il se trouve quelqu'un 
assez endurci pour ne pas vouloir pardon- 
ner à ses ennemis, et refuser de se soumettre 
à ces pieuses exhortations, aussitôt il est déta- 
ché duchar et chassé delasainte compagnie.» 

Haimon rapporte ensuite que ces travaux 
s'entreprenaient principalement durant la 
belle saison ; que pendant la nuit on allu- 
mait des cierges sur les chariots, autour de 
l'église en construction, et qu'on veillait en 
chantant des hymnes et des cantiques. 

Enfin il nous apprend, et ceci mérite d'être 
noté, que ce pieux usage de se réunir pour 
travailler a la construction des églises, ayant 
pris naissance à Chartres, se continua" pour 
une foule d'autres églises, surtout dans les 
lieux où l'on élevait des temples sous l'in- 
vocation de la sainte Vierge. JIujus sacrai 
inslitutionis ritus apud Carnotensem Eccle- 
siatn est inchoatus, ac deinde in nostra virlu- 
tibus innumeris confirmatus, postremo per lo- 
fant fere Nortltmanniam longe lafcque conva- 
luit, ac loca per singula Matri misericordiœ 
dicata, prœcipxte occnpavit. On trouve aussi 
dans une lettre de Hugues, archevêque de 
Rouen, écrite àThéodoric ou Thierry, évêque 
d'Amiens, en 1145, des détails sur ces gran- 
des réunions d'ouvriers bénévoles, qui fai- 
saient vœu de travaillera l'œuvre des cathé- 
drales, en esprit de pénitence et de mortifi- 
cation. « Les habitants de Chartres, dit l'ar- 
chevêque de Rouen, ont concouru à la cons- 
truction de leur église , en charriant des 
matériaux; Notre -Seigneur a récompensé 
leur humble zèle par des miracles qui ont 
excité les Normands à imiter la piété de leurs 
voisins. Nos diocésains, ayant donc reçu 
notre bénédiction, se sont transportés" à 
Chartres, où ils ont accompli leur vœu. De- 
puis lors, les fidèles de notre diocèse et des 
autres contrées voisines ont formé des asso- 
ciations dans un but semblable; ils n'admet- 
tent personne dans leur compagnie, à moins 
qu'il ne se soit confessé, qu il n'ait renoncé 
aux animosilés et aux vengeances, et ne se 
soit réconcilié avec ses ennemis. Cela fait, 
ils élisent un chef, sous la conduite duquel 
ils tirent leurs chariots en silence et avec 
humilité. » C'était donc par ces admirables 
moyens que nos grandes églises s'élevaient 
vers le ciel : on peut bien dire certainement 
qu'elles sont l'œuvre des populations chré- 
tiennes. On peut encore ajouter qu'elles sont 
la traduction en pierre des pensées et des 
sentiments dont elles étaient universelle- 
ment animées. Voyez toutes ces cathédra- 
les qui se dressent comme par enchantement ! 
La prière des générations catholiques monte 
au ciel avec les flèches élancées. La foi re- 
ligieuse s'épanouit dans cette belle florai- 
son architecturale, qui semble porter àDieu 
l'espérance et le parfum de toutes les âmes. 
Et pourtant, malgré cette ardeur des popu- 
lations, la construction des monuments re- 
ligieux durait quelquefois plusieurs âges 
d'homme. Cela se conçoit : comme à cette 
époque on avait foi dans une religion im- 
mortelle, on croyait à l'avenir, et l'on ne se 
laissait pas aller à l'idée malheureuse de ne 
Dictions. d'Arcuéologie sacrée. JI. 



faire qu'une mesquine improvisation dans 
Le désir de jouir plus tôt, ou dans la crainte 
que l'œuvre ne serait jamais terminée. On 
commençait toujours sur un vaste plan, et 
quand les ressources de la contrée venaient 
à s'épuiser, on suspendait les travaux, et on 
léguait avec confiance aux générations futu- 
res le soin d'achever la maison de Dieu. La 
postérité recueillait toujours avec amour le 
saint héritage, et les fils poursuivaient à peu 
près sur le même plan les travaux sacrés 
commencés parleurs pères. 

XM1I. 

16° Liste des monuments les plus remarqua- 
bles appartenant au style ogival primitif. — 
Celte liste a été dressée par M. de Caumont. 

Cathédrale de Laon. Commencée au xn c 
siècle, mais, selon toute apparence, terminée 
dans la première moitié du xnr; plusieurs 
parties de cet édifice, notamment la façade, 
offrent le type du plus ancien style ogival 
et le développement de ce style. On peut l'é- 
tudier avec profit. 

La grande église de Saint -Quentin, en 
grande partie. Edifice remarquable. 

Cathédrale de Reims, tout entière, sauf un 
petit nombre de reprises. Commencée en 

1211, et à peu près achevée trente ans après, 
sous la direction de Robert de Coucy. 

Ruines de l'abbaye de Longpont (Picardie), 
grande église en ruines, qui avait été dédiée 
en 1227, en présence de saint Louis. La cer- 
titude de cette date donne un grand intérêt 
archéologique à l'édifice. 

Cathédrale d'Amiens. Le chœur et la nef, 
sauf diverses chapelles, l'extrémité des trans- 
septs et des reprises , qu'il serait difficile 
d'indiquer sans des plans et des élévations. 
Commencée en 1220, achevée en 1229, sauf 
les additions et reprises dont nous venons 
de parler. Trois architectes fameux dirigè- 
rent successivement les travaux, Robert de 
Lusarches, Thomas de Cormont, et son fils 
Renault. 

Cathédrale de Soissons. Le chœur date du 
commencement du xnr siècle, ainsi que le 
prouve une inscription attestant que, l'an 

1212, cette partie de l'église fut ouverte aux 
chanoines. 

Saint-Denis. Partie du chœur et de la nef. 

Noire-Dame de Paris. Le chœur et la nef, 
sauf les transsepls et différentes parties. 
Commencée sous Philippe-Auguste, conti- 
nuée durant le xm c siècle, achevée seule- 
ment au xiv. La galerie étroite dans laquelle 
il ne peut circuler qu'une ou deux person- 
nes, et que nous avons désignée sous le 
nom de triforium, est remplacée, dans toute 
l'étendue de la grande nef et du chœur, par 
une large tribune qui, comme à Fécamp, à 
Noyon et dans quelques autres églises, peut 
contenir un grand nombre de fidèles. 

Sainte-Chapelle de Paris. En entier (sauf 
la rose occidentale, qui est du xv' siècle, et 
quelques parties refaites .Admirable édifice, 
construit en 12+o par Pierre de Montereau. 

Sainte-Croix, à Provins. La grande nef et 
le collatéral du sud. 

10 



»9 LAN 

Noire-Dame de Mantes. Chœur et ii"f, sauf 
quelques retouches. BAtie par Eudes deMon- 
treuiî, qui avait accompagné saint Louis à la 
croisade. Il est facile de reconnaître que la 
porte à droite de l'entrée principale (S.-O.) 
a été recouverte par une application qui doit 
être de la fin du xv' siècle. 

Cathédrale de Chartres. La nef (sauf la fa- 
çade occidentale, la partie inférieure des 
tours cl quelques parties ajoutées). Les trans- 
septs, le chœur et les chapelles qui l'entou- 
rent (il faut excepter l'imagerie qui orne la 
clôture du chœur, et qui est bien posté- 
rieure). 

Eglise de Saint-Père, à Chartres. Diverses 
parties de la nef offrant, au-dessus des ar- 
cades du premier ordre, un triforium trilo- 
bé, et, au cierestory,des lancettes géminées 
surmontées d'une ouverture ronde. 

Eglise de ia ville d'Eu (Seine-Inférieure). 
La nef et les collatéraux. La voûte de ceux- 
ci s'élève jusqu'au-dessus du triforium, de 
sorie que les arcs géminés qui répondent au 
triforium sont éclairés par les fenêtres des 
bas-côtés, et forment une espèce de gale- 
rie à jour très-élégante- La partie basse du 
chœur est aussi du xin e siècle (les deux or- 
dres supérieurs appartiennent au troisième 
style ogival). 

Cathédrale de Rouen. Le chœur et la nef, 
en partie construits dans la première moitié 
du xm" siècle, par l'architecte Ingelram, qui 
fut chargé, vers le même temps, de la re- 
construction de l'église de l'abbaye du Bec. 
Mais il faut excepter la partie supérieure de 
.a grande nef qui parait avoir été reprise en 
sous-œuvre, les transsepts, les chapelles la- 
térales et plusieurs autres parties postérieu- 
res au xnr siècle ; notamment les fenêtres 
du chœur. La voûte des bas-côtés de la nef 
s'élève, comme à l'église d'Eu, au-dessus des 
arcs qui répondent au triforium. 

Fécamp. La nef, commencée vers la fin du 
xir siècle, construite en grande partie par 
l'abbé Radulph, mort en 1220. Fenêtres en 
lancettes de ia première époque. Larges tri— 
1)imes au-dessus des bas-côtés, remplaçant 
le triforium. 

Cathédrale de Beauvais. Les parties basses 
et moyennes, construites par Eudes dcMon- 
treuil, architecte de saint Louis. 

Sainte-Chapelle de Saint-Germcr. Construite 
vers la fin du xnr siècle, à l'imitation de la 
Sainte-Chapelle de Paris. 

Moulineaux (Eure). Presque tout entière. 
Petite église assez remarquable et bien ca- 
ractérisée. 

Louviers (Eure). La nef. Colonnes monocy- 
lindriques au premier ordre, surmontées de 
colonneltes. 

Saint-Pierre ds Lisieux. La plus grande 
partie de la nef, des transsepts et du chœur. 
Cette église, commencée au xn* siècle, fut 
continuée au xm e par Jourdain du Hommet, 
mort en 1218 ; puis, après un incendie ar- 
rivé en 1226, réparée par l'évêque Guil- 
laume du Pont-de-1'Arche, qui y ajouta di- 
verses chapelles. 



LAN 



500 



Saint-Etienne, à Caen. Le chœur et les bas- 
culés qui l'entourent. 

Langrune (Calvados). Le chœur el la nef. 
Quelques chapiteaux du chœur sont fort élé- 
gants. La tour est remarquable, la pyramide 
qui la surmonte doit être d'une époque pos- 
térieure. 

Cathédrale de Bayeux. Le chœur et les 
chapelles qui l'entourent, élevés vers le mi- 
lieu du xnr siècle. Les parties supérieures 
des murs latéraux de la nef. 

Chapelle du séminaire de Bayeux. Très- 
élégante ; fenêtres en lancettes, chevet rec- 
tangulaire. 

Notre-Dame de Vire. La nef en partie. 

Norrey (Calvados). Eglise très -intéres- 
sante, dont la date ne m'est pas encore con- 
nue, et qui doit être de la fin du xm' siècle 
ou du commencement du xiv". 

Cathédrale de Séez. La nef et ses bas-côtés 
sans chapelle. La façade occidentale, sauf 
les contreforts énormes maladroitement ap- 
pliqués postérieurement et les parties re- 
faites des tours. 

Coutances. Tout l'édifice, sauf les cha- 
pelles des bas-côtés de la nef, et la chapelle 
de la Vierge, la façade occidentale. 

Morlain. Le chœur et la nef, sauf l'extré- 
mité du rond-point, qui paraît du xv" siècle, 
et la porte latérale au sud, qui est romane. 

Cathédrale de Dol. La nef (la façade de 
l'ouest exceptée) et une grande partie du 
chœur. Les colonnes de la nef méritent 
d'être remarquées ; quelques-unes se déta- 
chent complètement des piliers dont elles 
sont l'accessoire, caractère que l'on trouve 
dans quelques édifices du xm c siècle. 

Cathédrale du Mans. Le chœur, les bas- 
côtés et les chapelles qui l'entourent élevés 
en grande partie en 1230 et 1270, d'après les 
recherches de M. l'abbé ïournesac. 

Cathédrale de Saint-Gatien, à l'ours. Le 
chœur et les chapelles qui l'entourent, fon- 
dés dans la deuxième moitié du xu e siècle, 
et terminés vers 12G6, sous l'épiscopat de 
Vincent de Pernil. Les chapelles qui entou- 
rent le chœur ont presque toutes conservé 
leurs fenêtres en lancettes ; les chapiteaux 
des colonnes du premier ordre sont-très ca- 
ractérisés. Les fenêtres de quelques chapel- 
les, surtout du côté sud. 

Saint Julien de Tours. Reconstruite en 
partie au xm e siècle, sous le règne de saint 
Louis, d'après Chalmel, auteur de VHis- 
toire de la Touraine. 

Notre-Dame de Lamballe. Quelques par- 
tics. 

Cathédrale de Saint-Pol de Léon (Finis- 
tère). La nef presque tout entière, la façade 
occidentale et la base des tours. 

Candes. Portail latéral, orné de statues 
très-remarquables. Quelques parties de la 
nef. 

Cathédrale de Poitiers. L'ornementation 
intérieure (chapiteaux et bases des colon- 
nes, voûtes, moulures, etc.) annonce en 
partie le xm" siècle. Ce monument a été 
commencé au xn" siècle, sous le règne do 
Henri II; mais il n'a vraisemblablement été 



301 



/AN 



I.\N 



503 



achevé qu'au xnr. Le portail occidental est 
même postérieur au xnr siècle. 

Cathédrale de Bordeaux. Parties de la 
nef. Peut-être quelques parties du chœur. 
Ce dernier parait plutôt se rapporter au 
xi v. 

Basas (Gironde). Quelques parties cons- 
truites en 1233. 

Saint-Gcry à Cahors. Le chevet percé de 
trois lancettes, dont une, celle du milieu, 
plus élevée que les deux autres. Le reste 
de l'égise est plus ancien et appartient au 
style roman. 

' Saint- Amable à Riom. Le chœur, com- 
mencé en 12Y8, d'après les recherches do 
MM. Douillet et Gonod, continué jusqu'en 
12U3. Le transsept est du xiv'. 

Cathédrale de Vienne (Isère). Le chœur en 
partie. Frise en marbre blanc, incrustée de 
ciment rouge, mode d'incrustation que l'on 
trouve aussi dans l'abside de la cathédrale 
de Lyon, et qui rappelle les incrustations 
que l'on voit en Toscane et ailleurs dans 
un grand nombre d'églises, notamment à 
Saint-Michel et à la cathédrale de Lucques, 
dans la façade de la cathédrale de Pise, etc. 
Je n'ai point observé d'incrustations sem- 
blables en France ailleurs qu'à Lyon et à 
Vienne. 

Cathédrale de Lyon. Les fenêtres dans la 
partie supérieure de l'abside : peut-être 
quelques parties de la nef. 

Cathédrale de Saint-Laurent, à Gênes. La 
façade et le portail de l'ouest. Cette façade 
est d'une richesse qui rappelle ce que nous 
avons de mieux parmi nos églises ogivales 
primitives du commencement du xnr siècle, 
dans le nord de la France. Les trois portes 
qui ornent ce beau portail offrent des vous- 
sures multiples reposant sur des colonnes à 
chapiteaux, comme on les faisait au xm e ; 
quelques-unes de ces colonnes sont torses, 
on en voit aussi de garnies de perles con- 
duites en spirale. 

Cathédrale de Lausanne. La nef (sauf l'or- 
nementation de la façade), remarquable par 
son vestibule elliptique. 

Cathédrale de Dijon. La nef et les trans- 
septs. Construite en grande partie dans la 
seconde moitié du xin e siècle. 

Notre-Dame de Dijon, Râtie dans la se- 
conde moitié du xnr siècle. Un vestibule 
précède le portail ; la façade occidentale est 
remarquable par ses galeries superposées, 
rappelant la disposition de quelques églises 
italiennes, et par les frises ornées de rin- 
ceaux très-bien fouillés qui forment entre 
chaque étage des lignes horizontales peu en 
rapport avec le génie du style ogival. 

Cathédrale de Bourges. Le chœur, la nef 
en partie, sauf les chapelles des collatéraux. 
Quelques portions seulement de la façade 
comprise entre les deux tours. Vaste basili- 
que fort élevée (110 pieds sous voûte), ter- 
minée circulairement à l'est et dans laquelle 
il n'y a pas de transsepts. Deux rangs de 
bas-côtés occupent tout le pourtour. La 
disposition do ces nefs rappelle aussi celle 
que Von trouve dans quelques églises du 



xni' siècles notamment dans le chœur de la 
cathédrale du Mans. 

Cathédrale d'Auxerre. Le chœur. La pre- 
mière pierre en fut posée en 1210 par Guil- 
laume de Seignelay; il fut construit en 
grande partie par son successeur Henri de 
Villeneuve. La forme des fenêtres, la pro- 
portion des arcades, les bases, les coin nues 
et leurs chapiteaux à feuilles galbées, tout 
annonce le beau temps de l'architecture ogi- 
vale primitive. 

Vézelay. Le chœur et les chapelles qui 
l'entourent. 

Cathédrale de Strasbourg. Quelques par- 
lies, notamment le transsept méridional. 

Cathédrale de Toul. La nef (sauf la façade 
occidentale qui est du xv") et le chœur en 
partie. 

Eglise du Saint-Sépulcre à Chaumont-cn- 
Bassigny. La nef, sauf les chapelles des bas- 
côtés qui doivent être du xv e siècle. 

Cathédrale de Chdlons-sur - Marne. Le 
chœur et les bas-côtés qui l'entourent. 
Cathédrale de Sens. Partie de la nef. 
Cathédrale de Troyes. Le chœur en partie 
et les chapelles qui l'entourent, commencée 
en 1108, sous Fepiscopat d'Hervée. 

Saint-Nicolas de Gand. Quelques parties 
de la façade et des murs latéraux. 

Lacken près Bruxelles. Chœur avec fenê- 
tres en lancettes. 

Eglise du Sablon, à Bruxelles. En partie. 
Bâtie en 1288. 

Cathédrale de Saint e-Gudule, à Bruxelles. 
Parties du chœur bâties en 1226, terminées, 
dit-on, en 1273. Une grande partie de cette 
église a été refaite. La façade et les tours 
paraissent être du xiv e ou du xv e siècle ; 
d'autres parties sont moins anciennes en- 
core. 

LANGUE DE SERPENT, ou DARD, orne- 
ment d'architecture qui a la forme d'une 
pointe triangulaire ; il sépare ordinairement 
les oves d'une moulure. 

LANTERNE. Cet article sera divisé en 
trois parties, et traitera, 1° des lanternes de. 
cimetières ou fanaux ; 2" des lanternes ou 
coupoles ogivales ; 3° des lanternes du via- 
tique. 

I. 
Lanternes de cimetières. — On construisit 
au moyen âge, dans plusieurs cimetières, 
des espèces de colonnes creuses, ou lanter- 
nes, ou fanaux. Ces monuments funéraires 
étaient destinés à recevoir une lampe, dans 
certaines occasions, d'où leur est venu lo 
nom de lanternes ou de fanaux. Ces monu- 
ments, signalés par Montfaucon, ont été dé- 
crits et expliqués avec plus de soin et de 
succès par M. de Caumont (Bullct. monum., 
tom. III). Au pied de plusieurs de ces co- 
lonnes creuses il y avait primitivement un 
autel. On y pratiquait plusieurs cérémonies 
religieuses ; peut-être même y disait-on la 
messe dans certaines circonstances, surtout 
à l'inhumation de certains personnages. 
Cette conjecture devient très-plausible, je 
crois, dit M. de Caumont, quand on consi- 
dère que l'on apportait les morts d'assez 



"m 1T . 



LAN 



LAN 



301 



loin dans certains cimetières, qu'on ne les 
descendait dans le cercueil en pierre trop 
lourd pour être déplacé, qu'à la fin de la 
cérémonie funèbre, et que dans certains cas 
on devait se dispenser de faire entrer le 
':orps dans l'église. (Cours d'antiq. monum. 
vi' part., pag. 3V3.) 

Dans quelques localités, dit le même au- 
teur, où il existe des colonnes, on y vient 
en procession le dimanche des Rameaux, 
jour où il est aussi d'usage, dans beaucoup 
d'endroits, de mettre des rameaux bénits 
sur la tombe des morts. 

Le fanal allumé, sinon toujours, au moins 
dans certaines occasions, au sommet des co- 
lonnes, était une sorte d'hommage rendu à 
la mémoire des morts, un signal rappelant 
aux passants la présence des trépassés et 
réclamant leurs prières pour eux. 

M. de la Villegille a trouvé dans les écrits 
de Pierre de Cluny, surnommé le Vénéra- 
ble, mort en 1156," un passage qui éclaircit 
beaucoup celte matière. Voici les termes 
dans lesquels il s'exprime au sujet de la 
petite tour du fanal du monastère de Cher- 
lieu, dans l'ancien diocèse de Mâcon :Obti- 
net médium cimiterii locum structura quœdam 
iapidea, habens in summitate sui quantilatem 
nnius lampadis capacem, quœ ob reverentiam 
fidelium ibi quiescentium, totis noctibus ful- 
tjore suo locum illum sacratum illustrât. 
Sunt et gradus, per quos illuc ascenditur ; 
supraque spalium duobus vel tribus ad stan- 
dum vel sedcndum hominibus sufficiens, etc. 
(Petrus Venerab., de Miraculis, lib. n, in 
Biblioth. Palrum, tom. XXII, pag. 1121.) 

M. Le Cointre du Pont remarque que les 
colonnes ou fanaux se rencontraient parti- 
culièrement dans les cimetières qui bor- 
daient les chemins de grande communica- 
tion, ou qui étaient dans des lieux très-fré- 
quentés. Le motif qui faisait élever ces fa- 
naux était, dit-il, de préserver les vivants 
de la peur des revenants et des esprits de 
ténèbres, dont l'imagination de nos ancêtres 
peuplait les cimetières pendant la nuit ; de 
les garantir de ce timoré nocturno, de ce 
negotio pcrambulante in tenebris, dont parle 
ie Psalmiste ; enfin, de convier les vivants 
à prier pour les morts. 

L'opinion de Mabillon (Annal. ord.S. Bene- 
dicti, tom. VI) ne paraît guère probable 
sur ce sujet. 11 pense que la lumière de ces 
fanaux servait à éclairer ceux qui se rendaient 
?i l'église pendant la nuit. Si des fanaux d'une 
grande hauteur, comme la tour d'Evrault, 
ou celle du cimetière des Innocents, à Paris, 
ont pu remplir ce but, il ne pouvait en être 
ainsi de ces colonnes peu élevées qui ne 
dominaient aucunement sur les campagnes 
environnantes. 

Nous allons donner à présent la descrip- 
tion de quelques-uns de ces monuments. 
Commençons par la notice écrite par M. de 
la Villegiuc, sur deux lanternes situées dans 
le département de l'Indre. Les deux colon- 
nes creuses que j'ai visitées, dit-il, sont 
situées, comme les fanaux dont M. Le Coin- 
tre fait mention, au milieu des cimetières 



qui bordent des chemins de grande commu- 
nication. La première colonne, celle d'Es- 
trées, arrondissement de Chrtteauroux, oc- 
cupe à peu près le centre d'un grand terrain 
vague, qui s'appuie, au midi, sur l'ancienne 
route de Buzançais a. Palluau, et se trouve 
limité au nord par les restes de l'église pa- 
roissiale d'Estrées, monument du xi* siècle, 
dont le chœur est encore debout. Ce terrain, 
autrefois le cimetière de la paroisse, a été 
fouillé sur presque toute sa superficie : beau- 
coup de terres en ont été enlevées, de façon 
que les fondations de la colonne se trouvent 
maintenant à découvert sur une hauteur de 
65 centimètres. 

L'élévation totale du fanal d'Estrées est de 
8 mètres 30 centimètres. Il se compose d'une 
sorte de soubassement formé de deux cônes 
tronqués superposés, à bases octogones , 
ayant ensemble 3 mètres 40 centimètres de 
hauteur, et se terminant par une colonne 
d'un diamètre extérieur de 1 mètre 19 cen- 
timètres. Cette colonne, dont le mur a 27 
centimètres d'épaisseur, est entourée, à 6 
mètres 60 centimètres du sol d'un cordon 
en pierre qui sert d'appui à des fenêtres de 
67 centimètres de hauteur. Un autre cordon 
règne à 20 centimètres au-dessus des fenê- 
tres, et supporte un troisième cône tron- 
3ué circulaire, qui forme toit. Au sommet 
e ce cône, qui a environ 85 centimètres, 
on aperçoit une tige de fer, reste d'une croix 
qui surmontait jadis la colonne. 

L'octogone de la base du soubassement 
a 8 mètres de développement; la porte se 
trouve sur la face qui regarde le sud-est. 
E'ie est ronde à la partie supérieure, d'une 
hauteur de 1 mètre 50 centimètres, et la 
place des gonds qui la soutenaient se voit 
encore dans le mur. Cette porte fermait l'en- 
trée d'une galerie qui conduit au centre du 
monument, dont la cavité présente , à sa 
partie inférieure, un carré de 55 centimè- 
tres de côté : cependant l'assise qui repose 
sur le sol est arrondie, à la hauteur de 3 
mètres 40 cent., précisément au point où 
commence extérieurement la colonne; l'ou- 
verture intérieure devient également circu- 
laire, et offre un diamètre de 65 centimètres. 
Cette dernière forme, en succédant au carré, 
donne naissance, au-dessus des côtés de ce- 
lui-ci, à quatre segments de cercle dans les- 
quels on voit deux entailles vis-à-vis l'une 
de l'autre. Elles ont évidemment servi à en- 
castrer une barre de fer destinée à empê- 
cher de monter dans la colonne; on peut, en 
effet, facilement parvenir jusqu'aux fenê- 
tres, au moyen de deux rangées de trous 
ménagés dans le mur, près des angles de la 
face opposée à la porte. Ces trous, distants 
entre eux verticalement, de 60 centimètres, 
sont disposés en échelons, et se continuent 
de la même manière dans la partie cylin- 
drique. 

Les fenêtres ont 17 centimètres d'ouver- 
ture ; elles sont carrées à l'extérieur et lé- 
gèrement évasées, mais en dedans l'évase- 
ment des baies est très-considérable. La 
partie creuse de la colonne est recouverte 



505 



LAN 



LAN 



sor, 



par une seule pierre en granit, qui déborde 
extérieurement et forme le second cordon 
dont j'ai déjà parlé. 

A l'exception de cette table de granit, tout 
le monument est construit en pierres de 
taille calcaires, très-blanches. Elles varient 
dans leur longjeur de 30 à 60 centimètres ; 
mais chaque assise a environ 20 centimètres 
de haut. 

L'aspect général du monument d'Estrées 
ne permet pas de préciser la date de son 
érection. 

Une autre colonne est située sur la com- 
mune de Saint-Georges-de-Ciron, à 15 kilo- 
mètres du Blanc, et sur l'ancien chemin qui 
conduisait de cette ville à Argenton. Elle est 
éloignée de l'église du village d'environ 
150 mètres, et, comme celle d'Estrées, elle 
se trouve au milieu d'un vaste cimetière 
abandonné depuis longtemps. 

Le fanal de Ciron est assis sur un large 
piédestal en maçonnerie, ayant 5 mètres 80 
centimètres de long, sur h mètres 80 centi- 
mètres de large, et 1 mètre 20 centimètres 
de hauteur. On y monte du côté du cou- 
chant par un escalier de six marches. La co- 
lonne proprement dite a 7 mètres 20 centi- 
mètres d'élévation. 

La pierre employée au monument de Ci- 
ron est très-dure, ce qui fait qu'elle s'est 
mieux conservée qu'à Estrées. Le fanal de 
Ciron paraît remonter au xnr siècle ou au 
commencement du xiv'. 

Dans la commune de Saint-Hilaire, non 
loin de Ciron, il existait également une co- 
lonne du même genre, mais un peu moins 
élevée. Elle a été démolie en 1833 on 183V. 

M. ïailhand a fait connaître plusieurs 
lanternes ou fanaux. Il en existe un à Felle- 
tin, département de la Creuse : il est placé 
dans le cimetière au-dessus et un peu à l'est 
de la ville. C'est un prisme octogonal sur- 
monté d'un toit pyramidal de la hauteur to- 
tale de 20 pieds. 

Le fanal du cimetière de Montaigu, arron- 
dissement de Riom, département du Puy-de- 
Dôme, est carré. Celui de Cullent est fond. 
(Voy. Bulletin monum., tom. V, pag. i33.) 

M. de Caumont cite d'autres phares ou 
colonnes creuses. La Colonne de Fenioux , 
département de la Charente-Inférieure, ar- 
rondissement de Saint-Jean-d'Angély, est si- 
tuée dans le cimetière du village , à 100 
pas de l'église. Elle offre une agglomération 
de onze colonnes engagées, ayant un socle 
commun et des bases particulières. Ces onze 
colonnes, appliquées sur le corps cylindri- 
que de la colonne creuse, ont chacune leur 
chapiteau et portent une architrave sur la- 
quelle s'élèvent, en forme d'attique, onze 
petits piliers carrés ayant entre eux autant 
d'intervalles pour laisser échapper la lu- 
mière que l'on enfermait dans cette espèce 
de lanterne : sur ces piliers repose une 
pyramide quadrangulaire terminée par une 
croix. 

Fanal d'Antigny. Ce fanal, situé à Anti- 
gny, département de la Vienne, est moins 
ancien que celui de Fenioux cl parait être 



du xiii* siècle. Il n'est pas cylindrique comme 
le précédent : il est carré, décoré sur les 
angles de petites colonrettes dont les bases 
ornées de pattes annoncent le xiii' siècle. 
L'autel accolé au fanal d'Antigny semblo 
prouver que dans certaines circonstances on 
disait la messe au pied de cette pyramide. 

Colonne de Parigné-iEvêque. Cette colonne, 
qui se trouve dans le cimetière de Parigné- 
I Evéque, au diocèse du Mans, est cylindri- 
que et élégante: elle est terminée par un 
toit conique; elle a de hauteur 11 mètres 70 
centimètres. 

IL 
Lanternes ou coupoles ogivales. Au xin' 
siècle et aux siècles suivants de la période 
ogivale, on construisit au-dessus de l'inter- 
transsept une espèce de coupole ogivale 
que l'on désigne ordinairement sous le nom 
de lanterne. Voy. Coupole, Dôme, Yolte. 

Le moyen âge ne nous a rien laissé de. 
supérieur en ce genre à la lanterne de la 
cathédrale de Coutances. La tradition rap- 
porte que le maréchal de Vauban, en pas- 
sant par Coutances, tit placer un tapis sous 
le dôme, qu'il s'étendit dessus et resta plu- 
sieurs heures en contemplation devant ce 
chef-d'œuvre. Il est impossible, en effet, de 
rien concevoir de plus gracieux , de plus 
aérien, de plus hardi. Nous avions souvent 
regardé avec admiration le dôme de l'église 
des Invalides, à Paris, celui de l'ancienne 
église de Sainte-Geneviève, celui duVal-de- 
Grâce, et plusieurs autres : notre esprit n'a- 
vait pu résister à un sentiment de surprise 
et de véritable émotion en voyant ces œu- 
vres surprenantes , en analysant les patients 
efforts des hommes de génie qui les ont 
élevées. Mais, il faut l'avouer, la coupole de 
Notre-Dame de Coutances est propre à im- 
pressionner plus profondément que le dôme 
moderne, imité de l'antique. Il y a toujours 
quelque chose de lourd et de terrestre dans 
les cré.itions du style classique ; dans celles 
du style chrétien , au contraire, la matière 
pour ainsi dire, n'a plus ses lois de gravité. 
A la coupole de la cathédrale de Coutances, 
des flots de lumière brillante se précipitent 
sous la voûte étoilée du centre, par d'innom- 
brables fenêtres élancées. Chaque fenêtre 
est accompagnée de deux colonnettcs effi- 
lées, dont les lignes parallèles produisent 
l'effet de la plus étonnante légèreté, tandis 
que leurs chapiteaux à belles volutes recour- 
bées semblent s'unir pour former une guir- 
lande de feuillages. Deux rangées de gale- 
ries superposées ajoutent encore à la déco- 
ration des murailles intérieures. 

Si la lanterne de Coutances est actuelle- 
ment l'œuvre la plus remarquable du moyen 
âge en ce genre, la lanterne delà cathédrale 
de Beauvais, qui n'a [tas subsisté malheu- 
reusement pendant longtemps, en était la 
création la plus extraordinaire. Au milieu du 
xvi' siècle, la construction de la célèbre cou- 
pole de Saint-Pierre de Rome remplissait 
l'Europe du bruit de ses merveilles ; Jean 
Waasl et François Maréchal, architectes do 
la cathédrale de Beauvais, voulant prouver 



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J.AP 



308 



que le style gothique était capable d'égaler 
le style classique en hauteur, élevèrent au- 
dessus de la partie centrale de la croisée une 
tour pyramidale de 96 métrés de hauteur, 
dont la hase avait 16 mètres de largeur sur 
chaque face. La tour qui servait de base à 
celte pyarmide, percée a jour de toutes paris, 
était ornée île vitres peintes, et ses quatre 
angles, surmontés d'obélisques, se ratta- 
chaient au corps de la pyramide octogone 
par -plusieurs arcs très-délicatement travail- 
lés. L'intérieur en était voûté en ogives, 
de manière que le spectateur, placé au cen- 
tre du transsept, pouvait en considérer 
toute la hauteur. Cette construction merveil- 
leuse produisait un effet véritablement ma- 
gique : flèche aérienne, qui semblait laisser 
flotter aux vents les mille ornements de 
ses dentelles légères. Elevée h 131 mètres 
60 centimètres, du sol de l'église au sommet 
de la croix, elle prenait son essor jusque 
dans la région où se forment les orages, pour 
aller porter jusqu'au trône de Dieu le signe 
ife la Rédemption. Dans les jours de solen- 
nité religieuse, on plaçait au milieu de la 
pyramide une lampe ardente, et cette espèce 
de phare lumineux qu'on apercevait à de 
très-lointaines distances, indiquait que le 
temple du Seigneur est le véritable port du 
salut. 

Il va encore une lanterne h la cathédrale 
d'Evreux. Le cardinal La Ballue , sous 
Louis XI, passe pour en avoir fait les frais. 
Cette lanterne est également fort élégante. 
L'ancienne cathédrale de Lisieux en pré- 
sente aussi une qui ne manque ni d'impor- 
tance ni de légèreté. 

III. 
On trouve souvent mentionnées des lan- 
ternes dans le mobilier des églises. On s'en 
servait, en effet, dans plusieurs circonstan- 
ces, comme pour accompagner le saint sa- 
crement dans les processions, et lorsqu'on 
le portait en viatique aux malades. 

LANTERNE. — On appelait autrefois, et 
on appelle encore quelquefois du nom de 
lanterne, dans une église, une espèce de pe- 
tite tribune en menuiserie, décorée de sculp- 
tures et de dorures, fermée de vitres, d'où 
l'on pouvait assister aux cérémonies sacrées, 
sans être vu de personne. On en voit une 
dans l'église de Saint-Syinphorien, à Tours. 
La partie inférieure est ornée de moulures 
en encorbellement : la partie vitrée a disparu. 
LANTE11NON. — Petite tourelle à toit co- 
nique qui surmonte une cage d'escalier et 
enij èc'.e la pluie d'y pénétrer. 

LAPIDAIRE. —Le lapidaire est l'artiste 
qui taille et grave les pierres fines et pré- 
cieuses. Vartdu lapidaire donne aux pier- 
res sur lesquelles il s'exerce leur [dus grande 
valeur, car le travail de l'artiste est commu- 
nément supérieur encore au prix des ma- 
tières qu'il emploie. Les peuples anciens 
et modernes, qui ont cult.vé les arts, ont tou- 
jours montré beaucoup de goût pour les 
vases et les coupes façonnés avec les plus 
belles matières minérales. 

Les pierres siliceuses el quartzeuses 



transparentes, telles que les gemmes et- le 
cnstalde roche; demi-transparentes, telles que 
la prase, l'opale, le girasole, l'agate, la cal- 
cédoine, la sardoine, la sardonyse, la corna- 
line; opaques, telles que les différentes sor- 
tes de jaspe, ont été les plus recherchées 
pour la confection des vases précieux. Le 
lapis-lazuli a été également fort en vogue. 
Les marbres et les roches ont aussi fourni 
de très-beaux produits. 

Les Romains, qui déployaient une grande 
magnificence et beaucoup do profusion dans 
leur goût pour les vases, recherchaient tout 
particulièrement ceux qui étaient en ma- 
tières rares, qu'ils préféraient souvent aux 
vases d'or et d'argent. Ce que l'on trouve 
dans les anciens auteurs, sur le nombre des 
vases et des coupes de cette espèce qui 
existaient à Rome, paraîtrait incroyable si 
l'on ne savait en même temps par eux que 
ces vases avaient été enlevés des provinces 
conquises et principalement de l'Asie. Pom- 
pée, qui s'était emparé des vases de Mithri- 
date, avait apporté à Rome, et consacré dans 
le temple de la Fortune la collection de va- 
ses de ce grand prince. Pline, en rappor- 
tant ce fait, dit que Pompée fut le premier 
qui fit connaître aux Romains les vases mur- 
rhins. Bien que les antiquaires ne soient 
pas d'accord sur la matière de ces vases, 
l'opinion la plus générale est qu'ils étaient 
taillés dans la sardonyse. 

Quelques-uns de ces précieux objets ont 
été conservés durant le moyen âge, et il y 
a lieu de croire que ceux auxquels on don- 
nait à cette époque le nom de vases de madré 
n'étaient autres que des vases murrhins de 
l'antiquité. ( Voy. à ce sujet le Glossaire de 
Du Cange, et celui de Roquefort intitulé : 
Glossaire de la langue romane.) On trouve as- 
sez souvent de ces vases de madré catalo- 
gués clans les inventaires du xiv e siècle. Ils 
sont en général enrichis de montures en 
or et en argent ciselées et émaillées, qui 
témoignent du prix que l'on attachait alors 
à ces pièces antiques. Ainsi nous lisons 
dans l'inventaire de Charles V, au fol. 85 : 
« Une couppe de madré garnye d'or dont en 
la pâte du pié, qui est en façon de rose, sont 
six ymages enlevez et au pominel six roys, 
et est tout ledit pié à jour : c'est assavoir 
fleurs de lys, troys balaiz et six grosses per- 
les, etc. » (Mss. Biblioth. Nat. n° 8356.) 

On rencontre encore dans les anciens 
inventaires quelques vases en cristal, en 
agate, en jaspe, qui devaient être antiques. 
Plusieurs avaient été appropriés aux usages 
du culte, et formaient des calices et des bu- 
rettes, dont les montures en or ciselé étaient 
rehaussées de pierres fines et de perles. (Féli- 
bien, Hist. de l'abbaye de Saint-Denis.) 

Néanmoins les vases taillés dans des ma» 
tières dures ne se rencontrent qu'en très- 
petit nombre, môme dans le trésor des rois 
et des plus somptueuses abbayes ; ce qui 
prouve que l'art de tailler les pierres dures 
et de les graver n'était pas pratiqué en Eu- 
rope durant le moyen âge, si ce n'est à 
Conslanlinople. Le" trésor de l'église de 



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310 



Saint-Marc, à Venise, est très-riche en vases 
de uiatières précieuses dures, que les Véni- 
tiens ont rapportés de la ville impériale, 
après s'en être emparés en 120i. Elles sont 
plutôt remarquables par leur volume con- 
sidérable que par la beauté de leurs for- 
mes. 

Lorsque l'invasion des Turcs dans l'em- 
pire d'Orient eut forcé les artistes grecs à 
se réfugier en Italie, qu'ils y eurent importé 
les procédés de la glyptique, et que des 
artistes du plus grand mérite se furent éle- 
vés presque aussitôt à un haut degré de per- 
fection dans cet art, on s'occupa de nouveau 
de rechercher les belles matières et de les 
façonner en vases de toutes sortes. Au com- 
mencement du xvi' siècle, ces vases jouis- 
saient d'une faveur extraordinaire : les plus 
grands artistes graveurs sur pierres fines ne 
dédaignèrent pas d'en tailler de leurs mains. 
Vasari nous apprend que le fameux Valerio 
Vicentioo fit une multitude de vases de cris- 
tal pour Clément VII, qui en donna une par- ; 
tie à différents princes, et le surplus à l'é- 
glise de San-Lorenzo de Florence. 

François I er et Henri II avaient un goût 
décidé pour ces riches matières si bien tra- 
vaillées. Ces princes en rassemblèrent une 
quantité considérable. L'inventaire fait sous 
François II, le 15 janv. 1560, des joyaulx 
d'or et autres choses précieuses trouvées au 
cabinet du roi à Fontainebleau , constate 
l'existence d'un très-grand nombre de vases 
et de coupes de toutes sortes en agate, en 
calcédoine, en prime d'émeraude, en lapis, 
en jaspe, en cristal et autres matières pré- 
cieuses. Le musée du Louvre a conservé 
plusieurs des beaux vases qui proviennent 
du trésor de ces princes. 

LAPIDAIRES (Signes).— I. On appelle 
signes lapidaires ou signes de construction, 
des marques très-variées que l'on remarque 
sur les pierres de certains édifices du moyen 
âge, tant civils que militaires ou religieux. 
On a trouvé des signes lapidaires sur les 
pierres de constructions militaû es ou rési- 
dences royales de Coucy, de Paris, d'Avi- 
gnon et de* Vincennes ; on en a trouvé de plus 
curieux encore sur les cathédrales de Reims 
et de Strasbourg. Nous avons à signaler des 
inscriptions du même genre qui se voient 
à l'église romano-byzantine de Chàtillon-sur- 
indre. 

Les idées des antiquaires ne paraissent 
pas encore définitivement arrêtées sur la si- 
gnification des signes lapidaires. C'est, en 
effet, un sujet hérissé de difficultés. Nous 
suivrons ici le rôle d'historien, et nous ana- 
lyserons les opinions les plus dignes d'atten- 
tion. 

L'n fait qui frappe l'esprit de ceux qui 
comparent les signes tracés sur les monu- 
ments militaires et sur les monuments re- 
ligieux, c'est la variété de ces marques sur 
les premiers et leur uniformité sur les se- 
conds. La cathédrale de Strasbourg est, jus- 
qu'il présent, l'édifice qui nous a offert le 
plus grand nombre* de marques différentes, 
et encore ce grand nombre e > t - i l dû à la dif- 



férence des époques où se sont exécutées 
les constructions qui composent ce monu- 
ment. La plupart des marques, faites de croix 
entremêlées de lettres et de lignes, sont du 
xiV siècle, surtout duxV et du xvi* siècle ; 
on les voit gravées sur les pierres de la tour 
et des bas-côtés. Les autres appartiennent 
à la plus ancienne partie du chœur et du 
dôme. On a constaté jusqu'à 2V2 variétés de 
ligures lapidaires à la cathédrale de Stras- 
bourg; et comme il y en a d'autres qui 
n'ont pu être découvertes facilement, h 
cause de l'immense étendue de l'édilice et 
de l'impossibilité d'en voir de près actuelle- 
ment chacune des parties, on peut présu- 
mer que ces signes s'élèvent au nombre do 
300 à 350. Chaque ouvrier, dit M. Didron 
( Tom. III, pag. 55 Annal, archéol. ) , cha- 
que ouvrier avait sa marque. On a relevé 
237 variétés de signes lapidaires sur les 
murs d'enceinte d'Aigues-Mortes. Sur les 
courtines, le château et les tours de Nurem- 
berg, on a compté 157 marques différentes, 
et la seule porte de Spithler-Thor en a 
fourni 54. 

Ces marques, dit toujours M. Didron , sont 
celles des ouvriers tailleurs de pierre et non 
celles des appareilleurs. Telle est aussi l'opi- 
nion de M. Klotz, architecte de la cathédrale 
de Strasbourg. « Chez nous , dit cet archi- 
tecte, il n'y a pas de marques d'appareil , 
mais seulement des signes ou signatures 
d'ouvriers qui appartenaient à la grande con- 
frérie des tailleurs de pierre (Steinmefzen). 
Je me suis assuré qu'il n'y a rien de constant 
dans leur reproduction. On faisait à cette 
époque comme il se pratique encore dans 
nos chantiers. Les tailleurs de pierres ont 
des dimensions données et arrêtées par l'ap- 
pareilleur. Ces dimensions ne portaient que 
sur la hauteur des assises ; pour leur lon- 
gueur et la combinaison des joints de recou- 
vrement , c'était l'affaire des maçons po- 
seurs. Cette marche m'est démontrée par 
l'irrégularité même de la coi^truction et par 
des erreurs quelquefois assez graves que ce 
système entraînait. » 

A la cathédrale de Strasbourg, h Aigues- 
Wortes et ailleurs, les signes lapidaires sont 
les marques des tailleurs de pierre ou tâche- 
rons ; il n'en a pas été de même partout 
ailleurs. A la cathédrale de Reims , il existe 
des signes lapidaires qui sont des marques 
d'appareil. Au portail occidental d p celie 
magnifique cathédrale, les voussures et les 
jambages des portes sont hérissés de sculp- 
tures taillées à même dans le bloc ; pour que 
l'appareilleur, en asseyant sa pierre ne lit 
pas une erreur, et ne mit pas une statuette 
à la place d'une autre, on lui lixait l'étage 
où il devait la poser. Avec ces marques un 
commence d'abord par distinguer les portes, 
qui sont au nombre de trois. Puis, en pre- 
nant une porte, celle de gauche, par exem- 
ple , on distingue la gauche delà droite 
Puis, en s'anètant à un jambage, on distin- 
gue les assises entre elles. Ainsi un crois- 
sant et un T sont affectés comme marques 
distiuctives à toute la porte centrale. A la 



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312 



porte gauche , c'est un dard et un couperet ; 
niais le couperet est pour le jambage droit et 
le dard pour celui de gauche. 

Etudions un peu cette porte. 

A la première assise de gauche, la pierre 
porte un dard et une semelle; à la seconde 
assise, un dard et deux semelles ; a la sixième 
assise, un dard et six semelles. Le dard qui 
reste fixe force le poseur à mettre sa pierre 
à gauche; la semelle, qui varie en nombre, 
l'oblige à la mettre à la première, à la se- 
conde, à la troisième, à la quatrième assise, 
suivant qu'à coté du dard sont gravées une, 
deux, trois ou quatre semelles. Au jambage 
droit, c'est le couperet qui reste fixe ou uni- 
que pour indiquer la droite, tandis que la 
semelle varie, comme à gauche, pour mon- 
trer l'assise. La pierre marquée d'un coupe- 
ret et de sept semelles est au septième rang. 

Même système pour la porte de droite. 
C'est une pioche qui désigne le jambage de 
droite, un A celui de gauche, et une semelle 
encore marque l'étage. Une pioche et une 
semelle sont à la première pierre de gauche; 
un A et trois semelles sont à la troisième 
pierre de droite. 

Le système employé pour les jambages est 
appliqué aux voussures ; mais, pour distin- 
guer les voussures des jambages , chaque 
pierre porte trois signes au lieu de deux. 
A la voussure de la porte gauche, coté droit, 
on voit, pour la première assise, un losange, 
une clef et une semelle ; pour la deuxième 
assise ou deuxième voussoir, un losange, 
une clef, deux semelles. La semelle est tou- 
jours là pour marquer le rang. Au côté gau- 
che de la même voussure, une roue, une 
clef, une semelle, pour le premier voussoir ; 
une roue, une clef, quatre semelles, pour 
le quatrième voussoir. A la voussure de la 
porte droite, côté droit et premier voussoir, 
un soleil, une maisonnette, une semelle; 
au deuxième voussoir, un soleil , une mai- 
sonnette, deux semelles. 

Avec ces précautions l'appareilleur n'a pu 
se tromper et n'a pas mis, comme à la ca- 
thédrale de Paris, un mois ava.nt l'autre, 
juillet avant juin, le lion avant l'écrevisse ; 
on y voit, en etfet, dans les signes du zodia- 
que, une interversion inexplicable. 

Pour avoir une idée plus exacte de ces si- 
gnes lapidaires, voyez la figure à la lin du vo- 
lume. 

IL 

Dans l'église de Châtillon-sur-Indre il 
existe des signes gravés sur les murailles, qui 
n'ont qu'un certain rapport de ressemblance 
avec les signes lapidaires. Ces signes parais- 
sent se rapporter à une inscription étendue. 
Mais comment déchiffrer ces signes ? Nous 
en donnons ici un spécimen assez étendu 
pour en faire connaître les caractères princi- 
paux. (Voy. la fig. à la fin du volume.) J'ai eu 
l'occasion d'examiner sur place ces curieuses 
inscriptions qui m'ont été signalées, il y a 
plusieurs années, par M. L. F. Jehan. Voici 
en quels termes m'écrivaità ce sujetM. Jehan, 
dans une lettre datée du château de Sainl- 
Ovran. 



« Il existe à Châtillon-sur-Indre une église 
remarquable, bâtie vers le milieu du x* siè- 
c'e. M. Legay, curé de ce chef-lieu de can- 
ton, prépare sur cet ancien monument une 
notice fort intéressante. 11 me la faisait lire 
dernièrement sur les lieux mêmes, et comme 
je me trouvais en face d'un pilier, mes re- 
gards s'arrêtèrent par hasard sur quelques 
larges pierres d'où le frottement a détaché 
le badigeon et dont toute la surface était 
couverte de figures singulières que je pris 
d'abord pour ces traits capricieux et bizarres 
que les enfants s'amusent à tracer sur les 
murs. Bientôt la répétition de certains ca- 
ractères, leur disposition par série linéaire, 
et d'autres signes évidents d'intention, me 
firent reconnaître que ce devait être une es- 
pèce d'écriture. Mais quelle écriture et que 
signifient ces hiéroglyphes , c'est ce que 
M. Legay et moi n'avons pu découvrir. Je 
prends la liberté de vous en adresser un 
échantillon en vous priant, monsieur, d'avoir 
la bonté de nous donner la clef de cet étrange 
grimoire : nous avons découvert de cette 
écriture dans tous les parties de l'église. IL 
serait curieux de savoir quelles sont les 
pensées cachées sous ces signes, et en quelle 
langue elles sont exprimées. » 

Jusqu'à présent ces inscriptions n'ont été 
déchiffrées par personne. Nous n'aurions que 
des conjectures à émettre sur cette matière. 
Elles ne sont pas assez plausibles pour en 
placer ici l'analyse. Nous avons publié ce frag- 
ment des inscriptions de Châtillon-sur-Indre 
dans l'espérance qu'un antiquaire plus ins- 
truit ou plus heureux que ceux qui ont déjà 
vu ces signes mystérieux, pourra en décou- 
vrir la clef et la signification. 

IV. 

En fait d'inscriptions, on appelle style la- 
pidaire une certaine manière concise de ren- 
dre et d'exprimer par des mots et des abré- 
viations des phrases entières. 

LARAIRE. — Chez les anciens Romains, 
le laraire était une espèce de chapelle do- 
mestique, où l'on mettait l'image des divi- 
nités protectrices de la famille et de la mai- 
son. Chacun sait que l'empereur Alexandre, 
qui se montra assez humain envers les chré- 
tiens, par un mélange extraordinaire, avait 
placé parmi les figures d'Orphée , de Pla- 
ton , etc. , celles d'Abraham et de Jésus- 
Christ, dans l'endroit le plus apparent du 
laraire de son palais. 

LARMIER. — Le mot larmier, dans la des- 
cription des monuments religieux ou des 
constructions civiles ou militaires du moyen 
âge, s'emploie dans deux sens différents. Il 
s'applique d'abord à un membre en saiilie 
destiné à rejeter l'eau loin du mur. C'est là 
le sens primitif et véritable du larmier qui 
doit rejeter loin des fondations d'un édifice, 
ou des murailles lisses ou ornées, les eaux 
pluviales qui tombent goutte à goutte. 

Le type le plus complet du larmier de cette 
espèce, c'est celui qu'on appelle le larmier 
gothique, parce qu'il est commun dans les 
monuments à ogives. Il est formé d'un gla- 
ti?, terminé par un bec et garni d'un canal 



31.-» 



I Al 



LEC 



y.i 



creusé en dessous. 11 était parfaitement 

adapté h sa destination; aussi en a-t-on con- 
servé l'usage jusque dans le cours du xvn* 
siècle. 

C'est à cause de leur l'orme en talus, qui 
favorise l'écoulement des eaux, qu'on appelle 
quelquefois larmiers les abat-sons des clo- 
chers, et les redents en talus qui forment les 
retraites successives des contreforts. Peut- 
être serait-il plus juste de dire que ces ob- 
jets sont disposés en larmiers, que de les ap- 
peler des larmiers. 

Le second sens du mot larmier est de dési- 
gner une moulure carrée qui n'est autre chose 
qu'un filet de grande dimension. Ce second 
sens est impropre. Il faut éviter de l'em- 
ployer. 

Dans l'architecture antique, le larmier est 
un membre carré de la corniche de l'entable- 
ment, placé au-dessous de la cymaise. Le 
dessous du larmier, qui est très-saillant par 
rapport à la frise, forme un plafond ou soffite, 
qui est creusé par un petit canal parallèle à 
la face, pour faire égoutter l'eau et la rejeter 
loin de celle du mur. 

Dans l'architecture romano-byzantine le 
larmier est quelquefois incliné en biseau , 
mais plus ordinairement il forme une sur- 
face verticale portée sur une arcature ou sur 
des modillons. Ce larmier est parfois décoré 
de têtes de clous , de damiers, ou d'autres 
ornements analogues de style romano-by- 
zantin. 

LATIN. — Le rédacteur des Instructions 
du Comité historique des arts et monuments 
pour la partie de l'architecture, M. Albert 
Lenoir, a proposé de désigner sous le nom 
de style latin Je style d'architecture en vi- 
gueur dans les siècles du moyen âge qui ont 
précédé le xi" siècle. Cette dénomination, 
ainsi étendue, semble manquer de justesse 
et de précision : aussi n'a-t-elle pas été ac- 
ceptée des antiquaires français. Elle aurait 
été assez convenablement employée pour dé- 
signer le style des édifices religieux cons- 
truits dans les premiers temps qui suivirent 
la conversion de Constantin, et élevés en 
Italie ou dans les pays voisins ; mais, il faut 
en convenir, le style latin s'altéra prompte- 
ment, et il est bien désigné sous le nom de 
roman, après les changements qu'il eut à su- 
bir, ou sous celui de romano-byzantin, après 
que les influences byzantines se furent exer- 
cées soit sur la disposition des édiûces, soit 
simplement sur leur ornementation. 

LAURE. — Lieu où demeuraient ancien- 
nement des moines. Une laure différait d'un 
monastère. Les monastères étaient sembla- 
bles à ceux que nous voyons encore parmi 
nous, quoiqu'ils soient actuellement en très- 
petit nombre en France. C'étaient de grands 
bâtiments composés de lieux destinés aux 
diiïérenles assemblées de la communauté, et 
de cellules ou chambres qua les moines oc- 
cupaient, chacun ayant la sienne particu- 
lière. En un mot, le monastère était occupé 
par des moines qui vivaient en commu- 
nauté, sous la conduite d'un abbé, et me- 
naient la vie cénobilique. Les laurcs étaient 



des espèces de villages, dont chaque maison 
séparée était habitée par un ou deux moines 
au plus. C'est-à-dire que la laure était formée 
de cellules détachées, dans lesquelles vi- 
vaient des solitaires séparés les uns des au- 
tres, quoique soumis h un même abbé. La 
laure de Saint-Sabas est célèbre dans le v' siè- 
cle. La première de ces laures fut fondée par 
saint Chariton, que les uns disent avoir été 
martyrisé sous 1 empereur A uréli en, et que 
les autres prétendent être un autre saint du 
même nom, qui ne fonda sa laure, à six mille 
de Jérusalem, qu'après que saint Hilarion eut 
introduit la vie monastique dans la Palestine. 
( Voy. Tillemont, Hist. des Emp., tom. lil , 
pag. 718, et Hist. ecclés., tom. IV, pag. 684-, 
et le P. Hélyot,// isf. des ordres rclig. ,tom. L r , 
chap. 16.) Ce premier fondateur des laures 
fut imité dans le v e siècle par saint Euthyme 
le Grand, qui bâtit aussi une laure à quatre 
ou cinq lieues de Jérusalem. La laure de 
Saint-Sabas fut ensuite fort renommée. 

LAVATORIUM, Lavatoire, Lavoiii.— C'é- 
tait une pierre longue de 7 à 8 pieds, creuse 
de 6 à 7 pouces environ de profondeur, avec 
un oreiller de pierre d'une même pièce que 
l'auge, et percée d'un trou du côté des pieds. 
Elle servait à laver les corps morts dans quel- 
ques couvents et dans quelques cathédrales, 
à Cluny, à Lyon, à Rouen, aux Chartreux , 
à Cîteaux, dans les diocèses d'Avranches et 
de Bayonne. On peut voir un lavatorium 
gravé dans les Voyages liturgiques du sieur 
de Moléon, pag. 146, 1 vol. in-8°. 

LAVE. — Lorsque les volcans sont en érup- 
tion, ils font sortir de leur cratère ou par 
des tissures de la montagne, des matières 
en fusion qui se refroidissent et se durcissent 
ensuite à l'air. Ces matières forment souvent 
des espèces de pierres ou de matériaux de 
construction de bonne qualité. Les laves sont 
de couleurs variées : il y en a de noires, de 
brunes, de rougeâtres, etc. Dans les pays où 
les volcans éteints sont nombreux, comme 
en Auvergne et dans le Vélay , on a fait 
usage, au moyen âge, de ces diverses laves, 
de manière à former des espèces de mosaïque 
dans les murailles, et surtout à l'abside des 
églises de la période romano-byzantine. 

LAVOIR. — Voy. Lavatorrm. 

LAVER. — Layer, c'est tailler et polir la 
pierre avec une espèce de hache brételée , 
c'est-à-dire dentée en manière de scie, qu'on 
appelle Une. Cet instrument rend la pierre 
unie, quoique rayée de petits sillons unifor- 
mes. On a regardé ces traces d'instrument 
comme un signe archéologique dans cer- 
tains monuments. Il n'y faudrait pas attacher 
trop d'importance. 

LÉGENDES (Vitraux a). — I. Les vitraux 
à légendes sont ceux qui sont ornés de pe- 
tits médaillons renfermant des sujets histo- 
riques ou légendaires. On les appelle ainsi 
pour les distinguer des vitraux à grands per- 
sonnages, des vitraux d'ornementation ou à 
mosaïque sans sujets, et des vitraux à gri- 
sailles. 

Nous allons placer ici un extrait de notre 
Stand travail *ur les Verrières du chœur de 



515 u:g 

l'cqlise métropolitaine de Tours, 1 vol. in- 
folio, que nous avons publié en collabora- 
tion avec M. l'abbé Manceau. Cet extrait est 
relatif aux légendes représentées dans les 
verrières. 

« Nous appelons sujets historiques ceux 
qui appartiennent aulhentiquement à l'his- 
toire et qui sont garantis par des documents 
incontestables. Nous appelons sujets légen- 
daires ceux qui ont été transmis par la tra- 
dition, et qui, de nos jours, ne peuvent être 
prouvés par des monuments contemporains, 
soit que ces monuments aient péri, soit 
qu'ils n'aient jamais existé, et que les faits 
n'aient été consignés par écrit que longtemps 
après leur accomplissement. Les sujets lé- 
gendaires ne sont donc pas toujours aussi 
certains que les premiers ; mais sont-ils 
faux, et devons-nous les rejeter? Certes nous 
sommes loin de le penser. Nous savons que 
plusieurs faits légendaires, considérés pen- 
dant quelque temps comme apocryphes et 
indignes de foi, sont passés au rang des faits 
historiques par la découverte inespérée de 
documents antiques. Le savant Baronius 
rapporte lui-même comment il avait accu- 
mulé de nombreuses et excellentes raisons 
pour démontrer que Félix, successeur de 
saint Libère, n'avait été ni pape, ni martyr, 
lorsque, au moment où personne ne s'y at- 
tendait, on découvrit sous l'autel de l'église 
des saints Côme et Damien, à Rome, ses re- 
liques avec cette inscription : Corpus sancti 
Felicis, papœ et martyris, qui damnavit Con- 
stantium, et ainsi, ajoute le môme auteur, je 
fus forcé de me rendre à l'évidence : Vinci- 
que a Felice, felicissime aceidisse putavi. 
Comment, d'ailleurs, repousser les traditions 
qui ont été admises constamment dans nos 
églises? 

« La science historique, nous en conve- 
nons volontiers, a fait de beaux progrès 
dans ces derniers temps; la critique a éclairé 
une foule de questions obscures ; l'érudition 
a replacé dans leur vrai domaine beaucoup 
de faits douteux ; mais dans les travaux d'ha- 
giologie, entrepris à une époque sceptique, 
n'a-t-on pas quelquefois dépassé le but que 
l'on voulait atteindre? Bollandus croyait de- 
voir défendre Siméon le Métaphraste contre 
les censures de Bellarmin, et Jacques deVo- 
rages ouVarazzo, contre celles de Vives: 
« Où prend-on, dit-il, que le légendaire du 
x e siècle n'a point suivi de documents an- 
ciens ? Qu'il ait pu se tromper, nul doute ; 
mais comment sait-on qu'il a prêté aux mar- 
tyrs des discours dont son imagination au- 
rait fait tous les frais ? » 

« L'Allemagne rationaliste a attaqué les 
légendes pieuses accréditées au moyen âge; 
elle l'a fait avec un luxe d'érudition qui 
prouve l'importance que l'on attachait à dé- 
truire des croyances généralement admises. 
C'était une guerre à outraneeque des protes- 
tants, devenus philosophes, entreprenaient 
contre la tradition ecclésiastique, sous quel- 
que forme qu'elle se montrât. Hélas! nous 
voyons de nos jours où en sont venus ces 
critiques mal intentionnés; ils ont commencé 



LEG 



;ï6 



par regarder l'histoire légendaire comme un 
tissude fables, et. M'aide d'une exégèse sans 
frein, ils ont fini par contester les faits histo- 
riques les mieux établis, et par regarder 
comme un mythe la personne adorable de 
Jésus-Christ 1 

« N'avons-nous pas vu avec douleur que 
certains de nos critiques ecclésiastiques ont 
trop sacrifié aux exigences de cette préten- 
due science historique allemande, doht ils 
étaient bien loin de prévoir tous les excès 
et toutes les extravagances? Les Launoy, 
les Baillet et autres, n'ont-ils pas attaqué 
avec trop de vivacité, quelquefois avec une 
sorte de dédain, qu'ils ne prenaient pas la 
peine de dissimuler, les traditions les plus 
vénérables de nos Eglises des Gaules? A leur 
œuvre on a reconnu, comme toujours, qu'il 
est bien plus aisé de ruiner que d'édifier. 

« Nous sommes intimement convaincus 
que les récits légendaires du moyen âge ont 
été trop sévèrement jugés par les écrivains 
des trois derniers siècles. Au fond de ces lé- 
gendes tant décriées il existe plus d-e sincé- 
rité que certains auteurs modernes n'osent 
se l'avouer : ils acceptent le témoignage des 
chroniqueurs ecclésiastiques, tant que leur 
narration ne renferme quedes faits communs 
et ordinaires; ils le récusent dès qu'elle rap- 
porte des faits surnaturels ; et pourtant dans 
l'un et l'autre cas c'est toujours la même au- 
torité. C'est ainsi que notre saint Grégoire de 
Tours a été taxé de crédulité quand il ra- 
conte des miracles, quoique l'on ne conteste 
pas sa véracité lorsqu'il rapporte des événe- 
ments politiques. 

« Faut-il donc tout admettre dans les lé- 
gendes, telles que le moyen âge nous les a 
transmises? Non, il faut les interpréter et 
les comprendre. Plusieurs écrivains du . 
moyen âge, comme certains auteurs de notre 
xix." siècle, se sont laissé tromper en expli- 
quant des compositions emblématiques, dont 
ils ignoraient la vraie signification. Ils attri- 
buaient à la réalité ce qui appartient seule- 
ment au symbolisme. C'est ainsi que la ta- 
rasque, la gargouille, etc., sont des allégo- 
ries, à l'aide desquelles on exprime maté- 
riellement des idées spirituelles. Il est évi- 
dent qu'en attribuant a sainte Marthe de Ta- 
rascon et à saint Romain de Rouen, comme 
un fait réel, ce qui n'est que le symbole de 
la destruction de l'idolâtrie, on tombera dans 
la plus lourde erreur. II en sera de même si 
l'on explique naturellementle monstre donné 
comme attribut à sainte Marguerite, le dra- 
gon terrassé par saint Georges, etc., etc En 
faisant allusion à la signification littérale de 
son nom, on a représenté saint Christophe 
portant le Christ enfant sur ses épaules; ce 
fut d'abord un emblème toléré, parce qu'il 
était compris de tout le monde ; plus tard il 
fut condamné et supprimé. Nous pourrions 
multiplier jusqu'à l'infini les exemples de ce 
genre : si l'on s'est trompé quelquefois sur 
le sens des représentations symboliques, en 
transportant de la figure à la réalité certaines 
formes allégoriques, que s'ensuit-il? Rien, 
assurément. Aucun reproche sérieux ne peut 



517 



LLG 



LEG 



318 



être adressé h l'Eglise ni h son enseigne- 
ment: serait-il plus raisonnable de contester 
l'authenticité des Arles des saints, la véra- 
cité des légendes elles-mêmes? Non. Les lé- 
gendes pieusesdu moyen âge ne sont pas des 
fables, et quand même on découvrirait des 
erreurs qui se seraient glissées ausein.de la 
vérité, elles présenteraient en cela unique- 
ment la condition de toutes les choses hu- 
maines. 

« Nous devons néanmoins faire connaître 
que l'Eglise n'a jamais condamné les auteurs 
qui ont nié ou contesté la valeur historique 
des légendes, quoique Melchior C.mo, dans 
ses Lieux théologiques, et tous ceux qui l'ont 
copié ou suivi, aient professé une opinion 
très-sévère à cet égard. L'Eglise, d'ailleurs, 
s'est toujours montrée très-réservée pour 
reconnaître solennellement les faits miracu- 
leux, et dans la dernière assemblée générale 
où elle se soit prononcée sur cette question, 
au saint concile de Trente, elle a donné une 
nouvelle preuve de son admirable prudence 
en ces matières, en défendant de jamais pu- 
blier aucun miracle sans le consentement 
formel des évèques. L'Eglise ne prend pas 
sous sa responsabilité les faits surnaturels 
mentionnés dans les légendaires; mais aussi 
elle ne les condamne pas. » (Verrières du 
xuV siècle, pag. 27 et 28.) 

Pour donner une idée complète du vitrail 
à légendes, nous placerons ici la description 
d'une verrière à légende historique, et celle 
d'une verrière h légende proprement dite. 
Pour celle-ci nous choisissons la première 
verrière du chœur de la cathédrale de Tours, 
la légende de saint Eustache ; pour l'autre 
nous choisissons la légende de saint Martin. 

Verrière de saint Eustache. 

La légende de saint Eustache fut toujours 
aimée des chasseurs, à l'égal de celle de saint 
Hubert : elle est pleine de grâce, de poésie 
et de sentiment. L'artiste a su la déployer 
dans la verrière de Tours, dans ses détails 
les plus touchants, avec un caractère plein 
de simplicité et de grandeur à la fois. Les 
groupes sont disposés avec une naïveté 
charmante dans vingt-quatre médaillons ova- 
les, en trois colonnes. 

Vers la fin du r r siècle, sous l'empire de 
Trajan, Placide édifia le monde entier par 
sas vertus et l'élonna par ses malheurs. Il- 
lustre général, plein de courage et de pru- 
dence, il battit les Parthes, ces fiers et in- 
domptables ennemis de l'empire romain; 
chrétien généreux et invincible, ii préféra 
mourir, avec sa famille, en confessant Jé- 
sus-Christ, (jue de brûler un encens sacrilège 
devant des idoles, dont il connaissait la va- 
nité. 

Dégoûté de la cour impériale, à cause de 
la corruption et de la bassesse des hommes 
qui la remplissaient, il se retira dans ses do- 
maines, entre Tibur et Préneste, avec sa 
femme et ses deux enfants. De nombreux 
amis venaient l'y visiter, et, sous sa con- 
duite, prendre part aux plaisirs bruyants do 
lâchasse, qui, pour de vieux soldats, avec 



ses dangers et ses fatigues, était une image 
et un souvenir de la guerre. 

Une autre guerre se faisait alors avec d'an- 
tres combats; c'était la grande lutie du 
christianisme contre le paganisme; com- 
mencée depuis cent ans, elle ébranlait le 
monde entier. Placide devait lui-même bien- 
tôt prendre part à cette lutte mystérieuse, et 
contribuer au triomphe de l'Evangile en 
versant son sang. 

Un jour Placide, se livrant avec ses amis 
aux exercices ordinaires de la chasse, se mit 
à poursuivre, de toute la rapidité de son 
coursier, un cerf d'une grandeur prodigieuse: 
son ardeur l'eut bientôt emporté loin de ses 
compagnons, au plus épais de la forêt; déjà 
il allait saisir sa proie, l'arc était tendu, la 
flèche dirigée; mais, ô prodige! entre les 
bois du cerf, Jésus-Christ, la tête entourée 
d'une auréole éblouissante, lui apparaît dans 
l'obscurité mystérieuse de la forêt. Il l'ap-r 
pelle par son nom, avec une douceur inex- 
primable : « Placide, Placide; » le chasseur 
tombe à genoux et s'écrie : « Seigneur, qui 
êtes-vous? — Je suis le Christ, dit-il, mort 
sur la croix pour te sauver, toi et tous les 
hommes. — Seigneur, ajouta Placide immé- 
diatement, que demandez-vous de moi ? — 
Va, dit le Christ, va dans la cité voisine, chez 
l'évoque des chrétiens, et il t'apprendra ce 
que tu dois faire. » La vision céleste dispa- 
rut, et Placide, comme jadis saint Paul sur la 
route de Damas, était converti par un mira- 
cle de la divine miséricorde. 

Les cartels I, 2, 3 et 4, contiennent cette 
première période de la vie de saint Eusta- 
che; on l'y voit monté à cheval, sonnant du 
cor, à la poursuite du cerf lancé, puis à ge- 
noux devant la figure de Notre-Seigneur, 
qui brille entre les bois du cerf, entourée du 
nimbe crucifère. 

De retour en sa maison, Placide révéla à 
son épouse Trajana, et l'apparition merveil- 
leuse de la forêt, et ses émotions profondes, 
et ses promesses d'aller se présenter à l'évê- 
que. Celle-ci ne pouvait retenir en elle-même 
la joie qui débordait de son âme; elle aussi 
avait eu une vision et s'était liée parles mê- 
mes promesses. Tous deux, sans retard, se 
rendent auprès de l'évêque, lui racontent les 
prodiges dont ils avaient été les témoins, et 
le prient d'achever ce que Dieu avait si mi— 
séricordieusement commencé, en leur don- 
nant le baptême a eux et a leurs enfants. 
L'évêque, louant Dieu, se rendit à leurs ins- 
tances et leur conféra le baptême : Placide 
reçut le nom d'Eustache, Trajana celui de 
Théophyta, le lils aîné celui d'Agapius, et le 
plus jeune celui de Théophytus. 

Après avoir reçu le baptême de l'eau, ces 
fervents chrétiens reçurent bientôt le bap- 
tême des souffrances. A la suite d'une peste 
cruelle qui lit périr leurs serviteurs et leurs 
troupeaux, ils furent chassés impitoyable- 
ment par deshommes égarés, qui attribuaient 
à leur conversion ce fléau terrible envoyé 
par la colère des dieux. 

Les médaillons 5, ti, 7 < t ,s, représentent 
cette deuxième partie de la vie du saint. On 



319 



LKC 



LEG 



320 



y voit son baptême, celui de sa femme et do 
ses deux enfants. La famille désolée fuit vers 
la mer et s'embarque. 

Le vaisseau sur lequel Eustache monta 
appartenait à un marchand maure, qui con- 
sentit, moyennant une légère rétribution 
d'argent, à recevoir à son bord les quatre 
voyageurs. Le temps fut favorable pendant 
toute la traversée: chacun se félicitait du 
calme, lorsqu'un orage affreux, plus à re- 
douter que le déchaînement des vents et les 
éclats de la foudre, était sur le point d'écla- 
ter. La beauté de Théophyta avait fait im- 
pression sur l'Africain, aux passions ardentes 
et indomptées. 11 ordonne à ses matelots de 
déposer sur le rivage Eustache et ses enfants. 
On les précipite du navire, malgré leurs ef- 
forts désespérés, et, sans se donner la peine 
d'aborder sur la plage, on les jette dans l'eau 
sur les bords de l'Egypte. Le vaisseau rega- 
gne aussitôt la haute mer. 

Qui pourrait décrire la douleur profonde 
d'Eustache et de ses deux fils? Le navire dis- 
parut promptement dans l'immensité, em- 
portant les dernières espérances de cette 
malheureuse famille. La nuit, qui survint 
bientôt, les enveloppa de son ombre et les 
força à chercher un refuge dans une grotte 
sauvage, au milieu des rochers de la côte. 
Nuit cruelle, où tous les tourments déchirè- 
rent tour à tour le cœur d'un époux, d'un 
père, et celui de deux pauvres enfants arra- 
chés aux caresses maternelles! 

Au point du jour, Eustache résolut de pé- 
nétrer dans le pays et de chercher dans la 
plaine les aliments nécessaires à ses enfants 
et à lui-môme. Après avoir offert à Dieu une 
prière fervente, où le nom de Théophyta fut 
prononcé sans cesse, ils se mirent tous trois 
en marche. Une large rivière s'opposait à 
leur passage; le père essaya de la passer à 
gué, et chargé du plus jeune de ses enfants, 
il réussit à déposer son précieux fardeau 
sur la rive opposée. Il retournait vers son 
fils aîné; mais, ô désespoir 1 Du milieu de la 
rivière, il aperçoit un lion qui accourt avec 
la rapidité de l'éclair; il va fondre sur Aga- 
pius. Le père a beau se hâter, le féroce ani- 
mal saisit sa proie et s'enfuit vers le désert. 
Théophytus avait vu le lion se jeter sur son 
frère et l'emporter; il poussait des cris la- 
mentables, hélas! trop lamentables ; car, at- 
tiré par l'écho, un loup furieux se précipite 
sur lui et l'emporte en courant, à la vue du 
père qui ne pouvait lui porter aucun se- 
cours. Quel spectacle pour un père 1 quelles 
angoisses! Eustache en quelques jours avait 
perdu sa fortune, sa patrie, son épouse et 
ses enfants, sa dernière espérance. Il était 
chrétien ; il souffrit en chrétien, c'est-à-dire 
avec ce courage indomptable qui ne sait pas 
ployer sous les coups de l'adversité, et qui 
s'appuie sur Dieu. 

Les médaillons 9, 10, 11 et 12, reproduisent 
ces divers événements de la vie de saint 
Eustache. On l'y voit chassé du vaisseau par 
les soldats du Maure; traversant le fleuve, 
du milieu duquel il aperçoit l'enlèvement de 
ses fils, qui sont arrachés à la dent meur- 



trière des bêtes féroces par le dévouement de 
quelques bergers et bûcherons. 

Eustache continua sa route, le cœur navré 
de douleur. M arriva dans la maison d'un 
vieillard vénérable, qui lui offrit, avec l'em- 
pressement et la charité d'un chrétien, l'hos- 
pitalité dont il avait besoin. Il resta près de 
lui, partageant ses travaux, servant Dieu 
avec la plus grande ardeur. 

Depuis quinze ans, Eustache vivait dans 
cette humble et paisible retraite, ignorant 
absolument les affaires du monde, n'enten- 
dant jamais parler des succès ni des revers 
de sa patrie; et pourtant les Parthes avaient 
fait éprouver de durs échecs aux armées im- 
périales qui n'étaient plus conduites à la vic- 
toire par le général Placide. Un soir, et au 
moment où il s'y attendait le moins, il aper- 
çut dans la campagne deux guerriers aux 
armes étincelantes. Eustache avait été géné- 
ral, et général victorieux; à l'aspect de sol- 
dats romains il sentit en lui une émotion 
involontaire; sa joie éclata malgré lui, quand 
il reconnut en eux deux de ses anciens ser- 
viteurs, Acacius et Antiochus. 

« Qui vous amène en ces lieux déserts, 
mes amis, leur dit-il, dans ces solitudes où 
jamais n'a brillé une lance romaine? — 
Nous parcourons l'Egypte, répondirent les 
deux soldats, par l'ordre de l'empereur, ré- 
clamant partout le général Placide. Hélas! 
nos recherches jusqu'à présent ont été vai- 
nes 1 » Eustache voulait feindre encore: il 
essaya de leur adresser de nouvelles ques- 
tions, mais il n'y put réussir; découvrant 
son front marqué d'une glorieuse cicatrice, 
il se fait reconnaître en appelant les soldats 
par leur nom. Eustache aime sa patrie; le 
christianisme épure les sentiments sans les 
détruire. En apprenant les dangers qui me- 
nacent l'empire et les ordres de son prince, 
Eustache verse quelques larmes en quittant 
sa chère solitude et son vieil ami Clément, 
auprès duquel il a passé de si douces années, 
et il part en donnant un dernier regard sur 
la paisible vallée de Badyssus. 

Eustache revit Rome et ses monuments, 
ce forum, ce palais, où jadis il avait brillé de 
la gloire du monde. Mille pensées diverses 
montaient dans son âme : rien n'avait changé 
dans la ville, tout était changé en lui. L'em- 
pereur lui remit entre les mains les insignes 
du pouvoir, aux acclamations du peuple et 
de l'armée; et ces insignes ne devaient pas 
tarder à être enrichis des lauriers de la vic- 
toire. 

On voit ces différents traits de la vie du 
saint aux médaillons 13, 14, 15 et 16. Te- 
nant la houlette en main, il reçoit deux ca- 
valiers, retourne avec eux vers l'empereur, 
duquel il reçoit le bâton de généralissime des 
armées romaines. 

A la voix du nouveau général, la discipline 
se rétablit dans l'armée. Les soldats sont 
pleins de confiance en leur général; en mar- 
chant au combat, ils marchent à la victoire. 
Eustache revenait à Rome pour recevoir Jes 
honneurs du triomphe, et sou âme allait être 



321 



l.EC 



I.EG 



s:-2 



remplie d'une joie mille fois plus enivrante 
que celle de la marche triomphale. 

Un jour quelques officiers, après avoir 
pris leur repas dans la maison d'un riche 
habitant, vinrent s'asseoir dans un jardin, 
non loin des tentes du camp. Là, chacun ra- 
contait à plaisir les aventures plus ou moins 
extraordinaires desa vie, lorsque tout à coup 
deux jeunes officiers se précipitent dans les 
bras l'un de l'autre en s'appelant mutuelle- 
ment par leur nom, et se prodiguant les té- 
moignages de la plus tendre alfeetion. C'é- 
taient Agapius et Théophytus, qui, tous deux, 
arrachés aux griffes des animaux féroces, 
tous deux enrôlés dans la milice, la même 
année, venaient de se reconnaître. 

Pendant cette scène attendrissante, une 
esclave, une mère, Théophyta sentait dé- 
faillir son cœur. Elle avait tout entendu, et 
Agapius disait à son frère : « As-tu rencon- 
tré notre bonne mère, Théophyta? Vit-elle 
encore? 

Oui, elle vivait ; pauvre mère ! épouse in- 
fortunée 1 Aujourd'hui réduite en esclavage, 
comment pourra-t-elle se faire reconnaître ? 
Elle prie Dieu, et sa prière est exaucée. 
« Jeunes Romains, dit-elle en s'adressant à 
ses enfants, oserais-je vous adresser quel- 
ques paroles? Je suis Romaine, et après avoir 
perdu mon époux et mes enfants, j'ai été ré- 
duite injustement en esclavage. » 

Les deux officiers sont émus. Comment 
une femme romaine peut-elle avoir été ré- 
duite en esclavage? Us la conduisent immé- 
diatement à la tente du général, pour la 
faire remettre en liberté. O surprise ! Théo- 
phyta reconnaît son époux. Elle veut se pré- 
cipiter dans ses bras ; mais, surmontant son 
trouble et son émotion, elle commence le 
récit des événements de sa vie. Elle parle 
de l'apparition de la forêt, de la peste et du 
fatal voyage où elle fut arrachée des bras de 
son époux, qui fut jeté sur les plages d'E- 
gypte, avec ses deux enfants, Agapius et 
Théophytus. Jamais femme ne parla avec 
tant d'éloquence; c'était le cœur qui parlait. 
Eustache versait des larmes en écoutant ce 
récit ; il quitta vivement son trône ; il re- 
trouvait son épouse, après seize ans de sé- 
paration , il retrouvait aussi ses deux en- 
fants ! 

Les médailles 17, 18, 19 et 20 représen- 
tent ces différentes scènes. Eustacfie part 
pour l'armée , livre la bataille aux Parthes. 
Agapius et Théophytus se reconnaissent près 
des tentes du camp. Enfin Théophyta se 
fait aussi reconnaître du général vainqueur, 
vêtu d'une cotte de inailles. 

L'armée manifesta par ses acclamations 
combien elle était heureuse du bonheur do 
son général, et ce ne fut qu'une fête conti- 
nuelle jusqu'aux portes de Rome, où l'em- 
pereur et le peuple attendaient Eustache 
pour saluer en lui le vainqueur des Parthes; 
mais, par un secret dessein de la Provi- 
dence, au lieu d'une palme périssable, Eus- 
tache allait recevoir une palme immor- 
telle! 
Trajan venait de mourir; Adrien, son suc- 



cesseur, persécutait les chrétiens. Avant de 
monter au Capitole, Eustache est conduit 
par l'empereur dans un temple pour offrir 
de l'encens aux faux dieux. Eustache, calme 
et grave, refuse de commettre ce crimcv 
« Comment, s'écrie l'empereur, tu refuses 
d'otfrir de l'encens aux dieux de la patrie! » 
Eustache répond avec dignité : « Je suis 
chrétien : le Dieu que j'adore m'a donné la 
victoire par Jésus-Christ son Fils; à lui seul 
la gloire et la reconnaissance 1 » 

Adrien dissimula sa colère ; il ne pouvait 
condamner sur-le-champ au supplice un gé- 
néral au milieu des préparatifs du triomphe. 
11 essaya de le gagner ; mais à la fin, voyant 
qu'Eustache était inaccessible à la séduc- 
tion, l'empereur, transporté de colère, le fit 
venir devant lui pour l'intimider par ses me- 
naces. « J'apprends avec là plus vive indi- 
gnation, s'écrie-t-il, que tu persistes dans 
le refus d'offrir de l'encens aux dieux de la 
patrie, et que ta femme et tes enfants, au 
lieu de cherchera fléchir ton obstination, 
t'ont confirmé dans ta funeste résolution. 
Obéis, ou je vous livre tous au supplice. — 
Je suis prêta obéira l'empereur, répondit 
tranquillement Eustache, quand ses ordres 
ne sont point en opposition avec la loi de 
Dieu. Vous pouvez nous arracher celte vie 
périssable ; mais Dieu nous en donnera une 
autre glorieuse et immortelle, dans l'assem- 
blée des saints. » 

Adrien condamna saint Eustache, son 
épouse et ses deux enfants à périr dans un 
taureau d'airain rougi par les flammes. Dès 
que le supplice est préparé, les bourreaux 
se saisissent des victimes. Eustache , les 
mains levées au ciel , faisait celte prière : 
« O Dieu tout-puissant ! exaucez nos vœux 
les plus chers; faites qu'après avoir été pu- 
rifiés par ce feu, nous soyons dignes d'être 
reçus dans le séjour de votre gloire éter- 
nelle. » A peine Théophyta, Agapius et Théo- 
phytus curent-ils répondu Amen, qu'ils fu- 
rent avec Eustache jetés dans les flancs em- 
brasés du monstre d'airain. Us rendirent à 
Dieu leur âme au milieu des gloires du mar- 
tyre ; leurs corps furent respectés par la 
flamme et recueillis par les fidèles. 

Les quatre derniers médaillons contien- 
nent la lin de la légende. Saint Eustache 
professe sa foi devant l'empereur; il fait sa 
prière suprême ; enfin il soull're le martyre 
avec sa femme et ses deux fils. 

Au plus haut de la verrière apparaît un 
évèque à tête nimbée, assis sur un trône et 
bénissant. Presque toutes les fenêtres du 
chœur sont surmontées d'une ligure semhla- 
ble. On a voulu, sans doute, représenter les 
saints évoques de Tours, qui protègent et 
bénissent l'assemblée des fidèles réunie dans 
une église, qu'ils ont aimée eux-mêmes et 
si dignement gouvernée. 

Vitrail de saint Martin, e'veque de Tours. 

Jamais, dans l'Eglise latine, aucun saint 
n'eut un culte aussi populaire que saint Mar- 
tin, évèque de Tours; nulle fête ne fut cé- 
lébrée avec plus d'enthousiasme que celle 



52Ï5 LEO 

de l'illustre thaumaturge des Gaules. « Qu'a- 
vons-nous à envier à la Grèce et à l'Asie? 
disait un dévot historien de saint Martin; 
elles ont eu saint Paul pour apôtre, et Dieu 
nous a donné saint Martin. » (Sulpit. Sever. 
VU. B. Martini.) Dans nos vieilles annales, 
le nom de saint Martin de Tours s'unit à nos 
plus glorieux souvenirs historiques. 

Les rois de France et leurs sujets, sous la 
première race et la seconde, avaient choisi 
saint Martin pour leur patron spécial. Nos 
aïeux., auxquels si souvent sourit la vic- 
toire, se croyaient invincibles en marchant 
au combat sous les enseignes de saint Mar- 
tin. « Comment pouvons-nous espérer do 
vaincre, disait Clovis a ses soldats qu'il con- 
duisait aux plaines de Vouillé, si nous of- 
fensons saint Martin? » (Greg. Turon.) 

Le plus magnifique témoignage que nous 
puissions invoquer pour démontrer l'in 
tluence et l'étendue du culte rendu au glo- 
rieux évèque de Tours, ce sont les innombra- 
bles monuments élevés dans toute l'Europe 
à la gloire de Dieu, sous l'invocation de saint 
Martin. N'est-ce pas en son honneur que se 
fil la première exception à une règle, depuis 
longtemps établie, affermie par les siècles, 
de ne bénir les édifices sacrés que sous le 
titre d'un martyr? Quel diocèse en France 
n'a pas plusieurs églises dédiées sous le vo- 
cable de saint Martin de Tours? 

Saint Martin avait à peine rendu le dernier 
soupir, que son nom était connu dans tout le 
monde catholique, au rapport de son pieux 
historien. Dans un livre qui sert de monu- 
ment littéraire à une époque beaucoup trop 
décriée, parce qu'elle est trop peu connue, 
Sulpice Sévère se plaît à faire l'énumération 
des pays où était répandue la réputation de 
saint Martin et sa mémoire vénérée. (Sul- 
pit. Sever. Dialog. i, 26.) 

Combien de miracles se sont opérés au 
tombeau de saint Martin 1 Quelle immense 
multitude d'hommes de toute condition se 
sont pressés sous les voûtes de la noble et 
insigne basilique (1) élevée en son honneur 
dans la ville de Tours 1 On y voit des papes, 
des empereurs, des rois, des reines, des 
princes, des seigneurs, des personnages de 
tous pays, y venir pieusement en pèlerinage. 
Hélas ! par la cruelle vicissitude des événe- 
ments humains et par la terrible action des 
révolutions, le monument de saint Martin a 
disparu de la cité dont il fit, durant de longs 
siècles, l'ornement et la gloire, laissant à 
peine quelques débris. A Marmoutier, où, 
sur le sol et dans le paysage, les souvenirs 
antiques sont encore vivants, tout a péri, 
môme les ruines. Mais, par un secret des- 
sein de la Providence, et sans doute pour 
notre enseignement, dans ces lieux où na- 
guère florissail une abbaye riche et célèbre, 
le grand monastère par excellence, l'établis- 
sement religieux le plus ancien des Gaules, 
antérieur à la monarchie française, nous ne 

({) Dans tous ses actes, l'ancien chapitre collégial 
de Saint-Martin donne à l'église le nom de noble et 
insigne église de Saint-Martin. 



J.EG 



124 



voyons plus aujourd'hui qu'une pauvre 
crypte creusée dans le rocher, nue et dé- 
pouillée comme aux jours où saint Gatien, 
notre premier évoque, la dédiait à la sainte 
A'ierge, au milieu des persécutions, comme 
à répoque où saint Martin y ajoutait une 
caverne où l'on aperçoit encore les derniers 
vestiges d'un autel élevé et consacré de ses 
mains! Chose déplorable! le froid oubli des 
habitants de Tours délaisse dans le plus 
triste abandon des lieux jadis si chers à nos 
aïeux : quelques cœurs seulement, fidèles 
aux nobles traditions de la foi et des temps 
passés, savent le chemin de la grotte véné- 
rable de Marmoutier; il appartient déjà à 
l'antiquaire et à l'historien de faire connaî- 
tre des monuments qui existaient hier dans 
leur entier, que nos pères ont vu de leurs 
propres yeux, tant la marche du temps est 
précipitée, tant la mémoire des hommes ab- 
sorbés par les soucis du présent perd promp- 
tement le souvenir des plus grandes œuvres 
de la religion et de la patrie 1 

Les cathédrales, qui ont heureusement 
conservé leurs vitraux peints du xiii c siècle, 
Bourges, Chartres, le Mans, etc., présentent 
dans quelque verrière la légende de saint 
Martin ;mais nulle part, peut-être, elle n'est 
aussi complète, ni aussi bien conservée qu'à 
Sain t-Ga tien. 

L'église métropolitaine de Tours possède 
encore deux magnifiques verrières destinées 
à reproduire le même sujet, et il est aisé do 
se convaincre, à leur aspect, qu'elles ont été 
pour l'artiste un objet de prédilection, comme 
dans notre ville le culte du grand saint Mar- 
tin a toujours été et sera toujours privilégié. 
L'une de ces verrières, celle que nous al- 
lons spécialement décrire, se trouve à l'une 
des cinq travées de l'abside ; l'autre était 
placée autrefois dans une des hautes fenê- 
tres rayonnantes du transsept méridional, et 
se voit actuellement, un peu mutilée, dans 
la chapelle absidale située à gauche de la 
chapelle de la Sainte-Vierge. La première 
est du xm c siècle, et appartient au plus 
beau temps de ce siècle si fécond en œuvres 
artistiques remarquables. La seconde est du 
commencement du xiv e siècle, et d'une com- 
position très-distinguée : l'exécution maté- 
rielle ne répond pas toujours à l'habile dis- 
position des sujets. C'est un exemple propre 
à nous fai re apprécier la distance qui sépare les 
meilleures œuvres du xiv e siècle de celles 
du xm c . Nous serons obligés, par la nature 
môme de notre sujet, de comparer les scè- 
nes historiques figurées sur ces deux ver- 
rières, exécutées à un sièle à peine d'inter- 
valle. 

Notregrande verrière de saintMartin, haute 
de 10 mètres 62 centimètres, large de 2 mè- 
tres 40 centimètres, dans trois colonnes sépa- 
rées par des meneaux en colonnettes, offre 
un vaste champ où l'artiste a pu facilement 
déployer les principaux traits de la vie du 
saint. Chaque colonne présente six médail- 
lons ovales superposés , reliés les uns aux 
autres par un nœud fort élégant, formé d'une 
fleur crucifère double , à pétales rouges et 



525 



LEG 



LEG 



7,ÎG 



vcrls, bordés do jaune. La fenêtre comprend 
donc dix-huit cartouches ou médaillons, sans 

y joindre trois médaillons circulaires placés 
dans les trèfles de l'amortissement, où l'on 
voit l'image de Dieu le Père, avec deux anges 
tenant des encensoirs en main. 

Cette belle verrière a été donnée à l'église 
métropolitaine par un moine de Corméry, 
ainsi que nous le lisons dans l'inscription pla- 
cée au-dessous du donateur : ALB. COK. M5. 
Albinus , ou Albo Connariccnsis monaslerii 
abbas (?). Le monastère de Corméry avait été 
l'ondé sur les bords de l'Indre et dans une 
position charmante, par llhier, abbé de Saint- 
Martin, en 751. Alcuin, son successeur, avait 
obtenu de Charlemagne, son royal ami, plu- 
sieurs chartes de privilège en faveur du 
nouvel établissement. Les moines de Corméry 
restèrent toujours sous la dépendance immé- 
diate du chapitre de Saint-Martin de Tours; 
ils gardèrent constamment la plus vive dé- 
votion a saint Martin , et il n'est pas sur- 
prenant de voir un abbé de cette belle et 
tèrvenle communauté offrant à l'église-mère 
une verrière à l'honneur de ce grand saint. 
Albin ou Albon tient entre ses mains la fenêtre 
qu'il consacre à la gloire du saint protecteur 
de son abbaye; il est revêtu de l'habit de 
l'ordre bénédictin et il porte la crosse , insi- 
gne de sa dignité. Il est en posture de sup- 
pliant, la face tournée en haut et les regards 
dirigés vers le Père éternel qui préside à cette 
majestueuse composition : peut-être regarde- 
t-ii, suivant l'intention de l'artiste, le déve- 
loppement figuré de la légende de saint 
Martin? 

En considérant notre grand vitrail , on a 
sous les yeux l'abrégé de l'histoire écrite par 
Sulpice Sévère : saint Martin nous apparaît 
dans les circonstances les plus mémorables 
de sa vie, depuis son entrée dans la milieu, 
depuis surtout l'acte si connu de sa charité, 
qui se passa devant la porte d'Amiens, jus- 
qu'au moment où les Tourangeaux, fiers et 
heureux d'avoir trompé les Poitevins , con- 
duisent à Tours , sur la Loire , les restes 
mortels de leur évoque et de leur protecteur. 
Par une anomalie que nous ne pouvons 
expliquer, le personnage principal de la ver- 
rière, le sujet de la légende , contre toutes 
les règles admises et connues, est dépourvu 
de nimbe aux médaillons 1, 2, 4, 5, 7. Faut- 
il rejeter sur le compte d'une restauration 
maladroite, opérée vers la fin du siècle der- 
nier, la disparition de ce signe éminemment 
caractéristique? Nous inclinons fortement à 
le faire, quoique dans l'état actuel les plombs 
ne semblent pas indiquer l'existence du 
nimbe dans ces médaillons. Dans l'appari- 
tion tic Notre-Seigneur a saint Martin , au 
premier panneau de la seconde série, le saint 
a la tête entourée du nimbe rouge : or ce 
trait historique suivit immédiatement le par- 
tage du manteau ; ce serait donc sans fonde- 
ment qu'on alléguerait pour raison que 
Martin étant catéchumène et engagé dans la 
milice ne devait pas porter encore les insi- 
gnes de la sainteté. D'ailleurs, sa tète en est 
encore dépourvue à son ordination (7' méd.), 



et a cette époque il avait opéré dos miracles 
de premier ordre, tels que la résurrection d'un 
mort. On admettra difficilement que les ar- 
tistes du xin ! siècle aient commis une si 
grave omission dans une composition irré- 
prochable sous tous les rapports. 

Suivons les médaillons en indiquant les 
traits historiques qu'ils représentent. 

Martin, fils d'un tribun militaire, fut obligé, 
malgré lui, à l'Age de quinze ans, de prendre' 
les armes, en vertu d'un édit qui portait que 
les fils des vétérans appartenaient à la milice. 
Le 1 er médaillon nous fait voir l'empereur 
accompagné d'un soldat, sans doute le tribun 
dont le fils est à genoux , les mains jointes, 
prêtant le serment militaire , au moment où 
il reçoit les armes. 

(Méd. 1, 2, h.) A la porte d'Amiens , Mar- 
tin., n'étant encore que catéchumène , ren- 
contre un pauvre à moitié nu, auquel il donne 
la moitié de son manteau. Ce trait est peut- 
être le plus populaire de toute la vie de saint 
Martin, et il ne faut pas s'en étonner, puis- 
que Notre-Seigneur lui-même en a fait l'éloge 
et a voulu, poar ainsi dire, se glorifier devant 
les anges de cet acte sublime de la charité 
d'un soldat. Dans une foule de monuments, 
on a choisi ce fait de préférence pour l'offrir 
à l'admiration et à l'imitation des fidèles. 
Dans le vitrail de Tours, les anges n'accom- 
pagnent pas la figure du Sauveur : ne serait- 
ce pas parce que l'artiste aura été inspiré 
par cette idée de représenter Notre-Seigneur 
montrant aux chrétiens eux-mêmes assem- 
blés dans l'église le fragment du manteau 
du généreux catéchumène? Sulpice Sévère 
raconte ce fait avec une naïveté charmanto 
et en des termes qui font assez connaître que 
de son temps cette action ne fut pas moins 
populaire qu'au moyen âge. 

« En un certain temps, comme Martin n'a- 
vait rien que ses armes et le simple habit de 
la milice, au milieu de l'hiver, qui était beau- 
coup plus rigoureux qu'à l'ordinaire , telle- 
ment que la violence du froid fit périr plu- 
sieurs personnes , il rencontra à la porte de 
la cité des Ambianenses un pauvre privé de 
vêtements. Celui-ci priaitles passants d'avoir 
pitié de lui, et tous s'en allaient sans avoir 
compassion de sa misère. L'homme de Dieu 
comprit que, puisque les autres ne lui prê- 
taient point assistance , cet acte de miséri- 
corde lui était réservé. Que faire cependant? 
Il n'avait que la chlamyde dont il était re- 
vêtu : déjà il avait employé le reste en œuvres 
semblables. 11 prend le glaive dont il était 
armé, la coupe par le milieu, en donne une 
part au pauvre et se couvre de l'autre. En ce 
moment , quelques-uns des témoins se mi- 
rent à rire en voyant son manteau déchiré; 
mais beaucoup, animés d'un meilleur esprit, 
gémissaient profondément de n'avoir pas 
eux-mêmes eu Je courage d'accomplir une si 
belle action, puisqu'ils pouvaient couvrir le 
pauvre sans se dépouiller eux-mêmes. L? 
nuit suivante , comme il s'était abandonné 
au sommeil, il vit le Christ revêtu de la part 
do son manteau dont il avait couvert le pau- 
vre : on lui commande de regarder attentive- 



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lï;g 



LEO 



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ment le Seigneur et de reconnaître le vêle- 
ment qu'il avait donné lui-même. Bientôt il 
entend Jésus-Christ disant d'une voix dis- 
tincte aux anges qui l'accompagnaient : 
« Martin, encore catéchumène, m'a couvert 
de ce vêtement;» le Sauveur rappelait ainsi 
ses propres paroles : Tout ce que vous ferez 
à l'un de ces malheureux, c'est à moi que vous 
le ferez. Il montrait que c'était lui-même qui 
avait été réellement vêtu dans la personne 
du pauvre, et pour en donner une preuve 
éclatante, il voulut bien apparaître avec l'ha- 
bit que le pauvre avait reçu. » (Sulp. Sever., 
Vita B. Mari.) 

(Méd. 5, 6, 7.) A l'Age de dix -huit ans, 
Martin reçut le baptême, et, malgré ses vœux 
ardents, il céda aux désirs de son tribun et 
ne quitta pas immédiatement le service mi- 
litaire. Cependant il était impatient de se- 
couer pour jamais le joug du monde , et de 
prendre uniquement et entièrement le joug 
de Jésus-Christ. Mais son ami le retenait par 
la promesse de renoncer au siècle quand le 
temps de son tribunat serait passé. 

Ce trait est probablement figuré au 6 e mé- 
daillon, où l'on voit deux hommes avec la 
tunique militaire , courte et descendant à 
peine jusqu'aux genoux : les monstres que 
l'on aperçoit seraient la représentation des 
soucis et des embarras du monde qui rete- 
naient encore le compagnon de saint Mar- 
tin (1). Peut-être aussi pourrait-on reconnaître 
ici saint Martin dans le désert et combattant 
contre la tentation du démon? 

Le panneau suivant représente saint Martin 
dans les Alpes, sur le point d'être assassiné 
par des voleurs. Saint Martin s'était retiré à 
Poitiers auprès de saint Hilaire, et là il ser- 
vait Dieu dans le silence et la retraite. Tandis 
que l'illustre évèque de Poitiers était exilé 
pour la foi, il conçut le projet d'aller en Pan- 
nonie et de convertir à la religion chrétienne 
son père et sa mère qui étaient retenus dans 
les ténèbres de l'idolâtrie. Comme il passait 
les Alpes, des brigands se jetèrent sur lui et 
ils allaient lui trancher la tête, quand, frappés 
de son calme devant la mort, ils s'arrêtèrent 
et le confièrent à la garde de l'un d'entre eux 
qui, apprenant que ce noble mépris de la vie 
était inspiré par Je christianisme, lui demanda 
le baptême. 

Le peintre-verrier n'a pas suivi exacte- 
ment ici le récit de Sulpice Sévère, qui se 
trouve reproduit scrupuleusement dans les 
vitraux de Chartres et de Bourges. Il met une 
épée au lieu d'une hache à la main des vo- 
leurs , suivant le texte de Paulin de Péri- 
gueux (2). 

A la suite de l'indication du fait que nous 
venons de raconter , le P. Cahier , dans le 
grand ouvrage sur les Vitraux de Bourges, 
s'exprime ainsi : « Si Sulpice Sévère ne disait 

(1) < Nec tamen statim militiue renuntiavit, tribuni 
suiprecibus evicius, cui contuberniiim familiare prae- 
slabat; etenim transacto tribunatus sui tempore, re- 
nuntiaturum se syeculo pollicebatur. > (Sulp. Sev.) 

(2) Hostiles gladios, manibus posl lerya revinctis, 
Risit, et immolo lempsit discrimina vulln. 

(De Vit. B. Mari. lib. i, Bibl. Pair. VI, 299). 



assez clairement que saint Martin trouva 
encore son père et sa mère en vie, mais que 
sa mère seule consentit à embrasser la reli- 
gion chrétienne , on pourrait croire que la 
conversion de cette femme est l'objet de la 
scène qui se passe près d'un tombeau ; et 
alors le sépulcre indiquerait qu'elle seule 
aurait revu son fils. Mais avant que l'homme 
de Dieu fût devenu évêque de Tours, il avait 
déjà ressuscité deux morts. On peut choisir, 
bien que cette représentation ne me paraisse 
cadrer exactement avec aucune des deux 
narrations laissées par le biographe. » 

La verrière de Tours ne permet pas la sup- 
position faite par le savant auteur de la des- 
cription des vitraux de Saint -Etienne de 
Bourges : il y a entre le voyage de saint 
Martin en Pahnonie et la résurrection du 
mort, dans notre légende figurée , plusieurs 
traits intermédiaires que l'espace trop res- 
treint de la verrière de Bourges a fait suppri- 
mer. Quoique nous soyons également em- 
barrassés pour arriver à la détermination 
précise du miracle de la résurrection repré- 
senté à Tours comme à Bourges , nous ne 
saurions admettre l'ingénieuse hypothèse du 
P. Cahier; c'est donc bien un trait de l'his- 
toire de saint Martin que le dessinateur a 
mis en évidence , et non de celle de saint 
Denis de Paris, ni d'un autre saint, comme 
semble le croire l'auteur que nous venons 
de nommer. 

Ici se termine la première partie de la vie 
de saint Martin : il devient évêque de Tours 
et commence une vie nouvelle, illustrée pair 
ses miracles et plus encore par les prodiges 
de grâce et de conversion que Dieu opère 
par ses mains. 

(Méd. 8, 9, 10.) L'ordination du saint, pré- 
parée par des circonstances admirables, eut 
lieu dans l'église bâtie par saint Lidoire. La 
cérémonie est présidée par un évêque, tenant 
la crosse d'une main, et bénissant de l'autre. 
Un clerc porte la crosse du nouvel évêque 
de Tours. 

La succession des événements n'est pas 
suivie avec toute l'exactitude chronologique 
par le peintre-verrier. Au lieu de discuter 
ici, hors de propos, des dates et des docu- 
ments historiques, nous préférons nous en 
tenir à la légende dont nous suivons le déve- 
loppement. Il faut convenir aussi que le récit 
de Sulpice Sévère et celui de Paulin de Péri- 
gueux ne mentionnent jamais les dates; le 
premier , dont l'autorité doit surtout être 
invoquée puisqu'il sert de guide à la narra- 
lion poétique du second , ne se met pas en 
peine d'enchaîner tous les faits suivant l'or- 
dre des temps; il se contente de la vérité du 
fait qu'il rapporte, sans le relier à ceux qui 
le précèdent ou qui le suivent. If n'y aurait 
donc pas lieu d'être étonné en voyant que 
l'artiste et l'historien ne marchent pas tou- 
jours sur les traces l'un de l'autre. 

Par amour de la paix et pour faire sur-le- 
champ révoquer des ordres cruels, saint 
Martin communiqua avec les lthaciens. Il 
réussit auprès de l'empereur, sauva la vie 
à des malheureux qui allaient être égorgés, 



529 



LEG 



EEG 



SZi) 



mais ce ne fut qu'en communiquant pendant 
quelques instants avec des hérétiques. Quoi- 
que saint Martin ne voulût pas consentir a 
souscrire à aucun acte, il se repentit vivement 
d'avoir cédé aux exigences de Maxime ; et 
souvent il disait à ses disciples que depuis 
ce temps il sentait en lui une diminution 
sensible de puissance pour chasser les dé- 
mons. En quittant la ville de Trêves, triste 
et repassant dans sa mémoire les circonstan- 
ces de cette lâcheuse affaire, il s'éloigna de 
ses compagnons de voyage, et s'étaut ar- 
rêté pour pleurer dans un lieu sauvage et 
écarté, dans un lieu couvert de forêts, non 
loin du village d'Andetkanna, un ange lui 
apparut et le consola. « C'est avec raison, 
dit-il, Martin, que vous êtes affligé; mais 
vous n'avez pas cru pouvoir agir différem- 
ment. Réparez votre vertu ; reprenez cou- 
rage. » 

Telle est la manière qui nous semble la 
plus plausible d'expliquer le neuvième mé- 
daillon. Cependant on pourrait proposer une 
autre interprétation , quoique ce trait se 
trouvât ainsi trop isolé. A t'aide du vitrail 
de la chapelle absidale, précédemment indi- 
qué, on arriverait facilement a restituer le 
fait dans son entier. Valentinien refusait de 
recevoir saint Martin , parce qu'il était ré- 
solu de ne point lui accorder ce qu'il deman- 
dait. Le saint évêque de Tours eut re- 
cours à ses armes ordinaires : il se mit en 
prières. Un ange lui apparut et l'engagea à 
se rendre au palais de l'empereur pour 
adoucir ce cœur farouche. Saint Martin 
trouve toutes les portes ouvertes et arrive 
jusqu'à la chambre de Valentinien, san.> que 
personne s'oppose à son passage. Ce der- 
nier, irrité de cette témérité, teste assis de- 
vant l'évêque, sans donner aucun signe de 
respect. Aussitôt des flammes sortent de des- 
sous son siège et le forcent à se lever de- 
vant saint Martin. Cette seconde partie seu- 
lement de la légende est représentée à la 
verrière de la chapelle absidale ; la pre- 
mière serait figurée au grand vitrail du che- 
vet. Ce qui pourrait porter à accepter cette 
interprétation, ce sont les détails mêmes de 
la composition : saint Martin est étendu sur 
un lit, et c'est précisément durant son som- 
meil que l'ange l'exhorte à franchir le seuil 
du palais ; enfin, l'ange est à côté d'une 
porte qui indique évidemment que la scène 
ne se passe pas dans une forêt, comme eut 
lieu l'apparition de l'ange qui consola saint 
Martin de sa chute. 

Le médaillon dixième, représentant la ré- 
surrection d'un mort qui sort du tombeau, 
est difflcile à expliquer, comme nous eu 
sommes convenus précédemment. Dans 
l'Histoire de Sulpice -Sévère, dans les poè- 
mes de saint Paulin ou de saint Fortunat, 
on ne trouve point que saint Martin ait res- 
suscité un mort déjà mis au tombeau. Mais 
peut-être le peintre aura-t-il cru qu'il lui était 
impossible de mettre convenablement en 
relief le fait d'une résurrection sans mon- 
trer un personnage sortant d'un tombeau. 

(Méd. il, 12, 13.) Les trois faits représen- 
Dictionn. d'Archéologie sacrée. IJ. 



tés dans ces trois médaillons sont très-célè- 
bres et très-connus. Saint Martin, dans son 
zèle à détruire l'idolâtrie , parcourait les 
campagnes. 11 exhortait vivement les habi- 
tants d'une certaine bourgade à couper un 
pin objet d'un culte superstitieux et planté 
auprès d'un temple d'idoles qu'il venait 
de renverser. Une immense multitude de 
païens s'assemble en tumulte, et enfin l'on 
consent à ce que l'arbre soit coupé, à la condi- 
tion que l'évêque se placera du côté où il 
penchera dans sa chute. Saint Martin, plein 
de confiance en Dieu , accepte la condition 
avec empressement : l'arbre tressaille sous 
les coups redoublés de la hache ; la foule at- 
tend avec impatience ce qui va arriver; les 
disciples tremblent pour leur maitre ; saint 
Martin fait le signe de la croix, et soudain 
l'arbre, qui menaçait de l'écraser dans sa 
chute, se redresse et tombe du côté opposé 
sur les spectateurs qui se croyaient à l'abri 
de tout danger. Frappés de ce prodige, les 
habitants se jetèrent aux pieds du saint 
évêque en demandant le baptême 

Saint Martin avait délivré du démon le 
serviteur du proconsul Tétradius et con- 
verti le maitre à la religion chrétienne. 
11 opéra cet exorcisme en posant la main sur 
la tète du possédé. Dans la même ville où 
ce prodige avait eu lieu, le thaumaturge, en 
entrant dans la maison d'un père de famille, 
s'arrêta tout à coup sur le seuil de la porte, 
en disant : Je vois un démon à l'intérieur de 
cette maison. 11 lui commanda de sortir; 
mais le malin esprit s'empara d'un des ser- 
viteurs qui se trouvait dans la maison. Le 
malheureux grinçait des dents et déchirait 
ceux qui se trouvaient à sa portée. La mai- 
son fut dans un trouble inexprimable; les 
serviteurs s'enfuyaient de tous côtés. Martin 
se dirige vers le furieux et lui commande de 
s'arrêter. Comme il grinçait toujours des 
dents et qu'il ouvrait une bouche mena 
çante, Martin plaça les doigts dans sa bou 
che, en défiant le pouvoir du démon. Alors 
celui-ci, tourmenté violemment et ne pou- 
vant sortir par la bouche où étaient les 
doigts de l'homme de Dieu , prit la fuite, au 
milieu d'un accès de rage, par la voie qui 
convenait le mieux à l'esprit immonde (1). 

Le peintre-verrier n'a pas été effrayé dans 
la représentation de cette singulière déli- 
vrance au vitrail de la chapelle absidale : à 
la giandc verrière l'artiste a traité son sujet 
avec plus de délicatesse. Le groupe qui 
considère l'action de saint Martin est admi- 
rable d'expression : on lit dans la posture 
et la physionomie les sentiments qui do- 
minent dans l'Ame. 

(I) Ne violet digitos suspendit bellua rictus, 
El maniant tnnqi timuit qui dente voraret. 
Qui dutn iniru obsessum pœnis ageretuT acerbis, 
Nec ttnnen nb digitos exire per ora liccret ; 
Fœdu ministerii fœdut vesttqia linquetu, 
Sordidus egredilur qua sordibus est vin fïuxu.. 
Taie iler arreptum sic tedecel ire, vialorl 
(Forlunal. de Vit. S. Martini.) 

Sulpîce-Sévèrene donne pas dos détails moins ex- 
plicites sur cet exorcisme. 

IL 



531 li:g 

Le groupe suivant, représentant la messe 
de saint Martin, rappelle un des plus beaux 
actes de charité du saint. Comme autrefois 
à la porte d'Amiens, il se dépouilla de ses 
vêtements pour couvrir la nudité d'un pau- 
vre. Au moment de commencer la messe, 
durant la froide saison, il ne put résister 
aux prières d'un malheureux qui se plai- 
gnait de la rigueur de l'hiver, et il commanda 
à son archidiacre de lui donner un habit. 
L'archidiacre n'obéit pas ; et le saint évoque, 
cédant aux instantes réclamations du men- 
diant, lui remit son propre vêtement. Ce- 
pendant la foule réunie à l'église attendait 
l'arrivée de saint Martin, quand celui-ci rap- 
pela au clerc infidèle que le pauvre de Jésus- 
Christ avait besoin d'un vêtement, il parlait 
de lui-même. L'archidiacre mécontent sortit 
brusquement, acheta un habit de l'étoffe 
la plus grossière, et le jeta aux pieds de l'é- 
vêque. Le saint se couvrit de celte tunique 
trop étroite , qui laissait ses bras à décou- 
vert, et monta à l'autel, cachant sa nudité 
sous sa chasuble. Mais à l'otfertoire ou à 
l'élévation , Dieu , voulant témoigner de 
la manière la plus éclatante en faveur 
de la charité du pontife, fit apparaître une 
flamme légère qui flottait autour de sa 
tête sans brûler sa chevelure, symbole du 
fou divin de la charité qui brûlait dans son 
cœur. Toute la multitude vit le prodige et 
en loua hautement le Seigneur. 

Le peintre- verrier a interprété le fait 
d'une manière particulière et l'a exprimé 
d'une façon très-remarquable. Le mode de 
représentation du même fait est identique à 
nos deux verrières de Tours. Un ange ap- 
paraît au-dessus de la tête de saint Martin, 
et laisse échapper de ses mains des rayons 
lumineux qui se dirigent vers les mains éle- 
vées de l'évèque ; les bras nus du saint et la 
posture des assistants ne laissent pas sub- 
sister la moindre incertitude sur le motif de 
cette scène. 11 serait difficile de trouver une 
composition plus naïve et en même temps 
plus expressive. 

(Méd. tt, 15.) « Martin , dit Sulpice-Sé- 
vère, tomba un jour par hasard du haut 
d'un escalier, et le corps couvert de bles- 
sures, était étendu à demi-mort dans sa cel- 
lule, tourmenté de douleurs cruelles. Pen- 
dant la nuit un ange lui apparut, toucha 
ses membres blessés et les oignit d'une 
huile salutaire. 11 fut si parfaitement guéri, 
que le lendemain il ne paraissait pas qu'il 
eût rien souffert la veille. » 

Tel est le sujet que nous montre le H* 
médaillon : le peintre a rendu la scène plus 
animée. Le démon , caché sous l'escalier, 
saisit saint Martin avec un croc recourbé 
et le précipite du haut de l'escalier. Au mo- 
ment où le saint, la tête renversée en bas, 
va se briser en tombant , un ange le sou- 
tient par le milieu du corps et prévient les 
dangers de la chute. Le récit de Sulpice-Sé- 
vère est plutôt interprété que reproduit. 
Du reste , cette manière de représenter ce 
tr;iit historique semble avoir prévalu, puis- 



LEG 



332 



que, dans la verrière du xiv' siècle, nous 
retrouvons le môme mode de figuration (1). 

Le groupe suivant représente une appa- 
rition, comme saint Martin en voyait fré- 
quemment. Ecoutons encore Sulpice-Sévère. 
Dans son second dialogue, des Vertus de 
saint Martin, il dit qu'en sa présence, un de 
ces prodiges s'opéra au monastère de Mar- 
moutier. « Je vous l'avouerai , dit Martin ; 
mais ie vous prie de ne pas divulguer ce 
fait : j ai vu Agnès, Thèclc et Marie. En 
même temps, ajoute l'bistorien, il nous dé- 
peignit le visage de chacune de ces glo- 
rieuses habilantes du paradis., et nous fit 
connaître de quels ornements elles étaient 
parées. Il nous avoua que cette vision se 
renouvelait assez fréquemment, et il con- 
fessa encore qu'il était souvent visité par 
saint Pierre et saint Paul (2). » 

Les trois médaillons supérieurs contien- 
nent la fin de l'histoire de saint Martin. Le 
saint évêque s'était rendu à Candes pour 
apaiser la discorde qui s'était mise entre les 
clercs de cette église. Mais, sentant sa mort 
approcher, il se fit transporter dans le diaco- 
nicum, et là il rendit le dernier soupir, entouré 
de ses disciples. Les derniers moments du 
grand évêque de Tours furent dignes de sa 
vie tout entière. L'histoire ecclésiastique ne 
nous a rien laissé de plus touchant, ni de 
plus sublime. Les pages où Sulpice-Sévère 
raconte cette fin glorieuse sont les plus 
belles de son livre, et on ne peut les relire 
sans éprouver une vive émotion. Chaque 
année, quand, dans l'office de l'octave de la 
fête de saint Martin, nous revoyons ces li- 
gnes que nous avons lues tant de fois et 
toujours avec un nouveau charme, quel est 
le prêtre qui ne sent ses larmes prêtes à 
couler? « Seigneur, disait notre saint évê- 
que en présence de ses disciples, dont nous 
nous glorifions d'être les successeurs et les 
héritiers, Seigneur, je ne refuse pas le tra- 
vail, si je suis encore nécessaire à votre peu- 
ple : que votre volonté soit faite.» Mais nous 
devons résister à copier ici ces pages ma- 
gnifiques ; elles sont gravées dans la mémoire 
et dans le cœur de tous les chrétiens. 

Le groupe suivant nous retrace le fait dont 
saint Grégoire de Tours nous a donné le tou- 
chant et poétique récit. Les Poitevins dispu- 
taient aux Tourangeaux la possession du 
corps du saint évêque de Tours : ils fai- 
saient chaleureusement valoir leurs droits. 
Mais évidemment les prétentions des Poite- 
vins étaient injustes; aussi les Tourangeaux 
crurent-ils pouvoir les tromper, persuadés 
qu'il n'y avait de leur part nulle injustice à 
s'assurer la conservation d'un bien précieux 
dont ils avaient la propriété. Fatigués de 
leurs discussions, les habitants de Tours et 
de Poitiers avaient remis au lendemain la 
fin de leur différend : mais pendant la nuit, 

(1) La légende dit que le démon semait des noix 
sous les pieds de saint Martin pour le faire trébucher 
et lui faire perdre patience. 

(-2) Su!p.-Sev. Dialog. u,de VirtutibusB. Martini, 
vciius linein. 



333 



LIA 



ceux de Tours, plus vigilants que ceux de 
Poitiers, enlevèrent le corps de leur évoque, 
le tirent passer par une fenêtre de l'église 
et le descendirent sur la Vienne, rivière qui, 
en cet endroit, a son embouchure dans la 
Loire. Dès la pointe du jour, les Poitevins 
furent éveillés par le chant des cantiques de 
joie dont les Tourangeaux remplissaient les 
airs en conduisant vers leur ville les dé- 
pouilles sacrées de saint Martin. 

Ici se termine notre verrière; mais celle 
de la chapelle absidale nous donne encore 
la sépulture de saint Martin, représentée en 
deux médaillons séparés. Sur l'un on voit le 
corps du saint porté sur les épaules de plu- 
sieurs clercs : en avant du convoi funèbre 
marchent quatre personnages dans l'attitude 
du regret et de la douleur. Auprès de la tète 
du saint évèque, un clerc porte la croix ar- 
chiépiscopale; dans l'autre le saint est mis 
au tombeau, et tout à côté de lui un clerc, 
la tète appuyée sur sa main en signe de 
tristesse, tient la croix métropolitaine. La 
cérémonie de la sépulture est présidée par 
un évêque tenant la crosse d'une main et 
bénissant de l'autre. A côté de cet évoque, 
un clerc porte encore une croix archiépis- 
copale. On reconnaît aisément sur ce monu- 
ment, comme on le voit aussi à Milan sur 
l'autel de Wolvinius, la figure de saint Am- 
broise assistant aux funérailles de saint 
Martin. Il s'agit ici, pour nous, moins de 
discuter le fait historique que de constater 
la croyance générale de cette époque. Nous 
savons bien qu'on a nié la présence de l'é- 
vêque de Milan aux funérailles de l'évêque 
de Tours; mais nous savons aussi que cette 
négation, assez mal appuyée, est contraire 
à la tradition constante de deux Eglises an- 
tiques et vénérables, l'Eglise de Tours et 
l'Eglise de Milan (1). 

LEVÉES (Pierres). — Monuments druidi- 
ques consistant en pierres plantées vertica- 
lement en terre et formant des espèces de 
grossiers obélisques. Voy. Menhir. 

LIAISON. — On a quelquefois employé le 
mot liaison, dans son acception la plus gé- 
nérale, pour désigner l'harmonie qui doit 
régner entre les différentes parties d'un 
grand édifice. C'est ainsi que l'on dit qu'il y 
a liaison entre tous les membres de tel mo- 
nument, pour marquer qu'ils sont tous unis 
dans de bonnes proportions. 

Nous avons développé ailleurs les ré- 
flexions relatives à cet important objet. 

En terme de construction, on appelle Hoir 
son la manière d'arranger et de lier les pier- 
res, les briques et les différents matériaux 
qui servent à bâtir, en sorte qu'elles soient 
posées les unes sur les autres, de niveau, 
et que les joints soient établis régulière- 
ment. 

On dit que des pierres ou des briques 
sont posées en liaison, lorsque leurs joints 

(1) Voyez à ce sujet un livre curieux de René 
Ouvrard, chanoine de Saint-Gâtien de Tours, inti- 
tulé : Défense de I ancienne tradition des Eglises de 
France; Paris, 1673. 



LIE 554 

verticaux ne sont jamais placés les uns au- 
dessus des autres : c'est 1 opus insertutn des 
anciens. Voy. Appareil. 

La liaison à sec est la manière de poser 
les pierres sans mortier ni ciment. Les plus 
grands édifices de l'antiquité ont été bâtis 
avec des quartiers de roch -r d'une grandeur 
extraordinaire, comme dans les monuments 
cyclopéens ou pélasgiques. 

Liaison signifie encore les substances qui 
servent à unir deux pierres; on dit : Liaison 
de ciment, liaison de mortier. C'est ainsi que 
les constructions du moyen Age se font re- 
marquer par d'excellentes liaisons de ciment. 
Elles sont épaisses, formant coussinet, et 
contribuent beaucoup à la très-grande soli- 
dité des édifices de cette époque. 

LICE ou LISSE, tapisseries de Haute-lice 
ou de Basse-lice {Voy. ces mots). 

LICHAVEN. — Les lichavens ou trilithes 
sont des monuments druidiques. Us repré- 
sentent, par leur disposition, des espèces de 
portes, ce qui les a fait appeler Antas par les 
Portugais. Dans chaque lichaven, il y a né- 
cessairement trois pierres : deux sont po- 
sées verticalement, à peu de distance l'une 
de l'autre, et en supportent une troisième 
horizontalement posée comme une archi- 
trave. On a pensé que c'étaient des espèces 
d'autels d'oblation. On a signalé le trilithe 
de Sainte-Radégonde, dans le Rouergue, et la 
Pierre-frite, près de Mainteoon. On en voit 
plusieurs dans le célèbre Stone-Uenge, en 
Angleterre. 

Selden, de Dis Syris, les décrit ainsi : La- 
pides fani merkolis sic dispositi eranl , ut 
unus hinc, alter illinc, tertius super utrum- 
que collocaretur. 

LIERNE. — On appelle lierne les nervures 
dans une voûte d'ogive, qui, de la clef de 
cette voûte, aboutissent à la jonction des 
tiercerons. Les deux liernes forment une- 
croix dont la clef est le centre. Les liernes 
et les tiercerons ne se voient pas avant la 
seconde partie du xv e siècle. Cependant, 
dans certains monuments du xu e siècle, on 
trouve des liernes qui, partant du point d'in- 
tersection des croisées d'ogive, vont jus- 
qu'aux clefs des arcs-doubleaux et des for- 
merets. Pour les distinguer des autres, o:i 
pourrait les nommer grandes liernes. 

On nomme lierne, dans la charpenterie, 
toute pièce de bois posée horizontalement 
dans un comble d'un poinçon à un autre. On 
appelle aussi lierne toute pièce de bois courbe 
suivant le pourtour d'un dôme ou d'une cou- 
pole qu'on pose de niveau et à différentes 
hauteurs, où elles sont assemblées à te- 
nons et à mortaises , avec les chevrons 
courbes. 

LIERRE. 
feuilles de 
édifices du 

RALE. 

LIEUX DÉSIGNÉS PAR DES NOMS DE SAINTS, 
DINE ORIGINE INCONNUE. — M. ROSSigtlol a 

publié récemment une intéressante histoire 
de l'abbaye de Saint-Seine, et a décrit les 
peintures curieuses qui décorent l'ancienne 



On rencontre souvent des 
lierre dans l'ornementation des 
moyen Age. Voy. Flore mu- 



335 



LK) 



LIT 



556 



église du monastère. A propos du saint per- 
sonnage qui a donné son nom à cet établis- 
sement religieux, Sequanus, M. Rossignol, 
en s'autorisant d'un passage très-formel 
d'Ausone, démontre que les familles vouées 
au sacerdoce des divinités locales emprun- 
taient volontiers leurs noms à ces mêmes 
divinités : Sequanus appartenait sans doute 
à une famille de prêtres qui desservaient le 
temple de la déesse Sequana, et c'est ainsi 
que l'abbaye de Saint-Seine s"est trouvée pla- 
cée à la source de la Seine. Nous ne nous sou- 
venons pas, dit M. Le Normand dans son 
Rapport fait à l'Académie des inscriptions et 
belles lettres au nom de la commission des 
antiquités de la France (16 août 1850, d'avoir 
vu nulle part cette observation, qui peut 
servir de réponse aux conjectures de certains 
touristes, surpris de rencontrer en Italie le 
pozzo di Santa-Yencre, et d'autres accou- 
plements de mots aussi suspects en ap- 
parence. 

LIMBE. — Des auteurs anciens se servent 
de ce mot dans le sens de Nimbe ou d'Au- 
réole (Voy. ces deux mots). 

LINTEAU. — Le linteau est formé d'une 
pierre ou d'une pièce de bois placée hori- 
zontalement sur la partie supérieure d'une 
baie et appuyée latéralement sur les jamba- 
ges. Quelquefois le linteau de pierre n'est 
pas d'une seule pièce; il est alors composé 
de claveaux ou pierres cunéiformes. Lors- 
que le linteau est destiné à supporter un 
poids trop lourd, on établit au-dessus un arc 
de décharge qui déverse le poids sur les 
cotés. 

L'usage du linteau aux portes s'est main- 
tenu durant tout le moyen âge, malgré l'em- 
ploi des arcades soit à plein cintre, soit à 
ogive. Mais ce linteau n'est pas une pièce 
simple, motivée seulement par la solidité. 
On y trace des ornements variés. Les angles 
sont adoucis par des écoinçons; et on voit 
de ces écoinçons fort élégamment travaillés 
dans les monuments du xm e siècle. 

LIONS al portail des églises. — Le por- 
che ou le portail des églises a été ancienne- 
ment décoré de figures de lion sculptées en 
relief : ces figures soutiennent ordinaire- 
ment des colonnes qui sont posées sur leur 
dos. Par plusieurs chartes fort anciennes, 
on voit que la justice ecclésiastique se ren- 
dait souvent à la porte des églises et inter 
leones. La présence de ces animaux, emblè- 
mes de la force et du courage, était certai- 
nement symbolique; mais la véritable si- 
gnification en est néanmoins difficile à in- 
diquer. 

11 y a des lions au porche méridional do 
la cathédrale du Mans. Ce porche est du xn e 
siècle et chargé d'ornements nombreux, cu- 
rieusement exécutés. Il en existe dans un 
grand nombre d'autres églises en France. 
M. deCaumont en a observé également dans 
plusieurs églises de l'Italie 

Ces lions, lorsqu'ils appartiennent à la 
période romano-byzanline, offrent une phy- 
sionomie particulière, une tèîe allongée et 



une encolure qu'on pourrait comparer à 
celle des ours blancs. A Plaisance, les lions 
qui ornent le péristyle de la cathédrale, dé- 
diée à la sainte Vierge, sont en marbre rouge 
et d'un seul bloc. Ils écrasent sous leurs 
pattes antérieures, l'un un serpent qui fait 
des efforts pour se dégager et pour inordre, 
l'autre un quadrupède à tète de bélier. 

Derrière la cathédrale de Reggio se trouve 
l'église de Saint-Prosper, en avant de la- 
quelle on voit quatre lions, deux gros et 
deux moindres, dont l'attitude et l'encolure 
sont bien différentes de celles des lions de 
la période romano-byzantine, dont nous ve- 
nons de parier. Au lieu d'être couchés, ils 
sont assis et appuyés sur leurs pattes anté- 
rieures. Une inscription gravée sur les pié- 
destaux apprend que le frontispice de l'é- 
glise de Saint-Prosper et les lions qui le dé- 
corent sont dus à un sculpteur de Reggio, 
nommé Gaspard Biso, et que l'église fut 
consacrée, ayant les lions au portail, en 
loOi. Mais le frontispice actuel de l'église a 
été refait, et les lions qui portaient autrefois 
sur leur dos les colonnes du portail, servent 
seulement aujourd'hui de bornes, en avant 
de l'église. 

L'église de Saint-Augustin et Saint -Jac- 
ques, à Bologne, présente un portail à co- 
lonnettes en marbre rouge qui paraît être 
du xm e siècle. Les deux colonnes extérieu- 
res reposent sur des lions de moyenne gran- 
deur, qui ont été tournés l'un vers l'autre 
pour tenir moins de place. L'un de ces lions 
tient dans ses pattes un serpent qui lui 
mord le poitrail; l'autre écrase un bélier. 

Le portail latéral du nord, à la cathédrale 
de Foligno, est à plein cintre et orné de rin- 
ceaux en marbre blanc admirablement sculp- 
tés. Deux lions en marbre rouge sont in- 
crustés dans les pilastres. Le lion qui est 
du côté gauche écrase un serpent dont le 
corps ressemble à celui d'un lézard; il se 
retourne et mord la lèvre inférieure du 
lion. 

LISSE. — En architecture, on dit qu'une 
partie est lisse, quand elle ne reçoit ou n'est 
propre à recevoir aucun ornement, comme 
les faces d'une architrave, le fût des colonnes 
qui ne sont pas cannelées, etc. 

LISTEL. — Le listel ou listeau est une pe- 
tite moulure carrée et unie qui couronne ou 
accompagne une autre moulure plus grande, 
ou qui sépare les cannelures d'une colonne 
ou d'un pilastre. C'est la même chose que le 
filet. On dit encore réglet, ceinture, bandelette. 
les menuisiers l'appellent mouchettes 

L1THOSTROTOS.— En grec, on désignait 
sous ce nom la mosaïque qui consistait en 
morceaux de marbre d'une certaine gran- 
deur. Les Latins appelaient cette espèce 
de mosaïque opus sectile ou lapidipavium. 
Ce mot se trouve dans l'Evangile selon saint 
Jean, chap. xix, vers. 13. C'était le lieu où 
Pilate rendait la justice. Pour avoir une 
explication plus ample du mot lilhostrotos 
et sur la mosaïque de marbre qu'il désigne, 
on consultera Pline, lib. xxxvi, cap. 25. 
Spon, dans ses Recherches car. defantiquilé, 



&7 



I.'.T 



LOG 



333 



dissert, h, dit que ces sortes de mosaïques 
commencèrent à Rome sous Sy lia, qui en lit 
faire une h Préneste, dans le temple de la 
Fortune, environ 170 ans avant la naissance 
de Jésus-Christ. 

LITRE.— Dans les églises, dit M. lebaron de 
Girardot, le patron avait autrefois le droit de li- 
tre, appelé par les anciens auteurs : vittalugu- 
bris, zona funebris, ligatura funcbris, litura. 
Deux coutumes seulement en parlent, celle de 
Tours et celle de Loudun. Dans cette dernière 
elle est appelée litre. On la désignait aussi 
sous le nom de ceinture funèbre. La litre est 
une bande de peinture noire, qui fait le tour 
d'une église ou d'une chapelle, h l'intérieur 
ou a l'extérieur, en signe de deuil, et sur la- 
quelle sont peintes en divers endroits les ar- 
moiries de celui en l'honneur de qui elle est 
faite. Mareschal, auteur d'un traité des droits 
honorifiques des seigneurs dans les églises, 
blâme avec une juste indignation ceux qui, 
pour ne pas interrompre cet orgueilleux 
insigne, ne craignaient pas de noircir les 
images des saints peintes sur les murailles, 
et les croix de consécration. Plus d'une pein- 
ture intéressante a dû disparaître ainsi. 

Le patron d'une chapelle annexée à une 
i glise pouvait y faire peindre une litre, 
mais à l'intérieur seulement et sans dépas- 
ser les limites de la chapelle. Au contraire, 
le patron de l'église pouvait faire peindre sa 
litre jusque dans l'intérieur des chapelles, 
au-dessus de celles de leurs fondateurs, 
même gentilshommes, qu'ils fussent ou non 
ses vassaux. 

La largeur de la litre ne devait pas dépas- 
ser 2 pieds ; celles des princes seules pou- 
vaient aller jusqu'à 2 pieds et demi. Sur ces 
dernières les armoiries pouvaient être peintes 
de 2ï en 24 pieds ; celles des autres seigneurs 
devaient être plus espacées pour qui veut 
observer la décence, dit Mareschal. 

Quand on retrouve les traces d'une litre 
qu'on a de la peine à reconnaître, ce qui ar- 
rive souvent aujourd'hui, il est essentiel de 
faire attention au timbre. Il n'y avait que les 
pri nces et les premiers officiers de la cou- 
ronne qui pussent faire peindre le heaume et 
timbre de leurs armes à pleine face et de 
front ; tous les autres devaient les faire re- 
présenter de profil. Les nobles qui avaient 
tait profession des armes pouvaient avoir le 
heaume entr'ouvert; pour les autres, il de- 
vait être clos. 

On lit encore usage de litres en velours, 
drap, serge ou fulaine, qui se pouvaient 
mettre au dedans seulement des églises. Elles 
étaient surtout usitées dans les villes, pour 
les personnes de qualité ou chargées d'offices 
importants. EHes ne pouvaient" rester plus 
d'un an et un jour; après le service du bout 
de l'an, elles appartenaient à la fabrique. On 
pourrait être trompé pardes représentations 
de cérémonies funèbres, soil en miniatures, 
soit en gravures ; il faut regarder attentive- 
ment si la litre parait peinte sur la muraille 
ou seulement attachée comme une étoile. 

Pour les personnes nobles qui n'avaient 
pas le patronage, on pratiquai! quelquefois 



un autre usage : c était de faire une litre au- 
dessus des bancs qu'elles occupaient. Sur 
cette litre on apposait des armoiries peintes 
sur carton ou papier, qu'on enlevait au bout 
de l'année. Cette coutume et celle de porter 
des écussons peints aux services funèbres 
ont été longtemps conservées. 

11 peut arriver qu'on rencontre dans une 
église deux litres différentes, une de chaque 
côté. C'est le cas où le droit de patronage 
est divisé en deux. Si la division avait lieu 
dans la famille du fondateur, la branche aî- 
née mettait sa litre à droite et la puînée à 
gauche; ou bien les armoiries étaient aller- 
nées sur la môme litre ; ou enfin les deux 
litres étaient superposées. Quelquefois avec 
la litre du patron on trouve celle du haut jus- 
ticier; mais celte dernière est toujours au- 
dessous. On a même vu celle du bas justi- 
cier, et par conséquent trois litres superpo- 
sées, comme dans l'église paroissiale d'Auch. 
Cet usage était contraire à l'ordonnance de 
1539 pour la Bretagne, et d'Argentré, Mares- 
chal, Baequet, sont d'avis que la jurispru- 
dence avait étendu l'empire de cette ordon- 
nance à tout le royaume. Loiseau, dans sou 
Traite' des seigneuries , se range à regret au 
même avis. Les établissements religieux, 
lorsqu'ils avaient acquis le patronage, pou- 
vaient faire peindre leurs litres. 

Le chœur réservé aux patrons l'était aussi 
pour leurs armoiries, qui seules pouvaient y 
être sculptées, peintes sur les murs ou les 
verrières. Un arrêt du parlement de Rouen 
(IV mai 1607) juge que les armoiries des gen- 
tilshommes habitant la paroisse, autres que 
des patrons, encore que le patronage appar- 
tienne à l'église, doivent être etl'acées et 
ôtées du chœur, ainsi que leurs bancs. 

Toutes les fois qu'on veut connaître le pa- 
tron d'une église, le moyen le plus facile 
et le plus sûr d'y arriver est de chercher 
quelle était la famille qui présentait au bé- 
néfice : cette famille est à coup sûr celle du 
patron. Lorsqu'une autre personne donnait 
à une église un autel, un tableau, un calice, 
des ornements et vêtements sacerdotaux, 
une cloche ou tout autre objet, même pour 
ê:rc mis ou porté au chœur, il ne pouvait 
lui être interdit d'y faire peindre ou graver 
ses armes. Voy. Funèbre, Beb.se, Funéraire. 
On peut consultera ce sujet les Annales ar~ 
chéol. , tom. 111, pag. 92. 

LOBE. — On se sert fréquemment de ce 
mot dans la description des édifices de la 
période romano-byzanline et surtout de la 
période ogivale, peur désigner des seg- 
ments de cercle, tels que ceux qui entrent 
dans la formation des trèfles OÙ il y en a 
trois, des quatrefeuilles , où il y mi a quatre, 
des rosaces, où il y on a cinq ou six. Il y a 
des arcs qui sont, à leur intrados, trilobés ou 
multilobés. Lorsque les lobes, au lieu d'être 
saillants, sont découpés en creux, on les 
appelle contre-lobes, selon la terminologie 
proposée par le Comité historique des arts et 
monuments. 

LOGE.— Petite tribune ou galerie cou- 
verte, décorée de colonnes ou d'arcades, 



339 



LOM 



LUN 



310 



ouverte à l'extérieur d'un édifice. Quelques- 
unes de ces loges que l'on remarque a des 
églises, semblent avoir été disposées pour 
servir de tribunes pour certaines allocutions 
ou publications. Il en est aussi au-devant de 
quelques églises, où Ton chantait autrefois, 
à certaines époques de l'année, devant le 
peuple assemblé au dehors, des hymnes ou 
doxologies. Quelques-unes en ont retenu le 
nom de galerie ou tribune du Gloria. Les 
détails qui précèdent sont empruntés à M. 
Smith, l'Architecte des monum. rclig., pag. 
387. 

LOGE. —On a employé anciennement ce 
mot pour signifier une église : il y a en Bre- 
tagne beaucoup de vestiges de cet ancien 
usage : Log-Chrisi, I.og-Mazé, Log-Maria, 
Log-Geldas, etc. Du Gange dérive ce mot de 
la basse latinité, logia, logea ou lorgea, 
qui a la même signification. 

LOMBARD (Style).— L'architecture ro- 
mano-byzantine reçut diverses dénomina- 
tions, de la part des" historiens, avant que la 
critique archéologique fût bien établie. En 
Italie et surtout dans l'Italie septentrionale, 
on appelait lombards tous les monuments à 
plein cintre qui remontaient à une antiquité 
reculée et qui semblaient appartenir aux. 
premiers siècles du moyen âge. L'expres- 
sion d'architecture lombarde a été abandon- 
née depuis longtemps, en tant qu'on voulait 
l'appliquer généralement à tous les édifices 
de la période romano-byzantine. Mais, peut- 
elle être gardée pour désigner une ceriaine 
classe de monuments élevés sous la domi- 
nation des Lombards? Cette question a été 
éuid'ée par M. le comte Cordero de San- 
Quintino. dans un ouvrage intitulé : Dell 
italiana architettura durante la dominazione 
lombarda. Eclairé par le caractère architec- 
tural des monuments prétendus lombards, 
M. de San-Quintino démontre, à l'aide de 
l'érudition, l'origine véritable de ces édifices. 
L'auteur examine d'abord le monument que 
citent en premier lieu ceux qui reconnais- 
sent un style lombard proprement dit, Saint- 
Michel de Pavie, l'ancienne capitale des 
Lombards. 

Sans doute les Lombards firent construire 
à Pavie, vers la fin du iv c siècle, une église 
consacrée à saint Michel. Mais ce qui a 
échappé à Séroux d'Agi ncourt, à M. Malas- 
pina, auteur du Guide de Pavie, et à M. de 
Rosmini, dans son Histoire de Milan, c'est 
que, en 92V, les Hongrois réduisirent la 
ville en cendres, et que, dans cet affreux 
incendie, quarante-trois églises furent brû- 
lées ; c'est que, en 1004-, un nouvel incendie 
consuma ce qui restait de l'ancienne ville de 
Pavie, et entre autres monuments, détruisit 
le palais qui était contigu à l'ancienne église 
de Saint-Michel. 

Après avoir démontré par d'autres preu- 
ves non moins convaincantes que l'église 
lombarde de Saint-Michel n'avait pas pu 
survivre au x e siècle, M. de San-Quintino 
appuie, par des faits et des raisonnements 
sans réplique, l'opinion qui place la cons- 
truction de l'église actuelle vers la fin du xi' 



siècle, de 1050 h 1100 ; ii fait remarquer 
qu'on l'appelle Saint-Michel-Majeur, sans 
doute pour la distinguer de l'ancienne, qui 
était moins grande et moins belle. 

Celte partie de l'ouvrage de M. de San- 
Quintino, où il discute les faits historiques, 
et où il démolit pièce à pièce les assertions 
de Séroux d'Agincourt, qui s'est fait, à ce 
sujet, l'écho des traditions de l'Italie, est un 
vrai modèle de discussion et de critique ar- 
chéologique. 

Ce n'est point à Pavie, ce n'est ni à Spo- 
lète, ni à Bergame, ni à Vérone, que M de 
San-Quintino est parvenu à découvrir des 
monuments construits sous la domination 
des Lombards, et conservés à peu près dans 
leur état primitif, c'est seulement à Lucques 
et à Turin. Les archives de Lucques, par 
une sorte de miracle, n'ont jamais été ni 
brûlées, ni pillées; elles sont complètes et 
remontent, presque jour par jour, jusqu'au 
vi' ou v e siècle de notre ère. Or, il est deux 
églises dont on peut suivre l'histoire dans 
ces archives, et qui, d'après leur témoi- 
gnage, sont encore aujourd'hui, sauf quel- 
ques modifications de détails, telles qu'elles 
étaient quand les Lombards les élevèrent. 
Ces deux églises sont Saint-Michel et Saint- 
Fridien. Toutes deux portent les caractères 
du style romain bâtard : ce sont deux basi- 
liques à peu près dans le genre de Saint- 
Clément, à Rome. Enfin, le palais del Torre, 
à Turin, doit, selon M. de San-Quintino, 
appartenir à l'époque lombarde, et les preu- 
ves qu'il en donne, quoique moins satisfai- 
santes que celles qu'il a tirées des archives 
de Lucques, relativement aux deux églises 
de celte ville, doivent cependant laisser peu 
de doutes. 

En résumé, le travail de M. de San-Quin- 
tino constate un fait qui ne saurait mainte- 
nant être contesté; c'est que les Lombards 
n'apportèrent point en Italie et ne décou- 
vrirent point, après leur conquête, un sys- 
tème particulier d'architecture ; qu'ils n'ont 
jamais employé d'autre mode de construc- 
tion que celui'qu'ils avaient trouvé en usage 
en Italie; que ce mode de construction n'é- 
tait autre que celui des anciens Romains, 
altéré et corrompu comme il l'était déjà dans 
les siècles précédents ; enfin, que ce n'est 
point au temps des Lombards, mais aux xi* 
et xii' siècles que doivent être attribués la 
plupart des beaux édifices religieux qu'on 
admire dans la haute Italie. 

LORRAINE (Choix de). C'est une croix à 
double croisillon, comme la croix archié- 
piscopale. Il y a plusieurs églises , comme 
celle de Saint-Quentin, en Yermandois, dont 
le plan géométral figure la croix de Lor- 
raine. 

LOSANGE. — Les losanges simples ou 
enchaînés sont un des ornements employés 
par l'architecture romano-byzantine dans la 
décoration des plates-bandes. On rencontre 
assez fréquemment des losanges entaillés 
en creux sur les corniches. 

LUNETTE DE VOUTE, ou Volte en 
lunette. — En architecture, uns lunette ?i>t 



34i 



MAC 



MAC 



US 



une baie cintrée qui traverse les reins d'une 
voûte en berceau, et qui, par conséquent, 
est beaucoup moins profonde à sa partie in- 
férieure qu'a sa partie supérieure. Les voûtes 
d'arête sont ordinairement formées par qua- 
tre lunettes. 

On nomme aussi quelquefois lunette une 
petiti. 1 ouverture ménagée dans la tlèclic d'un 
clocher, pour donner de l'air à la char- 
pente. 

LUSTRES. — Les lustres employés dans 
les églises, au moyen Age, étaient des cer- 
cles ou couronnes de lumière. {Yoy. Cou- 
RORRR <Ie lumière.) Ce n'est qu'à partir du 
xvir siècle que s'introduisit l'usage des lus- 
tres à verroterie. Ces lustres sont peu conve- 
nables dans nos églises, et le bon goût tend 
chaque jour à les en faire disparaître. 

LUTRIN. — Le lutrin est un meuble qui 
se place dans le chœur pour servir à soutenir 
le livre des leçons, ou l'Antiphonaire pour 
le chant des antiennes. 

Les lutrins ont été souvent exécutés en 
bois et souvent aussi en cuivre. 11 en subsiste 
encore, de ce dernier genre , de beaux modè- 
les. A Aix-la-Chapelle il y a un pupitre du xiv e 
nècle qui sert de lutrin. Il est orné de plu- 
sieurs légers contreforts, avec des moulures 
nombreuses en style flamboyant. Un globe 
est surmonté d'un aigle, les ailes éployées. 

A Hal, près de Bruxelles, est un lutrin du xv' 
siècle, consistant en une tige hexagonale avec 
îles contreforts sur trois des côtés , lesquels 
contreforts, appliqués sur les angles, sont re- 
liésà trois contreforts isolés, pardes meneaux 
et un arc-boutant renversé, finement exé- 
cutés. Les contreforts extérieurs s'appuient 
sur des lions et sont surmontés de statuettes 
d'anges. Le sommet de la tige est couronné de 
beaux créneaux , au centre desquels est un 
globe surmonté d'un aigle aux ailes étendues. 

A Tirlemont , il y a un lutrin de cuivre 
semblable à celui que nous venons de dé- 



crire. 11 y en a un autre à Léau , à peu de 
distance de Tirlemont. 

Un lutrin que l'on croit avoir appartenu à 
la grande église de Louvain, fut donné à 
l'église de Saint-Chad , à Birmingham, par 
Jean, seizième comte de Schrewsbury, et 
il existe encore dans le chœur de celte 
même église. Quoique l'exécution en soit 
grossière, ce n'est pas moins un des plus 
curieux monuments du genre que nous 
possédions, à cause de l'ensemble du dessin. 
De la base qui est triangulaire s'élèvent trois 
pinacles extérieurs unis à trois contreforts 
en éperons par des moulures flamboyantes. 
La décoration principale consiste en une 
image de la sainte Vierge tenant l'Enfant 
Jésus , avec les trois mages à genoux. Le 
globe sur lequel l'aigle s'appuie est posé au 
milieu d'une couronne de créneaux. La base 
du lutrin qui est lourde et massive pose sur 
trois lions couchés. 

L'aigle que l'on rencontre constamment 
aux vieux lutrins y fut placé pas allusion à 
saint Jean l'Evangéliste, et on ne le mettait 
primitivement qu'au lutrin où l'évangile de- 
vait être chanté à la messe. 

Parmi les plus remarquables lutrins en 
cuivre qui subsistent encore en Angleterre, 
nous devons mentionner celui de Norwich, 
celui du collège du roi, à Cambrigde, sur- 
monté d'une charmante image. A la chapelle 
du collège Merton, à Oxford, il y a aussi un 
double lutrin du xvi e siècle. 

Dans les tableaux des maîtres des an- 
ciennes écoles, on voit de jolis modèles de 
lutrins ornés, devant lesquels le diacre lit 
l'évangile, où les chantres se tiennent devant 
l'antiphonier. 

Quelquefois on fil des lutrins en fer et en 
bois. Un des plus gracieux ouvrages de ce 
genre, orné de trèfles, se trouve à la cathé- 
drale de Rouen, et un autre dans le baptis- 
taire de Hal, près de Bruxelles. 



m 



MACER1A. — C'est le nom d'un appareil 
formé de gros blocs de pierre posés à sec, 
sans mortier. Yoy. Appareil. Dans d'anciens 
écrits, le mot maceria est employé comme 
synonyme de castrum. 
" MACHICOULIS ou Maciiecolus. — Sorte 
de balcon , soutenu par des consoles qui 
laissent entre elles un intervalle percé d'une 
ouverture par laquelle on pouvait jeter sur 
les assaillants, des pierres, du sable brûlant, 
de l'eau bouillante, delà poix bouillante. 

11 y a des exemples de mâchicoulis qui 
remontent au xir siècle; mais ils ne furent 
communs qu'au xiv c . Au xv c siècle, on voit 
îles mâchicoulis qui, par leur élégance, ser- 
vaient plus à la décoration des édifices qu'à 
leur défense. C'est, en effet, qu'à partir de 
cette époque les moyens d'attaque et do 
défense des. châteaux fortifiés ayant été 
changés, la disposition des anciennes forti- 
ticatioos dut nécessairement se modifier. Ce 
qui était autrefois indispensable devint 



bientôt un simple motif d'ornementation. 

C'est surtout au sommet des tours que l'on 
établissait les mâchicoulis. On connaît quel- 
ques églises de la période romano-byzantine 
qui ont eu leurs murailles crénelées et gar- 
nies de mâchicoulis. Nous nommerons seu- 
lement ici la belle église de Candes , au 
confluent de la Vienne dans la Loire, au 
diocèse de Tours. Il y eut également quelques 
églises de la première époque ogivale qui 
reçurent cette espèce de moyens de défense. 
Mais, en général, les édifices religieux, en 
France, ne furent pas fortifiés, comme ils ont 
pu l'être dans d'autres pays. 

MAÇON. Yoy. OEhre. — iNous donnons, 
sous lé nom de Maîtres de l'œuvre, quelques 
détails sur les ouvriers qui ont travaillé a 
la construction des monuments religieux. 
Yoy. Architecte. Nous avons aussi placé 
sous ce mot des réflexions sur le même sujet. 
Yoy. encore Autiste. M. .1. Renouvier et 
M. A. Ricard ont publié un curieux liwe 



3i3 



MAL 



intitulé : Des maîtres de pierre de Montpel- 
lier. On y trouve de bons renseignements 
sur les ouvriers tailleurs de pierre, leurs 
corporations, leurs travaux, leur organisa- 
tion, leur salaire, etc., etc., dans le midi de 
la France. Nous avons extrait quelques lignes 
de cet intéressant volume à l'article ARCHI- 
TECTE. 

MAÇONNERIE. — Le mot de maçonnerie 
ne peut s'appliquer qu'à des constructions 
grossières en pierres irïéglilières ou en bri- 
ques, ou en blocage. On emploie communé- 
ment cette expression en opposition avec 
celle de construction en pierres de taille. 

MAILLÉ. -- On appelait autrefois maçon- 
nerie maillée ce qui s'appelle aujourd'bui 
appareil réticulé. Voy. Appareil. 

MAIN. — I. Les antiquaires italiens, en ex- 
pliquant certaines statues en b onze trouvées 
dans les ruines d'Herculanum, ont démontré 
que les anciens avaient coutume d'étendre 
trois doigts de la main droite et de replier 
les deux autres , lorsqu'ils parlaient en pu- 
blic, en faisant leurs gestes, ou bien encore 
lorsqu'ils saluaient en public. De là , dit 
Buonarotti, est venu chez les chrétiens l'u- 
sage, pour les évêques et les prêtres, de bénir 
la main étendue, avec leurs derniers doigts 
repliés. La coutume antique aura été conser- 
vée, comme tant d'autres , en changeant la 
signification primitive et en en donnant une 
nouvelle. Ce l'ait est assez curieux à consta- 
ter: et c'est grâce à la connaissance qu'il en 
avait, que le savant antiquaire qui a ex .liqué 
la chasuble diptyque de Ravenne, Jérôme 
Rubeus, a pu expliquer certains traits qui 
seraient demeurés énigmatiques. Voy. Cha- 
slble. 

Dans les plus anciens monuments chré- 
tiens on représenta une main symbolique 
comme emblème de la puissance de Dieu et 
de la Providence. Au moyen âge, on conserva 
le même symbole et l'on posa cette main au 
milieu d'un nimbe crucifère : c'est ce que 
certains archéologues appellent main divine. 
II. 

La main de justice se trouva pour la pre- 
mière fois sur le sceau de Hugues Capet , 
depuis lequel elle ne paraît point jusqu'à 
Louis X, dit leHutin. Ce dernier et ses suc- 
cesseurs jusqu'à Charles VI, la portèrent à 
la main gauche , et le bâton royal à la main 
droite. Cette observation nous paraît avoir 
son importance en archéologie, dans la cri- 
tique des monuments. 

MALADRER1E. — On appelait autrefois 
du nom de maladrerics certains hôpitaux 
destinés spécialement aux lépreux et à ceux 
qui étaient atteints de maladies contagieuses. 
La lèpre orientale , maladie affreuse, a été 
fort commune en Europe, comme chacun 
sait, à la suite des Croisades. La charité 
chrétienne chercha par tous les moyens pos- 
sibles à soulager les malheureux atteints de 
cette maladie incurable. On n'imagina rien 
de mieux que les maladreries. Ces hôpitaux, 
si celui de Caen, décrit par Ducarel, doit être 
pris pour modèle, étaient divisés en nom- 
breuses petites cellules, où se tenait isolé- 



MAIH 5U 

ment chaque malade. Ces maisons étaient 
ordinairement dédiées à saint Lazare. On en 
rencontre encore quelques-unes en France. 
Jadis elles étaient très-couimunes, puisqu'on 
en comptait deux mille on France au xui" 
siècle, et que Matthieu Paris assure qu'il y 
eia jusqu'à dix-neuf mille dans la chrétienté. 
Voy. Hôtel-Dieu. 

MALCHUS. — Dans quelques églises, on 
trouve des confessionnaux plus ou moins 
anciens et qui n'ont qu'un seul côté. Ces 
confessionnaux , n'ayant pour ainsi dire 
qu'une oreille, s'appelaient autrefois Mal- 
chus , parce que Malchus n'avait qu'une 
oreille, après que saint Pierre lui eut coupé 
l'autre. 

MALTUM et SMALTUM. — C'est le mot 
latin qui veut dire émail. Voy. Email. 

MANIPULE. — Le plus ancien Ordre ro- 
main, d'après Giorgi, appelle le manipule, 
mappula. Saint Grégoire, dans une lettre à 
Jean, archevêque de Ravenne, dit que l'u- 
sage du manipule est un privilège spécial au 
clergé romain, et jusqu'alors il n'avait en- 
core été accordé a personne. Le manipule, 
ainsi nommé, se trouve au nombre des orne- 
ments ecclésiastiques, au ix e siècle. Dans un 
manuscrit de l'abbaye de Saint-Denis , écrit 
du temps de Charlemagne , d'après dom Mar- 
tenne, après la prière que l'on récite en pre- 
nant la chasuble, on lit la prière suivante : 
Ad manipulant. — Prœcinge me, Domine, 
virtule, et pone immaculatam viam meam. La 
raison pour laquelle cette prière est après 
celle que l'on récite en prenant la chasuble, 
c'est que primitivement les prêtres ne pre- 
naient le manipule qu'après la chasuble , 
comme les évêques le font encore aujour- 
d'hui. Dans le Pontifical de Salisbury, on lit 
la prière suivante pour le manipule : Da 
mihi, Domine, sensumrectum, et vocem puram, 
ut implere possim laudem tuam. Amen. D'a- 
près Alcuin et Àmalaire, le manipule, selon 
son nom de mappula et de sudarium, était 
originairement une serviette ou un mou- 
choir. Mais le manipule ne tarda pas à de- 
venir un ornement et h être enrichi d'or, 
d'argent et môme de pierres fines, comme 
tous les autres vêlements ecclésiastiques. 
Riculphe, évoque d'Elne en Roussillon , en 
915, laissa à son église six manipules ornés 
d'or, dont l'un avait de petites clochettes. 
Dans les anciens auteurs, le manipule est 
souvent désigné sous le nom de Fanon {Voy. 
ce mot). 

La forme primitive du manipule, comme 
celle de tous les vêtements ecclésiastiques , 
était d'abord très-simple. Le manipule avait 
environ quatre pieds de long, et il était orné 
de franges aux extrémités. Ces mêmes extré- 
mités reçurent plus tard des croix en bro- 
derie, et furent un peu élargies à cause de 
cela. Mais cet ; largissement était loin d'être 
aussi considérable qu'il l'est présentement. 
Les manipules en usage au moyen âge étaient 
souvent ornés avec grande magnificence de 
broderies à l'aiguille et même de perles et 
de pierres piécieuscs. On en voit de beaux 
modèles sur les pierres tombales des ecclé- 



345 



MAR 



siastiques du \iv e siècle et dans les œuvres 
dos peintres chrétiens. On conserve à la sa- 
cristie de la cathédrale de Mayence un ma- 
nipule très-ancien. 

L'extrait suivant de l'inventaire de l'an- 
cienne cathédrale de Saint-Paul, a Londres, 
donnera une idée des manipules du moyen 
âge. — Stola et manipulas in medio de cigla- 
toun , limbati in circuitu aurifrigio , et in 
extremitate brruilati cum nodulis de périt» et 
lapilli* insertis, et de ficitml in manipula novem 
lapides, in stola très. — Item, stola et mani- 
pulas de simili panno, cum anrifrifjio stricto 
in circuitu per linïbbs , et in extremitate de 
aurifrigio fino , interlaqueato cum avibus. — 
Item, stola et manipulas de albo dgaspro lim- 
bato de aurifrigio stricto per circuitum; et 
in extremitatibus de vineis et avibus breudatis 
'/-• uuro fino. — Item , manipulas de opère 
pectineo, cum nodis contextis argenti ftlo, et 
in eirtremitalibus de aurifrigio, cum flaribus 
et listis de perlis albis parvulis. Stola de serico 
riridi contexta cam nodulis deauri fila, cum 
extremitatibus similibus manipula prœcedenti. 
— Item, unus mànipùlus indici coloris, cum 
imaginibus Apostolorum ; cum aurifrigio 
stricto et nodulis per circuitum. 

Le manipule était originairement porté 
dans la main par les clercs, et non sur le 
bras. Dans le recueil de Baluze , intitulé : 
Capitulare regum francorum, il y a une gra- 
vure d'après un très-ancien manuscrit , qui 
représente les moines de Saint-Martin , à 
Metz, offrant une Bible à Charles le Chauve. 
Tous les moines sont figurés revêtus des 
ornements sacrés, et ils ont tous le manipule 
dans la main gauche. On peut faire la même 
remarque relativement à la représentation 
de l'archevêque Stigand, sur la tapisserie de 
Baveux. Les exemples de ce fait ne sont pas 
très-rares. 

MARBRE. — En France, le marbre a été 
rarement employé dans les édifices religieux. 
On en trouve dans les monuments de la 
période romano-byzantine, surtout dans le 
midi de la France. Quelques édifices de style 
ogival de l'époque primitive en offrent éga- 
lement , comme la cathédrale de Lyon et 
l'ancienne cathédrale de Vienne en Dau- 
phiné. Dans cette dernière église, les bases 
et les chapiteaux des colonnes sont en beau 
marbre blanc antique. 

Quo qu'on ait fait peu usage du marbre 
nour l'établissement des autels et des fonts 
baptismaux dans les églises du moyen âge, 
ce n'est pas une raison suflisante pour le pros- 
crire de nos églises. La coutume du moyen 
âge ne parait fondée sur aucune autre rai- 
son que sur la difficulté ou même l'impos- 
sibilité de se procurer des marbres choisis. 
Aujourd'hui que l'on peut avoir aisément 
de beaux blocs de marbre, on peut sculpter 
des autels et des fonts baptismaux avec cette 
matière si riche, si brillante et si durable. 
Nous avons vu quelques beaux exemples 
modernes d'autels sculptés en marbre sui- 
vant les styles archi tectoniques du moyen 
âge. Les résultats en sont heureux, et on doit 
encourager ce genre de décoration. 11 est 



MAR .v!G 

certain que plusieurs des sculptures les plus 
fines, môme à l'intérieur des églises ogivales, 

auraient été conservées dans un état d'inté- 
grité parfaite, si elles avaient été exécutées 
en marbre, au lieu de l'être en pierre. Nous 
ne pensons pas toutefois que le bon goût 
soit plus satisfait que l'archéologie par l'em- 
ploi du bronze incrusté ou appliqué sur le 
inarbre blanc, comme cela a été pratiqué à 
l'autel principal de la charmante église do 
Brou, près de Bourg en Bresse. 

MARCHEPIED. — Le marchepied d'un 
autel doit être composé d'un ou do trois de- 
grés, jamais de deux seulement. Yoy. Autel. 

Voici lesymbolismedes marches de l'autel, 
d'après Guillaume Durand •. .( Les marche* de 
l'autel signifient spirituellement les apôtres 
et les martyrs qui ont versé tout leur sang 
pour l'amour du Christ. L'épouse des Caus- 
tiques les appelle des degrés de pourpre. 
Elles représentent les quinze vertus, dont 
les quinze marches qui conduisaient au 
temple de Salomon étaient aussi l'emblème. 
Le prophète les dépeint dans les. quinze 
psaumes de degrés; il dit que celui-là est 
béni qui s'élève par degrés dans son cœur. 
Elles étaient encore figurées par l'échelle 
que vit Jacob, dont le sommet atteignait le 
ciel. Ses marches indiquent clairement le 
progrès des vertus par lequel nous montons 
à l'autel, c'est-à-dire au Christ, selon ce que 
dit le Psalmiste : Ils montent de vertu en vertu. 

MARQUETERIE. — La marqueterie est un 
ouvrage fait de différents bois durs et pré- 
cieux, variés en couleur, appliqués sur un 
assemblage en menuiserie et représentant 
des figures, des fleurs, des feuilles, des or- 
nements de toute espèce. Les bords et les 
extrémités en sont quelquefois garnis de 
tilets d'étain, de cuivre ou d'ivoire. Il y a 
aussi des marqueteries en lames de cuivre 
gravées en chantournées sur un fond d'é- 
tain ou de bois. 

Les Italiens excellèrent dans l'application 
de la marqueterie à l'ornementation des 
meubles. Dès le commencement du xv e siè- 
cle, les procédés de la marqueterie avaient 
reçu de notables améliorations. On était 
parvenu, à l'aide d'huiles pénétrantes et de 
couleurs bouillies dans l'eau, à donner aux 
bois des teintes assez variées pour imiter 
le feuillage des arbres, la limpidité des 
eaux, et pour produire, par la dégradation 
des tons, les effets du lointain. Giuliano da 
Maiano, vers lioO, Giusto et Minore, qui 
l'aidèrent dans ses travaux, Guido del Ser- 
vellino et Domenico di Mariette, ses élèves, 
Benedetto da .Maiano, son neveu (li-98), qui 
avait aussi sculpté sur bois, Baecio Cellini 
et Girolamo délia Cocca sont cités par Va- 
sari comme les plus habiles artistes en mar- 
queterie du xv' siècle. 11 faut nommer au 
xvi', parmi les plus célèbres, fra Giovanni 
de Vérone, fra Ralfaello de Brescia, fra 
Damiano de Bergame, et les Bartolommeo 
de Pola. 

Ce genre de décoration fut principalement 
appliqué aux .stalles et aux bancs des égli- 
ses, ainsi qu'aux armoires des sacristies. 



3A7 



MED 



MEN 



343 



On appelle aussi quelquefois du nom de 
marqueterie ces espèces de mosaïques en 
lave ou en pierres colorées qui décorent 
l'abside d'un grand nombre d'églises en 
Auvergne. Ce sont plutôt des mosaïques 
que des marqueteries. Fo//. Lave, Mosaïque. 

MARTYRlUM. — Les autels des basiliques 
furent dès le commencement établis au- 
dessus d'une petite crypte ou caveau, où se 
trouvaient le tombeau et les reliques d'un 
martyr. Cetle petite crypte, à laquelle on 
descendait par un double escalier placé 
derrière l'autel, s'appelait titulus, marty- 
rium, ou confessio. Voy. Crypte, Autel, 
Basilique. 

MASCARON. — En arebitecture, un mas- 
caron est une tête d'animal, ou d'homme, 
ordinairement grotesque ou fantastique, 
sculptée sur la clef d'une arcade ou d une 
voûte, etc. L'architecture romano-byzantine 
a fait un grand usage des mascarons qu'elle 
a placés sous les corniches, comme modil- 
ions. Voy. Modillons, Corbeaux, Arcature, 
Corniche. Il y a des mascarons ou têtes 
plates souvent tout autour des archivolles, 
aux portes des églises romano-byzantines. 
Les têtes saillantes sont plus rares que les 
précédentes. Dans les monuments de la pé- 
riode ogivale, les mascarons sont moins 
communs qu'à ceux de la période romano- 
byzantine. Quand ils existent, ils sont ordi- 
nairement placés au centre de petites rosa- 
ces, et quelquefois les traits de la figure 
sont mêlés d'une manière bizarre à des 
feuillages découpés qui les entourent. On 
en trouve de ce genre à la cathédrale de 
Paris, à celle de Cologne, au château de 
Coucy, etc. A la Renaissance, l'emploi des 
mascarons devient très-fréquent, et ces mas- 
carons sont composés de formes plus ou 
moins élégantes, plus ou moins singulières. 

MASQUE.— Voy. Mascaron. 

MASSIF. — Un massif est une construction 
en maçonnerie pleine et épaisse. Ce mot est 
employé par opposition à vides et à baies. 
Les églises du xi e siècle et généralement 
toutes celles de la période romano-byzantine 
ont des massifs fort considérables, par com- 
paraison avec les baies. Au xv e siècle, la dis- 
position contraire eut lieu. Les massifs sont 
diminués et les vides ou ouvertures des ar- 
cades et des fenêtres prennent une très- 
grande importance. Voy. Harmonie. 

MÉANDRE.— Voy. Frette. 

MÉDAILLE. — Nous avons donné des no- 
tions générales sur les médailles à l'article 
Numismatique (Voy. ce mol). 

MÉDAILLON. — I. En architecture, un 
médaillon est un ornement en forme de mé- 
daille, rond ou ovale, où l'on a sculpté en 
bas-relief une tête ou un sujet historique. 
On peut dire d'une manière plus générale 
qu'un bas-relief de peu d'étendue, entouré 
d'un encadrement, est un médaillon. On en 
voit de cette espèce assez souvent dans les 
monuments de la période ogivale, dès le 
commencement du xm e siècle. A l'époque 
de la Renaissance, les médaillons sont très- 
liouibreux. On y voit des tètes ordinaire- 



ment bien dessinées, quelquefois même 
d'un grand caractère. 

IL 

On est convenu d'appeler médaillons, en 
numismatique, toutes les pièces qui dépas- 
sent sensiblement le poids des monnaies 
communes. Les médaillons sont, en géné- 
ral, du plus grand intérêt pour l'étude de 
l'antiquité. Leurs types variés offrent des 
sujets très-curieux sous le rapport des céré- 
monies religieuses, des coutumes, de l'art 
lui-même. On connaît des médaillons anti- 
ques, surtout du règne d'Antonin et de 
quelques-uns de ses successeurs qui peu- 
vent être comparés, comme finesse de tra- 
vail et délicatesse de modelé, aux pierres 
hues gravées et à tout ce que l'art ancien 
nous a laissé de plus parfait. On a publié 
plusieurs travaux importants sur les mé- 
daillons anciens. La plus belle collection de 
médaillons est celle de la Bibliothèque Na- 
tionale, à Paris. 

MEMBRE D'ARCHITECTURE.— En archi- 
tecture, on appelle membre toute partie no- 
table d'un ensemble, comme d'un bâtiment, 
d'un entablement, d'une corniche, etc. Pour 
qu'un éditice soit parfait, il faut qu'il y ait 
harmonie entre le corps et les membres. 

MÉMOIRE. — On donne le nom de mé- 
moire (memoria, titulus, ou confessio) au 
tombeau où l'on déposait les restes d'un 
martyr, soit à l'endroit où il avait subi le 
supplice, soit dans sa demeure, soit dans 
les souterrains des catacombes. Cette ex- 
pression se trouve communément dans les 
écrits des anciens écrivains ecclésiastiques. 
On appelait encore de ce nom la crypte si- 
tuée au-dessous de l'autel principal d'une 
basilique, dans laquelle était placé le tom- 
beau d'un martyr auquel l'église était dé- 
diée. Voy. Crypte, Rasilique, Martyrium, 
Autel. 

MENEAU. — Les meneaux sont les mon- 
tants ou traverses en pierre qui divisent 
une fenêtre en plusieurs parties dans le 
sens de la hauteur, et une rose en compar- 
timents réguliers. On ne voit pas de me- 
neaux dans les fenêtres de la période ro- 
mano-byzantine. Les édifices de cette pé- 
riode sont éclairés par des fenêtres rares 
et étroites. Ce n'est qu'à partir du xnr siè- 
cle que l'on voit les meneaux paraître, se 
multiplier et se compliquer de plus en plus. 
On a remarqué que les fenêtres à lancettes 
géminées étaient divisées par une colon- 
nette, ou une espèce de meneau à pans cou- 
pés, très-fort. Peu à peu celte colonnette 
s'effile et devient un meneau proprement 
dit. Aussi, dans les hautes fenêtres du 
chœur des grandes églises du xm € siècle, 
surtout à partir du règne de saint Louis, les 
meneaux sont légers et élégants. Us sont 
encore toriques, ou du moins ils servent 
d'appui à de très-fines colonnettes, à chapi- 
teaux de feuillages. Us sont réunis les uns 
aux autres par des arcs trilobés et soutien- 
nent un réseau formé de trèfles, de quatre- 
feuilles et de rosaces. 



ZiO 



MEN 



MEN 



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Au xiv* siècle, les meneaux sont plus 
nombreux qu'au xin' ; les fenêtres, en effet, 
durant l'époque secondaire du style ogival, 
prennent plus d'étendue en largeur; elles 
sont alors divisées en un plus grand nom- 
bre de parties. Les meneaux sont encore 
toriques et souvent en forme de minces 
colonnettes. Le réseau qui les surmonte est 
composé de rosaces larges et de quatre- 
feuilles surperposés avec beaucoup de goût 
et de symétrie. 

Au xv' siècle, les moulures deviennent 
prismatiques de toriques qu'elles étaient 
auparavant. 11 en est de même des meneaux. 
Au lieu de ressembler à une petite colon- 
nette, ils sont formés de moulures prisma- 
tiques très-lines, se prolongeant dans les 
compartiments flamboyants du réseau supé- 
rieur. Il est rare de voir les meneaux du 
xv' siècle couronnés de chapiteaux, comme 
aux deux époques précédentes : cela se ren- 
contre cependant quelquefois, comme nous 
en voyons des exemples remarquables à la 
partie inférieure de la nef de l'église mé- 
tropolitaine de Tours. Le réseau qui sur- 
monte les fenêtres du style ogival tertiaire 
est composé de formes flamboyantes, ajus- 
tées avec beaucoup d'élégance, selon les ca- 
prices de l'imagination de l'artiste. Il serait 
fort dillicile de déterminer les proportions 
et les formes consacrées dans la manière de 
les dessiner. 

Il est rare que les meneaux ne s'élèvent 
pas d'un seul jet jusqu'à la naissance du ré- 
seau. On voit cependant au xv e siècle , des 
fenêtres où les meneaux sont interrompus 
dans le sens de la hauteur par un meneau 
transversal. Cette modification, qu'on ob- 
serve rarement en France, se rencontre plus 
fréquemment en Allemagne, dans les édifi- 
ces du xv e siècle ou du xvr qui ont été 
bâtis dans les provinces arrosées par le 
Rhin. En Angleterre cette disposition se 
voit souvent, et enfin, dans ce pays, naît le 
style perpendiculaire, où plusieurs meneaux 
s»,' dirigent horizontalement, de manière à 
former des entrecroisements nombreux avec 
les meneaux perpendiculaires. Le style per- 
pendiculaire est particulier à l'Angleterre, 
et l'on en reconnaît à peine des traces sur 
le continent. Voy. Anglais (Style). 

Dans le style ogival tertiaire, on voit quel- 
quefois des meneaux de fenêtres taillés en 
forme d'arbre, de manière à figurer la tige 
de Jessé. Il y en a des exemples fort cu- 
rieux en Angleterre. Au portail septentrio- 
nal de la cathédrale de Beauvais, on voit 
une sculpture analogue. Voy. Fenêtre , 
Flamboyant, Lancette. 

On donne aussi le nom de meneau au tore 
courant ou autre moulure équivalente, sim- 
ple ou composée, qui couronne ou forme 
h:s arêtes d'un pignon, d'une flèche, d'un 
clocheton. 

MENHIR. — Le monument le plus simple 
parmi les monuments celtiques, qui sont 
tous fort simples, est le menhir (du celtique 
ntaen men, pierre, hir, longue). Un menhir 
est une pierre plus ou moins longue, plan- 



tée verticalement en terre. On peut compa- 
rer les menhirs à de grossiers obélisques, 
dont la base ou la partie la plus lourde est 
tournée tantôt en haut et tantôt en bas. 11 
y a des menhirs qui ont jusqu'à 50 pieds de 
haut et qui doivent peser environ 80 mille 
livres. 

On a observé quelques menhirs portant 
des traces d'un travail humain et même des 
traces informes de représentation défigures. 
Dans les environs de Loudu